‹ Musée de VersaillesChapitre 46 sur 59 · LE DUC D'ANJOU · texte numérisé non relu

LE DUC D'ANJOU

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L'extinction de la branche cadette d'Autriche dans la personne de Charles II , roi d'Espagne, occasionna cette fameuse querelle de la Succession qui, depuis la paix de Ryswick, occupa presque exclusivement tous les cabinets de l'Europe occidentale, qui provoqua enfin une guerre générale, et dont l'influence se prolongea même fort au-delà du traité qui parut y mettre fin. Cette affaire était d'une haute importance pour l'Europe, et fut considérée sous le double rapport du droit et de la politique; elle fiit traitée entre les gouvernements, et la nation espagnole, quoiqu'elle eût des états, ne fut seulement pas consultée.

Sous le rapport du droit , trois principaux concurrents produisaient leurs prétentions sur la vaste monarchie espagnole. Louis XIV, comme époux de Marie-Thérèse, sœur aînée de Charles II, se présentait pour le dauphin; LéopoldP', empereur d'Autriche, comme époux de Marguerite-Thérèse, sœur cadette du roi d'Espagne, et de plus, en vertu du testament de Philippe IV, proposait à sa place l'un de ses fils du second lit; et l'électeur de Bavière produisait les titres de son fils mineur, Joseph*Ferdinand^ en sa qualité de petitfils de Marguerite-Thérèse. Le droit de première descendance appartenait sans contestation au dauphin de France ; mais on lui opposait les renonciations solennelles de sa mère à tous les titres sur la couronne d'Espagne. Après lui le plus proche héritier était le prince électoral de Bavière. Léopold eût pu triompher de ses deux compétiteurs, s'il eût su prendre le moment opportun, l^fin le duc de Savoie, Victor-Amédée II, intervenait encore pour réclamer une portion de l'héritage.

Quant à la politique, les cabinets européens et surtout les puissances maritimes avaient principalement pour objet de maintenir l'équilibre. L'Espagne et surtout les provinces espagnoles des Pays-Bas étaient d'un grand poids dans cette balance; et soit que ces pays passassent sous la domination de l'Autriche ou sous celle de la France , toute égalité se trouvait détruite , surtout si les deux couronnes venaient à être réunies sur la même tête. Pour prévenir ce danger, Louis XIV avait déclaré depuis long-temps que les droits du dauphin seraient transférés sur le fils cadet de celui-ci, le duc Philippe d'Anjou ; et de son côté l'empereur d'Autri|3he s'était désisté de ses prétentions per-

sonnelles en faveur du second fils de son second mariage, larchiduc Charles.

Ces négociations furent conduites à Madrid durant la vie de Charles II : le comte d'Harcourt, ambassadeur de France, obtint tous les avantages sur le comte de Harrach, ministre de Tempereur. Louis XIV, qui savait combien l'assentiment des puissances maritimes était nécessaire, s'entendit avec elles pour proposer, le 1 1 octobre 1698, un projet de partage suivant lequel le prince de Bavière aurait acquis le continent d'Espagne et les colonies , et les autres compétiteurs se seraient partagé les possessions de l'Espagne en Italie et dans les Pays-Bas. La mort du prince de Bavière, 6 février 1699, fit renaître toutes les difficultés de ce grand procès.

Enfin la mort qui s'approchait et plus encore l'influence du cardinal Porto- Carrero déterminèrent le roi Charles II à faire, le 8 octobre 1 700 , un testament dans lequel Philippe d'Anjou fut institué héritier sans partage de la monarchie espagnole, avec clause de substitution en faveur de l'archiduc Charles d'Autriche en cas de non-acceptation de la part de la France. Le roi mourut le I ^^ novembre suivant. Louis XIV hésita quelques moments. Il eût voulu à cette époque écarter la guerre qui se préparait. U se décida cependant pour son petit-fils. Dans l'intérêt de sa couronne et de la France il semble qu'il était impossible de prendre un autre parti.

Telle est l'appréciation lucide que nous donne Heeren; quant au tableau de Gérard, Saint-Simon est notre meilleur cicérone.

« La cour se trouva fort grosse à Versailles , que la curiosité y avait rassemblée... Le 16 novembre, le roi , au sortir de son lever, fit entrer l'ambassadeur d'Espagne dans son cabinet, où M. le duc d'Anjou s'était rendu par les derrières. Le roi, le lui montrant , lui dit qu'il pouvait le saluer comme son roi. Aussitôt il se jeta à genoux à la manière espagnole , et lui fit un assez long compliment en cette langue. Le roi lui dit qu'il ne l'entendait pas encore, et que c'était à lui à répondre pour son petit-fils. Tout aussitôt après le roi fit , contre toute coutume, ouvrir les deux battans de la porte de son cabinet, et commanda à tout le monde qui était là presque en foule d'entrer; puis passant majestueusement les yeux sur la nombreuse compagnie : Messieurs , leur ditil, en montrant le duc d'Anjou, voilà le roi d'Espagne. La naissance l'appelait à cette couronne, le feu roi aussi par son testament; toute la nation l'a souhaité et me l'a demandé instamment, c'était l'ordre du ciel, je l'ai accordé avec plaisii*. Et se tournant vers son petit-fils : Soyez bon Espagnol, c'est présentement votre premier devoir; mais souvenez-vous que vous êtes né Français, pour entretenir Tunion entre les deux nations; c'est le moyen de les rendre heureuses et de conserver la paix de l'Europe. Montrant après du doigt son petit-fils à l'ambassadeur : S'il suit mes conseils , lui dit-il , vous serez grand seigneur et bientôt ; il ne saurait mieux faire que de suivre vos avis. »

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