‹ Musée des monumens françaisChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Dix-huitième et dix-new^ième siècles.

Louis XV aimait lét arts; il se plaisait à la

^conversation des gens de lettres et des artistes ,

il les recevait volontiers dans son cabinet, et

euf la bonté de tenir sur les fonts de baptême

. les enfans de Lemoine, son sculpteur, et de

(i) Ployez tom. V, pag. i3» 4^, 87 et suivantes , ce que j'ai dit de Sarrazin j tom. identf pag. 55 > So , 107, id3 et 127, a; t. Anguicr j cle Desjardins, lom. identf pag. 38 et ii^ j Lcpaultre 1 tom. idem, png. i57 et i58; Coustou, tom. id^m , pag. i3t et i53; Guiliain, tom. idem, pag. 66 et 67^~Marsj, tom* i4e/^, pag. q4 «t SUIT. ; Legros, tom. idem , pag. ^j,ct aS.

M ÀJtEKC^ BistORiora

Bélicard son architecte. On lui doit 1 etablisse«^ ment des grandes routes dans toute la France^ on en fit autant de promenades par des plantations régulières. U a bâti TEcole Militaire ^ le château de Bellevne > celui de Ghoisj ; et il^ ordonna les constructions de beaucoup d'au-, très monumens publics. Louis X^V était la meilleure tète de son conseil ^ facile à intimider ; aussi disait-il : on a tort de me solliciter pour ce que Von veut obtenir ^ car Je suis la plus mauvaise protection de mon royaume.

§ I*'. Les succès de Carie Van-Loo et de François Boucher^ tour-à-tour premiers peintres du roi, ne furent qu'éphémères. La grande réputation de Van-Loo , la sensation extraordinaire que son genre de talent a imprimée parmi les gens du monde , comme parmi les artistes , permettraient ^fficilement d'énoncer une opinion contraire k celle qui lui est favorable, si on pouvait louer, au mépris de Ha vérité , une méthode contraire aux principes de Fart , mais commandée par le goût du temps sous leqjiel il a vécu. Cet artiste a subi le sort de ceux qui sacrifient là perfection ; il a été trop loué pendant sa vie, et trop déprécié après sa mort. Les compositions de Carie Van - Loo sont généralement froides el insignifiantes. La peinture est un art muet

BBS ARTS DU DBssnr» 69

qu'il faut faire parler, et Van-Loo était loin de connaître les ressorts par lesquels le peintre anime la toile et attaque la sensibilité des spectateurs. Il excellait dans l'invention des scènes familières; il y peignait ordinairement sa famille , comme on le voit dans les tableaux de la lecture et de la conversation espagnoles qui ont été gravés par Beauvarlet.

Nous l'avons dit et nous le redisons encore, le but de la peinture est l'imitation de la nature ; mais il ne faut pas s'arrêter à tout ce qui s'offre aux yeux , comme a fait Carie Van-Loo; il Ëiut de l'art , il faut choisir parmi les hommes, les femmes, les enfahs, les animaux même, les formes convenables au sujet que l'on veut traiter. Le peintre d'histoire , plus qu'aucun autre , est soumis à ce soin et à cette recherche ; s'il peint des dieux ou des déesses, il consultera les statues grecques; s'il peint un sujet tiré de l'histoire des nations anciennes ou mo* dernes; s'il dessine des rois, des princes, Aes héros ou de simples guerriers , il s'arrêtera aux proportions héroïques dont il fera la recherche dans la nature. Rien n^est vrai que le beau , a dit Boileau ; mais le célèbre poète a dit aussi : .

