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ORTHOPTÈRES. - PREMIÈRE SECTION

LES COUREURS (cursoria)

ont les pieds semblables, uniquement propres à la course, les étuis et les ailes couchés longitudinalement sur le corps. Dans cette section, les femelles sont dépourvues de tarière cornée. Quatre familles rentrent dans cette division : les Forficules, les Blattes, les Mantes et les Spectres.

FAMILLE DES FORFICULIENS

Ces insectes, bien connus de tout le monde sous le nom de Perceoreille , pourraient être confondus à première vue avec les Staphylins de l’ordre des Coléoptères ; mais leurs caractères les en distinguent d’une

façon bien tranchée et les rangent parmi les Orthoptères. Ce sont des insectes de forme allongée; leur tête est ovoïde, épaisse, sans ocelles, avec les yeux de grandeur moyenne. Les antennes varient en longueur et pour le nombre des articles; le corselet, carré en avant et sur les côtés, est arrondi en arrière; les élytres sont très-courts et se joignent par la suture; ils couvrent à peine le tiers de l’abdomen. Sous ces élytres sont des ailes très-étendues servant au vol, et, lorsqu’on les voit déployées, on a de la peine à comprendre comment elles peuvent se caser à Taise sous des étuis si petits (fig. 4). Ces ailes, formées d’une membrane extrêmement ténue, sont, comme dans tous les autres

FAMILLE DES FORFICULIENS.

Orthoptères, plissées d’abord en éventail, et ensuite repliées deux fois sur leur longueur, comme un N. Ce caractère, qui ne se retrouve pas dans les autres familles, a déterminé quelques auteurs à établir pour ces insectes un ordre particulier sous le nom de Dermaptères. Les pattes sont moyennes avec des tarses de trois articles, dont le premier est le plus long; mais ce qui distingue surtout ces insectes, ce sont les pinces qui terminent leur abdomen; emboîtées dans une plaque crustacée qui termine le corps, elles varient suivant les espèces, mais sont toujours concaves à leur partie interne et plus grandes chez les mâles que dans les femelles. Quand ces insectes sont inquiétés,, ils relèvent leur abdomen d’un air menaçant et cherchent à se défendre avec leurs pinces.

Le nom ancien de Perce-oreille et l’appareil formidable dont ils sont armés, a fait attribuer par le vulgaire à ces insectes des habitudes pernicieuses. Ils s’introduiraient dans les oreilles et, de là, dans le cerveau, où ils causeraient parfois des désordres capables d’entraîner la mort. Sans discuter cette fable ridicule, nous nous contenterons de dire à ceux qui peuvent l’ignorer, que le conduit auditif n’étant pas percé, rien ne peut par ce conduit s’introduire dans la tète. Si par hasard des Forficules ont pénétré dans les oreilles de personnes endormies, c’est seulement parce qu’ils recherchent toujours les cavités pour s’y réfugier. Leur nom de Perce-oreille, déjà ancien, vient en réalité de ce que la pince dont est muni leur abdomen, rappelle par sa forme l’instrument dont se servaient autrefois les bijoutiers pour percer les oreilles auxquelles on voulait attacher des pendants.

Les craintes qu’ils inspirent aux jardiniers sont beaucoup plus fondées; ces insectes attaquent en effet les fruits et les fleurs, et commettent souvent de grands dégâts, surtout sur les œillets. Comme ils recherchent les endroits frais et humides et fuient le grand jour, on les attire en plaçant des pots à fleurs, des briques ou des paillassons près des lieux qu’ils fréquentent. Contrairement à ce qui a lieu pour beaucoup d’insectes qui abandonnent le soin de leurs œufs à la nature, les femelles des Forficules couvent leurs œufs et prennent soin des petites larves qui en sortent

pendant leur premier âge; la mère veille avec sollicitude sur ses petits, et ceux-ci accourent au moindre danger se réfugier sous le ventre et entre les pattes de leur mère.

La famille des Forficuliens comprend trois genres: i° les Forficules proprement dites ( Forficula), qui ont de dix à quatorze articles aux antennes et des ailes; 2°les Forficèsila , qui ont plus de quatorze articles aux antennes et des ailes; 3 ° les Chelidura , qui manquent d’ailes.

Le genre Forficula a pour type : la Forficule perce-oreille ( Forficula auricularia) [PI. I], longue de i 5 à 20 millimètres, d’un brun foncé luisant, avec la tête roussâtre, des antennes de quatorze articles, des élytres bruns bordés de jaune et des pattes d’un jaune pâle. Cette espèce est

très-commune dans toute l’Europe.

