‹ Musée des monumens françaisChapitre 4 sur 23 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Uarcliitectaré , knpropremeût appelée go^ îhique y que nons iH>minon3 sdrracinique , aràbesqiie ou sarrazine , a été employée dans tout le nord de l'Europe , jusqu'au seizième siècle. Une architecture agréable demi-romaÎEte et demi-arabesque^ à laquelle on a donaé 3e surnom de renaissance , i a remplacée*

L'architecture de la renaissance^ usitée dans» toute ritalie ^ dès le Ijuatorzième siècle , ne fut introduite en France que sous les règnes de Charles VII et Louis XII ; spn emploi cessa vers la fin du règne de François I*"*. On doit à André Orcagna , peintre et architecte , né à Pise^ en i3i^, la substitution dans Tarchitec- Ivre du demi -cercle à la forme pdintue de Fbgive. Il a bâli à Florence le portique de Lanzi qui était estimé des connaisseurs. Les architectes français qui avaient suivi les conquêtes de Charles VIII et de Louis XII en Itiilie^ imitèrent ce genre d'architecture ; il parut agréable , élégant ; il fut généralement emplojé et bientôt perfectionné. Voyez y daQ» l'église St.-Denis le tombeau de Louis XII ; aa Musée desMonamens français, la belle façade

da cbàteau de Gâiiloti; l'un et Vtmieè sont gt*avés et décrite > lome n> pa^e» i44 ^ ^^^-^ Tantes; tome IV^ {>^g^A ^3 et suivantes; tome V, page» 6 et y. Si, d'après quelques auto* rites , nous avons dit , ians l'affirmet' , que le château du cardinal d'Amboise était dû au ta-» lent de Jean Joconde , Religieux dodainîcain, appelé à Paris par le roi pour consirnir<5 lô pont Notre * Dame et une ^alie du Palais d^ Justice > c'est qu'avant l'arrivée de cet artiste iiabile et savant^ ce nouveau genre d'architecture n'avait pas encore aequîs le degré de perfection où il û été porté par la Suite , et qu'on n'avait pas vu de monumens aussi parfaits (i).

Après avoir examiné l'état de la sculpture en France , dans le quatorzième siècle , si Ton porte un œil observateur sur les monumens dû

quinîGième , on verra les efforts que les artistes

(i) Vôîd cte i{ii*<m lit , pag. i5i , v*, n i53, r», de$ Antiqul^ té$ p Chroniques et Singularités de Paris ^ ville capitale du royaume de France , etc. ; par Gilles Corrozet , parisien , aug mentées par JY. B. , parisien. Paris , i5â6 : ledict seigneur roy > 'fit ddifier là cliambre des compies, eic. Dessus le portail dd premier perron des grands degrés de ladite chambre , sons les armes de France, au dessus d^un poré-épic couronne' par deux cerfs- Palans , €t an dessottt est écrit :

"Régia Frantbrufn prohitas. Ludoûicushontstif

12 APERÇU HÎSTORI^im

firent pour atteindre la perPectionr H est ttài ^e les statues et les bas-reliefs qdi ne idod* trent encore que Taperçu du beau , sont néanr moins conçus avec éner»:ie , et exéoutés avec beaucoup de talent. On remarquera que les défauts qui caractérisent le premier style de Fart statuaire sous la renaissance , est le manque d étude d^ns le dessin , et Tignorancé absolue des qualités qui constituent le beau.

Plan et détails du tombeau de Louis XI/.

(Planches 256, 267, 268 et 269.)

Il est de ces monumens qu'il suffit de décrire pour intéresser les amis des lettres et des arts; celui de Louis XII que nous avons gravé et décrit^ tome II, page x 44^ est de ce nombre. Quelques sav^ ns du quinzième siècle, que différentes circonstances avaient rassemblés à Rome, affligés de la barbarie qui s'était répandue sur tous les arts , et environnés de n^O" numens dont les ruines re^^pirent encore la munificence et la grandeur, formèrent le pro>jet de ranimer Tancienne architecture. Tout ce que nous avons eu depuis , de dessins , de figures, de réflexions et d observations non^ seulement sur cet art , mais encore sur tou9 ceux qui dépendent du dessin , ces fravans bomme$ 1 avaient embrassé dans leur plan ; et ,.

lSi>

É ff

»Bft ARTS DU Dsssiar. i3

d« leur travail y 30Dt résultés les progrès de ce$ arts et Féclat dont ils ont brillé depuis.

