SUR
lA PEINTURE SUR VERRE,
fOVK SERVIR DE SUPPLÉAIENT AU TOME YI.
La fabrication des verres de couleur est fort an« cîenne; les ustensiles propres axix usages domestiques et au culte » ainsi que len pâtes de verre imitant les pierres gravées que nous avons des Égyptiens , des Grecs et des Romains, prouvent que les anciens connaissaient l'art de colorer le verre , ainsi que celui d'émailler la terre et les métaux. Il est certain que, lorsque Ton substitua des verres plats en forme de carreaux , à la place de Talbàtre et du talc coupés en tranches , avec lesquelles on boiUchait les ouvertures des croisées des temples , des palais et des demeures particulières , le goût, cet aliment du plaisir, enfant né de raisance, fit naître Tenvie de décorer ces mèmesi vitres , et d^y représenter des sujets agréables eu des faits historiques.
La peinture sur verre, dont Pépoque de rinventioQ remonte environ au temps de Gimabué, n'était dono, dans ;K>n origine , qu'une peinture de décoration , et C^^est sous ce seul rapport qu'il faut considérer non
go ^ APBAGU HISTOAIQUB
anciens Titrauz, puisqu'ils se fabriquaient ordinaire* menl par de grandes teintes plates très-peu ombrées; mais tellement variées par les couleurs les plus tItcs, qu'ils présentent encore l'image d'un parterre émaillé de fleurs.
Nous pensons aussi que l'heureux emploi de la mosaïque dans les décorations intérieures 9 a pu provoquer l'invention de la peinture sur verre. La mosaïque 9 comme on sait^ comporte dans sa fabrication des petits morceaux de verre colorés et émaillés; de même les premières vitres peintes ne sont que de petites portions de verre de couleur , soudées l'une avec l'autre par des rainures de plomb ^ moulées, qui leur donnent de la consistance , en les retenant dans des châssis de fer ou d'autre matière , et qui en font une espèce de tAhleau, comme les pierres de rapport et de verroteries retenut» Uau» uu mastic ou par un ciment 9 produisent la peinture que l'on nomme mosaïque. Nous sonunes encore tentés de croire que 9 dans la naissance de la peinture sur verre 3 ou a commencé à tracer des figures à la détrempe, ou avec des couleurs délayées à l'eau d'œuf ou au vernis, sur du verre blanc, coiyne on fait aujourd'hui les verres de lanternes magiques , avant d'arriver à l'idée de colorer du verre au feu pour exécuter des tableaux plus parfaits , et pour les rendre plus durables..
Quelques écrivains fixent la découverte de la peinture sur verre au règne de Gharles-le-Ghauve. C'est une opinion que nous n'admettons pas entièrement. LUiiatorien du monastère de Saint - Bénigne , de Pijon , qui écrivait vers l'an io5a , assure cependant qu'il existait encore de sen temps, dans Téglise det^
DBS ARTS DIT DESSIlf. gi
ce monastère y un très^ancien vitrait, i^Qprésentant sainte Paschasie 9 et que cette peinture avait été retirée de la vieille église restaurée par Gharles-ler Chauve. M. Émeric David qui parle, dansson ouvrage ( Discours historique de la Peinture modemt ) $ delà découverte de la peinture sur verre , fixée au règne de Charles4e-Ghauve , remarque fort judicieusement que s'il en était ainsi, ies poètes et les historiens du temps n'auraient pas manqué d'en faire mention; ils parlent, dit-il, de vitres peintes, mais non pas de la découverte de la peinture sur verre-
Il paraît certain que tous les auteurs qui ont écrit dans ce sons, ont confondu Fart de teindre le verre et celui de le dorer , avec Tari* de le peindre , dont la découverte serait postérieure de beaucoup au premier, puisque nous trouvons des ven'f'A tpjnts de toutes les couleurs et àorèa dcuis les mosaîqucs fran^ çaîses les plus anciennes , ainsi que le fait voir la tombe de la reine Frédégonde qui est à Saint-Denis ( Voyez tome I" , pag. 1 70 ). Les rubis qui ornent la garde de Pépée de Ghîldéric I*"'^ qui se voient à la bibliothèque du Roi, ne sont que du verre teint en rouge. Ainsi , les vitres peintes que Ton reporte au règne de Childebert I*' et au temps de Gharlemagne, pourraient bien n'être que teintes sans être ombrées, puisqu'on est autorisé , par les monumens, à fixer vers la fin du onzième siècle l'art de peindre sur le verre des figures d'hommes, des animaux et des arabesques. Sous la régence de l'abbé Suger , on a commencé & mieux nuancer les couleurs , à ombrer les sujets , et b, employer l'émail avec quelque succès«
9a Anacu histoaiqvb
Division de (a peinture sur verre.
