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LE DUC D’ANJOU DÉCLARÉ ROI D’ESPAGNE

sentiment clés puissances maritimes était nécessaire, s’entendit avec elles pour proposer, le 1 1 octobre 1 698 , un projet de partage suivant lequel le prince de Bavière aurait acquis le continent d’Espagne et les colonies , et les autres compétiteurs se seraient partagé les possessions -de l’Espagne en Italie et dans les Pays-Bas. La mort du prince de Bavière, 6 février 1699, fit renaître toutes les difficultés de ce grand procès.

Enfin la mort qui s’approchait, et plus encore l’influence du cardinal Porto- Carrero, déterminèrent le roi Charles II à faire, le 8 octobre 1700, un testament dans lequel Philippe d’Anjou fut institué héritier sans partage de la monarchie espagnole , avec clause de substitution en faveur de l’archiduc Charles d’Autriche en cas de non-acceptation de la part de la France. Le roi mourut le 1er novembre suivant. Louis XIV hésita quelques moments. Il eût voulu à cette époque écarter la guerre qui se préparait. Il se décida cependant pour son petitfils. Dans l’intérêt de sa couronne et de la France, il semble qu’il était impossible de prendre un autre parti.

Telle est l’appréciation lucide que nous donne Heeren. Écoutons maintenant le récit de Saint-Simon :

« La cour se trouva fort grosse à Versailles , que la curiosité y avait rassemblée... Le 16 novembre, le roi, au sortir de son lever, fit entrer l’ambassadeur d’Espagne dans son cabinet, où M. le duc d’Anjou s’était rendu par les derrières. Le roi, le lui montrant, lui dit qu’il pouvait le saluer comme son roi. L’ambassadeur se jeta à genoux à la manière espagnole et lui fit un assez long compliment en cette langue. Le roi lui dit qu’il ne l’entendait pas encore et que c’était à lui à répondre pour son petit-fils. Tout aussitôt après le roi fit ouvrir les deux battants de la porte de son cabinet et commanda à tout le monde d’entrer; puis , passant majestueusement les yeux sur la nombreuse compagnie : Messieurs, leur dit-il en montrant le duc d’Anjou, voilà le roi d’Espagne. La naissance l’appelait à cette couronne, le feu roi aussi par son testament; toute la nation l’a souhaité et me l’a demandé instamment : c’était l’ordre du ciel , je l’ai accordé avec plaisir. Et se tournant vers son petit-fils : Soyez bon Espagnol, c’est présentement votre premier devoir; mais souvenez-vous que vous êtes né Français pour entretenir l’union entre les deux nations; c’est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l’Europe. »

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