Plan du tombeau de Louis XII. (Planche 256.)

L'architecture arabe, produite en France dès les premières croisades y ainsi que nous i avons déjà observé , succéda à larchitecture lombarde y et fut généralement pratiquée en.

Europe pendant près de cinq siècles ( voye% tome Vn, pages i 16, 1 17 et 1 19). A la suite de cette architecture* vraiment asiatique ^ dont on trouve encore des traces au Caire , à Ispahan y à Delhi , et même à la Chine ( voyez tome VU:, planche 2^5 ) , on vit paraître une architecture semi -lombarde y semi-arabesque , dont Tusage ne fut pas de longue durée , et à laquelle les savans et les artistes donnèrent le titre d'arcA/teeture de la renaissance j d'autres en font le troisième style de Farchitecture sarracinique » sous le nom de gothique fleuri.

Le monument de Louis XII est un modèle par&it de ce genre mixte ; le plan est simple y les détails vus séparément sont autant de chefs-d'œuvre y et c*egt pour le mieux faire connaître que nous avons ajouté de nouveUes gravures & celles du tome II ( voytz pages 144 et suivantes). Nous ajouterons aussi quelques observations à celles que nous avons fait im*- |MrJmer.

Ça lombeau, élevé à Louis XII ; ainsi qu'à h

l4 âfWtCV HlSTQKIQUl

BsmeAnMde BreMgocTf nm wswstç époi|9d j vie^l d'être replacé et restauré avec «oio 4aQs Téglise royale de Saint-DeDLS, d'où il avait été tiré en 1793 pour le âoustraire à la destruction dont il était menacé* Déjà il avait été restauré au Musée des Monumens fran« çais où il a été admiré jusqu'au moment de sa restî-' tution.

Les mutilations considérables que i'op remarque' su» quelques-unes des figures accessoîvea qui le dé-^- ^Spfenty patent du temps des gueriv^ ^e raligioi^y el cç serait à tort qu'on en accuserait les hompep de W révolution.

Ce monument funèbre ^ le plus considérable qui avait encore paru , fait époque dans Thistoire de l*arehitecture française. Il est totaleinent en marbre blanc 9 orné de sculptures > de figure^ ironde-'bQSss fl de bafi-rreliefs, 8ou e^éciition fut ordonnée par françoîs I*"^ k l'instant oU U oEtonta sur le trône | c|e9tà'dîre en i5i5, selon le nouveau st^le; ainsi, le pre« mier soin du roi de France, auquel on doqna le titre de restaurateur des lettres et des arts , fut dé rem-' plir un devoir de piété et de reconnaissance envers le roi , son prédécesseur , qui emportait les regrets des l'raQf aïs qiii le qualifièrent di^ titre b^cn mérité de p^ffi 4u p^upte, tfQtr^ ^op^ «'fff L^uU ^fl ^t mort , 4is^ieq| ep pleurant le^ pari^siens d# toutes les cla$$e9 qui (poudui/Bdianï béRévo^«^lept wn pqovoi ^ ^mi*

Oeuif (1). ^^m l^ répétoost 09 pe^t cp^idérer k)

(i) Dans les Antiquités et Singularités de Paris , livre H » de la Sépulture des Roys et Rognés de France , etc, , recueil'^ i\es par Jean Rabel f ma istre peintre ^ P^S' V^ > Paris, i586y oa

1>£i AAT8 mi DfiSSllf • , 1$

^«ibM» d« liDU» XH comme 1» premier meauinoot <f ui ^U montra en Fripée le plu« de p^rfeplî^ii 4ef9r ^c qu'on appelle architecture arabesque. La forme €st celle d*une châsse^ et les effîgie9 du roi et de U reine f représentées couchées j y semblent placées comme dans un sanctuaire. Les détails qui en font JPoruement sont d^un goût si excellent et d'une «sedation ei délicate et si perfectionnée , qu*on voudrait le voir sous verre pour mieux le conserver, f^ vaif 4ir6 un mot de l'arigine du genre arabesque , ai fré-* 4}uemment employé dans les arts dépendant du dessin j chez le» anciens comnie chez les modernes.

