CHAPITRE IIL
SBCOND STYLE.
SiUte des Monumens du moyen âge^
Ainsi que nous Tavons démontré dans le précédent volume , au retour des croisades , vers la fin du treizième siècle , les arts dépendant du dessin furent cultivés avec plus de soin qu'ils ne lavaient été dans les siècles f»?é« cédens; et comme nous l'avons fait remarquer , les architectes , les peintres ou les sculpteurs qui avaient voyagé en Syrie avec saint I^oub^ nûrent plus d'art et plus de goût dans leurs ouvrages. L'architecture , aussi bien que les
aoti^es arts ^ se ressentit de cette heureuse in*
3 A»XR1ÇU HISTOBIDVI
fluçnce ; les ogives plus allongées el plus gra* cieuses dans leur forme, remplacèrent celles qui, jusqu'alors , étaient surbaissées et plus liplaties.
Sous le règne de saint Louis, la sévérité dans le style, et l'exécution rude de la sculpture des premiers temps, furent remplacées par xin dessin plus sage, par un goût plus épuré, par des formes plus arrondies , et par un travail plus soigné • Le tombeau de D^obert , commencé sous l'abbé Suger et terminé vers Tan 12 20, gravé et décrit tome I*"^, page 1 5a, «t tome VII , page 102 , fait v*ir dans quelques figures une grande perfection. Les attitudes des personnages sont vraies, simples et naïves $ les draperies bien ajustées ont du mouvement, de l'aisance et de la dignité. Cette amélioration , dans l'art , ne fut pas de longue durée ; une dégradation sensible se manifesta <lans la sculpture , sous PhilippeJe-Bel et les règnes suivans, et se prolongea jusqu'à celui de Charles VHl^ La statue équestre en bois , qui décorait l'église de Notre-Dame , en serait \ une preuve , si elle existait eacore ; mais à défaut de celle-ci , on peut consulter les statues des rois , des reines , des princes et des jirihcesses , morts dans le quatorzième siècle , -ifn étaient aux Petits-Âugustîns et que nous
là
pi
o pi
9KS ÀRTO PV PB99IX. $
BTWis (ait tr4D8pbrter d^os l'églifie dte SaioU Denis- (i). Il ja moins d'imagination dans la conception de ces statues et moins de hardiesse dans le dessin el d«ins le maniçipent du
ciseau. L'artiste trop timide çl p^U exercé dans la pratique de son art^ cherchait la perfeetioii sans pouvoir l'atteindre.
( Planche 25 J. )
Statua aa pfevft de Hmy al h ^^n^Xj d^ Fîfrre 4*0i-f eipQnt, ç)i^Y£(M<|r , mgnpux de Méiy et de Çhan,tUly, mort fsn i3S^. r^tt^ statue, coloriée à la ma^ Dière du temps 9 est supportée pas 4eu9L figures 4i-< lées qui tiennent dans leurs bras deux figures plus petites. ' Elles sont posées sur deux colonnes dans le goàt arabesque. D^ns rentre^eolonnement ^ qui fait le fond du tombeau , on voit imi t«as-reUQf rjsj^senr \9Lm ui| €2|lv#irfi ; «tu 4^fs^ d^ mopumpDt pn lit rifipcidption liuiy^qte :
Ci'S^t Pierre d'Orgemont, chcvalUr , seigneur de Mtry et 4e Chantilly , chanceiier de France , w(iort en MCC^LXXXIX. Priez Dieu pour iuî.
Pierre d'Orgemont, trésorier de France yetMargue^rite de Voisine, sa femme , mnvte en i38q , avaient leur sépulture dans Fancifsnne §bbay§ 4^ Vol-des • jJÊ^olier^ , pli|S eonaue spi^s le; nopot 4^ fiaint^-Cç^ ifteri^e-de-ta-CuUpirp. Pierre d'Qrgfen^ont , né à &iint-Thierry-sur-Oise y premier président , était fils
(i) Voyez tom. II, les gravures et la description qnc j* ^«•n« , Àe|}iiis la page ^^ ji]s<|m?^ 136.
4 aPBACTT ' mSTOhïQtJB
tl^unautre Flerre * d'Orgemont , bourgeob de Lagny» fur-Marne ; son mérite Tëleva aux grandes dignités* Le roi Charles Y , satisfait de ses services , le fit premier président , le ao novembre iZ^Z, et huit jours après , il fut fait chancelier de France. ( Voytz les itémoireè de Jean Juvenel des Ursins.)