On peut diviser Part de peindre sur verre^en deux genres^ c*e8t-à-dire en art simple et en art composé. Nous appellerons peinture simple, celle dont les cou«
leurs étendues à plat, sont tellement fondues avec le
▼erre, qu^elles le pénètrent au point qu*il est impossible de la détruire, même en refondant le verre. Il conviendrait mieux , sans doute , d*appeler ce procédé , celfit par lequel on commence pour peindre sur verre, Tart de teindre le verre ou de colorer le verre , que de lui donner le nom de peinture qui , selon nous , convient mieux à Tart que nous appelons composé , puisqu*il réunit à la fois tous les procédés.
La peinture composée est celle qui est simplement fixée sur le verre à Faide du tbu , comme le sont généralement les carnations, les ombres, et comme le sont aussi les camaïeux ou les grisailles. Nous l'appelons composée , parce qu'elle a besoin du secours du premier procédé , et quelquefois de celui de FémaO, pour produire FefTet que Fon désire dans un tableau. Les verres émaillés peuvent se comprendre dans cette classe de vitraux.
Les premiers peintres verriers ont souvent em« ployé les trois procédés à la fois , c'est-à-dire la teinture du verre, la peinture en apprêt ou fixée sur la superficie , et Vimail ; et on voyait dans le Musée des Honumens français, des vitraux du douzième et du seizième siècles, qui sont rehaussés d'émail dans beaucoup de parties , comme nous en avons aussi dans lesquels il n'entre point d'émail >
fly.
IDSS ARTS PU DBSSIlf. gS
et qui ne produisent pas moins d'effet; ce qui prouTo que l*éinail n'est pas nécessaire pour rexécution des belles peintures sur verre* Cependant , remploi de rémail est indispensable » lorsque Ton veut rendre un sujet quelconque sur une seule pièce de verre; car on ne le pourrait pas autrement sans le secours de plusieurs pièces 9 et par conséquent sans l'emploi du plomb pour les rapprocher et les contenir ; ce qui est un grand inconvénient pour de petits objets ^ comme on le voit par certains petits tableaux du seizième siècle.
PeifUure $ur verre du quinzième siècte* ( Plan*-
che 289. )
Cette peîntare cm-ieose y tirée de Tabbaye de Bon-Port ^ en Normandie y représente Gilles Mallet Chevalier, et Kicole de Chably sa femme, yétos selon le goût du temps. Ils sont figurés tona deox à genoux et les mains jointes. Gilles Mallet est armé d'one cuirasse 9 d'une cotte de maille et d'un juste-au-corpa blanc et rouge , brodé, omë de petites croix , dont l'extrémité se termine par les pointes d'une cornette. Son épée, dans le fourreau , est dressée devant lui. Nicole de Cbambly , dont les cheveux de derrière sont tressés et relevés de chaque côté des joues , est coiffée d'un voile et d'une couronne de brillans et de perles. Sa jupe est divisée par trois bandes d'étoffe rouge , verte et blanche. Sur l'étoffe blanche sont les armes de son mari; les siennes sont sur la partie verte. Par dessus ce vêtement , elle porte nn snrcot jaune , brodé en argent, avec bande et plastron aussi d'argent $ il est fermé sur le devant d'une autre bande par une riche broderie en pierres et en perles. Ces deux figures se détachent sur une tapis* série en arabesque fond vert, d'un excellent goût.
Mous avons remarqué que Témail a Finconvénient de s'écailler par un choc quelconque , et qu'on peut enlever de dessus la superficie du verre la peinture en apprit , ou celle que Ton a seulement fixée des-
SUS f côoune le* ombres et les. carnations • avec un acide violent; c*est une expérience que nou^ avons faute nous-mêmes pour nous en assurer. Il n^y a donc que les couleurs amalgamées dans le verre qui soient indestructibles.
§ I*'. La peinture sur verre prit un grand accroî^^ sèment en France, non-seulement par Tusage fréquent que Ton en fit dans les églises, mais encore par rétude et la pratique des artistes qui s*y adonnèrent. Les plus anciens vitraux du Musée des Monumens français, remontent au douzième siècle; nous sommes loin d'en louer le dessin , mais nous dirons que leur ensemble porte un grand caractère, que les couleurs en sont aussi belles que celles des vitraux de Jean Cousin , dont le dessin est admirable , et que nous avons oonaparé avec ralson aux plus beaux cartons des grands maîtres italien». Mous disons cartons, parce qu*il est vrai que les anciens vitraux, en général , ressemblent plus à un dessin colorié qu'à un tableau peint à l'huUe ; mais ils n'en sont pas moins précieux pour cela. Les cartons de Jules Romain, du Musée du Roi, sont aussi beaux et aussi intéressans pour les connaisseurs que les tableaux qu'il a peints à rhuile. Le génie de Rapbaël est aussi grand dans ses fresques, dont la couleur n'est point agréable, que dans ses peintures à l'huile. L'invention , l'ex-" pression et la pureté du dessin constituent seules le grand peintre; la manutention des couleurs n'est' qu'un secours secondaire qui, cependant, embellit l'ouvrage; elle répand des fleurs agréables autour des formes , elle adoucit le style et séduit le spectateur.
