FUNÉRAILLES DE DU GUESCLIN
leur désir de rester fidèles à la couronne de France. Charles Y répondit qu’il ne refuserait pas de recevoir à merci ses sujets bretons ni Jean de Montfort, et qu’il accepterait l’arbitrage du comte de Flandre. Ce n’était pas un pardon individuel que demandaient les Bretons, mais la ratification du rétablissement de Montfort sur le siège ducal. On ne put s’entendre, et les États de Bretagne adhérèrent, non sans regret, aux traités de leur duc avec l’Angleterre.
Une partie de l’été se passa sans incidents graves : le roi s’attendait à une prochaine descente des Anglais , et s’apprêtait à un puissant effort contre eux. En attendant les Anglais, Charles Y, sentant l’impossibilité d’employer Du Guesclin contre la Bretagne, avait envoyé le connétable dans le Midi. Plusieurs compagnies anglaises et gasconnes s’étaient reformées, et, par d’audacieuses expéditions, s’étaient saisies de divers châteaux en Limousin, en Auvergne et sur les frontières du Languedoc. Les communes du Languedoc, à peine débarrassées du duc d’Anjou, offrirent au roi une aide de trois francs par feu, la gabelle du sel et l'impôt des douze deniers pour livre, afin qu’il les débarrassât du voisinage des compagnies. Le roi leur expédia messire Bertrand , qui , dans les premiers jours de juillet, vint mettre le siège devant Chàteauneuf de Randon, forteresse située dans les montagnes du Gévaudan, entre Mende et le Puy, et occupée par des Anglais et des Gascons ; « messire Bertrand jura que jamais il ne partirait qu’il n’eût le châtel à son plaisir. » Le maréchal de Sancerre prévint le gouverneur anglais , au nom de Du Guesclin , que toute la garnison serait passée au fil de l’épée si elle était prise d’assaut. Le chef ennemi capitula, et apporta les clefs du château à messire Bertrand ; mais il le trouva étendu sur son lit de mort. Le connétable rassembla le reste de ses forces pour recevoir ce trophée de sa dernière conquête, et rendit l’âme peu de moments après (13 juillet 1380), à l’âge de soixante-six ans. Tel est du moins le récit du trouvère Cuvelier, le chantre de Du Guesclin. Suivant les Chroniques de Saint- Denis, les assiégés ne se rendirent que le lendemain de la mort du connétable et vinrent déposer les clefs de la place sur les genoux du héros expiré.
La mort de ce grand homme de guerre causa dans le royaume un deuil universel; il était chéri des gens d’armes, pour lesquels il se dépouillait de son dernier florin quand le roi ne lui envoyait pas de quoi les payer, et le peuple se souvenait qu’il avait débarrassé la France des grandes compagnies et chassé les Anglais de maintes provinces. Les poètes déplorèrent sa fin dans des ballades qui exprimaient fidèlement la douleur publique. Charles V fit arrêter au Mans le corps du connétable, que l’on conduisait à Dinant, selon ses dernières volontés, et commanda qu’on l’amenât à Saint-Denis dans la sépulture des rois.