Peinturô représentant Philippe ^ le- Bel ^ tenantson lit de Justice de\Zoi (PI. 254)*
Dans le tome III, pages lo et suivantes , bous avons parlé dtme académie de peinture qui fut fondée par les rois Charles Y et Charles VL Cette utile et nouvelle institution ^ sans doute , devait être favorable aux arts ; mais nous n'avons conservé que la date de son institution y le nom de Gringoneur y Tun de $es membres , auquel on attribue Tinvention et la peinture d'un jeu de cartes , que Ton conserve à la bibliothèque du Roi , et les noms de quelques peintres verriers , qui reçurent^ des deux rois fondateurs , des marques de distinction avec des privilèges.
Dans le même volume , nous avons donné la gravure et décrit deux tableaux , l'un représentant Vdjamille des Ursins, et l'autre JésùS'Christ au tomheau , que nous considcrons comme les chefs-d'œuvre des premiers académiciens de saint Luc* Le premier ,
Dfifl ÀATS DU DESSEK. S
dune couleur plate et d'un dessin médiocre, pourrait s'attribuer à Gringoneur , parce qu'il a des rapports avec les cartes à jouer dont nous avons parlé. Le second , médiocrement dessiné , sans aucune connaissance de l'anafomie, est cependant remarquable par la beauté du coloris et la perfection qui existe dans le maniement du pinceau. Le nom de Nicolas Pioa, qui paraît être ceJui du peintre, est tracé en caractères du temps, sur un vase en grès, rond et élevé avec des ornemens bleus, semblable à o€U3t <ru« l'oxk Tiâbrlcrue encore; en Flandre et en Allemagne. Outre ces deux ou* vrages , "nous possédions dans notre Muséum les portraits d'Isabelle de Bavière, de Charles VII et [du chevalier Bayard , que nous supposoift avoir été faits d'après les person* nagea mêmes ; mais nous n'assurons pas qu'ils soient à l'huile, quoiqu'un manuscrit de Théophile le Prêtre, écrit au plus tard dans le onzième siècle ,. nOas fournisse un pas-* sage qui prouve que la peinture à Y huile était connue plus dé quatre cenis ans avant la prétendue découverte qu'en fit Jean Van-£yck. Voici ce que dit cet auteur sur lu peinture à l'huile» chapitre XXIII , intitulé de Coloribus oleo et
gummi , « Toutes sortes de couleurs peu-'
» vent se broyer avec la- même sorte d'huile.
C ÂPXRGU RlSTOIII<;^U»
» et s employer sur les ouri^ages fù bois , sen- A> lement dans les choses qui peuvent se ma- » nier facilement , et par conséquent se sécher * au soleil , pai*cé que toutes les fois que vous i» aveîs appliqué ttiie couleur, vous ne pou- *> yek en mettre une autre pardessus que la ^ première ne soit bien séchée : procédé qui , » dans les ouvragés sur toile , est long et trop ^ ennuyeux* » Voici ce que le même auteur rappoi^te sur la composition de la peinture à ik gomme : «c Si vous voulez hâter voire tra-
^ itaiîl y J>r<mcto do la gpommo <|tiî ^oule du CS"
:h risier ou du prunier ^ et après Ta voir coupée ^ bien menu , mettez - la dans un vase d'argile, ^ ^i versez beaucoup d'eau dessus ; exposez Ja au te Soleil en été , et sur des charbons en hiver , i jusqu'à ce que la gomme soit d%venue li- *» quide; ayez soin de bien la mêler avec un Â> bâton lx)nd ; ensuite passez-la par un linge , » ^t après , broyez les couleurs et mettez de » telté eau gommée dedans. Toutes lès coutt leurs peuvent se broyer et s'employer avec » cette gommé , excepté cependant le ver^ i» millùHf la aéruse et le carmin , qu'il faut ^ htoyerel èiùplôytv ^vec du blanc d^œitf(i); »
iiMBtol^KaMMIil^ta^^
(i) Pour plus de fehscîgheihens sur IVriçine ffe là peinture Jk
X»£S ABT» pir DKSsnr» 7
Le tableao de Philifpe-le-Bel que roh voit iti, pour Fexéciitioti, a singulièrement de rapport avec les précédens. Le roi couronné, vêtu de ses habits royaux^ est assis sur soa trône ; delà main droite il tient son sceptre, et semble de Taotré confirmer dn geste ce qu'il adresse aux représentans des Etats quli avait assemblés.