DBS ARTS DU DESSIX. qS
De la fairication des a/ncUns vitraux*
La fabrication des premiers vitraux est fort simple; elle est plate et sans effet; le trait est formé sur un fond uni 5 accompagné seulement de quelques hachures pour donner du relief au sujet : mais bientôt elle prit un grand essor; le génie «s*enipara d'une découverte peu importante dans son origine » et les dessins colorés sur verre , de Jean Cousin et d'ÂIbret Durer, que Ton a vus au Musée des Monumens fran« çaisy fixaient également Tattention des artistes et dj^s amateurs.
On a fait Valoir avec raison , dans quelques jour^ naux y l'avantage que la peinture moderne sur verre a sur l'ancienne, en ce que les peintres qui s'en occupent, se servent de grands morceanT do slaee, sur lesquels ils peuvent llhrp.mant exercer leur talent, sans le secours des rainures de plomb dont nous avons parlé plus haut, et sur lesquels, à l'aide d'une manutention habile, ils parviennent à produire des effets aussi harmonieux et aussi vigoureux que le serait ^une peinture à l'huile. Cet avantage est grand, sans doute > mais il ne peut avoir lieu que dans le cas où l'artiste emploie une peinture qui doit seulement étro fixée sur le verre ; car il lui serait impossible de l'y incorporer au feu, à cause des divers tons qu'il est obligé de placer à côté les yns des autres, qui , nécessairement , se confondraient en refondant le fout ensemble au feu : ce qui ne produirait alors qu'un amalgame de couleurs rebutant à voir. L'avantage dont on parle n'appartient pas exclusivement à nos découvertes modernes dans l'art dont il s'agît. Dans
g$ iUPBRÇU HISTOAIQUB
le qtiatORième siècle on a fait des tableaux sur un seul morceau de verre ; mais ils ne sont que de deux couleurs : dans le seizième siècle Tart étant plus ayancé, & l'aide de yémail» on en a produit qui ont tout reflTet d'une peinture ; nous en savons un exempte dans le dessin suiyant.
Peintur€ sur verre. (Planche ago.)
Ce tableau, qal fait partie de ceux de mon cabinet , peint nur nn morceau de Terre vert , prouve , cpand on n^emploie pas le plomb pour rapprocher les morceaux ^i auraient été teints ou colorés séparément > qao l'on ne peut parvenir k une ■ parfaite rAuûon qae par l'emploi de Pémail et du pro-^. cédé que l'oa appelle apprêt ; il est grave' de la grandeur de Foriginal , et repre'sente Charles IX et Elisabeth d'Autriche sa femme , montes sur le même cheval . et allant à la chasse. La coaleur dé cette peinture est agréable , le dessin correct , et on y ' remarqo* Um «ostomes civils en usage sous les rois Charles IX et Henri III.
Nos anciens matt^s se sont servi de plomb pour rapprocher leurs pièces^ par deux raisons : i**, parce' que y de lemr temps , on ne connaissait pas. l'art de couler de grandes plaques de.verre; 2% parce qu'en faisant incorporer la couleur dans le verre 9 par l'ac^ tion d'un feu violent, ils n'auraient pu obtenir deux teintés sur le même morceau, qui devait passer deux fois au feu, comme nous venons de le démontrer.
Il est certain que l'ancienne peinture sur verre mérite d'être admirée , quand on connaît toutes les' difficultés qu'il a fallu vaincre pour parvenir à l'exécution des effets qu'elle produit.
§ I*'. Avant de peindre sur le verre , selon la ma-^ nière ancienne, on fait un carton , c'est-à-dire que l'on dessine, et que Ton colore le sujet que l'on veiïC
j'i.ge.