Une autre espèce, la Forficule petite (.Forficula minor ) n’a que 5 à 6 millimètres de longueur; son corps est d’un jaune brunâtre; ses antennes n’ont que douze articles. Elle voltige pig. 5. Forficesüaion g issima . souvent le soir autour des fumiers.

Dans le genre Forficèsila rentre la plus grande espèce du genre, la Forficule géante (Forficèsila giganteà) [PI. I]. Cette espèce^ assez commune dans le midi de la France, a 22 à 25 millimètres de longueur, sans compter les pinces. Elle est de couleur fauve, avec deux bandes brunes sur le corselet et une sur chaque élytre. Ses antennes sont composées de trente articles.

Le Forficèsila longissima du Nicaragua (fig. 5 ) est remarquable par la longueur de ses pinces, qui, dans le mâle, dépasse celle du corps. Sa couleur est presque noire. La partie supérieure de ses élytres est fortement ponctuée.

Le Forficèsila americana , représenté avec les ailes étendues dans notre figure 4, habite la Jamaïque et d’autres points de l’Amérique du Sud.

FAMILLE DES BLATTIENS.

FAMILLE DES BLATTIENS

Les Blattiens sont des insectes à corps aplati, très-déprimé, à tète inclinée, cachée sous le rebord du corselet; les yeux sont grands, échancrés pour recevoir les antennes^ qui sont sétacées et composées d’un grand nombre d’articles; le corselet, en forme de bouclier presque demi-circulaire,, s’avance au-dessus de la tête, qu’il couvre plus ou moins, selon les espèces ; les élytres sont placés horizontalement et se croisent un peu à leur extrémité; les ailes sont simplement pliées dans leur longueur; ces dernières manquent dans quelques espèces, au moins dans l’un des sexes. L’abdomen est assez volumineux, très-déprimé, et terminé par deux filets articulés. Les pattes sont longues, comprimées, épineuses, bien conformées pour la course; les tarses ont tous cinq articles.

Les Blattes sont des insectes très-agiles, nocturnes et lucifuges, c’està-dire qui fuient la lumière; elles se retirent pendant le jour sous les meubles, dans les fentes des planchers, des boiseries, et n’en sortent que la nuit pour prendre leur nourriture. Répandues par toute la terre, les Blattes sont en général fort nuisibles ; elles infestent souvent nos maisons, surtout les cuisines et les offices, et attaquent indistinctement toutes les substances animales ou végétales, dévorant non-seulement les provisions, mais encore les cuirs et les vêtements. Leur corps très-aplati leur permet de s’introduire facilement par les plus étroites fissures ; ils pénètrent ainsi dans les armoires, les buffets, et sont à bord des navires un véritable fléau. C’est ainsi qu’il arrive parfois que des caisses renfermant des comestibles se trouvent entièrement remplies de ces insectes, qui en dévorent et en souillent le contenu.

La reproduction des Blattes offre des singularités très-remarquables. Les sexes peuvent être facilement distingués chez ces insectes par le développement de l’abdomen; il est beaucoup plus renflé dans les femelles que dans les mâles. En outre, dans ces derniers, on compte huit anneaux, tandis que chez les premières on n’en compte que six ou sept.

Comme beaucoup d’Orthoptères, les Blattes pondent leurs œufs renfermés dans une coque de consistance coriace, qu’elles sécrètent à l’aide d’une glande particulière dont elles sont pourvues. Cette coque ou capsule a généralement la forme d’un carré long avec les angles émoussés. Les femelles la portent pendant quelque temps suspendue à l’extrémité de leur abdomen, jusqu’à ce qu’elles aient trouvé un endroit convenable pour la déposer. L’intérieur de la capsule est divisé en cellules disposées sur deux rangs, et dont chacune renferme un œuf. Le nombre de ces cellules varie suivant les espèces : dans la Blatte germanique il est de trente-six, tandis que la coque du Kakerlac des cuisines n’en contient que seize.