D'après un passage de Suétone t m^ ijpter^

lit ce <]ui sait : ÎQeluj roy a «stë surnomme père du pay? , cC {pasteur da peuple , car, outre la charité, courtoisie et patience , «t It grande nfiection qu'il portait aut hommes àt grand savoir ^ «t littérature , ven que ça este laj qui a monstre' le cbeqiîa ênk ^and rof François , faisant rcnir Lascaris en France p«ur orner Paris de la cognoissarice des lettres greccjiies , lesquelles «taienc ikioognues e« aestç lameusc uniTffsitif , laquelle le roy rdfornEia 4ea insolences qm y (fuient : et bien «|uM se veiB( a^sailly dp contes parts , et que le pape remuoii et le ciel et la terce potir lur troubler son repos. Hi ne voulut jamais entendre k prendre alliance avec le Turc , n-y avoir amyti^ arec le6oad«n dm ivrdtd- Caire , quoy^uê Tan et l'antre de ces tyi^n? s'efibr^a«9çi)i 4I0 %e liguée avec lut : aassi DUeq a favorise ses dessoins , et Va dëHvre de ses adversaires , etc. , etc. ; et gist k Sainct-Denys «a c«nc wagoâ^qwe avpulture qwe lay a faict dressef s^fi ««cof «ff^r 1< roy François» Ficlogc de oc rojr tel, iitict par le sieur 4a fiaillan ;

Mex ex Aurelio duçe , magnum vicit Juli^m Pentificetn : insubrim loties tentata receplt

.18 ÂPSRGU HISTOAIQUX

prêté sans doute y on a fixera Rome , dans qtiel^ ques ouvrages , Tinvention des arabesques au temps de Néron , et Ton ajoute que ce genre de décoration fut pour les arts un commencement de décadence. Il est vrai que le goût léger et frivole que cet empereur montra dans sa conduite ; ne fut pas avantageux aux progrès des arts, et si, suivant Pline, on imagina sous son règne de peindre des décorations ou toute autre chose sur de grandes toiles, pour Tembellissenient des fêtes qu'il donnait ^ ce n est pas une raison pour dire que les arabesques furent inventés de son temps , et que cette in*veution causa la décadence de l'art. D'autres auteurs ont dit, avec plus de raison^ que les Grecs et les Romains ne sont , à cet égard , que les imitateurs des Egyptiens ; quoi qu'il en soit , il est certain que l'art de peindre et de sculpter des arabesques était connu des anciens peuples. Pour moi, je pense que ces comp jsil ons purement faiïtastiques nous viennent des Mai tes et des Arabes, doni elles ont conservé le nom. D'ailleurs , l'invasion des Maures en Espagne a fait connaître aux Espagnols non - seulement l'usage des arabesques dans les décorations intérieures, mais encore un genre d'architecture qu'ils ne connaissaient nullement avant Farrivée d'Hakem, |X)i des \

DES ÀKTS DU DEssirr. 17

Arabes-Maures , qui bâtit la mosquée de Cordoue Yers Tan 792 de notre ère.

Le mausoljée de Louis XJI n'est pas le seul mcNQument dans le style de rarchitecture arabesque qui se trouve dans le département de la Seine : il j a dans ce genre là plusieurs édifices à Paris, tels que Thôtel de Çluny , rue des Mathurins^ celui de la Couronne-d'Or^ rue des Bourdonnais; cette maison remarquable s'appelait anciennement des Cameaux. Quelques traditions dénuées de fondement en font la demeure du roi Philippe-le-Bel; il est cértain quelle a été occupée en i563 par Phi- Uppe> duc de Touraine» et depuis duc d'Orléan% frère du roi Jean j et aous ne doutons pas que la conformité de nom jointe à la parenté , n'ait donné lieu à l'erreur dont il s'agit. Cet hôtel , depuis , passa à la famille de la Trémouille , et enfin au président de Belliévre , dont elle a conservé le nom , et qui avait sa sépulture à Saint-Germain-rAuxerrois^ la paroisse du quartier. On voit encore au Musée des Petits-Aa* gustins une façade du même genre provenant du château de Gaillon. Cette façade, que nous avons fait transporter et restaurer , donne une idée parfaite de l'architecture dont nous par* kNfts (/^. tome IV9 pa^ ^3 et soa > les gra»