DES ARTS pu 07.SSI?r. 97
traiter sur dtt papier , tel qu*on veut Texécutcr. Ensuite on choisit des morceaux de verre que Ton taille sur des patrons exactement pris sur le dessin , pour y peindre les figures par parties ^ en sorte que les pièces puissent se joindre dans les contours des parties du eorps et dans kâ plis des dhiperies ; de manière que le plomb avec lequel on les assemble » ne gâte point les contours du nu ni ceux des vètemens. Lorsque toutes les pièces sont taillées suivant le dessin et selc;^ la grandeur de Touvrage» on les marque par des chiffres ou par des' lettres pour les reconnaître ; ensuite on travaille chaque morceau avec des couleurs f suivant le dessin que Ton a devant soL ( Voyez tdme VI 9 pages 5^^ 4q ^^ 4> » f^inturc sut verre ^ ce que nous avons dit de la manière de teindre et de colorier le verre.) •
Les grisailles sont moins difficiles à exécuter, parce qu'elles ne comportent que d^ix tons. Lorsqu'on veut donner des traits légers dans la barbe ou dans les cheveujE des personnages» ainsi que des coups de lumière d^icats dans les parties qui en sont privées , soit dans les caruaftions^ soit dans les draperies, on se sert d'une pointe de bois, du madche du pinceau ou d'une plume taillée , pour enlever dessus le verre la couleur que l'on a mise dan» les endroits où l'on ne veut pas qu'elle paraisse; oh laisde ainsi le verre à nu ; il reprend sa transparence , et doilne une lumière vive et fine*
Peintura sur vefre, dite grisaille, par Jeana Cousin.
(Planche 291* )
Cette peinture 9 d'une composition riche et (l*Mtt deasio parfait , qui ornait la chapelle du clidtcau d'Anet qtt« Von a vue pen-
qS apbrcu historique
dant plaftieurs anncei aa Musée des Moaumens français , et que nous avons achetée avec les antres objets d'arc dont nous avions orné notre Musée , représente , dans la proportion de douze pieds, le combat des Amalécites. (Voyez peinture sur verre , tome VI , page aS , la description que j'ai donnée de la cbapelle d'Ane t> )
5 II. Les peintres verriers furent long^temps gênés pour Texécution des ornemeus aux broderies des draperies qu'ils ne pouvaient obtenir sur une seule pièce de verre. Lorsque Jean de Bruges 9 aussi bon chimiste qu'il était babile peintre 5 procura à la peinture .«ur verre ce nouvel avantage ,' cet artiste auquel nous sommes redevables de Tinvention de la peinture à rhuile 9 trouva le moyen de fixer , à une certaine épaisseur du verre , la couleur teignante 5 pour les morceaux de draperies qu'il voulait orner d*une broderie; c'est-à-dire, qu'il avait l'art , par un coup de feu dirigé à propos j d'arrêter à un quart environ de l'épaisseur du verre là couleur , au lieu de la laisser pénétrer d'outre en outre^ de manière qu'il n'y avait que la superficie de colorée , et que le fond du verre restait pur et intact. Après avoir dessiné sur ses pièces les ornemens dont il voulait enrichir ses vétemens , il les creusait , à l'aide de l'émeri et de l'eau , en façon d'iotaille, jusqu'à ce^qu'il eût atteint le verre blanc , et enlevé la partie colorée : c'est alors qu'il formait sa broderie , soit en introduisant dans les creux qu'il avait obtenus par ce genre de gravure ^ une nouvelle couverlure d'or ou d'argent^ ou un émail quelconque qu'il passait au feu pour obtenir l'effet qu'il désirait. Ce beau procédé, imité par les autres peintres de son temps , fut généralement adopté ; on voyait dans notre Musée plusieurs pièces importantes, sur les**
par J'éony U>itJÙu
Pl.»93.
KJeinfcire dur t^ez-reP--
Fl igi
f'VX
UÉS AÎ\fS DU DESSIÎT. 9{)
(Quelles on powàit facHenifenl examiner l'emploi .clô la découverte de Jean de Bruges , dont les ta^ens j comme peintre, ont également contribué aux progrès de la peinture sur verre.
Jean Cousin a peint. sur verre avec beaucoup d« succès. Le Musée des Monumens français, salle dtt
seizième sièèlfc ^ renfermait un portrait en pied de François P% en habit de cour, de là plus grande beauté, et deut vitraux immenses réprésentant des sujets tirés de l'Apocalypse , dans lesquels ce grand peintre a réuni toutes les ressources dç la peinture sur verre. Sa manière est belle , grande et large ; elief est remarquable , en ce qu'elle ressemble^ parfaitement aux dessins de nos grands maîtres , que Ton appeijp àartons ; c'est-à-dire que les chairs, faites avec des oxides de fejr, sol)i formées de g^ndes hachures aussi simples que celles dont on pourrait se servir pour l'exécution* d'un dessin sùrJe papier; le 'trait et l'expression des-Tigures sont admirables ,' et ces peintures savantes ont plutôt' l'air d'être peintes sur toile que sur verre. Jean Cousin donnait à ses .draperies les couleurs les. plus vives et les plus éclatantes ; il les formait avec des chaux métalliques d'or, d'argent et de cuivre, qu'il rendait très-trans-* parentes en les faisant pénétrer dans le verte par Faction du feu ; il revenait une seconde fois sur sort travail pour les ombles qu*il composait avec des oxide^ de fer , et fondait le tout ensemble au fourneau.