Le secret est d^abord de plaire et de. toucher , Jnventes.des ressorts qui puissent m'attacher^

• Noiis convenons que ces ressorts nécessaires , commandés par Boileau , appartiennent aa peintre comme au poète ; nous ajouterons que ces ressorts diffèrent en raison des objets que Je peintre veut rendre sur la toile, et nous dirons : dans certains genres de peinture , on peut remplir toutes les conditions de Fart , en i!Qitant l'objet que 1 on a devant les yeux. Par exemple, quand on peint nue fleur ou un pa^ pî/lon , on ne saurait avoir un autre but que celui d'imiter une fleur ou un papillon. Dans cette position , l'artiste ne sera qu'imitatew , et il sera toujours convenable qu'il choisisse là fleur la plus belle , comme le papillon le plufc riche en couleurs. Mais lorsqu'il s'agira de peindre Achille irrité de la perte de Briséis, ou Andromaque éplorée sur le corps palpitant d'Hector, le peintre montera sa Ijre jus* qu'au sublime y c'est-à-dire au ton de celle fl'Homère; il exaltera sa pensée, s'irritera avec Achille, et pleurera avec Androinaque; il de» vra , pour ainsi dire , oublier les modèles qu'il aura Rêvant lui ; il devra créer des expres- *6iotli5 nobles, sentimentales et convenables à la scène.

Pour faire un bon ouvrage en peinture , ce ne sera pas seulement la représentation phynique du personnage que l'artiste veut pein-

I»BS ARTS Dtr DSSSItr. fl

dre , qui Toccupera particulièrement , mais là situation morale de l'individu , les rupporU qu'il peut avoir avec les autres sujets qui raccompagnent ; il se rendra bompte des passions qui Fagitent , des habitudes de son corps , suivant le rang qu'il tenait dans le monde; enfin, en consultant les historiens^ il devra en connaître la vie privée. C'est ce travail préparatoire , essentiel et nécessaire auquel Nicolas Poussin n'aT jamais manqué , qui le place au dessus des autres peintres.^ Voilà le premier pas feit • un peintre doit encore rechercher la beauté pour arriver à la perfection de son travail. On sait que ce qui est beauté peut être arbitraire dansles formes du dessin comme dans le choix du coloris; que ce qui est beauté pour l'un ne le sera pas pour un autre ; mais on conviendra que ce qu'on appelle généralement beauté chez les peuples civilisés , a fait nàitré* dans les arts du dessin une si grande variété dans la conception des sujets représentés , comme dans leur exécution ; qu'il en est résulté une multitude de productions dans lesquelles il y a réellement de la science , du talent et même de la perfeclion, sans pour cela présenter aux ypux exercés ce quon appelle beauté parfaite^ C'est encore la recherche du

7 a Apunèu historiqçb

beau dans les arts dépendant du dessin , qui a produit un effet ^contraire parmi: les peintres ^ dont le but était ,de plaire .et de charmer la multitude; mais qui^ ne voulant pas suivre une route déjà tracée^ ont donné dans des écarts d*imagination et dans des moyens d'exécution si diOerens de la méthode reçue ^ qu'ils uoi^^ P^s laissé que de prpduire de bons ouvrages 9 sans cependant avoir jamais atteint le but qu'ils se proposaient eux-mémies. Il n'est que trop vrai que ces diverses manières, dans, rexéculion d'un tableau , ont été mises en vogue tour-à-tour ; qu'elles ont été. l'objet de Fadmiration du public , et par suite des ètudians; enfin, qu'elles ont été consacrées par la mode , et qu'elles ont passé dès que le charme a cessé.

C'est dans cette dernière classe d'artistes que nous plaçons Carie Yan-Loo. Il était doué de la nature, et nous ne doutons pas que la frivolité de son siècle ne lui ait fait adopter un stjle plutôt agréable que sévère , un coloris blafard plutôt que solide , et un maniement du pinceau plutôt séduisant que vigoureux. Voilà comment s'est opérée, en France, la dégradation des arts du dessin dans les temps modernes ; et c'est par un enseignement contraire

DBS ARTS DU DESSIV. ^ 76,

à -eeluiJà y établi dans une seule école , que la restauration générale des arts s'est faite dans des temps plus modernes encore.

