RENDANT LA JUSTICE
e règne qui devait laisser de si profondes traces dans l’iiistoire commença par de cruels embarras; mais la régente, Blanche de Castille, sut mener à bonne fin la guerre avec les seigneurs qui en étaient venus à contester la double légitimité de la naissance et du sacre. Enguerrand de Coucy en fut pour ses frais de manteau fleurdelisé, et ce grand effort de la féodalité ne tourna qu’à sa confusion. La Bretagne, dans la personne de son duc turbulent, s’humilie aux pieds du jeune roi, que son mariage avec Marguerite de Provence rendit l’arbitre des intérêts féodaux tant au Nord qu’au Midi. Vienne maintenant l’Angleterre avec sa vieille haine, le roi est majeur, et il achève à Saintes par une bataille ce qu’il a si noblement commencé à Taillebourg par un coup d’éclat. Il y avait longtemps que la France n’avait eu un tel souverain.
Ce n’était pas assez pour la royauté capétienne d’avoir reconquis ses droits à la pointe de l’épée, et de s’être faite puissance territoriale, il fallait pour consacrer son triomphe qu’un homme doué d’assez de vertus pour être un saint, sans cesser d’être un grand roi, vînt lui donner quelque chose de religieux et de sacré, et lui gagnât l’amour de l’Église et du peuple, qui, jusqu’alors, ne l’avaient servie que par intérêt. Tel fut le rôle sublime qui échut à saint Louis, et c’est pour cela que son nom est demeuré dans l’histoire entouré d’une glorieuse auréole.
Le souvenir du chêne de Vincennes est un des plus populaires de notre histoire ; et, sans contredit, c’est un de ceux qui ont le mieux servi les intérêts de ce qu’on appelait la monarchie française. Laissons parler Joinville, acteur lui-même dans ces scènes patriarcales :
« Lorsque le sire de Nesle, le comte de Soissons, moi et autres des siens amis, avions été le matin à la messe, il falloit que nous allassions ouïr les Plaids de la porte ; puis le bon roi nous envoyoit quérir, et nous demandoit