Peinture sur verre , par Jean Cousin. ( Planche^
aga et 293.)
Peu satisfait des gravures que nous avons données des deux tar -* l)1eanx de la cliapdlc d'Anel , q}û décoraient la salle du seW
lOO APERÇU HISTORIQUE
ftUme niéUfAouê les avoot reproduitei ici d'un format plus grand ei mieox soignëat. ( f^cye* la deacriptioa qv^e nous en avons donoëe , tome VI » peinture sur verre , pages 3i et la.)
Jean Cousin , considéré comme le fondatcnr de récde française , et dont le ge'nie sut balancer celui de Jnles-Ronuin , dans ■et compositions , et ritaliscr la grAoa de Ckirrège par le moelleux de son pincea« , fut surnomma k Miehel^Ange français. Il est né k Souci , près Sens » et florisaait en i54o ; on ignore Tëpoque de sa naissance ; on sait seulement ^'il est mort fort ayancë en Age , et qu'il vivait encore en iSSg. L'ouvrage le plus remarquable en peinture à l'huile , sur toile , que nous possédons de ce grand maître, est son Jugemumt dernier qu'il fit pour la sacristie des Minimes dn bois de Vincennes ; on k voit an Musée du Roi. Noua ne rapporterons point ici la description <k ce tableau précieux ; nons l'avona fait imprimer dans un ouvrage qui vient de paraître, intitulé : Obsert^ations sur le génie et les productions des Peintres les plus célèbres de l'antiquité et dès temps modernes ; mais noua devons h sa mémoire de falle connaître d'auti^s productions qui sont moins belles.
Jean Gonsin composait avec goAt et dessinait agréabkment sur le papier (nous disons sur le papier , parce qu'il est des peintres et des sculpteurs ^i dessinent parfaitement sur la ioile, on avec l'ébauchoir; mais ils n'ont pas l'habitude de dessiner correctement sur le papier). Ou connaît, à.Paris, un beau manusciit de Jean Cousin , composé de soixante dessins et d'autant de cartouches , représentant les diverses positions de la fortune pendant la dnrée de la vie humaine, prises dai^s toutes les classes de la société : les cartouches , analogues à chaque dessin , également faits par Jean Cousin , contiennent en vers français l'explication du sujet représenté » et devant ly:quel il est en regaid. Ce manuscrit rare et précieux appartenait à M. le chevalier de Bouflers. Depuis la mort de ce poète aimable , on ignore dans quelles mains il est passé.
Entr'antres sujets , on remarque nne jeune fille nouvellement fiancée, qui se présente devant la Fortune pour la consulter sur sou sort futur. La Fortune debout, la baguette ma* gique h la main , et placée devant, une table garnie des ustensiles d^un faiseur de tout s, renvoi se d^un coup de baguette sca
DBS ARTS 0U BES^lif» lOl
gobelets mystérieux 9 da dessous desquels ou voit sortir plusieurs petits Ainoors ; la finesse est peinte dans les yeux de la magicienne , et la joie se manileaie sur le visage de la jeune fille. Ce dessin élëgant, rempli de grâce et de gentillesse, n'est pas un des i^oindres de ceux qui composent ce beau recueil.
Dans un antte dessin, on voit un rot placé an sommet de la roue du destin que la Fortune , représentée les yenx couverts d*un voile, agite et tourne : loi , fièremeot assis, son sceptre en main et la couronne sur la tête , triomphe de plusieurs antres souverains placés dans la partie inférieure de la roue , oh on les voit culbutés , et retenir leurs couronnes qni s^échappent de leurs têtes.
Un autre monument de Jean Cousin , plus remarquable, est celui dé Jacques de Brezée , grand-sënécbal de Normandie , que Ton voit dans l'église caihédrafe de Rouen, Hoos allons dire on mot de oe monument historique qni n'a pas encore été décrit. ( Nous en possédons un fort beau dessin , par M. Gar* nerey fils.)
