‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 43 sur 112 · BATAILLE DE ROCROI · texte numérisé non relu

BATAILLE DE ROCROI

ouïs XIII n’avait pas rendu le dernier soupir que les quelques mois entre sa mort et celle de Richelieu avaient vu accourir en France tout ce que le despotisme du cardinal avait jeté de proscrits hors du royaume. Dieu sait quels concerts de voix suppliantes la reine eut à écouter ! A l’un il fallait rendre les terres confisquées, à l’autre son gouvernement de province, à tous de fortes indemnités. La France était au pillage et personne n’était content. Les importants, parmi lesquels figurait le duc d’Enghien, faisaient blanc de leur épée. Mais il s’arrache bientôt à cette guerre d’intrigues dont la duchesse de Chevreuse est le chef avoué, et le voilà en Flandre opposé à l’habile don Francisco de Mellos, qui ne projetait rien moins que l’envahissement de la Champagne et des provinces adjacentes. Auprès de ce général improvisé, de ce prince de vingt ans, se pressent de vieux soldats, le maréchal de l’Hospital, Gassion, surnommé le Brave, d’Espernon; la Ferté-Senneterre, laVallière, et Sirot, qui avait fait le coup de pistolet avec trois rois et percé d’une balle le chapeau de Gustave-Adolphe. Laissons parler Bossuet, l’admirable panégyriste du vainqueur de Rocroi.

« Don Francisco de Mellos l’attend de pied ferme; et sans pouvoir reculer, les deux généraux et les deux armées semblent avoir voulu se renfermer dans des bois et dans des marais, pour décider leur querelle, comme deux braves en champ clos. Alors, que ne vit-on pas? Le jeune prince parut un autre homme. Touchée d’un si digne objet, sa grande âme se déclara tout entière; son courage croissait avec les périls et ses lumières avec son ardeur. A la nuit qu’il fallut passer en présence des ennemis, comme un vigilant capitaine , il reposa le dernier; mais jamais il ne reposa plus paisiblement. A la veille d’un si grand jour, et dès la première bataille, il est tranquille, tant il se trouve dans son naturel ; et l’on sait que le lendemain , à l’heure marquée , il fallut réveiller d’un profond sommeil cet autre Alexandre. Le voyez-vous comme il vole, ou à la victoire, ou à la mort? Aussitôt qu’il eut porté de rang en rang l’ardeur dont il était

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