‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 23 sur 112 · FÉVRIER · texte numérisé non relu

FÉVRIER

n traité fut conclu, le I I janvier 1 495, entre le roi et le pape : Alexandre, rassuré pour sa personne et bien résolu d’avance à violer ses serments à la première occasion, subit à peu près toutes les conditions qu’il plut à Charles de lui imposer; Alexandre s’obligea de laisser au roi Civita-Vecchia et de lui livrer Terracine et Spolète , comme places de sûreté, jusqu’après la conquête de Naples , de recevoir en grâce les cardinaux et les barons romains du parti français; et il consentit de plus que le cardinal de Valence, son fds bâtard, suivît le roi à Naples avec le titre de légat, mais en réalité comme otage. C’était ce trop fameux César Borgia , qui semblait n’être né, dit Guicciardini , quafin qu’il se rencontrât un homme assez scélérat pour exécuter les desseins de son père Alexandre VI (1. i, § 4).

La terreur régnait cependant à la cour de Naples : déjà un corps franco-italien, détaché de l’armée française, avait pénétré par la Sabine dans les Abbruzzes, et les populations, au lieu de s’armer pour défendre la dynastie aragonaise, se révoltaient partout en faveur des Français, tant le despotisme cupide et sanguinaire du roi Alphonse et de son prédécesseur Ferdinand avait jeté de ferments de colère dans les esprits. L’arrogant et belliqueux Alphonse restait à Naples , immobile et comme frappé de stupéfaction. Aussitôt que son Fds fut de retour de Rome, il abdiqua en faveur de ce jeune prince, espérant qu’on ne l’envelopperait pas dans la haine qu’on portait à ses devanciers, puis il se réfugia en Sicile, sur les terres de son parent Ferdinand le Catholique : il mourut quelques mois après au fond d’un couvent de Mazzara.

Le nouveau roi Ferdinand II essaya d’arrêter les Français à l’entrée de la terre de Labour : il alla se poster avec toutes ses forces dans les défilés de San- Germano, près du Garigliano, pour y attendre Charles VIII; son courage était ranimé par la nouvelle de la rupture qui venait d’éclater entre la France et l’Espagne : don Antonio de Fonseca, ambassadeur des Rois Catholiques près Charles VIII , avait déclaré au roi de France que ses maîtres ne souffriraient pas qu’il imposât sa domination à toute l’Italie, fit violence au pape, et détrônât de vive force la dynastie aragonaise de Naples. Cette protestation excita un furieux orage parmi les chefs de l’armée française, qui reprochèrent à l’ambassadeur,

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