‹ Musée des monumens français (volume 2)Chapitre 12 sur 12 · ORIGINE DE L'ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

ORIGINE DE L'ARCHITECTURE

IMPROPREMENT APPELÉE GOTHIÇUK*

Observations sur son introduction en France.

Les Francs avaient peu construit j lorsqu'Us . passèrent dans la Gaule. La vue des édifices dus à la magnificence des Romains , fut pour eux un spectacle nouveau qu*ils ne tentèrent pas d'imiter ; car c*est encore , comme sous les Romains , aux artistes g;recs que nous sommes redevables des monumens élevée sous les deux premières dynasties de nos rois, et même jusqu'aux croisades, à la suite desquelles fut introduite une architecture nouvelle.

Après que Ton eut abandonné la simplicité de Tar^ chitecture lombarde ou romaine du Bas-Empire , sa sagesse dans le choix et sa réserve dans remploi des ornemens, il parut une architecture noble, élégante et légère, téméraire même dans l'exécution, et sur la iiolidité de laquelle on n'est rassuré qu'après avoir examiné les voussures et les points d'appui qui constituent réellement les forces de l'édifice. Cette architecture reçut le nom de gothique, parce qu'on regardait les Saxons comme en ayant fait usage avant les autres peuples du nord de TEurope. C'est une erreur. L'architecture lombarde, ou le style romain dé*

DES 'arts du DEs^ter, ii!S

généré 9 paratt avoir été généralement adopté en Eu« rope aux premières époques du Bas-Empirç. Le style fle Tarchitecture saiconne , suivant M* Miliin , passa de la France en Angleterre, et sur-^tout de la Normandie. Les anciens Anglais, ajoute-t-il, à cause de leurs relations avec les Romains , adoptèrent d'abord le goût romain dans la construction de leurs églises- Après la conquête de TAngleterre par les Normande , ce style fut appelé par les moines opiLS ratnanum , parce que c'était une imitation de l'architecture romaine dégénérée. D'après cela, nous^ sonunes auto<* risés à dire que l'architecture saxonne est celle qui se pratiquait en France, sous le règne de Gharlemagne. {Voyez dans les volumes précédensce que nous avons dit de cette architecture.)

S I". L'architecture vulgairement appelée gothique^ est une architecture saraciniquc ; c'est-à-dire , sartazinô ou mauresque.

Les palais, les mosquées, ainsi quelles riches habitations dès Turcs, nous montrent encore cette cons^ traction élégante et hardie dans leur architecture* Les Sarrazins, originaires d'Arabie, s'étant retirés en Syrie vers le septième siècle, après avoir embrassé la religion de Mahomet , se nommèrent des rois , se rendirent puissans , et se firent redouter ; tout céda à la force du glaive et au texte du koran. Formés en colonnes errantes ou mobiles, ils parcouraient ainsi l'Afrique, l'Asie et l'Europe; ils s'emparèrent de l'Es* pagne et pénétrèrent jusqu'au centre de laTranoe, d'où ils furent chassés par Charles Martel. L'Egypte , la Syrie etia Perse faisaient partie de leur empire, et

Il6 .APERÇU ttlSTORlOUB

on sait que c*e8t contre ces peuples ^ que Tan 'app#<v lait infidiitê, que l*on imagina les croisades.

Le nom seul d'infidèle enflamma le courage di» Français, au point que le plus grand nombre de la nation abandonna fenune « enfans et patrie. On vH des hommes vraiment pieux « animés du sèle de. la foi y ayant à leur tète un moine guerrier 5 éttîgrer par troupes, les armes à la main « et faire la couquét* de la terre sainte.

C*est par une suite de la dévotion qui foisail marcher lea Français jusqu'au fond de la Syrie, que les ctoi^ sésy ^ leur retour en France» ont fait imiter la construction des temples que leur valeur restitua au cuk» pour lequel ils avaient versé leur sang.

Saint Louis avait environ vtngt-troîs ans, lorsqu'il se croisa pour la première fois. Suivant Moreri, André Thévet, Félibien j et beaucoup d'autres écrivains, 1} enunena avec lui le célèbre ingénieur £udes de Mob<ceuil OU' Moutereau, et une grande quantité d'artistes et d'artisans, capables de porter les armes et de combattre au besoin : le saint roi avait dessein, dit Mézerai , de fonder des colonies françaises en eo pays. Montreuil, par ordre du roi» forti&a la ville do Jaffa.;

L'Egypte nous offre un assez grand nombre de monumens d'architecture sarraxine , dont le style con-* traste d'une manière singulière avec celui de i'arclûtfscture égyptienne et celui de Tarchitecture grecque^

Parmi les restes de. rarchitecture sarraaine, il &vit çoiyipter les murailles d'Alexandrie, bâties en 876 pour le calife Montah vaLLel , phisieuîs arcades 'do

>£S AHTS DU OESSIK. tlj

Va<)uedae d* Alexandrie restaurées par les Sarrasîus» ce qiii est indiqué «par le style et le goût des chapi*teaax; la mosquée et les débris de Tancien palais des 'Sultans^ au Caire, sont aussi des ouvrage» sarrazins ; pour les connaître 9 il est bon de consulter le grand vuvrage de la commission d'Égyptei Le sultan Sa-^ ladio^^ahedin , dont le véritable nom était Jusêufon. Joseph , a fkit construire un grand nombre de monumens qui portent son nom; de ce nombre sont le . palais de Joseph et le puits de Joseph , espèce de nilomètre, qui font Tornement de la ville du Caire.

A son retour en France , le roi ordonna à cet ar-^

chitecte habile de construire plusieurs églises qu^il

fonda, et dont on £iit monter le nombre à trente-cinq

sur les modèles de celles qu^ils avaient vues en Asie ,

où il les avait étudiées et dessinées«En 1 a58 , saint Louis

ayant acquis de Tempereur Baudouin, moyennant une

forte somme d^argent, la couronne d'épine de notre

'8eigneur, Téponge, les clous et la lance dont il eut

*le cAté percé , il fit bâlir la Sainte - Chapelle de

Paris, pour y déposer ces précieuses reliques. Cet

.édifice^ terminé en 1239 ( Voyez l'Histoire de la

'Sainte-Cfa^elle , par S«-J< Morand, page 27) , ornée

de vitraux magaîfiques , de belles peintures , de

riches dorures et d^incrustations précieuses, était

une imitation parfaite des temples arabes dont nous

.parlons^ Ou en attribue l'exécution à Pierre de Mon-

.treiuil (1) que nous pensons être le même que Eludes^

(i) L'architecte de la Sainte-Chapelle de Paris ^ est Bommé

Montreau ou Monlreuil^ du village près Paris , oii il est ne. Ou

Juiattribue la construction- de plusieurs édifices qui auraient été

- ordonnes par saint Louis j !c icfccLoirc d« Saiat'Gerina!a'des<>

ai8 AfSRCU HISTORIQUB

dont on a pcut-élre fait deui personnages, par erreinr du prénom ; cependant , nous ne TafiBnuons pas 9 Attendu que Joinville, historien de saint Louis,. qu^il arait suivi en terre sainte , ne parle ni de Tun jii de Fantie.