Après avoir porté sa coque pendant un temps plus ou moins long, suivant la température, et lorsque les petits sont près d’éclore, la femelle dépose son fardeau, le prend entre ses pattes et lui fait une ouverture longitudinale d’un bout à l’autre; à mesure que la fente s’élargit, on voit sortir de la coque les petites larves blanches, deux à deux et roulées sur elles-mêmes. La mère préside à cette opération et les aide à se développer en les caressant de ses antennes. Les larves commencent par agiter leurs antennes, puis leurs pattes, et bientôt elles se mettent à marcher. Dès ce moment, la mère ne s’en occupe plus. Les jeunes Blattes, d’abord blanches et transparentes, ne tardent pas à prendre une autre couleur, d’abord verdâtre, puis noire nuancée de gris.

Tous les Blattiens ont six mues successives ou changements de peau, avant d’arriver à l’état parfait. A chacune de ces mues l’insecte a sensiblement augmenté de volume, et à la quatrième on distingue les anneaux du thorax de ceux de l’abdomen. La cinquième le fait passer à l’état de nymphe ; on aperçoit alors des rudiments d’ailes, et les formes de l’insecte sont déjà bien arretées. Enfin, cinq ou six semaines plus tard, sa peau se déchire pour la sixième fois, et il en sort l’insecte parfait.

On connaît beaucoup d’espèces de Blattes, propres à tous les pays, mais surtout aux pays chauds; cependant le froid de la Laponie n’en garantit pas ses habitants. Ces espèces ont été réparties dans plusieurs genres.

FAMILLE DES BLATTIENS.

Le genre Blatte proprement dit ( Blatta ) renferme les petites espèces européennes, et présente les caractères suivants : corselet laissant le front à découvert; cuisses épineuses; antennes sétacées. Abdomen des mâles sans filets articulés.

L’espèce la plus commune de ce genre est la Blatte germanique ( Blatta germanica) [PL I]. Elle a de 12 à i 5 millimètres de longueur, est entièrement fauve clair avec les ôlytres et les ailes quadrillés de raies plus foncées, et deux raies longitudinales noires sur le corselet. Cette espèce habite également les maisons et les bois.

La Blatte laponne (. Blatta laponica), un peu plus petite que la précédente, est noire avec les élytres et le pourtour du corselet fauves. Cette espèce se trouve communément dans nos bois, sous les feuilles sèches ou les écorces pendant le jour. On la trouve dans le Nord, et même en abondance, dans les huttes des Lapons, où elle dévore le poisson que les pauvres pêcheurs font sécher pour leur nourriture.

Les Kakerlacs sont les plus nuisibles de tous les Blattiens; importés d’Amérique avec les cannes à sucre et d’autres marchandises, ils ont envahi l’Europe entière, et se sont tellement multipliés dans les boulangeries, les épiceries, les cuisines, etc., qu’ils sont parfois un véritable fléau.

Le genre Kakerlac a pour caractères : corselet laissant le front à découvert ; cuisses épineuses ; antennes au moins aussi longues que le corps ; abdomen des mâles muni de filets articulés. La Blatte orientale (Kakerlac orient ali s) , connue sous le nom vulgaire de Blatte des cuisines, pullule dans certaines maisons. Elles restent immobiles pendant le jour, cachées derrière les boiseries, les meubles, sous les parquets, et l’on n’en voit pas une seule; mais dès qu’il fait obscur et que tout est tranquille, elles sortent par centaines de leurs sombres retraites, se répandent de tous côtés, et leur voracité s’attaque à tout ce qui se trouve sur leur chemin, gâtant de leur bave tout ce quelles ne dévorent pas. Ces insectes jettent par la bouche un liquide noirâtre et répandent une odeur infecte.

Un fait peu connu, qui peut militer en leur faveur, c’est que les Kakerlacs recherchent les punaises et les mangent avec avidité; c’est pour eux

un gibier savoureux, et là où il y a des Blattes, les punaises ont bientôt disparu. Quelques personnes trouveront peut-être le remède pire que le mai; c’est une affaire de goût. On peut d’ailleurs se débarrasser des uns et des autres au moyen de la poudre de Pyrèthre, qui a sur ces insectes une action énergique.

La Blatte orientale (fig. 6), longue de 25 millimètres, est entièrement d’un brun foncé avec les pattes et les ailes plus claires; ces dernières sont plus courtes que l’abdomen, surtout chez les femelles.

La Blatte américaine (Kakerlac americana ) est plus grande que la pré-

FlG. 6. — Blatte orientale, mâle et femelle (à gauche).

cédente, avec les ailes plus longues. Elle est d’un fauve roussâtre, avec deux taches arrondies, contiguës, brunes sur le corselet. Cette espèce infeste les navires de commerce, et pénètre dans les caisses et les barils qui renferment les provisions et les marchandises, dévorant tout et laissant après elle une odeur infecte. Le Kakerlac américain ou Cancrelas est commun partout ; mais plus peut-être aux îles Bourbon et Maurice qu’ailleurs. Cet insecte est pour les colonies un véritable fléau.

