‹ Musée de VersaillesChapitre 42 sur 59 · PAR LOUIS XIV · texte numérisé non relu

PAR LOUIS XIV

« Le roi faisait ce siège ayant avec lui son frère et cinq maréchaux de France, d'Humières, Schombefg, Lafeuillade, Lxixemboui^ et de Lorges. Les maréchaux commandaient chacun leur- jour, l'un après l'autre: Yauban dirigeait toutes les opérations. On n'avait pria encore aucun des dehors de la place. Il fallait d'abord attaquer deux demi-limes ; derrière ces demi-lunes était un grand ouvrage à couronne , paHssadé et fraisé , entouré d'un fossé coupé de plusieurs traverses. Dans cet ouvrage à couronne était encore un autre ouvrage entouré d'un autre fossé. II fallait, après s'être rendu maître de tous ces retranchements , franchir un bras de l'Escaut. Ce bras franchi , on trouvait encore un autre ouvrage qu'on nomme pâté : derrière ce pâté coulait le grand cours de l'Escaut , profond et rapide, qui sert de .fossé à la muraille ; en6n , la muraille était soutenue par de larges remparts. Tous ces ouvrages étaient couverts de canon : une garnison dé trois mille hommes préparait une longue résistance.

Le roi tint conseil de guerre pour attaquer les ouvrages du dehors ; c'était l'usage que ces attaques se fissent toujours pendant la nuit, afin de marcher aux ennemis sans être aperçu , et d'épargner le sang du soldat. Vauban proposa de faire l'attaque en plein jour : tous les maréchaux de France se récrièrent contre cette proposition ; Louvoîs la condamna : Vauban tint ferme, et rallia

le roi à son opinion. ( 17 mars 1677. ) A oeuf heures du matin, les deux compagnies de mousquetaires, une centaine de grenadiers, un bataillon des gardes , un du régiment de Picardie , montent de tous cptés sur le grand ouvrage à couronne. L'ordre était simplement de s'y loger, et c'était beaucoup ; mais quelques mousquetaires noirs ayant pénétré par un petit sentier jusqu'au retranchement intérieur, qui était dans cette fortification, ils s'en rendent d'abord les maîtres. Dans le même temps , les mousquetaires gris y abordent par un autre endroit. Les bataillons des gardes les suivent : on tue et on poursuit les assiégés ; les mousquetaires baissent le pont-levis qui joint cet ouvrage aux autres ; ils suivent l'ennemi de retranchement en retranchement sur le petit bras de l'Escaut et sur te grand. IjCS gardes s'avancent en foule : les mousquetaires sont déjà dans la ville avant que le roi sache que le premier ouvrage attaqué est emporté.

Ce n'était pas encore ce qu'il y eut de plus étrange dans cette action. Il était vraisemblable que de jeunes mousquetaires, emportés par l'ardeur du succès , se jetteraient aveuglément sur les troupes et sur les bourgeois qui venaient à eux dans la rue, qu'ils y périraient ou que la ville allait être pillée ; mais ces jeunes gens, conduits par un cornette tiommé Moissac, se mirent en bataille derrière des charrettes, et tandis que les troupes qui venaient se formaient sans précipitation , d'autres mousquetaires s'emparaient des maisons voisines pour protéger, par leurfeu, ceux qui étaient dans la rue. On donnait des otages de part et d'autre : le conseil de ville s'assemblait ; on députait vers le roi : tout cela se faisait sans qu'il y eût rien de pillé, sans confusion , sans &ire de fautes d'aucune espèce. Le roi fit la garnison prisonnière de guerre , et entra dans Valenciennes, étonné d'en être le maître. »

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