<iif«5 que iidùs en avons donné). Outré Paàl

l8 AKAÇU HISTOBIQOM

Ponce et Jean Juste qui travaillèrent au tom-" beau de Louis XII ^ ou cite Gentil et Dominique , tailleurs de pierre imagiers qui ont sculpté, à Troyes, des arabesques et des détails d'ornemens dans plusieurs monumens publics^ dont on admire la beauté et la délicatesse du travail.

Détails du mausolée de Louis XII. (PL 25/

et 258.)

La gravure que Ton offre du beau tombeau de Louis XII , tome II, page 114 y donnera une idée juste de rarcliitccture dont il est question , ainsi que du genre arabesque dont nous parlons. Ce monument porte, dans son soubassement, près de vingt pieds de long sur neuf de large et dix de haut. Le corps ou la partie principale du monument est formé de douze petites arcades séparées par des pilastres , chargés â*arabesques d^un goût exquis , qui sont posés sur autant de piédestaux. Les bases des pilastres sont at« tiques , et. les chapîtaux composés de volutes , de feuilles et de plusieurs ornemens de fantaisie ; aucun de ces chapitaux n*est semblable à Fautre , selon Tusage ordinairement pratiqué dans cette architecture. La même variété existe dans les autres ornemens, ainsi que dans les arabesques qui décorent les pilastres, ce qui nous autorise à croire que TaTchltecte dessinait la partie architecturale du monument qu^il faisait construire, en indiquant seulement par des pilaDS Usfies ce qu'il toulait orner > et qu^ensuita il

DES ARTS PU DJâssirr, ' 19

laissait aux sculpteurs une libre, carri^^re dans lA comr positioiQ comme dans Texécution de ces détails.

Les socles qui supportent les pilastres arabesques de ce monument (1), sont ornés de divers sujets va-' ries , plus ou moins riches. Celui que Ton voit ici , fi^. i'*9 se compose d'un bouclier, supporté par deux géniea qui tiennent des ^écussons. Louis XII avait pris pour symbole un porc-épic 9 avec la devisé c(h minus et eminus, de près et de loin , devise que nous avons eu le soin de figurer dans la salle du quinzièmo siècle de notre Uusée. La cartouche, flg, a, se com-^ pose d^un porc-épic couronné qui est posé sur uno console arabesque, ornée d'un lys, d'une salamandre , et des armes de Louis XII écart^lées de celles d'Anne de Bretagne.

Entre les pilastres > et sous chaque arcade que Toa peut considérer comme autant de niches^ sont assises des figures d'environ trois pieds, représentant les douze apôtres, portant chacune l'instrument de son martyre. Ces figures, ronde- bosse, rappellent le ^randiose de Michel-Ange , et montrent le plus grand caractère , soit par les attitudes , soit par la sévérité des expressions et le jet des draperies ( Voyez tome II , page 1 14) 1a fiS' ^5). Au milieu du Mausolée on voit un beau sarcophage richement orné , soutenu par ^es consoles arabesques découpées à jour, et sur le« quel sont représentées les figures colossales 1 nues et couchées du roi et de la reine. Louis XII et Anne de Bretagne y sont étendus comme sur un lit, et dans

(1) Sur l'an des pilastres ,e8t grarë le millésime suiT«nt' : MDXVlil. li^adi^iie la date de rérecûoa du moname*f(.

SO y àPlRCÛ mftTORIQiri

imct dé raiddo» 4e la mort. ( F(fy€9 tomo tl , la /!^- 86, page 154.)

