‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 21 sur 112 · JEANNE D’ARC A ORLÉANS · texte numérisé non relu

JEANNE D’ARC A ORLÉANS

métaphysique y brille cl’une splendeur sans nuage, et qui semblait pourtant devenue de circonstance par son appel à l’inspiration divine et à l’Esprit de vie.

Les troupes campèrent pendant la nuit en pleins champs : le lendemain matin, Jeanne, quoique fatiguée et malade d’avoir pour la première fois reposé tout armée sur la dure, reçut la communion devant l’armée en bataille; une multitude de soldats, passant brusquement de la débauche et de l’indifférence à l’enthousiasme et à la foi, vinrent s’agenouiller devant les prêtres qui entouraient Jeanne. Le convoi retarda la marche de l’armée , qui arriva en vue d’Orléans seulement le troisième jour (29 avril). Ces prêtres, ces chants, ces bannières inconnues, cet appel inusité, frappèrent les Anglais d’une crainte superstitieuse : les généraux, voyant la disposition de leurs troupes, les tinrent enfermées. Les Français défilèrent devant les postes ennemis de la rive gauche de la Loire , et gagnèrent le bord du fleuve au-dessus de la bastide anglaise de Saint-Jean le Blanc : la Pucelle avait insisté pour qu’on se dirigeât sur la ville du côté de la Beauce, où était la plus grande puissance des Anglais; mais les chevetaines français, jugeant l’entreprise trop hardie, avaient trompé Jeanne et l’avaient menée à son insu par la route de la Sologne. L’événement donna raison à Jeanne : l’armée, en se présentant par la rive gauche, avait le fleuve entre elle et la ville; les communications n’étaient possibles que par eau; or, les grands bateaux à voiles préparés dans Orléans pour recevoir les secours ne pouvaient, à cause des basses eaux, prendre port qu’à Chéri, à deux lieues à l’est de la ville, et le vent contraire les empêchait de remonter la Loire.

L’embarras était extrême : Jeanne, au lieu de reprocher à ses compagnons d’armes leur manque de confiance, les encouragea et leur garantit que le vent allait changer : on côtoya la rivière jusqu’à Chéri; le vent changea sur ces entrefaites, et les bateaux, conduits par le bâtard d’Orléans et par le commandeur de Giresine, arrivèrent à toutes voiles après avoir passé sans dommages sous les canons des bastides anglaises. Les plus enthousiastes des compagnons de Jeanne crurent voir les eaux monter et s’enfler subitement sous les nefs qui venaient au-devant de la Pucelle. Jeanne descendit dans les nefs avec tout le convoi et deux cents lances. La Pucelle entra le soir dans Orléans, armée de toutes pièces, montée sur un cheval blanc et faisant porter devant elle sa blanche bannière : elle alla droit à la cathédrale, aux acclamations des bons gens de la ville , hommes, femmes et petits enfants, qui faisoient telle joie comme s’ils vissent Dieu descendu parmi eux.

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