‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 78 sur 112 · BONAPARTE AU CONSEIL DES CINQ CENTS · texte numérisé non relu

BONAPARTE AU CONSEIL DES CINQ CENTS

Anciens, entouré d’un nombreux état-major où figuraient les premiers généraux de la République, et il eut bon marché de ses auditeurs, dont l’un d’eux observa qu’on éludait le serment à la Constitution de l’an iii. Garat répondit que les paroles du général pouvaient en tenir lieu, et l’on passa outre.

Mais la grande scène n’est pas là. C’est à Saint-Cloud, 19 brumaire (10 novembre), que les curieux attendent le résultat de la lutte engagée. Les acteurs , sauf quelques-uns qui ont de bonnes raisons pour ne pas paraître , ne manquent pas à l’appel. Bonaparte échoue dans son rôle comme orateur, et son frère Lucien le protège de sa toge de président contre le poignard d’Aréna. Les grands mots de tyran, de liberté, sont échangés. Le héros eut peur, il faut le dire. Jamais il ne se trouva dans une échauffourée pareille , et il ne reprit son sang-froid qu’au milieu de ses soldats. Les grenadiers mirent la main à l’œuvre; la baïonnette fit son jeu. Le tambour battit la charge, couvrant les derniers cris de la liberté expirante, et le ridicule de la sortie par les couloirs et les fenêtres acheva la scène, qui de tragique devenait burlesque. Le Directoire fut supprimé; on raya du nombre des représentants soixante et un membres du conseil; Sieyès, Roger-Ducos et Bonaparte furent nommés consuls provisoires et prêtèrent serment en cette qualité. Le gouvernement républicain tombait aux mains d’un seul homme; mais cet homme était Bonaparte, depuis, Napoléon le Grand.

Page 1