Prëi et la chapelle de la lainte Vierge qui y était cmitigae. Il nonnit le 17 mars 1966 , selon le nécrologe de Saint-Germain , et fot inhume' dam le chœar de cette chapelle , arec Anne , sa femme. Il ^tait fignré tor nne tombe en pierre de liait , aTec one réglé et on compas k la main. Autour de cette tombe était grâTc «a ^i sait t

i^los ptentis montm , vivens doctor iatomorum » Muêterolo naUujacet hic Petruê tmnulatuê , Quem rex eœtonan perducat in alla poiorum »

Christo milieno , bUcento dueno , Cum quinqua^ €io quarto decessit in anno.

Voici Tépitaphe de sa femme :

Ici gitt jénnesfeme jadis Jeu mettre Pierre de Momtereul,

Eudes y ingénieur de saint Louis, est indistinctement nommé Montreiiil ou Montreau, de la Tille de Monterean-Faut-Yonne, oh on le fait naître. LVpicaphe que je Tiens de rapporter lère loos les doutes sur le prénom de rarchitecte de la Sainte-Chapelle ; mais on reste toujours dans Pincertitude sur Eudes de Monirenily dit ilfonCereaM, que les historiens désignent comme ayant soin le loi è la première croisade , et comme ayant censtrait plusieurs églises h son retour à Paris.

On fixe l'achèTement de la Sainte-Chapelle fc l'an isSg, et ce tùl en 1938 1 suÎTant Méaerai , que saint Lonis obtint de Bandonin les saintes reliques pour lesquelles il fit construire cet édifice dans son palais. Il est Trai qu'à son arriTée, le.roi lea dépoea dans la chapelle Saint^Nicota* que Louis -le-Groe avait

ondée en loao , et conyertie .en Oratoire du Palais « soas Tinvocation de la Sainte^Vierge , par Louis-le-Jenne , en 1 160 } mais encore a-t-il fallu plus d'un an pour construire un édifice de

tiatwn^de celui-là.

Il èsl oertain que les Sarrazins empruntèrent euxmêmes le goût de leur architecture des Perses et des Syriens dont ils avaient fait la conquête. Les Arabes donnent encore le noni de Sarrazins à ceux d'entre eux qui courent avidement au butin , comme ils appellent Maures Iw ^ens de travail qui restent dans les villes.

D*aprè9 ce que nous avons dit jusqu'à présent , il parait démontré que l'architecture pratiquée en France depuis le retour des croisades , est une archi«* teciure' saracinique ou sarrazîne, et qu'on n^'a pas dû lui donner le nom de gothique y puisque les Goths n^ont- jamais rien construit dans nos contrées.

Il n'y a donc pas eu d'architecture gothique.

( Planche 245;)

On a an exemple de ce que nous venons d^avancer par les fragmens qni couvrent celte planche ; on y voit des détails et des chapiteaux tires. de l'architectare arabe, en Espagne, de Tarchitecture indienne et chinoise. Fïg, i^^. Coupe d*nne portion d« la galerie du palais de Gordoue, bâtie par les Arabes. Fig, a. Développement de Pun des chapiteaux de cette même galerie. Fig» 3. Encadrement de l'une des portes du même, palais. Fig, 4* E'P^ce de rosace prise d*un monument indien.. /^^. 5.^- Orncme ns chinois.

§ II. Les Français avaient été préparés à l'exécution, de la belle et savante architecture sarrazine par les élémens de mathémathiques. que le célèbre Gerbert, instituteur de Robert-le-Pieux,. avait appris en Espagne des docteurs arabes. Il fut le premier qui introduisit cette science en France;, suivant Mézerai, i( en fit l'application aux arts. du dessin ^ et renseigna publiquement.

i20 A1»SRÇU UISTOKlQtfi

On s'aoeoutonia p«o à peu i ne plu« voir uoe utilité réelle et convenue dans Ioa membres de rarcbiteeture. Aux angles droits , aux fomea arrimdies de ^architecture romaine, on vit suocéder dans celle-ci les angles aigus, et des portions de courbes ûrréguiièrss.

Les premiers chrétiens se réfugiaient dans des lieux secrets pour exercer pHis librement leur culte; mais lorsque Constantin eut embrassé le christianisme» on bâtit des églises sur le nipdèle.des basiliques» doot elles prirent le nom. Les architectes alors adopté-* rent la forme elliptique et celle oblongue» comme étant plus convenables. Ces basiliques s'agrandvcQt par la suite , et on leur donna celle d'une croix romaine ou grecque. Il en résulta uu espace considérable nommé le Cbobvb, exclusivement destiné aux prêtres, qui, par ce moyen , se trouvèrent isolés des assistans qui se tenaient dans ce que Ton appelle ia nef; nous dii*ons plus tard ce que Ton doit entendrs par la nef de Téglise.

Jour annoncer Theure des o£Bces aux fidèles éloignés des églises , lorsque , suivant Fusage primitif àeM clochettes suspendues au dessus de la perte % en eut des cloches plus fortes, il fallut leur assigner une partie de Fédifice capable de les contenir» de sup-" porter leur poids , et de leur permettre un libre mou» vement dans Tair. La nécessité de cet emploi donna l'idée de Mtir des tours , et ce ne fut que plus tard que Ton construisit les fièches et les clochers au dessus des plates-formes; de là, sans doute, qu'on vuil à certaines églises deux tours, une sans flèche, et i'dutre avec une flèche. Les tours furent bâties

Pi.^ty.

S^itàer Je- L^aii^e^^ ^ Çmmpertx>T-anIm/.

VÉS ARTS IHJ l>£âSlif* 121

d^bord vls-à^yis rentrée de relise, puis à edté de rentrée^ Nous avons beaucoup d^exemples de cet usage antique ; mais conuneil en résultait un manque de symétrie, on bAtit une tour à chaque côt^ de Ten** ' trée.