Parmi les Blattiens étrangers, nous citerons le genre Polyphaga, qui se distingue par son corselet anguleux antérieurement, ses antennes plus courtes que le corps, et ses cuisses sans épines. Les femelles sont privées d’ailes.

FAMILLE DES BLATTIENS.

A ce genre appartient la Blatte égyptienne (.Polyphaga œgyptiacà ), qui, comme on le voit ici (fig. 7 et 8), atteint une grande taille. Cet insecte est noirâtre, avec le corselet bordé de jaune pâle; le mâle seul a

Mâle. Fig. 7 et 8. — Polyphaga œgyptiaca. Femelle.

des ailes; ses élytres ont des stries transversales. La femelle, complètement dépourvue d’ailes, est beaucoup plus grosse que le mâle. On trouve cette espèce en Égypte, dans la Barbarie et dans les Indes orientales. On la rencontre aussi parfois dans l’Europe méridionale, où elle a sans doute été transportée par des navires.

Les espèces du genre Poly^osteria sont privées d’ailes dans les deux sexes; leurs antennes sont plus courtes que le corps. Celle que nous figurons ici (fig. 9) est propre à l’Australie; sa taille est considérable. Elle est d’un brun foncé, avec toute la surface du corps finement granulée, et lorsqu’on la regarde obliquement, elle présente des reflets cuivreux. Au sommet du corselet est une bande jaune, et des taches de même couleur marquent les côtés de chaque segment du corps; les pattes sont également zébrées de jaune.

FIG. 9. — Polyzosteria cuprea.

ORDRE DES ORTHOPTÈRES

FAMILLE DES MANTIENS

Les Mantiens sont des insectes singuliers, autant par leurs formes que par leurs habitudes. De tous les Orthoptères, ce sont les seuls qui aient des habitudes carnassières. Chez ces insectes, la tête est verticale et nullement emboîtée comme chez les Blattiens; leur corps est toujours élancé, étroit; leurs élytres et leurs ailes, très-veinés, embrassent les côtés du corps. L’abdomen est allongé, composé de neuf anneaux et terminé, comme chez les Blattiens, par deux petits appendices articulés.

Les femelles sont toujours plus grosses que les mâles, et ceux-ci deviennent parfois victimes de la voracité de leur compagne. La férocité de ces insectes est extrême, et lorsqu’on place plusieurs Mantes dans une boîte, elles se livrent des combats terribles, qui se terminent toujours par la mort de l’un des adversaires 3 et le vainqueur dévore le vaincu, s’il n’est lui-même maltraité au point de ne pouvoir le faire.

Les Mantiens se tiennent habituellement sur les arbustes ou sur les broussailles, immobiles et les pattes en arrêt pendant des heures entières, attendant qu’une proie passe à leur portée. Leurs pattes antérieures sont admirablement conformées poursaisirune proie; les cuisses sont épaisses et garnies en dessous d’épines acérées; les jambes se replient contre les cuisses; elles sont un peu arquées et également munies de fortes épines. D’après cette disposition, les Mantiens sont pourvus d’une pince préhensile qui ne permet pas à leurs victimes de leur échapper.

Comme les Blattes, les Mantiens pondent leurs œufs renfermés dans une sorte de coque de consistance assez friable et recouverte d’une matière gommeuse blanchâtre. Cette coque varie de forme, suivant les espèces : elle est généralement ronde ou ovalaire. Les œufs sont rangés à l’intérieur, chacun dans une cellule séparée. Les femelles attachent leur coque ovifère autour des tiges d’arbustes en formant une sorte d’anneau large qui l’empêche de tomber. C’est à la fin de l’été que la ponte a lieu, et c’est seulement l’été suivant que les jeunes larves éclosent. Elles

FAMILLE DES MANTIENS

percent l’enveloppe de la capsule, qui n’est pas très-dure. Les petites larves ont déjà la forme des insectes parfaits, seulement elles n’ont encore aucune trace d’ailes. Après plusieurs mues, l’insecte a pris tout son développement.

Les Mantiens habitent toutes les parties du monde, mais seulement dans les régions chaudes. En France, on ne les rencontre que sur le littoral de la iMéditerranée en Provence et dans l’ancien Languedoc.