Jacques de Brezée , en t/jôi y avait épousé Charlotte , fille naturelle de Charles Vil et d'Agnès Sorel ; elle fut aussi galante que Pavait été sa mère. Il l'a surprit couchée avec son veneur , jeune' gentilhomme beau et bien fait ; il l«s poignarda tous deux à Roumiers , près Dourdan, en 1470 t comme l'adultère n'était pas bien prouvé , il fut poursuivi et condamné à cent mille écus d'amende , pour le paiement desquels il abandonna toutes ses terres. Mais après la mort de Louia XI , il se pourvut au Parlement qui cassa , en 1484 , tout ce qni s'était fait contre l^ui. B mourut en i494- ^^^ ^l* 1 Louis de Brezée, qui lui' succéda dans sa chai'ge, et qui avait épousé Diane de Poitiers, voulut, par l'érection de ce monument, laisser un souvenir de la violence de son pèr« , ei d« malheur arrivé à sa mère.
Ce monument , tout «n marbre , orné de colonnes et de neuf figures de grandeur naturelle , se Compose de dens ordres d'architecture posés l'un sur l'autre , selon le goût dif temps , et comme celui de Jules II , par Michel- Ange. Jean Cousin , daus ses ouvrages , a suivi la manière de ce grand maître. La prejuicre figure que Pon voit est celle du malheureux veneur ^ vie*
|0a APEIlCU HISTORIQUE
time de son amour, que Jean Cousia a icalpte ou , la t^ie reor vcrice , et couche' sur un sarcopbage de marbre noir. Dans le premier entre-co}onnempnt , près de la tête du jeune homme , Charlotte est paiement scnlptvf! à genoux et en prière j elle a le regard iixc sur le corps de son* amant. £n face de Charlotte ^H une femme debout , tenant daus ses bras Louis de Brezc'e son |ils qui était epcore à la mamelle , lorsque sa mère fut poi-' gnardee. Il y a tout lieu de croire que cette femme , dont Pattimde ^st tranquille et Texpression calme , est la nourrice dç Tenfant j tofk vêtement simple semblerait l'indiquer.
Jj^ sisconde partie du monument se compose de quatre vertus servant de caryatides , et d'un grand arc dans lequel est sculpte de ropde-bosse , «tde grandeur naturelle, la figure équestre de Jacques de Brezc'e , armé de pied en cap , ffiyant et abandonpant ses terres ne pouvant remplir les conditions de Tairét rendu contre lui, en réparation de son assassinat ; ce qui est exprime par le ch^mp de blé qui fait le fond du tableau , et à tracera lequel on le fait passer*
Dans le milieu du couronnement de ce beau mausolée , et c\'st ici oiJi Tcsprit alligoriquc du temps et le géuie de Jean Cousin se funt remarquer , on \oii une espèce de niche ornée (le deux colopnes de marbre noir, contenant la Justice ailée et iissiic sur un trône formé par des branches d'épines , ce qui çcmble indiquer que le jugement qu^cUc avait h prononcer était (.'pineux. La déesse est appuyée d*nne main sur le glaive de la ]oi quelle a renversé en signe de pacification j de l'autre main elle &'fi])puie sur sou trône d'épines , et le serpent de la prudence qui fuit le tour de son bras , fait supposer que Jean Cousin a eu Tintcution , par ce dernier emblème , d'exprimer la piodéra^îon de l'arrdt de l4^4 ' V^^ rf:tablit Jacques de Brezéç ^l^ns |qus ses d^oi^. Ce monumeni , d'pn style sévère et d'une i'xécution qui n'est pas agréable , peut néanmoins âe classer an fiombr^ dçs bpUes produciions du seizicmç siècle.
Pour détruire , s'il est possible , Tespèce de pré- |iigé qui existe parmi les gens du monde , qui consi* (îèrent encore le moyen de peindre sur verre comme ^|i^ secret; ils disent communément^ en parlant dç
DES i.UTS DU DESSirr. io3
cet art : ce secret est perdu. Nous ajouterons à ce que nous avons dit , Part de peindre sur verre , dont la découverte se fit en France , si Ton en croit les chro« niques de Tabbé Suger sur l'abbaye de Saint-Denis , n'a jamais été un secret. On peint sur le verre comme on peint sur Fémail , et du moment où Ton a peint sur verre en France ^ on a peint sur Fémail , puisque nous avons des productions de l'un et de l'autre art qui datent du dixième siècle. La manutention était) à peu de chose près, la même pour les deux arts , et nous possédons des émaux du quatorzième , du quinzième et du seizième siècles , dans lesquels certaines draperies sont formées avec un morceau de clinquant vert, violet ^ rouge ou couleur d'or, recouvert d'une espèce de verre fondu, qui donne une belle transparence à l'étoffe , et produit un effet singulier.