; Ces figures , effirayanles de vérité, sont aftrffiùfiei à Paul Penee , «oulpteur florentin , ^ae Prançots I* araît Sêii Tenir en France. C« monument a été eôn$truii à VmUsé 9 dit le père Doublet dans son Bistoire de iaiiit Denis, par Pierre Ponee, Van i5a7, et ap-^ p&né en des eaissespar pièces, aux frais du yramd tm François i^, successeur ei gendre d'icelui VA àmns Xli 9 ouvrage éifne de ta grandeur de co ssutgmfk/u» roi , et digne aussi ds ta mémoire dà m tant éon et pietM roi Louis Xil. Ces scnlplures produisent un si grand effet , sur-teut celle de la aeine^ dont la tête est entièrement renverse et la belle chevelure éparse , qu'un individu , qui Tenait de perdre sa femme ^îfui voyait ee chef-d'œuvre pour la premiète fois au if usée des Petits-Augnstins, où 11 était alors, se }etantà eorps perdu surtse marbi:« , devenu parfait BOUS le ciseau, s'éerîa, en fondant enlartÀes ^ en s^évanouissant : Ah Bieul vovtàcommèétàit sna pauvre femme au momdM de sa m^rt /

lies ouvertures qui sont marquées au bas-vent^ de eès statues désignent l^mbàumementdes corps , usage ttwisaeré aux rois de temps immémorial, et non la putréfisiption , comme T'ont «xprhné quelques écrivains qui ont pris le ill qui réunit les lèvres de l'ouveitù^e pom: des vers, ee qui me déterminé à OToire que lé eèulpteur a eu Tintentlon, en représentant ainsi le roi el ia reine de France, de les figurer tels qu'ils étaient dans leur cercueil- Cela est d'autant plus probaMo > que l'on étaitdans l'usage, aprè&leuf mort, démouler la face4es rois, des reinej et 4ts prineee, afin dé le*

f»SS ARTS QU t>B3SIir. / 2l

fedre rçflaeniblaiis snv lés maïuoléei,. e% que Iq vi^qM^ «ctiste les. a «cuJptéft vétuaen habit de cour et de oéfénPMDuie^ & gci^ux et en prières , pour èlre placés «ii|r lacomîche» au dessus du mausolée > afin de les rnoop trer aussi sous, les attributs de la royauté. Le tout es^ posé sur ua soubassement fonnant socle » qui 04^ orné de quatre grands bas-reliefs représentant les bar tailles données en Italie par les Français, Tentréf triomphale du roi touis XII dans la ville de Gènes » et principalement la bataille d^Agnadel, où Louis XU combattu en personne 9 criant aux seigneurs qui lui reprochaient de a^exposer : que ceux qui ont peut la cachent derrUre mai. Dans l'autre bas-relief 09 ¥oit Louis XII costumé à là romaine • assis «ur us char tiré pa^ deux i^hevaux qu*un valet de pied coi^ duit ; à côté du roi est un héraut d*armeft couronné de lauriers. Des groupes de guerriers portent des tro* phées ; d'autres sont armés de lances » de pertuisanes et de boucliers ; ils marchent aii son des trompettes f des clairons , et sont conduits par des bannières aux armes de France»

Sauvai (1) prétend que ce magnifique et beaumo* nument a été sculpté à Paris, dans le jardin de rhdtel ftaîat-Fauly par Fonce 9 Florentin ; et Jean Brèche f dans un ouvrage imprimé en i55o , dit qu'une parti» 4e ce mausolée a été faite à Tours, par Jean Juste p le plus habilç sculpteur de son temps.. Ce qu'il j a de certain , c^est qu'on voit , comme nous l'avons Hait remarquer^ lea dates de 1617 et i5i8 qui sont

(1) Bistoii'e et Antiquité* d§ la vilU dû, Paru « t«ai. II ^ l^ay^ 131.

33 ^PEIIÇU EISTORIQUl

gravées en caractères romains dans des écussons qui «ont groupés avec les ornemens des pilastres. Ces date» contrarient Tépoque de 1 5a7, à laquelle le père Dou* l)Iet , auteur d'une Histoire de TËglise Saint- Denis , imprimée en i6a5, fixe l'exécution du monument de Xouis XJL Quoiqu'il en soit, il paraît certain que Paul Ponce ne fut chargé que de sculpter les figures de ronde bosse 9 ainsi que les bas -reliefs, et que les pilaslres et les autres ornemens furent sculptés à Xours par Jean Juste et François Gentil (1).