La famille des Mantiens se divise en trois groupes ou tribus :

La première, celle des Erémophilides, semble former le passage entre les Blattiens et les Mantiens. Les insectes qui la forment ont le corps ramassé, avec des élytres et des ailes courts, ne couvrant pas l’abdomen. Un seul genre rentre dans ce groupe, c’est celui des Eremophila , insectes de couleur grisâtre, dont la démarche est très-lente et qui vivent au milieu des déserts de l’Arabie et de l’Égypte. Ils se traînent lentement sur le sable, dont ils ont la couleur; ce qu’il y a de singulier, c’est qu’ils vivent dans des endroits complètement privés de végétation, et où l’on ne découvre pas d’autres insectes qui puissent servir à leur nourriture.

Le groupe des Mantides, -beaucoup plus étendu, renferme plusieurs genres dont les caractères communs sont: corps plus ou moins élancé, élytres et ailes couvrant totalement l’abdomen; antennes longues, sétacées.

Le genre Mantis, type du groupe, se distingue par son corselet presque aussi long que l’abdomen, ses yeux arrondis et ses cuisses simples. Ses espèces sont assez nombreuses; le type du genre est la Mante religieuse (.Mantis religiosa) [PL II], assez commune dans toute l’Europe méridionale et la Barbarie; on l’a rencontrée quelquefois dans la forêt de Fontainebleau. Cet insecte est bien fait pour surprendre par ses formes étranges : son corps allongé et grêle, avec la partie antérieure redressée et les pattes de devant en l’air, lui donne un aspect singulier, qu’augmente encore une démarche lente et compassée. Aussi a-t-il été de tout temps le sujet des croyances les plus bizarres. Les Grecs lui donnaient le nom de Mantis (devin), nom que Linné lui a conservé, et lui attribuaient* des qualités

ORDRE DES ORTHOPTÈRES

surnaturelles; de sorte que l’on peut croire que ces croyances ont été transmises à travers les siècles par les antiques Phocéens à leurs descendants. La coutume qu’a cet insecte de lever ses pattes en l’air et de les croiser comme deux mains jointes, a fait regarder ces animaux, par les populations superstitieuses du Midi, comme des dévots qui se tenaient sans cesse en prière. De là le nom de Prega-diou (prie-dieu) que leur donnent les Provençaux. Les Turcs poussent encore l’illusion plus loin, et prétendent que les Mantes, dans ces moments de contemplation, tournent toujours leurs pattes du côté de la Mecque. Une vieille légende rapporte très-gravement que saint François-Xavier, se promenant un jour dans un jardin, une Mante religieuse vint se poser sur sa main. Il lui ordonna de chanter les louanges de Dieu, ce que fît aussitôt l’insecte, en entonnant à haute voix un très-beau cantique.

Mais si l’on approche de plus près pour observer les mœurs de ces dévotes créatures, on les voit, en effet, se tenant sur leurs quatre pattes postérieures, le corselet et la tête redressés et les deux pattes de devant élevées et jointes l’une contre l’autre. Elles ont l’air de prier, en effet; mais en y regardant de plus près, on voit qu’elles sont tout simplement à l’affût pour saisir entre leurs pattes tout insecte que sa mauvaise fortune fait passer à leur portée. Les Mantes sont, en effet, très-carnassières et ne vivent que de rapines, et leurs organes sont bien appropriés à leur manière de vivre. La tête, bien dégagée du corselet, est armée de fortes mandibules tranchantes et aiguës, et l’on ne saurait imaginer d’instrument plus propre à saisir une proie que les deux bras. La première portion de ces membres est longue et large, et creusée d’une rainure semblable à celle du manche qui reçoit la lame d’un couteau de poche; les deux bords de cette rainure sont garnis de pointes très-dures et très-acérées. L’insecte fait entrer dans cette rainure, en le repliant, l’avant-bras, également hérissé de pointes, et toutes ces pointes sont tellement serrées l’une contre l’autre, qu’on essaierait vainement d’en retirer un cheveu qui s’y trouverait pris. Sans bouger de la place où elle est cramponnée, la Mante suit d’un mouvement de tête imperceptible le vol de quelque mouche imprudente; puis, tout à coup, comme le chat qui s’élance d’un bond sur la souris, la

FAMILLE DES MANTIENS

Mante étend ses pattes de devant et saisit, avec la promptitude de l’éclair, la mouche qui vole au-dessus d’elle.