On distingue trois styles dans Tarcbiteoture appelée gothique, dont remploi se prolongea en France juaqu^aii règne de Françoip {*', d'abord, on appuya des voûteit immenses sur des piliers massifs et lourds. I^ forme ogive étitit déjà connue; mais elle est écra-* séô, anlatie, ornée seulemwt de trois gros filets ou moulures saillantes, ovales et en rapport avec sa %ure. Sa division intéirieure.pour les croisées ou. pour toute autre ouyèirtuFe, se compose de trois parties égales entr'elles, dont la formé pour chacune d'elles est ^celle d^une feuille do vigne , de trèûe ou de Uerre, découpée et percée à jour. Les ornemens représentent communément des feuilles de trèfle ou ^e tierre , et des fleurs des champs ; c'est-à-dire des fleurs simples I yamaîs de doubles et toujours indl-'

gènes- Planches 943 et ^47'

Les grATures suivantes pearent senrir de démonstration.. La piemière représente nn cbapiteai) de TancienQe salle basse de rH6 tel-Dieu de Paris y et la seeonde un bénitier de l'église de Qaimper-Corcntin.

L'ornement dont on s'est le plus fréquemment servi , ressemble il une feuille de trèfle , et cette décoration se voit dans tonte sa- beauté k la grande fenêtre orientale du chœur des cathédrales de Paris , de Strasbourg et de Kouen. Pour les rosaçea, on imitait la flear connue sous le nom de marguerite» diie pâquerette , le cbou et le chardon , ain&i que la touffe que présente la réunion d^'S feuillages du plantîn. Nous avons fait mouler plusieurs de ces plantes ,* et nous avons constamment

laa ÂFKAÇU HISTORIQUK

obtenu la roMce doDt il est qaetlioii. Qaelqncfoit on employait . danc les ornemcne les feoillei d'eau et de maore , comme cela se Toit ao chapiteau des églises Saint-Denis et Saint-Germaindes- Près ( ^(>^<*s planche ^^S). On y ajoutait aussi des fignrrs fantastiques, f frayez planche ^^g nu antre chapiteau de Saint* Germain - dcs-Pres.)

Diaprés toutes ces preuves , îl est certain que les^ architectes ont embelli les édiiSces quMls ont cons-traits par divers omemens , dont le règne végétal leur, a fourni le type. A la place des modillous , au dessu»' des corniches , on voit des masques maussadement gais, des tètes de monstres et d^animaux chim|^îques« Voilà ce qui caractérise le premier style, {y ayez le* tombeau de Dagobert, tom. I*', celui d^Abailard et* d^Héloîse, même volimie, et tom. VU, pag. 94» 9^^ et suivantes.)

Le second style 9 ou le perfectionnement /le Tarchitecture gothique, s*opéra au retour de la première croisade de saint Louis , et cette amélioration est due aux architectes que le roi avait emmenés 9 et plus particulièrement à ringénieur Eudes de Montreuil, qui^ diaprés ses ordres, fortifia la ville de Jaffa. Alors, on. développa davantage Tovale de l'ogive ; on éleva considérablement les voûtes , on multiplia les nervures qui en dessinent les airètes , et Tœil peut à peine. a)>ercevoir le nombre de faisceaux , de colonnes légères évidéesy dont la hauteur e$t prodigieuse, et qui sont multipliées à Finfini. Tous les piliers , les creux, des moulures et les frises sont couverts ou remplis par des feuillages et des animaux fantastiques, peints ou sculptés , et souvent dorés. Dans cette espèce d'édifice, le jour ne pénètre plus qu*à travers des découpures sans nombre ; et les artistes de ces temps

t>fiS AATS DU DESSm» 135

là ont poUMé la perfectioD du travail au point de tailler la pierre avec autant de facilité, de légèreté et de finesse qu^on pourrait le faire sur le bois. Voilà ce que présente la chapelle des Grands-Carmes de Metz^ dont on voit ici la gravure.

(Planche a 5o.)

Lacomposiiion pyramidale de ce morceau curîeax qoe noua «Tons fait transporter à la Malmaison , où. il devait être restaare' , est forme d'une maltitade d'ornemens qui sV'lèyent graduellement en pointes, et forment autant de petits clochers plus •Teltes les uns que les autres , et percifs à jonr ; le tont est réuni par mie infinité de petits omemens extrêmement délicats, aussi percés à )onr , et formant un ensemble tellement harmonieux ^ qu'ils semblent avoir été taillés dans un seul bloc de pierre. La principale flèche , travaillée avec la même précision , s'élève k dix pieds au dessus de ceux qui l'accompagnent , ce qui donne à cette partie du monument vingt -huit pieds d'élévation , dont le produit total, si nous ajoutons les dix pieds de soubassement', forme 'un ensemble de trente-huit pieds, k compter du sol.

La figure suivante, planche a5i,.qui n'est pas aussi élégante , mais dont la composition est plus sage et mieux raisonnée , est la contre-partie de la première façade.

Ce fut aussi au. treizième siècle , que Ton vît par raltre dans nos églises les croisées parfaitement ron>des» sculptées à jour comme de la dentelle et fermées par une prodigieuse quantité de petits morceaux de verre, dont les couleurs variées présentent à^Toeil l'éclat d^un parterre émaillé de fleurs. On donne à ces croisées le nom de roses* Les plus riches et les plus belles que Ton connaisse sont celles des cathédrales de Paris , d'Auch, de Chartres et d'Amiens.

Le goût qui distingue le second style de rarchîtectute^^rrazi/ie , passa des grandes constructions auic

J34 AFEACU aiSTOaiQUE

plus ^Hft ooTniges préprM aux lAsafpes d— if«Ufu<» n te dit remarqaar ^ eoflune noiM Pavoiif défà dit» par rélévalion et la havdietsa é% tei voûtea, la fanne de leur oUitre» la légèreté des eatonnes» la variété des chapiteaux , et la multitude ptodigieose des et^ nemens qui offrent uo brillant assemblage de frises , de mosaïques*, de rinceaux et d*entrelas : d'appuis éridés ou découpés > de fleurons et de feuillages distribués avec beaucoup d*art. G*est à cette arcfaiteoture que Ton est redevable de Temploi des vitres peintes dansles églises. Nous avonsfait connaître This^ toire particulière de cet art dans notretixi^ms volume , qui contient Texplication et les gravures des viraux précieux qui ornaient le musée des ntonumens fraiiçais; nous ajouterons à ce premier travaO, de nouvelles observations qui seront l'objet d'un article qur sera imprimé à la fin du tome VIII.