François Boucher , qui a succédé à Carie Van-Loo, dans la place de premier peintre du roi y fut appelé par le public le peintre des grâces y titre que ses tableaux ne justifient pas ^ complètement. A Textrême facilité dans le travail y Boucher réunissait une touche légère et spirituelle. Ses compositions sont fécondes en personnages, riches en accessoires; mais il a tellement abusé de la facilité qu il avait reçue de la nature y que y dans les derniers temps .de sa vie, il ne copiait plus le modèle et peignait de mémoire , d'où il est résulté un dessin si incorrect y qu'à peine trouve-t-on dans les figures de ses tableaux la totalité des formes nécessaires à l'organisation complète d'un sujet.

Après avoir parlé des deux peintres qui ^ ont le plus contribué à la dégradation de l'art , nous dirons un mot des sculpteurs qui ont suivi les mêmes principes.

^I. Pendant la durée du règne de Louis XV, les peintres , les sculpteurs , aussi bien que les architectes , ont contribué à la décadence de l'art, comme nous l'avons observé tome V, page 129. En entrant dans la salle du dix-huitième siècle, au Musée, le premier objet qui

74 IPERÇir HKTOMQXm

se présentait à la vue, c'était une statœ <m {Âed de Louis XY^ par Jean-Baptiste Lemoine; il a mis tant de iaciiité et si peu de correctioa dans Texécutioii de cette statue, qu'elle ne présente aucune forme décidée; il en fit deux semblables pour les villes de Bordeaux et dé ^ Rheims qui ont été renversées à l'époque de la révolution.

Le cheval et la figure de la statue équestre de la place Louis XV ^ élevée le 20 juin 1765, avaient été exécutés par Bouchardon. Après la mort de ce sculpteur , Pigalle fat chargé des bas-reliefs et des Cariatides qui accompagnaient le piédestal. Michel-Ange Slodtz, à la mémC' époque y fit le tombeau de Languet de Gergy, curé de Saint-Suipice ( Fojez tome V, pages i32 et suivantes). Il suffit de voir ce mausolée que Ton a restitué à cette paroisse, pour se iaire une idée du mauvais style et du mauvais goût qui dominaient alors dans l'art de la sculpture.

Pigalle, peu inventif, n'a jamais manié que Fébauchoir et ne savait pas dessiner ; il ^it recoors à Gochin , son ami ^ pour la composition des moHumens qu'il devait sculpter ; celui-H^t lui faisait *des dessins très-soignés que Pigalle traduisait en marbre avec une servitude ttlle, ({n'en voyant ses productions, oa

croit voir de la sculpture faite par Gocl^ ic le tombeau du maréchal de Saxe qui est à Strasbourg, et celui du maréchal d'Harcourt, gm se \4Àt à Notre - Dame , en isoirt; des exemplefi.

Louis XV fit présent au roi de Prusse d'uM statue de Vénus, par Pigalle^ et y fit jmnd^i , celle d un Mercure qu'il lui avait commandée^ ûe grandeur naturelle. Ces deux statues lui^eiit accuAlies à Derlin avec transport. Pigalle, qui s'y rendit quelques temps ii^près*, fut annoncé au roi de Prusse comme l'auteur du Mercure de France. Le monarque ,crut que c'était un journaliste , et Pigall* ne fut point admis à Faudience de Frédéric.

Vers la fin du règne dé Louis XV, Cochin, dessinateur du cabinet du roi • s'était saisi de la suprématie que Charles Lebrun avait exercée sur les arts dépendant du dessin , dans le règne précédent. A la mort de monsieur le Dauphin et de madame la Dauphine , on lui fit composer et dessiner le tombeau que l'on "voulait élev^ au prince et à la princesse dans la cathédrale àt Sens, où on le voit encore; jnais le projet n'a point été exécuté. Coustou , iqui fut chargé du moaument , l'a composé et «culpté lui-même.

