CHARLES VIII A NAPLES
dans les termes les plus durs, la perfidie de ses maîtres, et la violation de promesses qui leur avaient valu le Roussillon et la Cerdagne; Fonseea répondit en déchirant publiquement le traité de Barcelone. Mais la protestation de l’Espagne et l’abdication du roi Alphonse n’arrêtèrent ni l’invasion française ni la révolution napolitaine. Il était trop tard! Charles VIII avançait à grandes journées : deux petites places de la campagne de Rome, appartenant à des barons de la faction aragonaise, ayant osé résister à l’armée d’invasion, furent emportées d’assaut, et tout ce qui s’y trouva fut passé au fil de l’épée. Cette effroyable manière de guerroyer, qu’on ne pratiquait plus en Italie depuis plusieurs siècles , dit Guicciardini , porta l’épouvante parmi les troupes de Ferdinand II, déjà ébranlées dans leur fidélité : l’infanterie napolitaine se débanda à l’approche de l’avant-garde française ; Ferdinand ramena ses gens d’armes à Capoue, espérant défendre le passage du Vulturne; le bruit d’une sédition à Naples le força de courir vers sa capitale : il partit en promettant à ses capitaines et aux habitants de Capoue de revenir le lendemain : il rétablit l’ordre à Naples, et raccourcit à Capoue , mais les portes lui furent fermées; un de ses principaux capitaines, le Lombard Jean-Jacques Trivulce (Trivulzio ou Trevolcio), qui depuis joua un très-grand rôle dans les guerres d’Italie, venait de traiter avec les Français, pour le corps qu’il commandait et pour les habitants de Capoue; les deux autres généraux, le comte de Pitigliano et le Romain Virgile des Ursins ou Orsini, s’étaient retirés à Nola, et il ne restait plus à Ferdinand une compagnie d’hommes d’armes disposée à combattre pour sa cause.
Le malheureux prince retourna à Naples; mais déjà la multitude se soulevait dans cette capitale avec une nouvelle fureur : Ferdinand, voyant tout perdu, brûla et coula à fond tous les vaisseaux qu’il ne pouvait emmener, laissa quelques troupes dans les châteaux de Naples, et s’embarqua avec son oncle don Fédérigo ou Frédéric, pour l’île d’ischia, d’où il gagna la Sicile avec une quinzaine de galères qui lui restaient. Le lendemain (22 février) le roi Charles entra dans Naples, au milieu des acclamations du peuple entier, et d’une allégresse si générale qu’on eût dit qu’il était le père et le fondateur de la ville : le roi de France avait gagné le cœur de ces populations mobiles et ardentes, en accueillant gracieusement les députés qui lui présentèrent les clefs de Naples, en leur octroyant de grands privilèges pour leur cité, et en diminuant de 200,000 ducats les impôts du royaume. Les châteaux de Naples, le Château-Neuf et le château de l’OEuf capitulèrent au bout de peu de jours , et tout le reste du royaume, sauf Blindes, Bari, Otrante, Gallipoli, Reggio et deux ou trois forteresses, se soumit en quelques semaines. Le bruit du triomphe des Français passa la mer et alla porter l’épouvante parmi les Turcs et l’espoir dans le cœur des Grecs.
(Avril (498 •)