Nous avons parlé plus haut de la partie de l'église appelée nef; nous allons proposer quel<{ues> idées sur ce que l'on doit entendre par cette déiign»tion. Les mages considéraient le ciel comme une arche ; c'est-à-dire 9 comme une nef contenant les Dieux et servant à les faire vojager dans le vague de l'air. A la suite de cette suppositien mystérieuse , les^ anciens architectes ont donné la forme d'une nef à fa plus grande partie des temples qu'ils avaient à bâtir; e'esl-à-dire à celle qui précédait le sanetuaire , aujourd'hui à celle qui précède le chœur. Par une conséquence ^u principe , on a figuré dans cette partie du temple les signes du Zodiaque , les planètes et tout le cortège solaire. A ces représentations naturelles ••e raitacWaient des idées religieuses^ car ees peintures»

DES AKTS I>U DCSSIK. 125

qulfarént imitées dans le» temples chrétiens, tel qu'on le fditeaoofe au portail de Téglise i\otre*-Dame de Pam ; éur ceux de Satnt-'-Dems 9 4e Strasbourg , de Rheims , de la nef de Sainte-Geneviève dont nous avons parlé page 74 ( J^oyez planche 233 ) 9 et sur beaucoup d'autres édifices du même genre bâtis sur-tout à la même époque , ne sont qu'une répétition ébb ^ures qui décoraient l'antre mystérieux du Dieu ^s Persts. Cette imitation sera une preuve do plus que notfé architecture gothique est comme nous l*a« vons dît Sarrazine ou Mauresque.

lies anciens ne couvraient point leurs temples pour mieux contempler les cbefs-d'ceuvre' de la toute-puissance de Dieu. Les Gaulois 9 plus sévères encme pendant la prière, aimaient à jouir, non-seulement de la vue du ciel , mais encore des productions de la terre 9 parce qu'ils les considéraient comme le ré^ suUat des bienfaits de l'Être invisible qui gouverne tout Les Gaulois sacrifiaient dans les bois ou dans les champs ; la voûte du oiel leur servait de temple. Ce serait donc par une tradition non interrompue de ce qui s'était fait en Chaldée , en Perse , en Egypte et dans les Gaules , que dans le nord de TEurope , on peigniiit encqre , dans le treizième siècle , la voûte des églises en bleu d'aeur , avec des étoiles ^ et que l'on représentait intérieurement ou à la porte des églises 5 lès signes du Zodiaque et les opérations agricoles pour cliaque mois ; le tout en forme d^almanach, pomme un usage plus anciennement consacré^ imité des Arabes^Maures au- retour des . premières^ croisades. « Le principal culte des Maures » a dîk < Chénier^( Reehtrcheê Historiques ) , a dû se b<M>

120 AraiiÇn BI^TOAIQtrB

» ner à Tadoratioii da soleil , de la lune et des pfe» » nètes , qui , par leur bienfaisance et par la régu* » larité de lear cours , ont dû inspirer aux honunea 9 les premières idées de la DÎTinité. •

Zodiaque du portail de VÊgiise Notre^Dama^

( Planche dSa. )

Cm sodiaqne , scalpte mt Vunt de» pof les latënJes de T^ glÎM Notre-DaBe, est âne eipèce de calendrier composé de aix colonnet. Snr let première! colpnnes de droite, et de gauche. on a icnlpté perpendicnlairemeot let doaie signes , soiyant Tordre correspondant des domiciles. An haut du côté droit fjîg^> i^^, on voit le Lion , domicile du Soleil ; de Pantre cAté , à gaoche , Jig» 3, le Cancer, domicile de la Lnne. Aa dessus du lAon, fig» 3f les GémauXf domicile de Mercure ^t sont dessiqéa de^ bout, se donnant la main j vient ensnite^J^. 4>1< Tatweati, domicile de Vénns^ plos h9M^ Jig. 5, on remarque le i?é/ier , domicile de Mars j^i^. 6, les Poissons , domicile de Jupiter , et ^8' 7 9 '^ yerteau , domicile de Saturne. Sur le même basrelief , il côté du Verseau , Noé est représenté à chcral snr on monstre marin ^ teilaat son arche de la main droite ; au deaseus du Cancer ^fig» 8, on voit la case- de la Vitrgt qui correspond aux Gémeaux.

Ce qu'il y a de remarquable ici y c'est que le sculpteur ayant figuré la Vierge par une figure ronde de bosse , de six pieds , que Ton voit sur le pilier qui forme le centre de la porte , ' il s'est mis lui-même à la place qu'il devait occuper à la suite des autres signes , et s'y esv représenté taillant la pierre.

Au dessous de la case où devait être la Vierge, on voit^ fig, 9, la Balance, portée par une femme » 1a Balance a été cassée, mais on aperçoit encore le fléau dans les mains de la femme qui est figurée debout, ce signe est le domicile de Vénus. Le Scorpion , domicile de Mars , parait ici sous la^. lo ; plus bas, la^t,^. Il , dessine le Sagittaire, domicile de Jupiter. La tête et les bras de cette figure ont été cassés ; mais son attitude suffit pour reconnaître l'action qui lui est propre. An dessus da

BES ARTS DU UËSSIN. lA/

«c %i%n€^jig. la, on voit le Capricorne représenté arec ud« ^eue de poisson , tel qu'il est dessiné sur les sphères anciennes. Satnme prenait son domicile dans ce signe. Les cases des autree colonnes sont remplies par des figures symboliques caractérisées ^ de manière à peindre Tétat de la température de Fair, ainsi que les= opérations de l'agriculture pour chaque mois de Tannée.

Le troisième style de l'architecture sarrazine est ce qu'on appelle communément le gothique fleuri» Comme les autres styles, il est mauresque. Les voûtes sont élevées et régulières dans leur forme, comme celles du second style ; mais elles sont surchargées d'une prodigieuse quantité d'omemens saillans , dessinés en culs-de-lampe, dont le nombre trop répété nuit à l'unité de l'effet et fatigue la vue. Les colonnes y sont également multipliées et d'une hauteur .prodigieuse. On y voit dps pilastres surchargés de sculptures fantastiques, et des ouvertures carrées qui ne se trouvent pas dans les édifices du premier et du second styles. Les détails des croisées sont irréguliers et n'ont plus la simplicité noble et l'unité des lignes que Ton admire dans les autres; percés aussi à jour , ils représentent des élypses contrariés dans le dessin comùie dans la forme , qui sont désagréables à voir. £nfin , ce genre nouveau , introduit dans l'architecture que l'on appelle gothique , prit naissance vers le milieu du quin« EÎème siècle. L'envié de surpasser les architectes et les sculpteurs des siècles antérieurs fit faire aux artistes de celui-ci des choses inconvenantes , mais extraordinaires ; le clocher de Chartres , les voûtes de l'église Saint-Eustacke , à Paris, et beaucoup d'autres édifices du même genre en sont la preuve.

