COURONNEMENT DE L’EMPEREUR
u lieu de tuer le premier Consul eu 1 800 , les machinations anglaises l’ont fait consul à vie; au lieu de le tuer en 1 804, elles le font empereur. L’Autriche, la Prusse ont provoqué le premier Consul à fonder un système d’hérédité. Elles attendaient un roi , c’est un empereur qui se montre à elles. Toutes deux reconnaissent le souverain héréditaire. Louis XVIII proteste contre l’usurpation de son trône; sa protestation est envoyée à toutes les cours; presque toutes la laissent sans réponse.
Si les cours de Berlin et de Vienne ont salué empereur le chef du gouvernement français, si le roi d’Espagne et les autres princes de la maison de Bourbon ont été les plus empressés à lui offrir leurs félicitations, une voix hostile a troublé ces acclamations de l’Europe , celle de la Russie ; entre elle et la France , ce n’est pas encore la guerre, ce n’est, déjà plus la paix.
La reconnaissance de la dignité impériale dans la personne de Napoléon par toutes les puissances, moins la Russie et l’Angleterre, ne lui suffit pas. Il faut qu’une consécration religieuse rende le nouveau trône respectable aux yeux du pays et des étrangers. Quel prêtre est digne de ce ministère, si ce n’est le chef de l’Eglise? Loin de s’abaisser devant la cour de Rome dans le moment où il lui demande une si grande faveur, d’une part il supprime les jésuites, de l’autre il proclame l’intégrité du territoire de la république italienne, ôtant ainsi au saint-siège tout espoir de voir récompenser sa complaisance spirituelle par une augmentation temporelle de puissance.
Eblouie par sa gloire au dehors, par l’importance de ses travaux au dedans, la France se livre sans réserve à un pouvoir qu’elle ne limite plus et qui ne sait plus se limiter lui-même. Tout lui est dévoué par enthousiasme, par intérêt ou nécessité. Les entraves constitutionnelles, dont le maintien eût été un bienfait pour lui-même, ont cédé à son esprit dominateur; ses volontés n’ont plus d’obstacles à craindre.