En général,. ce monument nous a paru d'une assea haute importance pour mériter une description plus détaillée que la première ; nous allons rapporter les inscriptions cpii furcui gravées sur Ics ccrcueils du roi et de la reine , pour ne rien laisser à désirer. Sur la tombe du roi on lisait ce qui suit :

Cy gist te corps avec ie cœur de très-haut, trèS" excédent, très- puissant prince Louis XII , roi de France, lequel trépassa à P€iris ^ à Vhâtei des Toumeiies , te premier jour de janvier , i*an 1 5 14 (vieux style). Ses entrailles sont avec son père aux Célestins dudit Paris»

Voici l'inscription latine qui était gravée sur le cercueil de la reine :

Jnno saiutis i5i5, die iunœ aojanuarii, cirea

(i) A chaque coin du soabassement on voyait autrefois quatre ligures colossales de mauvais goût , représentant la Prudence, la Forée, la Justice et la Tempérance ^ on a cru devoir les placer fiilleurs, dans le même local ^ parce qoe la disproportion de cet figures, loin de servir la disposition générale du monument^ n* iaiaaient que lVcr»8çr et U rcxidre dc'sagreable à la vue.

DES ARTS PU DBSstsr. a5

hûram 6 ante tntridiem » obiit in Castro Blesent» ChristianisHtna Francorum regina , Britonum.

dueissa y Anna Francisci Britanniœ ducis fiiia » quœ patri inducatu successit œtatis suœ IL Anno et primûm nupsit cùm esset annorum i^Karoto VIII Francorum régi, a quo très Hier os suscepit^ qvi' immature mortem patris antecesserunt ; in sb^ candis autem nuptiis , tum annum, œtatis suœ a i attigisset, duxit eam rex Ludovicus XII » uxorem. Cui cum très filial et filium, unum peperissetf vitâ proh doior ! excessit , duabus tantum filiabus superstitions, sciiicet /). Claudia et Rç»nata. Corpus ejus in hoc templo more regio con^ ditum est. Cor autem atque viscera , una cum se^ putchro parenturn xuorunt urhs Nannetutn servàt. ' Vixit annos trigenta septem, diebus 16 m.inus> Heu quantum iuctus atque desiderii toti orH reli» quit , cum ad superos migravit !

(Flanche 269.)

Portrait de LouU XII^ diaprés une statue en albâtre faite par Demugîano, que le cardinal George d'Amboise

avait fait sculpter pour orner la galerie du château

de Gaîllon , où se voyait une suite nombreuse de statues des personnages les plus célèbres de la France. Cette Cgure fut ^brisée en 179? 9 et il n^en restait plus que le tronc 9 lorsque nous eu fîmes Tacquisition au^ propriétaire du château. La tête a été moulée sur celle de la statue qui est au dessus du mausolée > et' faite en albâtre par M. Béauvallet (i)«

(1) Pea savisfait de la gravure de ce buste qu« Ton voit dm ^^Qc f tom. II, pag, j54i i*ai fait faire^ celle ci» d« profil , pai^

%i ÂPMKCV HliTOniQUB

Avant de terminer cet article , nous rapporterons quelques notes historiques sur le roi Loub XII et la reine Anne de Bretagne , afin de compléter^ autant que possible , dans un aussi petit cadre , ce qu'il y a à dire de deux personnages aussi grands et aussi illustres.

Louis XII protégeait lès lettres et les arts ; il aimait singulièremenl^la musique^ il se plaisait à Tentendre , et s*il n'eût pas été disgracié de la nature dû côté de la voix, qu'il avait très* faible et peu flexible, il se serait souvent amusé à tenir sa partie dans les concerts qui se donnaient à la eonr. Tje roî ayant fait Tenir de la Flandre un célèbre musicien , appelé Josquin- Després ^ il Je nomma son maître de chapelle , étudia avec lui, et, malgré tous les eflbrts qu'il fit pour donner de la flexibilité et de la force à sa voix , H ne put jamais parvenir à clianler un air. Cependant, Louis XII défia Josqiiin de faire un morceaiide musique dans lequel

M. Imbarty architecte-pTofessenr à l'ëcolc de Saint-Cyr, qui m donn^ au public un excellent ouvrage , orné de gravures , du tombeaa de Louis XII.

