‹ Musée de Versailles, ou, Tableux de l'histoire de FranceChapitre 81 sur 112 · BATAILLE D’AUSTERLITZ · texte numérisé non relu

BATAILLE D’AUSTERLITZ

apoléon avait dit au général Berthier : « Avant demain, l’armée russe est à moi. » Ses combinaisons étaient certaines; il fallait avoir déjà fait ses preuves, être bien sûr de soi et des siens, pour dire : vous combattrez, et je ne combattrai pas; pour révéler à haute voix tout le secret de la bataille; pour annoncer prophétiquement les marches et contre-marches de l’ennemi. Cette proclamation est trop curieuse pour ne pas la reproduire :

« Soldats! l’armée russe se présente devant nous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm; ce sont les mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn et que depuis vous avez poursuivis constamment jusqu’ici. Les positions que nous occupons sont formidables, et dès qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc. Soldats! je dirigerai moi-même vos bataillons; je me tiendrai loin du feu si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis, mais si la victoire était un moment indécise, vous verriez votre empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter dans cette journée surtout où il y va de l’honneur de l’infanterie française, qui importe tant à l’honneur de la nation. Que, sous prétexte d’emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu’il faut vaincre ces stipendiés de l’Angleterre qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation. Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi. »

L’exaltation des troupes se prolongea pendant toute la nuit, et les cris de

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