§. III. Comme nous l'avons déjà dît , il n'y a point p-or-Mfor*''-'* '*'^»^îaue, et si nous consultons This-

128 ÀPmÇU filSTORlQITB

toire, nous terrons quelesOoths se sont plusoeetipés de ravager les proTÎnces de la France par lesquelles ils ont passé j que d*y construire des monumens* D'ailleurs rarchitecture qu'on leur attribue > par sa construction ^ suppose une grande connaissance de la géométrie , de la stéréotomie, des mathématiques et une grande pratique du dessin. Ignfin, ce genre d'architecture une fois admis ^ on vit disparaître les arcs en plein cintre , pour y substituer des voussures élevées et pointues , connues sous le nom d'ogivts.

Ce fut vers le douzième siècle , sous le règne de Philippe - Auguste , qu'en France Tare en ogive a remplacé les cintres parfaits de l'architecture lombarde. L'ogive pialt paivc que aa fntme cst prisc dans la nature , et que dans les rapports linéaires qui constituent son ensemble , on trouve de la grâce et de l'harmonie. Dans l'ogive, nous voyons la forme d'un œuf. En coupant un œuf en deux parties égales, on a précisément un arc ogive , dont les deux points d'appui s'établissent toujours à la moitié de l'œuf. M. Huct, dans un ouvrage imprimé en 1809 , en parlant de l'ogive , a dit : à l'aide des ogives , nous grandissons notre ordonnance , nous acquérons de la légèreté , de la solidité ; en suivant le même système pour nos voûtes , en faisant revivre ces effets de perspective que l'on admire dans nos anciennes basiliques, nous obtenons ce mouvement et cette variété que n'ont jamais les voûtes en plein cintre.

La voûte en ogive , a-t-on dit dans un autre ouyrage , est l'imitation d'une allée d'arbres qui se dessine dans un jardin ou dans une forêt , et l'arcliitec-

»E5 AHTS DU DESSIV* 1 29

lure gothique , dans Porigîne , n*a été que limitatioo des forêts de chênes d?ins lesquelles les Druides sacrifiaient à Esus ou à Teutalès. S'il en était ainsi , les constructions connues sous le nom de gothiques » seraient des constructions celtiques ou gauloises. On se demande aldrs 9 pourquoi elles portent un nom si différent' du peuple auquel on en attribue Tinvention .... Mais 9 quand dans la celtique on ne trou\ e que des peuivens ^ des doimens ou des grottes }

quandy dans les gaules y on ne voit que des constructiods romaines avec des cintres parfaits, des pila&trjes ef des colonnes; quand ce système de bâtir est suivi âous le règne de Gharlemagne et prolongé jusqu'aux croisades, époque où il cessa tout à coup ; quand dans TarchitecturA goil»M|uc il n'y a ni pilastres» nî cintres parfaits ; quand on sait qu'elle était pratiqué^ eh Asie avant de passer en France , on ne peut l'appeler ni celtique y ni gauiatse ; et on est en droit de la désigner par le nom de saracinique ou desar-^ razine , puisqu'en effet ce sont' les Sarrazins ou les Maures qui l'introduisirent en Europe* Pourquoi donc^ persisterait-on à lui conserver un nom qui ne luicon-i^

vient pas?

Nous le répétons , . dans l'arc ogive on trouve

la forme d'un œuf, et nous ne pensons pas qu'il ait jamais, été l'imitation de la voûte que dessinent les arbres dans les forêts , ou que l'on puisse le considérer conime un objet de la fantaisie d'un architecte. \ Plusieurs auteurs ,11 est vrai, ont voulu trouver l'origine de l'architecture gothique et celle de l'ogive , dans la réunion de deux arbres inclinés Tun vers Tautrci. On y verrait , ajoutent-t-îls, le modèle des *

4 )0 APSRCU WSTCmiQU»

r«élei et des arceaux ; les giPOBftm de« ro}«loii* a»- Mmbltfs miour d'un tronc oommmi âtdvf nsUre k» pttiefB groupés c(Ui soutienneBl TMiioc ; les {ohm multipliés et fnterrorapos par des fetiâhigee et les J^râacliet des arbres , furent repréientés pdr )ee roses et lés déoMpures qui pavtagent les fènéMes 4iss as-^ elemies églises. Cette idée tf été eompMtenei»! d4felop)pé«r pàt M. Sali , dans un ntémolte Ibséré dans les tran$aettoriÉ dé ta sociélé royale f Bdlm>b9urg et tlPàdui« da«s la bil^îecllèqtte britaiftt'^iief il rsppofls Me sÉsAls qu'il a ùiïtn potif constraim asoè éss asbsst et des pefobes -des édifices 0olbii|aes qai M ont irës- Blen rétiâ^. Ceci , rapporté asee lout# la gravHé ^'éxigé un mémoire sôiedtii^ue , «eus fafpeHs néannnifns ce que font Ir» Flotta «ndii« Ils olit utto nâ* ttiève de tailler les ifs et les obarmiltes do leurs fai^ tftns 5 de fo^on à fîgu«er ^s periddnages fatttâsti'' éfaeê ou des célénnades ; ils en font âuisi des géatfH ef iHovH éfi avons to qui fepréSénlalesl Ml greupe éfe guoriers dans l'altitude de c#âkb«KireL

Les essais de M. Hall tf^ jostifteftl pas os qoV a^anee dans ses écrits ; eaf les eiiei»4d'és«vr# des statuaires de l'antiquité , qui sont une inltlstioii- éé fhomme et de la /émme , ne tiûttâ apprennent Hen sur l'origine dé ôés dent èCred Ui SdmlrâMetiMttit paf • faits. Ce qull y a de céftaifi , c'e^t que , de Kdttfo antiquité , les ornemens deTafebiteetùte ditt été ptrises dans lé règne végérâl dU animât et ht nattl/é â toujours été mise à contribution pdf léi ^fctàitédtés.