76 itpmeo mnùUQjmr

De la Peinture et de la Sculpture depuis la

restauration.

La firme du Gom^emement a, dans tous les pays y une grande influence sur les sciences et les arts , a dit Winckelmann. La révolution qui s'est opérée en France^ dans les arts du dessin , semblait se disposer dans les académies , lorsque Joseph-Marie Vien eut Je courage d'enseigner une doctrine toute nowelle , dont la sévérité parut barbare au plus grand nombre des peintres et aux gens du monde.

Ce grand homme , après l'étude spéciale de la nature , proposa à ses élèves , comme des modèles de beauté , les statues antiques , les tableaux et les cartons de Raphaël , de Jules- Romain ou de Michel; Ange. S'étant soumis lui-même aux principes de l'école italienne ^ son activité au travail et son exemple furent ^ pour les étudians, une règle dont la théorie et le développement avaient pour but la perfection.

On a fortement. déclamé contre les. dangers qu'il y aurait à introduire^ dans nos académies, une.théorie sur l'art de dessiner et de peindre , Watelet et Taillasson pensaient ainsi; ils ont écrit contre le principe. Cependant g nous

DES JLRTS DU DESSIBr.' 7^

Hvons VU que des esprits philosophiques se sont occupés d'examiner les ouvrages de Fart, dans rintention de découvrir les causes des fortes impressions qu'ib produisent sur un homme sensible ; on a cru avoir trouvé les règles au moyen de ces recherches. £n effet , la théorie loin d'être nuisible au vrai goût , ne fait que le fortifier ; car tant qu'on ignore ce qu'un objet doit être , il est impossible de dire s'il est parfait ou imparMt. Lorsque la nature et l'essence d'un ouvrage sont déterminées, celui qui doit l'exécuter peut déduire, de cette théorie , des conséquences pratiques sur la forme de son ouvrage, sur les procédés qu'il doit employer ; ces conséquences pratiques sont ce qu'on appelle les règles de l'art. Les peintres les plus célèbres, Léonard de Vinci, Poussin, Rubens, Lairesse et Mengs n^ont pas dédaigné de mettre au jour des ouvrages sur les règles de l'art ; ces règles , une fois méconnues , il y a eu dégradation , et c'est en les rétablissant que Vien a restauré l'art du dessin et de la peinture.

Mais ce qu'on croira difiicilement , c'est qu'immédiatement après le temps 6ii l'école française avait lieu de s'enorgueillir d'avoir eupour maîtres Poussin', Lesueur et Lebrun , cette même école se soit dégradée , au point

f8 JLPfiRGU mSTOBIQfFB

4e mécoaaattre Ie3 meilleurs pFéceptes posr •uivre la sMiBière facile que Detroj et Boucher ont «iODtrée clau& leur» tableaux* U est vrai que Yien succéda à Boucher dans la jiace de pfemier peii^trè du roi ; et nous devons dire , à Vavanlage de ce dernier^ que les fautes graves que l'ioB découvre dans ses ouvrages sont dues k la mauvaise école qui lavait endoctriné; car il est reconnu que François Boucher possédait toutes les dispositions naturelles^ pour être vn peinlre habile > s'il eut vécu dans un autre siècle, et s'il eut reçu d'autres principes que ceux ^e l'on enseignait alors dans lest acadé-? inies. Si ou cxamioo 4es tableaux de Notoire , dont il fut l'élève > et qui l'était de Lemoine ^ on aura bientôt une idée dc^ causes^ de la d^^ gradation dont il s'agit.