Ce que l'on a pris pour un secret dans la peinture sur verre , n'est autre chose que l'art de chauffer suffisamment le verre pour ne pas détruire les couleurs que l'on avait appliquées dessus , et pour les maintenir au ton que Ton voulait donner à son tableau. C'est le degré €c chaleur si difficile à conduire au point convenable , qui fait que les mêmes couleiirs , dans les mains d'artistes différens, produisent des effets qui ne sont pas les mêmes. Cette différence dans les tons a également lieu dans l'usage de la peinture àrhuile ; car tout individu , sans être connaisseur^ remarquera que deux peintres qui emploient les'mèmes couleurs produisent chacun un tableau d*une harmonie tout-à-faît différente, en supposant même que les deux artistes, devant un modèle vivant, copiassent
104 APEKÇU HISTORIQUE
le même individu. Cette différence tient donc à Torganisation morale et physique des artistes; c^est aussi cette considération qui a nécessairement produit des nuances singulières et des variétés à Tinfini dans les peintures sur verre , sans oublier celles qui appartiennent exclusivement au coup de feu; {Foyez tome VI 9 page /^S, ce que nous avons dit à cç sujet de rindisposition physique de Jean Gonnet , peintre verrier.)
Maisons diêerminantes en faveur de i'emptai de (a
ftinture sur verre.
L'usage des vitrer peiates i*est siBguUèremeiit pvo* page dans les ta^ps où la tare», dea crc^ancea rdl<gieuses , en intimidant les esprits , maintenait les hommes dans un état de mélancolie telle f «pi'èlle les affaiblissait au point de ne pouvoir supporter la lumière du soleil > et de préférer la demi*teiAte d*Un |our aflEaibli par im corps étranger. Les vitraux de couleur y dont on ornait alors les égUsea> étaient né* cessairesy i% pour retracer à l'imagination des âmes pieuses les mystères de la religion ; 2% pour donner au local où elles devaient se réunir» uêe teinte propre à exciter le recueillement; ainsi 9 on a vu dans des temps plus modernes, les religieuses parfumer leurs cellules dea odeurs ks plus suaves pour provoquer rimaginalion et obtenir la puissance de Textase; 3*" 9 pour préserver des ardieucs du soleil > un local où les t^dèles devaient se rassembler. U est reconnu que la présence du soleil inq>ire la galté ; qu'elle échauffe Timagination, et qu'elle fait ïialtre les sentimens les plu5 élevés , même dans TÂme la plus froide ;
DES AKTS DU DESSIlf.
io5
c'est ce que l'on voulait prévepîr. D'après ces considérations, remploi de la peinture sur verre dans nos églises était donc nécessaire ? Voili coopimcAt elle a été long-temps le seul genre de peinture pratifoé en France , si Ton en excepte les miniatures sur vélin qui se fabriquaient dans le& cloîtres»
§ I*% Aujourd'hui la peinture sur verre vient de recevoir un nouvel éclat par un procûédé dont on doit la découverte au zèle d'un artiste qui consacre se» veilles au perfectionnement des couleurs^ à Vusage des peintres. Il sera donc facile maintenant d'orner les vitres des palais d'une manière agréable > en y £atisant représenter des faits héroïques ou des arabesques.
Dans le siècle dernier^ sous deaprétexte&différensy ou a foit supprimer de nos églises les belles vitres peintes qui les ornaient» On a dit qu'elles donnaient trop d'obscurité 9 et que les sujets qui y étaient représentés 9 montraient des nudités et même des obscénités. Cependant , on sait que la plupart des sujets libres qu'on y voyait, représentaient des vices personnifiés ;l que ces images ne s'exposaient ainsi aux yeux de la multitude que pour inspirer au peuple l'aversion du péché : c'est ainsi que les. Lacédémxxniens faisaient enivrer des esclaves y dans l'intention de détourner leurs enfans d'ua vice qui dégjrade rhomm^ et le rend l'égal de la brute.* C'est avec de senU)lables discours que l'on est pai^enu à anéantir la pratique de la peinture sur verre ; c'est ainsi que nous avons perdu le beau vitrail de Sainte -Marie Égyptienne 9^ où Ton vA>yait k sainte livrer son beau corps à un batelier pour payer le passage 9 dans une barque, du fleuve quHo. séparait de celui dans lequel
106 ÀPERCTT HISTORIQUE
était toute son espérance. Elle était représentée sur le pont du bateau 5 troussée jusqu'aux genoux devant le batelier ^ et on lisait au dessous ces mots : Comment ia sainte offrit son beau corps au éatetier pour son passage^
On a également perdu le beau portrait en pied de la Pucelle d'Orléans que Henri Melleîn avait peint sur les' vitres dePéglise Saint-Paul de Paris, en i436. Ce tableau fit une si grande sensation lorsqu'il parut, que le roi Charles YII accorda à Mcllein des exemptions de taxes et autres privilèges. {Voyez tome YI , peinture sur verre , pages 89 et suivantes. )
