‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 60 sur 112 · BATAILLE DE FONTENOI · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FONTENOI

Ce corps gagnait du terrain, toujours serré, toujours ferme. Le maréchal de Saxe, qui voyait de sang-froid combien l’affaire était périlleuse, fit dire au roi qu’il le conjurait de repasser le pont avec le Dauphin, qu’il ferait ce qu’il pourrait pour remédier au désordre. « Je suis bien sûr qu’il fera ce qu’il faudra, répondit le roi, mais je resterai où je suis. » Le succès d’une dernière attaque était incertain; le maréchal de Saxe, qui voyait la victoire ou l’entière défaite dépendre de cette dernière attaque, songeait à préparer une retraite sûre. Un conseil assez tumultueux se tenait auprès du roi, on le pressait de la part du général et au nom de la France de ne pas s’exposer davantage.

Le duc de Richelieu, qui servait en qualité d’aide de camp du roi, arriva en ce moment. « Quelle nouvelle apportez-vous? lui dit le maréchal de Noailles; quel est votre avis? — Ma nouvelle, lui dit le duc de Richelieu, est que la bataille est gagnée si on le veut; et mon avis est qu’on fasse avancer dans l’instant quatre canons contre le front de la colonne; pendant que cette artillerie l’ébranlera , la maison du roi et les autres troupes du roi l’entoureront; il faut tomber sur elle comme des fourrageurs. » Le roi se rendit le premier à cette idée. Vingt personnes se détachent, le duc de Pecquigny va faire pointer ces quatre pièces , le duc de Richelieu court à bride abattue , au nom du roi , faire marcher sa maison. Le prince de Soubise rassemble ses gendarmes, le duc de Chaulne ses chevau-légers ; tout se forme et marche, les régiments de Chabrillant, de Rrancas, de Brienne, etc., accourent, guidés par leurs colonels; les carabiniers entrent les premiers dans la colonne; les Irlandais les secondent; la colonne, attaquée à la fois de front et par les deux flancs, est mise dans une déroute complète.

En un moment les cris de Victoire 1 et de Vive le roil les chapeaux en l’air, les étendards et les drapeaux percés de balles, les félicitations réciproques des officiers qui s’embrassent , formaient un spectacle dont tout le monde jouissait avec une joie tumultueuse. Le roi était tranquille , allant de régiment en régiment, témoignant sa reconnaissance à tous les commandants de corps; il ordonna qu’on eût soin des blessés et qu’on traitât les ennemis comme ses propres sujets.

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