Vien a formé des élèves habiles , pai^ les* quels on cite Vincent , Ménageot , Taillasson et beaucoup d'autres , dont les prod uctions sont admirées; de ce nombre est aussi M. LouisL David , auquel nous sommes redevables de la restauration complète, non -seulement de lak peinture, de la sculpture et de la gravure^ mais encore de toutes les parties qui dépendent de» arts du dessin (i), car Vien avait préparé la

(i) Je padl* ai^^ » p4Kce ^« TmcoU d« 9&- IH^là a pi;Q«lui t

BBS ARTS DÎT BESSTH. 79

route €fue David a si glorieusement parcouruett La peinture^ pratiquée en France avec plus ou. moins de succès, ne s'est montrée dans aueun temps avec l'éclat qu'elle présente aujour* d'hui. Par les images du beau, la peinture élève l'âme, ennoblit la pensée, et provoque la méditation. Noos le répétons, sa restauration complète est due à Louis David. Âprèn avoir fixé sa grande réputation par les tableaux de Bélisaire, des effets de la peste, des funérailles de Palrocle , de Socrate , des Horaces et des Sabines , en homme habile , David a réuni dan^ ses ateliers l'étude des statues antiques, celle du modelé rivant et de l'anatomie ,. en indiquant à ses élèves le juste milieu qu'ils avaient à observer dans la recherche des contours de l'un et l'autre sujet qu'il mettait sous leurs yeux pour former leur goût, et les conduire à la connaissance du beau idéal qui est la base principale du dessin dans le genre historique ou héroïque.

On ne saurait trop le répéter, V imagination

non-seulement des peintres d'histoire très - habiles, tcif ^e MM. Gëraid, Girodet et Gros, maif encore des scalpteavs, des peintres en miniature , en paysage , des graveurs , des décorateurs, etc. On se rappellera que , Tannée oii il exposa au salon «on tableau de»^ Sabines, quarante de ses élèves avaient exposa , «omme loi, dffs onnages, et vingt d'enu*eqz eurent det pris.

SO APB&GU HISTORIQUB

dans les productions des ^ arts dépendant du dessin, doit se régler par la raison. M. David s'est péoétré de cette maxime, et l'oa admire généralement la sagesse et la modéra tion qui régnent dans ses savantes et belles compositions.

Au nombre de nw artistes qui méritent de 'partager la gloire de la nouvelle restauration^ se trouvent Vincent, Regnault, dont les leçons ont rendu dcjgrands services aux arts. Pejron , élève de Vien, et contemporain de David, mérite aussi d'être cité. Arrivé à Paris^ après le voyage de Rome, en même temps que son compétiteur^ ils exposèrent ensemble au salon pour la première fois , et malgré la grande supériorité de David , Peyron obtint des succès. Il avait composé pour le Gouvernement un tableau représentant les jeunes filles et les jeunes garçons d'Athènes se disposant à tirer au sort pour connaître celle ou celui d'entr'eux qui servira de pâture au Minautaure. Les études de ce tableau indiquent que l'artiste était dans l'usage de dessiner ses figures toutes nues, d'après le modèle vivant , avant de les draper, afin de se rendre compte A^s ensembles et des mouvemens de la nature dans les différentes altitudes de chaque personnage.

Cette excellente méthode avait été établie , ea

DES ARTS DIT DESStJC* Si

principe dans 1 école de Vienj David et Vin-« cent s y conformèreiït ^ et iaous connaissons plusieurs ouvrages de Vincent qu'il atj^it com* mencés par cette opération. Dans le célèbre tableau duyez/ de paume ^ dont la composition comporte J)lus de de^x cents personnages vé-« tus en habit français ^ et dont le dessin seul passera à la postérité > David les a dessinés nus avant de les couvrir. Il a jait de même poui* son tableau de la distribution des drapeaux à l^ armée française. Lorsque nous le vîmes dans ce premier état , le dessin en était si pur ^ ti beau , que nous engageâmes David à le conserver, et à prcùdre une autre toile pouf exécuter le tableau. Nous parlons de cette mé:* thode de nos grands maîtres, parce qu'elle est essentiellement fiécessaire à suivre potrr IsL bonne exécution d'un grand ouvrage^ et qu'elle avait été négligée avant la dernière reâtauration de l'art.

