‹ Musée de VersaillesChapitre 47 sur 59 · ET SON ÉLÈVE W^^^ DE BLOIS · texte numérisé non relu

ET SON ÉLÈVE W^^^ DE BLOIS

a Le règne de la célèbre Françoise d'Aubigné, femme Scarron , marquise de Maintenon, n'a pas duré moins de trente-deux ans. Née dans les iles de TAuiérique , où son père, peut-être gentilhomme, dit dédaigneusement Saint-Simon, était allé avec sa mère chercher du pain , et que l'obscurité y a étouffés ; revenue seule et au hasard en France » abordée à La Rochelle , recueillie au voisinage par pitié, chez madame de Neuillant, mère de la maréchale duchesse de Navailles, réduite par la pauvreté et par l'avarice de cette vieille dame à garder les clefs de son grenier, et à voir mesurer tous les jours l'avoine à ses chevaux ; venue à Paris à sa suite, jeune, adroite, spirituelle et belle, sans pain et sans parents , d'heureux hasards la firent connaître au fameux Scarron ; il la trouva aimable, ses amis; peut-être encore plus. E}le crut faire la plus grande fortune et la plus inespérable , d'épouser ce joyeux et savant cul-dejatte, et des gens qui avaient peut-être plus besoin de femme que lui, l'entêtèrent de faire ce mariage , et vinrent à bout de lui persuader de tirer par là de la misère cette charmante malheureuse. »

Le mépris va jusqu'à la médisance dans cette notice du gentilhomme biographe. Il ne pouvait pardonner à cette femme de rien d'être devenue reine de France, même à huis clos. Voici l'histoire de sa fortune. Scarron mort (i4 octobre 1660), Fouquet se présente un écrin de grand prix à la main. Fouquet est repoussé : «Je ne me souciais point de richesses, disait la veuve Scarron; j'étais élevée de cent piques au-dessus de l'intérêt; je voulais de l'honneur.» Elle en voulait même dans le mariage; car elle refusa la main d'iui homme de la cour , riche et débauché , dont le nom est inconnu ; et , plus tard ,

c'est la main droite qu'elle exige de Louis XIV. Mais auparavant, que de misères! que de tribulations ! Privée de sa pension par la mort de la reine-mère (janvier 1666) , elle fatigue le roi de ses requêtes ; et , s'il lui dit : a Madame , je vous ai fait attendre longtemps ; mais vous avez tant d'amis , que j'ai voulu avoir seul ce mérite auprès de vous, » son premier mot avait été : <x Quoi ! encore la veuve Scarron !» « Je déplaisais fort au roi , disait-elle ; il me regardait comme un bel esprit... » Bientôt la répugnance tombe, et la pauvre gouvernante, l'institutrice précieuse j qui n'est qu'un accessoire dans ces amours illégitimes du roi , devient le principal; et bientôt le rôle de madame de Maintenon commence. Madame de Montespan, voyant que le cœur du roi lui échappait, engagea le vieux duc deVillars a demander la main de madame de Maintenon , et, piquée du refus de celle-ci, elle se réunit, pour la perdre, avec Louvois, Marsillac et la duchesse de Richelieu ; ils l'accusèrent auprès de la reine de chercher à devenir la maîtresse du roi ; mais la reine disait qu'elle n'avait jamais été si bien traitée que depuis que cette amie du roi était en faveur. C'est dans les bras de madame de Maintenon qu'elle mourut, le 3o juillet i683. Deux ans plus tard, celui que madame de Maintenon renvoie toujours affligé^ vt jamais désespéré^ a fait une nouvelle reine qu'il n'appellera jamais que Madame t mais qui n'en sera pas moins puissante , pas moins ennuyée. «Ne voyez-vous pas, écrit-elle, que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d'y succomber?... Je ne suis plus surprise que la reine Christine soit descendue du trône avec plus de liberté». A ces doléances son frère avait répondu : oc Vous avez donc parole d'épouser Dieu le père ?» Louis XI V ne l'eût pas permis; car, en mourant , il la retenait encore pour l'éternité. « Mon unique regret , disait-il, est de vous quitter. » Il £sillait bien qu'il y eût quelque chose de noble et de grand dans cette femme pour attacher ainsi l'homme qui personnifie l'égoîsme à sa plus haute expression. La considération a été tout à la fois sa fin et son moyen , et elle a £siit triompher son principe : rien n'est plus habile qu'une conduite irréprochable. Voltaire, avec son tact admirable, dégage l'histoire des préventions qui la dénaturent , et présente madame de Maintenon comme beaucoup plus occupée de complaire à celui qui gouvernait, que de gouverner. Quant à son élève, mademoiselle de Blois, seconde fille du roi et de madame de Montespan , devenue grande fille , elle épousa le duc de Chartres , fils de Monsieur, frère du roi, ce qui fit plus de scandale que le mariage du roi Louis XIV avec madame de Maintenon.

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