En i5oi, Phîlîppe^le-Bely irrité des injustes pré'tentions de Boniface Hill y conroqaa , à Paris , les grands et les prélats du royaume » deux députés des villes 1 commiinautéA^ idiapitres«' uiiiiz«iudii^.ft , et les supérieurs des maisons religieuses» Cette assemblée fut Torigine des états-généraux. Les diètes, sous les première et seconde races, se nommaient Ckamp-dù^ Mars ou Champ-dù-Mai, selon le mok où Ton s*assemblait ; le tiers-état était exclu. Voici comment Philippe^le-Bel répondit à Boniface YIII , qui lui adressa une bulle dans laquelle il signifiait au roi que ta coUatiaii des bénéfices ne lui appartenait pas, et que le droit régal était une usurpation , ete. , etc. ...» « Avant qu'il y eût des clercs , le roi de France avait
> une autorité absolue dans son royaume. II pouvait
> faire telle loi qu'il jugeait à prc^os pour la conservation de l'État. L'église , épouse de Jésus-Christ^ iQ'est pas seulement composée du clergé > mais en-r »core de laïques. Ce n'est point pour les seuk ec-
de lUosiitut, intituk* : Discours historique sur la PiLituremo^ deme f premier discoars, pag. 157 et suiv. Voyez aussi t Hi^ toire de la Peinture en Italie ^ iomt l'', pag. m.
è iFEllÇir HISTORIQUS
sclésiastiques que Jésus-ChrisI e$t mort , ni i eux » seuls quMl a promis la grâce en cette ide, la globe » en l'autre»
>Le clergé ne peut donc s'approprier que trës-in-- «justement la liberté que Jésus-Christ nous a acquise. »I1 y a des priTiléges accordés aux ministres de Tétglise par la bienveillance des princes séculiers , #u »du moins avec leur permission ; mais ees cota ces- Bsions ne peuvent 6ter aux princes ce qui leur est » nécessaire pour le maintien et la défense de leurs- ' états ; et comme tout autre membre qui refuse le » service qu'il doit à son corps est perclus , de même >quî que ce soit, soit clerc , soit laïque, qui refuse de
'prêter Boii scuuur» & eou «/Lc£vH & ovu curpB, C^ést-
> à-dire au Roi, au royaume et à iui-méme , fait
> voir qu'il est une partie difibrme^t un membre inu* >tile^ et en quelque sorte paralytique. Ainsi, lors-^ » qu'on demande à ces sortes de personnes de cons Cribuer aux charges publiques d'une manière pre- >portionnée à leurs moyens , on né doit pas regar^ tder ces impositions comme des exactions injustes, >maîs plutôt comme le paiement de subsides qui » sont dus. Il est contre le droit naturel de leur dé- > fendre, de leur accorder, tandis qu^on leur laisse > faire des dépenses inutiles en habits*, en équipa- .ges, en festins et eu d*autres vanités toutes sécu- »Iîère8,,au préjudice des pauvres. P(ous craignons 9 Dieu et nous honorons les ministres de l*église ; s mais nous ne craignons point les menaces déraf-
> sonnables des hommes. Nous sommes résolus , par >la miséricorde de Dieu, de ne nous écarter jamais des » règles de la justice. » On croit que le tableau dont
P/uJivijt" Ley bon/.
DES ARTS DU DESSlBTè ^
on voit ici la grayuce, a été peint en mémoire du lit de justice tenu par Philîppe-le-Bel en i3oi (i)«
(Planche 255.)
Portrait en pied de Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , -mort en 14O7 , dont les intrigues et la pré** sence ont été si funestes à la. France pendant la durée du règne de. Charles VU. Il est vêtu de Tordre de la Toison-d'Or , (](u'il institua le 10 janvier i4^g. Cet habit d*un beau rôuge, doublé de blanc, est une espèce de d^ilmatique, ouverte des deux côtés jusque vers les épaules, qui se mettait par dessus une robe à' manches > au moyen d*iiné ouverture pratiquée pour laisser passer la' tète. Par dessus ce vêtement , les clj^evaliers portaient le collier de Tordre , au milieu duquel pendait une toison qui était d'or 9 ainsi que les chaînons qui composaient le collier. La coiffure de Tordre était composée du chaperon à bords retroussés , dont la (jueue fort longue retombe des deux côtés par devant. Les chaussures que Ton appelait alors «i^oc^u^,- ressemblent assez à celles que portaient la plupart de nos religieux. Cette gravure est faite d'après une fort belle miniature que Ton conserve à la bibliothèque du roi.
(1) Pbilippe-lc'Bcl avait d'autant plas de raison de s^crprîmer ainsi , que les gôavepnemens ne pçnvent' se maintenir sans im* pats; que toutes les classes de la société' doivent contribuer & la dette publique. Ce n'est pas pour cette fois seulement, que le derge' a voula se soustraire à cette dette. Personne n'ignore qae c'est une délier et' non pas nn don^ que de payer aux rois lei trih^i9 onIin«ii;e»-et Ut subside* exiraordinairei* -