Toutes les statues 4e la galerie de Gaîllon ont été brisées et mises en morceaux , excepte celle-ci et un buste de Jeanned^Arc que j'ai fait restaurer par le même Beauvallct ( Voyez tom. II , pag. 113)'. On le vojait an Musée des Monumens français , dans la iâlle du quinzième siècle , en face dn tombeaa de Louis XIL Le roi de Prusse , pendant son séjour à Fairis » en • fait ùkit€ platicafi ooptcs^

I>È$ AATS DIT DESSier. S6

3 lui fut possible de remplir sa parlie. Josqain obéit 2 et le roi cbanta dans le concert te plus prochain 9 au gvand étonnement de toute la cour. Dès ce moment il fut du bon ton de chanter dans les motets que le maître de cha«f pelle composait pour le roi.

La reine Âtine de Bretagne avaitle goût des obaaux. J'ai vu un portrait de celte princesse p où elle éta^ représentée ajfafit auprès d'elle plu-< sieurs oiseaux. Dans ua manuscrit de la biblio* thèque de l'ancien évéque de Metz y on vent la reine Anne de Bretagne dans sa chaiabre à coucher , au fond de laquelle est un patro^ tpiet %>0Pt 4a U9 une cQgc« Il j" a apparence p dit Montfaucon^ que l'usage des perroquets, arait été apporté depuis peu en France ; car , en i468^ lors qtie Louis XII fit enlever tous les oiseaux des Parisiens qui avaient appris à parler, il n'a fait mention que des pies , des geais et des chouettes (i).

Tombeau d^un guerrier y tiré de V abbaye de Fécamp. ( Planche 260. )

Si avec raison on reproche aux statuairet

(1} Poar piaf de reDseignemens sur le roi Louis XII et la rein* Anne de Bretagne» V9fez tom. Il, pag. i44 et tui?., ainsi qo* la Chronologie généalogique des Rois de France ^ que j'ai ûx% ïm§x\^sc en (é|« de ce Todwae, armk ko^ XU.

i6 " APERÇU HiSTORtQt/ïf ' *'

du quinzième siècle ^ des' formes lourdes et gigantesques , on admire le goût recherché , Télégance combinée et la grâce naturelle des ornemanistes de la même époque. Les architectes, particulièrement > ont employé le genre arabesque avec une profusion affectée, et nous ne doutons pas que la vue des beaux monumens de Rome n^ait donné aux Français le désir de les imiter ; cela est si vrai , que l'on peignait au naturel les arabesques sculptés , comme on l'aurait fait s'ils eussent été seulement peints. Ce genre d'ornement prit en Fraiice avec fureur. On en exécutait par-tout , et par u» penchant ordinaire à ïhomme , qui le pousse naturellement à répéter ce qui lui plaît , comme ce qu'il fait le moins mal , les sculpteurs firent un si grand abus de l'emploi des arabesques , qu'il est impossible , à la première inspection d'un édifice du quinzième siècle , d'apercevoir d'un coup d'âil tous les détails dont ils sont surchargés. Cette observation prendra le caractère d'une démonstration, si l'on examine les dessins des façades de Gaillon , tome IV, pages 53 et suivantes, la boiserie du même château, tome III^ P^g'e 20, du tombeau de Philippe de Comi ries, tome II, page i36 , du mausolée de Louis XII , dont nous venons

âe parier , et du tombeau de l'église des Bénédictins de Fécamp ^ en Normandie , que ron voit ici.

Cette planche représente la face géométrale d^un monument en marbre 9 d'environ dix pieds de hiaut^ élevé en 1 55o ; sa forme est celle d'une chapelle ; il est orné de quatre pilastres, de deux candélabres et d'un tableau dans le milieu duquel est sculpté un guerrier debout , armé de pied en cap , la main appuyée sur une proue de vaisseau et tenant de l'autre un étendart ; au dessus du tableau on voit le buste du même personnage y porté par un aigle et couronni par deux génies ailés. L'ensemble du monument est d'une composition agréable, et les arabesques d'un excellent goût, sont d'un fini précieux. Ce monument ayant été détruit et les inscriptions perdues, par l'effet de la révolution, on ignore le nom du personnage représenté, qui paraît être un capitaine de vaisseau.

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