BATAILLE DE BOUVINES
avec la force et l’activité d’un jeune homme; atteint au gorgerin, par un fantassin allemand, d’une de ces piques à crochet qui rappelaient l’antique framée des Germains, il fut entraîné à terre, et déjà les chevaux l’avaient foulé aux pieds; ce fut à grand’peine qu’on parvint à le dégager. De son côté, Othon payait aussi de sa personne : un vieux chevalier de Philippe, Guillaume des Barres, qui s’était rendu autrefois fameux dans la croisade de Richard, lui passa les bras autour du corps, et, aidé de ses compagnons, fut sur le point de le faire prisonnier. Othon leur échappa, grâce à la force de son cheval, et s’enfuit au grand galop, leur laissant l’aigle impériale avec le fastueux chariot qui la portait. Sa fuite fut le signal de sa défaite; en quelques instants les Impériaux étaient en pleine déroute, et Philippe vainqueur, agenouillé sur le champ de bataille, faisait vœu d’élever une abbaye, qu’il fonda depuis sous le nom d’ Abbaye de la Victoire.
La journée de Bouvines est une grande journée dans notre histoire. C’est la première grande bataille livrée par des Français; c’est la première fois que le peuple fait preuve en grand de sa force, et commence à compter pour quelque chose dans les destinées nationales : enfin la victoire de Philippe consacrait à jamais le progrès immense qu’avait fait sous lui la royauté, et donnait une terrible leçon pour l’avenir à la féodalité, s’il lui prenait désormais fantaisie de se rebeller.
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