En Egypte les temples sont ornéd de ilgares d'hotn*' .mesf d^animaux et de fetiillâgés ; léÉ cliâpitadit t€^ présentent quelquefois dé^ féfes humaines , sctttfjtéél

DBS ÀKT$ OU QESSTK* \Sï

mr les quatre bces ; ob y voit plu$ ordinairement figurer la lotus et les feuilles du palmier , les deux symboles de rabondanoe. L'histoire des Hébreux nous apprejad que les ohapîtaux du temple de Salomon ressemblaient à une rose épanouie ; que les murs éiaient des pierres taillées en rectangles, et ornés de chérubins , de palmes , de plantes et de fleurs. Neus avons des exemples de remploi de ces différaQles figures dans Tarchîtecture appelée gothique et nous ajouterons qu^à' Timitation du temple de î|alomon y nous avonji vu sur les murs de nos anciennes^ églises 9 des fleurs » des plantes et des figures de cbé** rubins ; à tous ces ornemens nous ajouterons la peia*iure» la dorure et les incrustations en verre de cquteur qui n*y étaient pas épargnés 9 comme cela ça voyait à la Saînit^^cnapelle de Paris et aux tombeaux de nos rois» Avant de pousser plus loin nos observa-* lions sur Torigine et l'emploi de Togive^ nous dirons Kin niQt des couleurs et 4qs dorures, dont on oriiatt tant intérieurement qu'extérieurement les ancienne! igUses chrétiennes*

; Ces «ouleurs y o^s dorures , que nous copsidérQi)^ comme emblématiques , nous paraissent éfre rimilalion de celles que les mages avaient consacrés à un ûieu supérieur , souverain maftre de Tunivers. On y voitf'or» le^éi^uetle Toug^ exclusivement employas, «t il est nativel de penser que \^ chrétiens qui a» «ont croisés 9 rentrés dans leur patrie % O0t voulu voir àxo» les nouvelles égUses 9 non-seutoment la répétition des formes de Tarchitecture qu'ils avaient ad* mirée en Sfrie ^ mais aussi celle des ornemena et des couleurs symboliques, qui, suivant les prêtres égyp-

l6> ATBAÇO fit^TORlQim

tien», daignaient la iumière , le ciet et le fhui Ceit' images signifiaient Dieu el rappelaient aux hommes la création du monde et son oi^anisation. On employait quelquefois le iioir pour peindre la nuit ou les ténèbres; mais pour exprimer que la lumière, remporte sur les ténèbres , comme la vertu l'emporte iur le vice 9 la couleur noire était toujours absorbé»par Tor , le bleu et le rouge. Telle était la décoration des anciennes églises ; telle est aussi celle des temples égyptiens. I^es voûtes de celui de Phil» , dont les couleurs ont encore aujourd'hui tout leur éclat, font peintes en bleu d*azur avec des étoiles , comme celles de nos églises.

Les chapitaux de Téglise d*Issoire , dont nous avons parlé dans ce volume , page ^3 , et qne nous' avons fait graver planche a5a, non -seulement ont des rapports avec ceux du temple de Phllae , pour la composition et la forme , mais aussi pour les couleurs* Débarrassés du. badigeon , dont' on a couvert toutes les églises dans les temps modernes 9 on a trouvé des* 40US les couleurs anciennes ; c*est*à-dire du roli^e « du bleu 9 de ror9 du vert et du blanc- La même opération faite à Saint-Denis 9 à Saint-Germain-d<^s^ Prés, à Sainte -, Geneviève 9 à Notre^^Dame et da'ni plusieurs autres églises des dixième , onzième , dtmsième et treizième siècles 9 nous avons' trouvé : les mêmes résultats. On voit encore aux portails de Notre-Dame de Paris , de Chartres et de l'église Saint- Denis 9 les restes des dorures et des couleurê dont on les avait ornés dans le principe. Le tombeau de Dagobert 9 et nous Tavontt déjà remarqué ; était peint et doré dans toutes sas parties.

I7W1 les. Grecs 4. pour peindre les Dieux, on eiup ployait Tor , le bleu et le cinabre. fiacchu9 avait U9 lemple à Pl^elloé et à Phigalie dans lesquels sa statue était couleur de cinabre ; Apollon avait en Grèce des statues d'or , dont le visage et les mains étaient peints en rouge. Les Egyptiens vétissaient Tinitié aux mystères ^ d'une robe de Un , rayée de bleu , de ^Wge 9 de jaune et de blanc , et par dessus un maa- Cçau écarlate ; leurs prêtres 5 dans certaines circons«i tances 5 portaient un chapeau coclicot.

Nous . Tavons d^]k observé 9 le goût de colorier et de dorer Tintérieur des temples 5 passa dans nos .contrées à .la suite . des croisades ; ce luxe s'étepdit jusque sur les statues qui en étaient Tornement. . Les douze apôtres de Ja^aîrite-Cbapelle du palais , notr seulement sont dorés , coloriés et peints au naturel; mais outre les étoffes dont ils sont vôti^Sy qui imitent le cachemire et les broderies ^ qui sont celles des schals , on voit dans quelques parties du vêtement , des pierres de couleur qui y sont incrustées avec beaucoup d'art, pour en augmenter la richesse. Les tombes et les statues que saint Louis fit ériger dans l'église Saint-Denis , aux rois de la première et de la seconde dynasties qui avaient été inhumés dans cette église, et qui, avant lui, n'avaient point encore de mausolée ; ainsi que les figures qui couvrent les tombeaux de son oncle Dagobert et de ses fiU Louis et Tristan , morts en Palestine, sont peintes et dorées. Les statues deLouîs-le-Jeune et de Philippe- Auguste étaient aussi dorées et coloriées au naturel, ei^n le goût de peiodre çt de dorer l'architecture, et

.a54 AFEKCU UiSTORigUB

la sculpture sVtt prolongé, en France^ lusqu^aa seizième siècle.

