AVRIL
es apprêts de l’expédition d’Orléans furent bien longs au gré de l’impatience de Jeanne : les gens d’armes se rassemblaient lentement et sans prendre grande part aux espérances populaires : l’argent manquait pour les payer, et l’on ne put leur donner que le 21 avril les arrhes de l’entrée en campagne. Tous les obstacles furent enfin levés, et Jeanne arriva le 25 avril à Blois, avec le chancelier de France et le grand maître de l’hôtel du roi, Jean de Gaucourt. Elle produisit à Blois le même effet que partout ailleurs; elle réunit une espèce de bataillon de prêtres, à la tête duquel elle mit son chapelain, frère Pasquerel, avec une bannière représentant le Christ sur sa croix; des soldats en état de grâce servaient seuls d’escorte à cette troupe sacrée.
Le bruit des choses extraordinaires qui se passaient à Chinon, à Poitiers, à Blois, était parvenu dans les murs d’Orléans et dans le camp des Anglais; les Orléanais, réduits à une profonde détresse, renaissaient à l’espérance; les Anglais, qui n’admettaient pas que Jeanne pût être l’envoyée du ciel, commençaient à croire qu’elle pouvait bien être au moins l’instrument de l’enfer, et l’attente de cet ennemi surhumain répandait parmi eux une vague terreur. Du 24 au 28 avril, six cents combattants, divisés en plusieurs détachements, s’introduisirent dans la ville, et y annoncèrent l’approche du grand secours. Pendant ce temps, un héraut apporta aux généraux anglais une lettre de l’étrange chef de guerre qu’ils allaient avoir à combattre : les voix avaient ordonné à Jeanne d’offrir la paix aux Anglais avant de les frapper du glaive.
Jeanne suivit de près sa lettre : le 27 avril , elle sortit de Blois avec six à sept mille combattants, escortant un grand convoi de vivres et de munitions. A côté d’elle chevauchaient le maréchal de Boussac, le grand maître Gaucourt, l’amiral de Culant, le sire de Retz, I,a Hire. Jeanne portait le harnois aussi gentiment que si elle n’eût fait autre chose de sa vie. Elle avait fait défendre les jurements et blasphèmes, exhorter les soldats à se confesser, et chasser toutes les folles femmes qui suivaient les gens de guerre. En tête de l’armée marchait la cohorte des prêtres chantant pour chant de guerre le Veni, creator Spiritus, cette hymne qui semble n’ètre d’aucun temps ni d’aucune secte, tant la vérité