‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 47 sur 112 · PASSAGE DU RHIN · texte numérisé non relu

PASSAGE DU RHIN

our pénétrer dans le cœur des Provinces-Unies , il y avait encore un cours d’eau à franchir. En se portant à la droite du Rhin , on avait tourné le Wahal, fleuve profond et bordé de nombreuses forteresses : restait ou le Lech ou l’Yssel, qui met le Lech en communication avec le Zuiderzée par le canal de Drusus. Le Lech protégeait l’île de Betaw : l’Yssel couvrait la province d’Utrecht. Les États Généraux avaient fait élever derrière l’Yssel une espèce de boulevard qui s’étendait d’Arnheim à Zutphen, sorte de travail fort dispendieux, mais utile, puisqu’il n’est jamais possible de garnir suffisamment des lignes d’une telle étendue. Le prince d’Orange était là posté avec une armée de vingt-cinq mille hommes : c’était tout ce que les États avaient pu mettre en campagne, les garnisons ayant absorbé le reste de leurs forces.

Le roi, de l’avis de Condé et de Turenne, résolut de forcer le passage du Lech et cl’envahir l’île de Betaw. Le Lech, ou bras septentrional du Rhin, est fort large, mais moins profond que le Wahal, qui emporte la meilleure partie des eaux du grand Rhin : le printemps sec et chaud de 1 G72 avait encore beaucoup réduit le volume ordinaire des eaux. La pointe du Betaw était défendue par le fort de Schenk, place fort renommée dans les guerres passées. On décida de passer plus bas, en face d’une tour appelée Tol-Huys ou la Maison du Péage. Le prince d’Orange, campé près d’Arnheim, au point de jonction du Lech et du nouvel Yssel, ou canal de Drusus, surveillait à la fois les deux rivières : averti que les Français sondaient le Lech sur divers points, il dépêcha un corps de troupes pour garderies passages du fleuve; mais le commandant, qui était un transfuge français nommé Montbas, visant probablement à obtenir sa grâce de Louis XIY, abandonna son poste et envoya ses soldats à Nimègue, sous prétexte de garantir cette ville. Orange , à la nouvelle de cette désertion, se hâta d’expédier le général allemand Würtz avec douze cents soldats, que six mille autres devaient suivre le lendemain avec de l’artillerie.

Ce renfort n’eut pas le temps de rejoindre Würtz. Le même soir où Würtz arrivait à Tol-Huys, Louis XIV accourait avec sa maison au camp de Condé, établi en avant d’Emmerick (1 1 juin). Le roi et le prince se portèrent , par une marche de nuit, en face de Tol-Huys. Condé avait dessein de jeter un pont de

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