‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 18 sur 112 · FUNÉRAILLES DE DU GUESCLIN · texte numérisé non relu

FUNÉRAILLES DE DU GUESCLIN

es trois frères de Charles V avaient été parfois l’utile appui, plus souvent le grand embarras de son règne : il avait écarté des affaires le duc de Berri, que son incapacité rendait peu redoutable; il s’était assuré du duc de Bourgogne, en l’aidant à s’élever à une fortune qui devait combler ses vœux les plus hardis; il réussit moins bien à l’égard du duc d’Anjou, le plus dangereux, le pire des trois. Pour donner un aliment à sa farouche ambition , il s’était vu obligé de lui livrer le gouvernement du Languedoc, avec des pouvoirs presque illimités et l’abandon de tous les impôts de cette belle province. L’administration du duc Louis n’y fut qu’une longue tyrannie. Toujours entouré d’un faste royal , préoccupé de l’espoir de conquérir une couronne, soit en Espagne, soit en Italie, le duc ne songeait qu’à grossir son trésor par tous les moyens et à s’attacher les nobles et les gens de guerre, montrant au reste de la population un insolent mépris.

Le cri de détresse du Languedoc monta cependant jusqu’à Charles V, et le roi, sinon par humanité, au moins par prudence, accorda une tardive satisfaction à ce malheureux pays : il craignit que le Languedoc, poussé au désespoir, ne se tournât anglais ; il abolit tous les aides et fouages, révoqua le duc d’Anjou, pendant que ce prince était à Avignon, occupé à débattre d’ambitieux projets avec le pape Clément VII et les agents de la reine de Naples, et il chargea une commission d’aller réformer les abus en Languedoc.

Ce que Charles Y fit de plus sage pour le Languedoc, ce fut d’en donner le gouvernement au comte de Foix, seigneur très-populaire dans tout le Midi : les frères du roi furent mécontents de cette nomination ; mais elle eut le double avantage d’attacher à la couronne le plus puissant seigneur des Pyrénées et de pacifier le Languedoc.

Charles V ne suivit pas d’aussi bonnes inspirations à l’égard de la Bretagne ; il s’attachait à ses plans de conquête avec une opiniâtreté maladive; il ne paraissait plus comprendre cette force invincible des faits contre laquelle il avait toujours évité de se briser jusqu’alors : il avait obligé Clisson et d’autres capitaines à reprendre les hostilités durant l’hiver; elles continuèrent au retour du printemps, entremêlées toutefois de négociations; les Bretons ne combattaient la France qu’à regret, et, tandis que Montfort pressait, par ses envoyés, les secours d’Angleterre , les trois États de Bretagne écrivaient au roi pour protester de

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