§ lY. On a beaucoup écrit sur Tarcliftectare ^tp^ pelée gothique y saiiii atoir famais obtenu de résultats satisfatsans. Alonteiquieu qui en a parlé , n^f a TU qu*une énigme pour Vobii et qu'emicDrtoM pour i'âme. En effet ce genre d'architecture en impose, H porte Tâme à la réflexion et lui inspire la piété. Cette puissance magique sera toujours le résultat des arts libéraux, si on les porte à la perfection* Montesquieu a pu 8*égarer eu parlant de cette architecture ; il n'aVait aucune connaissance des arts du dessin; mais 1 r&que des hommes , dont la profession est de les pratiquer et de les enseigner^ publient des doctrines dangereuses. Ile iaa<Srîiont d*AH*A sic^nalés, pour éloigner des écoles rimpressioTi que leurs discours peuvent faire sur les étudians. Il serait trop long de rapporter ici ce qu*ontdilBarbauit , Blonde! et plusieurs autres professeurs, sur Tarchitecture qu*ils appellent gothique; nous nous arrêterons seulement au texte d'un ouvrage d'architecture , imprimé , il y a qudques années , par un de nos professeurs les plus distingués de la capitale. Il s'exprime ainsi :

c Tout ce que nous avons dît de l'architecture gothique, prouve évidemment quelle n'a rien, ou pres-

> que rien de cet art perfectionné par les Grecs ; elle 1 semble, d^ailleurs, par son colossal et par l'incorrectotion de son dessin , avoir puisé sa méthode dans l'ar-

> cfaitecture des Egyptiens JLes preniîers, par l'ignorance • des principes , les architectes en gothique , par l'ouxbli de ces mêmes principes , ont paru s'entendre à

•iMrfr k tnéflM marciie 4lâ«s ieun ooiMtractUMii; Im •CM» et tes «utres onl «nt présenter des édifices m*» •téressaos «i élevant de% nakonumeiis figantosques. Îm •plnpeit de nos cathédrales dennent la preuve di »eelte assertion* J'ai vu des figures égyptiennes qvm • paâ prises 9 an premier aspect , pour des magots go* »liii^es enlevés de leorsr niches  quelques-unes do snos églises anciennes ; mais j*ai été détromt^é par •l>zamen des caractèFOS ^égyptiens qui y sontgrwés» 9 ainsi que par l'authenticité de leur origine. •

Ifoas pouirions répondre d'une manière victoKettso à toirt «eqne l^on irient d^entendre sur Tarcliftectino ffile gothique , et sur ïa sculpture qui en lait lé prio« eipid ornement ; il nous suffirait d'examiner la foeHo ^iHso de Saint-Denis , dont le plan a quelque chose de iiohie e* de gracieux , et dont Télévatlon fiité* rieure séduitpar la beauté pittoresque ; pour la sculp* iure , nou^ détaillerions celle de la trcnstème porte du portaË de Îl(^re-Dame , du côté de Tarclievèché , et nous prouverions sans peine que son style » son dessin et son exécution sévère ^ ont une mmîMtnde parfaite arec le premier style de Tart grec ^ que Ton attribue aux Étrusques. Si nous examinions Tensembie pittoresque de cette immense l^silique # que nous devons à la munificence de nos rois , nous admire* lions sa masse imposante , ses voûtes hardies dont lu hauteur est immense et qui semblent être suspendues dans les airs. L'œil est frappé de la multitudo de colonnes dont l'élévation est prodigieuse ; on est pénétré d'an religieux étoianement en entrant dans l*égUse Notre-Dame. £t si nous examinons la quaatité d'ornemens^ de contre-fortA^ et de pyramides qui

l36 Al'^IIÇU HISTORlQUfi

se datunettl coaime autant de elochen 4 Pextérieor , nous diront; la partie supérieure de Notre-Dame res*^ semMe à une ville dont toute%les pointes seraient autant d'édifices* Nous ne doutons point, la solidité à part , que oette quantité immense de pjframides , qui présentent autant de minarets , n*ait eu pour but , dans rorigine, de figurer une ville (imaginaire)^ il est telle , par exemple, que la Jérusalem dluU , dont fait mention dans T Apocalypse. Cette supposition, qui pourrait paraître hasardée , ne le sera pas si on pense à la nature des idées religieuses qui dominaient alors les esprits , et si Ton observe avec attention la quantité d^omemens qui accompagnent la grande galerie de la façade principale au dessus des portes , on y voit des cirques, des tours» des pyramides, des mur» avec aes crénauz et 1mm»«moup d'autres petits édifices qui concourent à représenter une ville* Mais ce que nous avons lu dans Touvrage du professeur, sur l'architecture et la sculpture égyptienne , nous a paru une erreur tellement forte , que nons avons cru devoir la relever , la considérant comme nuisible aux progrès de Tart. On conçoit difficilement qu'un professeur, un artiste, ait pu confondre les llurmes élégantes et prodigieusement allongées , ainsi que les voûtes en ogives et pointues de .l'architecture que l'on attribue inconsidérément aux Goths, aveo les masses imposantes , les élévations colossales , les formes carrées , et les plafonds plats également carrés coDstanunent employés par les architectes égyptiens dans la construction des temples ou des palais ... • T/architecture comme la sculpture égyp* tienne, la |>crfcctiou que ces deux arts montrent

DBS AftTS BU DESSin. l$J

Auls les mabuméns et les statues du second style 5 Isa desoriptions de Poiiiponius Mêla et de 4Sttrabon y ainsi que rordonnance religieuse des emblèmes mystérieux^ sous lesquels les prêtres cachaient aux étran* gers les préceptes de la religion ^ gravés 9 peints où sculptés dans l'intérieur des temples , amsibien qu*à l!€^i:térieur ; toutes ces choses probablement n'étaient pas suffîsanMneot connues de notre professeur.

Quand on pense qufc les pyramides Toisines de Memphis, égalas dans leur base comme dans leurs hauteurs , sont orientes , et que les proportions de la plus grande ont été calculées d'après les n^esures de. la terre et d'après le cercle de déclinaison que le SQleii décrit deux fois par an aux équinoxes ; quand on. voit les colosses de Memnpn, dont le mécanisme intérieur était oomCTné de manière à rendre des sons harmonieux au lever du soleil 9 par la seule introduction du vent qui accompagne l'aurore à l'arrivée du jour ; quand on voit les temples de Thèbes , de Medinet, Abou et d'Etfou^ ornés de colonnes, de peintures et de sculptures magnifiques depuis leur sonmiité jusqu'à leur base ; quand on voit des obélisques de cent vingt pieds de haut , d'un seul mor-» ceau de ^anit ou de porphyre , dressés sur une surface égale à leur diamètre » dans la partie inférieure: quand « dis-je , on jette un coup d'œil sur dés entreprises aussi vastes que merveilleuses , on admire la. haute science des Égyptiens et le grand talent de leurs artistes.