David , en dirigeant Ses élèves d'apt*ès lêuri^ dispositions naturelles, en a fait des hommeii^ habiles dans tous les getires- Quaûd nou^ disons genre , nous ne- prétendons pas dite que ce sont des peintres de genre, nous avon* démontré dans un écrit que cette dénomioatioa moderne n'est pai^ admissible , eti admettant néanmoins qu'il y ait plusieurs genres

de peindre ; car David a fait des tableaux que ] on pourrait classer au nombre des tableaux de genre , si Ton suivait la division moderne. Personne n'ignore qu'il a peint le porttait avec une grande supériorité ; que celui du pape Pie Vil, qu'il a exposé chez lui, au Louvre , et à la galerie du Luxembourg , est un chef - d'oeuvre de dessin et de coloris.

M. Isabey , son élève , est un exemple à proposer dans la circonstance ; dans les belles et délicieuses réductions qu'il fait de la nature , il montre , dans un petit cadre , plus d'un tableau d'histoire ; le pacha qu'il a figuré donnant audience sur le péristile du Louvre , exposé au dernier salon ^ est une peinture parfaite et unique dans son genre. On ne juge point le talent du peintre ou du sculpteur à la grandeur du tableau ou de la statue. Le mot grandiose ou grand si fréquemment employé dans le langage des arts, s'entend d'une composition vaste, d'un dessin noble et bien développé dans toutes ses parties , d'un style sévère et précis dans le jet des draperies, et enfin d'un coloris prononcé dans son ensemble et bien adapté au sujet traité. Il y a autant de grandiose dans le sommeil de V enfant Jésus y par Raphaël , que dans la transfiguration du liicme peintre, quoique le premier soit d'une

DES ARTS DU DDSSi:^; 8S

très -petite dimension, et que les figures du second soient plus fortes que le naturel. La conception énergique du jugement dernier , de Michel- Ange, est aussi grandiose dans la gravure réduite que dans le tableau. Les têtes et les figures des camées grecs sont aussi grandement conçues et aussi vigoureusement exécutées que la tête colossale d'Antinous et le groupe de Laocoon.

§ I®^. Au milieu de la dégradation complète de la sculpture française, Bouchardon parut comme le restaurateur du dessin ^ et on admira la fontaine de Grenelle , ainsi qu'un amour se taillaiit tin arc de la massue d'Hercule. Une statue de Diane que fit AUegrin , pour madame Dubary, excitait aussi l'enthousiasme des amateurs ; maïs ces modèles n'étaient encore que l'aurore du mieux, lorsque leurs élèves firent paraître des ouvragés plus parfaits.

D'abord , on vit paraître une statue de Morphée , d'un sculpteur habile ; il fit aussi la belle statué de Voltaire que l'on voit dans le vestibule du Théâtre-Français ; et passant d^m travail agréable à l'étude la plus sérieuse, il donna aux écoles le modèle d'un écorcj^é qu'ont préfère à celui de Bouchardon. Les chefsd'œuvre de Pajou, de Roland, de Julien, de

84 APERÇir HISTORIQUE

Moitié et de Dejoux parurent à la même épo«que^ et méritèrent les plus grands éloges.

Parmi les ouvrage des ces artistes, ceux de qui eurent le plus de sulFrages sont les statues de Bossuet; de Pascal, de fiajard; de La Fontaine, du grand Condé, de Gassini, un gladiateur mourant y une baigneuse et un groupe représentant Ajax et Gassandre.