§ II. Les peintres verriers du dix-septième siècle, en cherchant à perfectionner l'art, abandonnèrent l'ancienne manière de colorer le verre, et ils s'adon-' nèrent à l'usage de la peinture en apprêt , qui consiste seulement à fixer les couleurs sur le verre, par un fondant , en le passant au feu ; tels sont les vitraux' des Feuillans, que l'on voyait au Musée des Monumens français , datés de 1700. Robert Pinaigrier, qui vivait encore en 1620, employa dans ses tableaux les trois procédés différens dont nous avons parlé plus haut. Il y avait au même Musée un tableau de ce maître, représentant la Résurrection des Morts ^ dont on admirait les belles couleurs, et sur -tout la robe de pourpre de Jésus-Christ. Les peintures de Perrin , d'après Eustache Lesueur, conservées dans la salle du dix «septième siècle, sont très -belles'; celles de llcnoit' Michu , d'après Elye (le Belge), sont d'un effet piquant ; mais les unes ne sont que l'imitation exacte d'un dessin au bistre, et nous ne voyons dans lès autres que la copie sans gofft d'une gouache fla-
DBS ARTS DU DESSIPT. IO7
mande. Il n'y avait plus qu'un pas à faire pour atteindre la perfection de Tart dans cette manière de peindre sur verre 9 et M. DiblTafait. Nous voulons parler de la galerie des tableaux sur glace qu'il a ouverte ai/publîc pendant un temps. ( Voyez tom. VI , pag. 96 et 97^ ce que nous avons dit des vitraux des Feuillansy et des peintures d'Eustacbe Lesueur.)
§ III. Enfin , il ne faudrait pas confondre la manière de peindre de M. Dihl avec l'ancienne peinture sur verre : il n^y a aucun rapport entr'elles. Dans l'une 9 les couleurs pénètrent le verre d'outre en . outre , ce qui a nécessité l'emploi de plusieurs pièces de verre que l'on a réunies par du plomb; autrement les couleurs se seraient mélangées et amalgamées au feu. Dans l'autre > elles couvrent seulement la super* ficie qu'elles pénètrent légèrement. Nous dirons en faveur de M, Dibl 9 que le procédé nouveau offre deux avantages remarquables : 1% celui d'être peint sur une seule glace ou sur une seule pièce de verre; a% qu'il présente une grande perfection dans la fonte des couleurs et dans leur harmonie , ce que les anciens n'ont jamais fait , puisqu'ils ne pouvaient obtenir par leur procédé que des tons tranchés à côté les uns des autres ^ unis par un corps étranger comme de la mosaïque , qu'ils adoucissaient cependant par des ombres faites d'oxide de fer , seulement fixées dessus le verre.
Si l'on examine les anciennes peintures sur verre , on verra que les morceaux qui les composent sont multipliés à rinfini , et qu'ils sont d'une très - petite élcuduc ; mais qu'ils augmentent de volume , à mejBuro aue Tart s'est perfecîionné, et qu'il se rapproche
108 APUGU fllSTORIQUB
dee demien rièolet. Cette diSéreDee qipartient tout eotière au perfeetionnement de l'art de la Terrerie; mtf à Tépoqae des pfemien vitraux ^ on ne savait pas encoie &briqiier de gituids moreeaux de verre. C'est me {ostfce que Toti doit rendte à II. Dihl; il est le premier qai ait osé entreprendre des taUeaiuc sur un seul morceau de glace d*une grande dimen- ^ sion. On lui doit d*autant plus d*éloges qu'il a faUu vaincre de grandes difficultés pour parvenir à la fontô parfaite de ses couleurs f sur nne surface aussi con-^ ridérabie f lorsqu'il a dû , pour la perfection de son travail , passer plusieurs fois son morceau de glace au feu, et Ten retirer sans accident
Il ne convient donc pas d'appeler vitraux les peintures sur glace de M. Dihl, puisque ce sont de véri* tables taMeaux qui ont l'éclat, et qui produisent au-> tant d*eiiet que ceux que l'on traite à l'iiuîle. Les couleurs qu'il emploie sont suffisamment fixées sui^ la superficie du verre , pour recevoir la transparence convenable , et laisser pénétrer la lumière du four dans tous les points. Cette nouvelle manutention est douce à l'œil , sans altérer cependant la vigueur des tons et l'effet magique qu'elle doit produire.
De ia manière de peindre sur giaee.
En admirant les tableaux dont nous venons de parler , nous croyons avoir reconnu que la première préparation du travail consistait à se procurer une glace dépolie , sur laquelle on peint avec des cou« leurs amalgamées avec un fondant^ que l'on applique les unes à côté des autres , tantôt en pointillant , et tantôt en forme de lavis, suivant le besoin que Ton