‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 32 sur 112 · BAYARD BLESSÉ AU SIÈGE DE BRESCIA · texte numérisé non relu

BAYARD BLESSÉ AU SIÈGE DE BRESCIA

mencement ce sont des lions, mais à la fin ce ne sont que des femmes! » Les aventuriers et les gendarmes revenaient opiniâtrément à la charge aux cris de : France! France! Bayard! Bayard 1 Gritti entendant ce nom qu’il connaissait bien, en fut peu réjoui. « Comment! s’écria-t-il, ce Bayard est donc partout? Mes amis, jetez-vous sur celui qui marche le premier; car, si vous pouvez défaire ce Bayard, tout est défait. » Mais l’éloquent et sage provéditeur parlait mieux qu’il ne rompait une lance, et ses soldats n’en reculèrent pas moins. « Seigneur Gritti, ce n’est pas feu de paille, c’est feu grégeois qui brûle toujours, » lui répondit le bon chevalier en franchissant le rempart à la tête de ses gens.

Ce bastion finit par rester aux Français, jonché de morts de part et d’autre. Mais un capitaine vénitien , saisissant l’instant où Bayard chancelait sur les décombres, l’atteignit au haut de la cuisse d’un coup de pique si violent, que le bois se rompit et que le fer demeura dans la blessure avec le reste du fût. La douleur qu’il ressentit ne l’empêcha pas de couper le bois avec son épée et d’essayer d’avancer, nonobstant que la pointe fût restée bien avant dans sa cuisse; mais le sang jaillissait à gros bouillons, et s’il n’eût été soutenu par deux de ses archers, le bon chevalier allait mesurer la terre.

« Mon compagnon, dit-il au capitaine Molart, faites marcher vos gens et les miens; la ville est gagnée; pour moi, je n’y entrerai point, car je suis mort. » Le bon seigneur, désolé et furieux de la perte de son bon ami et voisin, fondit sur les ennemis, sacrifiant à sa vengeance tout ce qui se présentait devant lui.

Nemours , qui suivait de près , en apprenant la blessure que venait de recevoir Bayard à la prise du bastion, n’en ressentit pas moins la douleur que si lui-même il eût reçu le coup. « Messeigneurs , mes amis, s’écria-t-il, vengeons sur ces vilains la blessure du plus accompli chevalier qui fût au monde; suivez-moil »

Pendant une semaine environ que séjourna Gaston dans Brescia , il ne fut pas un seul jour sans aller au moins une fois visiter le bon chevalier, et le réconforter le mieux qu’il pouvait. « Hé! monseigneur de Bayard, mon ami, lui disait-il, dépêchez-vous de guérir; car, d’ici à un mois, il nous faudra livrer bataille aux Espagnols; et, pour tout ce que je possède, je ne voudrais pas la donner sans vous! — Monseigneur, s’il doit y avoir bataille, croyez que, poulie service du roi et l’amour de vous , je me ferai plutôt porter en litière que de ne pas m’y trouver. »

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