La Muse de V Histoire. (Planche 287. )

Ce bas -relief 5 exécuté en pierre dAns la cour du vieux Louvre , par Jean Guillaume Moitte 9 membre de riostîtut) représente THistoire occupée à iBftcnre sur sen tablettes les hauts fkit» d'un héros ; on y voit figurer les législateurs Moïse et Numai ainsi que les figures d'Isis et d'Osiris»

Le Triomphe de la Poésie. (Planché 288. )

Autre bas-relief servant de fronton et sculpté , dan» la même cour , par Aatome-D'eais Crhaudet , membre de rinstitut. D'un côté , on voit ^Homère occupé h chanter ses poésies, en faisant résonner fes cordes de éà lyre ; de l'autre, c'est Virgile couronné de lauriers comme Apollon. Après avoir suspendu^ ses chants et Ba lyre , le poète latin fixe ses veh» sur un rouleau. Plusieurs génies^ armés chacun d*un instrument y s'accordent avec le poète. Dans la partie supérieure ^ la muse de la poésie ^ négligemment appuyée sur sa lyre et dans Tattitude de la contemplation, est repré* sentée sous les traits d'une belle femme.

DBS ARTS DU DBSSIN» S^

JEnfin , Vécole française n'a jamais eu de caractère particulier j elle tient de toutes les autres , disait-on , dans le siècle dernier ; mais renouvelée aujourd'hui dans la totalité de ses principes par les premiers eflforls de Vien , et fortifiée ensuite par les leçons de David , on conviendra qu'elle est sortie des limites ordinaires ; qu'elle s'est fait un caractère vraiment national qui la distingue de toutes lès autres , ^ et qu'elle est portée à un degré de perfection , même de supériorité , qjii la place au rang des écoles romaine et lombarde,

£n parcourant noire Musœum^ s'il existait encore , on aurait la démonstration de nos discours sur l'état de nos arts^ depuis les pre^ miers Francs jusqu'au dix -neuvième siècle ; c'est ce tableau intéressant pour tous les Français, admiré des princes souverains de l'Europe , que nous avons essayé de retracer dans les huit volumes que nous avons fait paraître. , Mais en réfléchissant à la destruction de ce Musée, nous avons au moins la consolante idée que nos travaux , couronnés par quelque succès , ont été utiles ; qu'ils pourront l'être encore, puisque les artistes les plus distingués , animés d'un zèle i^aiment national, font tous les jours de généreux efforts pour en perpé-

86 APEKÇU HISTORIQUE

tuer le souvenir (i). Il est certain que si, en 6uiv£(nt les monumens de notre Musée, on embrase d'un coup d œil les diiférens âges de la sculpture française , en remontant jusqu'aux premières époques de la monarchie , nous trouverons des progrès considérables dans les sculptures de nos statuaires y si nous les comparons avec celles qui se firent sous le règne de ^ Jjouis XV, comme nous trouverons une dégradation marquée de Fart entre les statues de Lemoine, de Bouchardon et de Pigalle^ ci nous les mettons à côté de celles de tuget , d'Anguier et de Lepaultre,

Telle est la marche ordinaire des arts. Les hommes qui les pratiquent cherchent la per-

(i) MM. LâTallce et Rcvillc, graveurs, sons le tiire de F'ues ■pittoresques et pvspectives du Musée des Monumens franeais , Y iennen^ de mettre au jour vingt noe plaacbes grand in-folio , giarees au burina repre'sentant les vues les plus intéressantes des «illes et du jardin du Musce. Cet ouvrlnge remarquable se trouve rue de la Harpe , n'' 80 ; on peut le considérer comme i^atlas de celui que nous avons publie et que nous çomple'tons. MM. Bict, Normand et de Brès font également paraître, sous Je titre de Souvenirs du Musée des Monumens français , qua-

. rantc planches gravées au trait, des principaux aspects des dif<* iVrens siècles que prcsentâientles monumens que j'avais re'uois dans ce Musce; U peut ausbi former un atlas à notre ouvrage^

• On le trouve cbez M. Bict, rue Grange-aux-BcUcs , n<* i3, e\ cbt» M, Z^iorwftnd G\s ^ graveur , rue des Nojrcrs ^ to? 33,

Page 1