LES ÉTATS GÉNÉRAUX SOUS LOUIS XII
sentir à la demande qu’on lui avait faite , qui était de manquer à la parole qu’il avait donnée par mariage au roi des Romains et au roi de Castille. La chose fut examinée avec grande application, et tous conclurent que le roi n’était point obligé à tenir ce traité, parce qu’il n’avait pu le faire; d’autant que , par le serment qu’il avait fait à son sacre, il était obligé par dessus toutes choses à procurer la sûreté de ses sujets et le bien général du royaume ; qu’il n’était point en son pouvoir d’aliéner le domaine de la couronne, à moins qu’il n’en revînt un avantage plus considérable à l’État; qu’enfin , quelques traités et quelques serments qu’il eût faits, ils ne pouvaient obliger personnellement la princesse, qui était alors et encore en bas âge; que quand même on en serait venu jusqu’aux fiançailles, ce qui n’était pas, elle n’aurait par cette raison aucun engagement.
« Le roi , convaincu par tant de raisons , qui ne lui persuadaient rien de contraire à ses inclinations, ordonna l’assemblée générale des états pour le lendemain, où il leur déclara qu’il accordait à leur zèle pour sa gloire et les intérêts de ses peuples ce qu’ils lui avaient demandé avec de si pressantes instances ; que la princesse n’épouserait point le duc de Luxembourg, et qu’il consentait à son mariage avec François , comte d’Angoulême , son héritier présomptif. Ce fut une joie incroyable dans toute l’assemblée, que la plupart exprimèrent plus par leurs larmes que par leurs discours; le roi en fut si touché lui-même, qu’il ne put retenir les siennes.
« Il mit le comble à cette joie lorsque , le vingt et unième jour de mai , fête de l’Ascension , la princesse fut fiancée au prince en présence de toute la cour, par le cardinal d’Amboise; et ensuite le roi congédia les états. »