L'architecture égyptienne convenait au climat qui l'a vu naître ; elle était appropriée à la religion d'Osiris> comme l'architecture syrienne appelée gothique

iM AfmtCL xisroftiQM

imudt à la MiigUiB chnélmna , a«i: maiiVB ai haMudfls dA «mpt où alla a M ai Mqimmmtm mûfêejét ea Fnnae • • . L'éiè^ua de Bitanx 9 fia«# suet^ dapitan faîstoire uniwaBllay fMda an homai 4a Part et 4a foôft dei taaMunant 4a i'J^fta s il tm àéeiH aauima a^ll les avait pareavmis at éxanlnée. . . a L*aro l 4ta ctu wt jr mantralt par<4aDt oallattoUa aiik* ^plidté , 4it^ , at aetta {^tandeor q«i aamplil 1^- •prit. Da loaguee faiarlet f ëtabâaDl 4ee seulptaret t^fua la Grèce ptanail pour «iia4èia8. Tlièbef lepan- •irait disputer aoK pins bellas WHes 4e Tonivers ; sas taent portes, cfcaa td ee par BamèiNB, saut comnias »da faut iB monda.'* . * Las Greos atlas fionatos ont teélébré aa nagnificeBca et sa grandeur, aaéora M{tt'a8 n^an eussent vu que les mtoc* , t»Mt les restes létafent augustes. Leuia statuas dtalant 4ea ealosses. > Leurs colonnes étaient inmenses. L'Egypte ^r^H au •grand, at voulait frapper les yeux au loin , aftais •teujours en las contenant par la jostassa 4as ^ra- •pMilans.»

% T. 'Nous «Tons dit , les Arabes-Mauaes , devanus maîtres de TAsia at des côtes Mplentriomdes da 1* Afrique , passèrent ensuite en £urope et se répandirent en Espagne , dont ils firent la oqnquéto» Ils consfruisirent an Espagne des palais et étë teinpl<9 qui axisftent ancore, sur lesqu^ as ont impHm^ la caractère ineffaçable du génie orienlal et le cachet remarquable de leur science et de leur goût ; c^tst pré* aifiénient le même génie, la même science et le même geM que nous retroutons dans notre prétendue arcliiteçttn'e gotliiquc.

DBS A.ET5 DU DBSSIÉT. iBg

Naus diromeiiéo^yloÉMiaeiio'tts avons soutenu qad iB'étiiil aux croisés que nous étions redevables de l^ar^ ehiteetftre Syrienne appelée gothique, nous n'igndftons pas que les Allemands et les Anglais avaient la prétention de s'en attribuer Tinvention ; ce qui a été confirmé par rimpl*ession. A cda nous répondons : les Allemands partirent pour la Terre-Sainte , à la suite des exhortations de Pierre l'Hermite , en lopd^. €e fut pendant cette expédition lointaine que les Anglais occupèrent la Normandie. De là, le dire vulgaire, trop répété dans nos pro^nces , que les Anglais sont les seids constructeurs dH plus beaux édifices gothiques de la France , tels que la cathédrale de Chartres , celle de Caen, de Rouen , etc. , etc. Mais les archi- 'tectes de ces églises nous sont connus , leurs noms sont oonserréft datas les manuscrits de la bitAîothèqae ; fis sont tous Français.

A un préjugé que Tamour de la patrie aurait dà détruire depuis long-temps, nous opposerons le temps qu*il a feUu pour élever et perfectionner des édifices tie la nature de ceux dont il est question , temps que nous avons fixé à plusieurs siècles ; tandis que nous en avons en France qui datent de plus d'un siècle avant ceux qui ont été bâtis en Angleterre ; d'après cela , il nous sera permis de croire , que si les Anglais avaient eu le goût de construire des monumens -sytlens , ils auraient commencé par en élever cfaeï eux avant de le faire dans un pays étranger.

Efchard , surnommé Cœur-de-Lion , frère du roi d'Angleterre , se t^roisa avec le roi de France , Fhîitppe- Auguste, en. 1190. Ce f«t & ^on retour de la ^Terre-Sainte , que Richard , qtioiqne déguisé , tra-

a4o APBRGU mSTOlUQUB

versant PAUeiiiagna , fut arrêté et «iprlsonné par ordre de Tenipereur Henri» Dans cette positioB , Ki* cbard ii*avait aucun artîate avec lui ; il n'a donc pas pu faire lever les plans, ni prendre des modèles de rarchitecture appelée gothique ^ que Tondit avoir pris naissance en Allemagne*

En un mot , les Anglais ne sont pas plus les inventeurs de rarchitecture gothique 9 que les Français et les AUçmands; chaque nation , rentrée dans ses foyers , après les croisades , a construit des édifices dans le style de ceux qu'elle avait vus en Syrie. Voilà comment cette arcHtecture asiatique s'est introduite à la même époque dans le nord de TEiirope ; dans la suite 9 chaque nation , selon ses habitudes et ses goûts , a modifié cette architecture et lui a donné, on «|uck|ue auric 9 uuo ««pèce de physionO' mie nationale 9 sans cependant s'éloigner du caracrtère qui la distingue particulièrement. Nous avons donc eu raison de donner le nom de syrienne à l'architecture dite gothique , qui , d'ailleurs , eut , comme les autres arts , son enfance 9 son temps de splendeur et sa décadence.

Notre opinion sur l'architecture gothique se trouve confirmée d'une manière plus positive encore dans le voyage de lord Yalentia : < l'architecture des mai-

> sons et des ornemens de Ledda ( ville de l'Arabie dé- » sorte, située à trente- cinq lieu^ de la Mecque , avec » un port sur la mer Rouge ) , dit-il , a une ressem- »blance frappante avec celle de Saxe. Les arches, les » voûtes plates et circulaires , les ornemens pointus • ont tout le caractère du gothique. Ledda est une

> ville nouvelle ;mais les maisons faites, sans doute>

DBS ARTS DU DESSIfCtf l4l

•fur le modela de oeUes de la Meoque» prolireiit qiîa «rarchîtecture qae nous appelons gothu/ue existait ten Arabie^ long-temps aTant qu'elle ne fut eonnuo sen Europe. »

Nous trouvons aussi la confirmation de ce que nous avons dit sur Pemploi de Tcgive par les Indiens» dans les dlfférens tableaux de Tlndoustan » de la Perse et de la Tartarie , par M. *Moun8tuart^Ëphis* tone f ambassadeur à la cour de KabouL Dans la description qu^il donne du Palais-Royal , il parle d'un bâtiment de la principale cour , dont Tétage inférieur n'a ni porte ni fenêtres , mais de fausses arcades en ogive 9 avec des ornemens arabesques. Quoiqu'il en soit , de toutes ces observations , nous laissons à des hommes plus instruits que nous à résoudre la question de savoir à quel peuple on attribuera l'invention de l'architecture 9 si improprement appelée gothique ^ sans pour cela abandonner notre opiinion.

rin Dir tômb th.

Page 1