La Mante religieuse est longue de 6 à 7 centimètres, entièrement d’un vert tendre; ses élytres ressemblent beaucoup à une feuille de saule à demi fanée; ils sont, dans le mâle, bordés par une teinte rosée.

La Mante prêcheuse ( Mantis oratorio), plus petite que la précédente, se trouve également dans toute l’Europe méridionale.

Le genre Thespis se distingue des vraies Mantes par ses formes plus élancées et par la longueur des pattes des deux paires postérieures. Le Thespis pourpré ( Thespis purpurascens ), que nous figurons ici (fig. 10),

doit son nom spécifique à la magnifique teinte de pourpre qui colore ses ailes. Lorsque celles-ci sont formées, et les élytres appliqués contre le corps, on prendrait volontiers l’insecte pour une petite branche de bois, dont il a la couleur. Ce singulier Mantien vient de l’Amérique du Sud. Une autre espèce, le Thespis Xiphias , est remarquable par son corps aplati, armé inférieurement et de chaque côté d’une rangée de dents, qui l’a fait comparer à la longue lame qui termine le museau de l’espadon, en latin Xiphias.

Le genre Harpax se distingue par ses yeux pointus, ses cuisses foliacées et son corselet beaucoup plus court que l’abdomen. On en connaît plusieurs espèces, la plupart propres aux Indes orientales et à l’Afrique. Nous figurons ici une espèce remarquable de cette dernière contrée, le

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Harpax ocellé (Harpax ocellaria) [fig. 11]. Son corps est aplati, assez large, et se prolonge sur les côtés du corselet et de l’abdomen en membranes dentées; ses jambes postérieures sont également munies en dedans de membranes foliacées. Cet insecte est peint de couleurs brillantes. Son corps est d’un beau vert; ses ailes, d’un riche jaune dans leur première moitié, sont transparentes dans l’autre moitié; les élytres sont d’un beau jaune foncé, avec une large tache en forme d œil, noire entourée de vert.

Le genre Deroplatys se distingue surtout par la largeur du corselet; caractère d’où lui vient son nom (dos large). On n’en connaît qu une

espèce d’Amérique, que nous figurons dans notre PI. II. Ce singulier insecte a le thorax épanoui sur les côtés en deux larges membranes découpées inférieurement et festonnées comme les barbelures d’un harpon. Les derniers segments de l’abdomen sont également munis de fortes dents sur les côtés. Ses ailes et ses élytres sont forts et grands; ces derniers, par leur couleur et leurs nervures, ressemblent absolument à des feuilles mortes. Leurs pattes antérieures sont réellement des armes redoutables; elles sont non-seulement larges et puissantes, mais armées de longues dents aiguës, noires. Les cuisses médianes et les postérieures portent vers l’extrémité une petite membrane en forme de fer de hache.

Le troisième groupe des Mantiens, celui des Empusides, a pour caractères : un corps élancé et des élytres couvrant tout l’abdomen, comme les Mantides; mais leurs antennes sont courtes, bipectinées dans les mâles, sétacées dans les femelles, et leurs cuisses foliacées.

Le genre Empusa , qui donne son nom au groupe, possède un représentant en Europe; c’est l’Empusa appauvrie (.Empusa pauperata), qui n’est pas rare dans le midi de la France. Elle est longue de 6 à

FAMILLE DES MANTIENS

7 centimètres, d’un vert pâle,, avec les élytres Ses cuisses postérieures portent une petite membrane foliacée à leur extrémité.

Le genre Phyllocrania a été établi pour un singulier insecte de l’Afrique australe, que l’on a nommé Phyllocrania paradoxa , et que nous figurons ici (fig. 12), ce qui fera mieux comprendre qu’une description, même détaillée, l’aspect étrange de cet insecte. Sa couleur brune, la forme aplatie de son corps, les membranes qui garnissent les côtés de son corselet, de son abdomen et de ses jambes, le font ressembler déchiquetée.

un peu plus foncés.

Fig. 12. — Phylloeranta paradoxa.

à une feuille sèche

ORDRE DES ORTHOPTÈRES

FAMILLE DES PHASMIENS

Les Phasmiens ou Spectres ont de grands rapports de forme avec les Mantiens, parmi lesquels les rangeaient Linné et Fabricius; mais outre qu’ils n’ont pas, comme ces derniers, les pattes antérieures préhensiles, leur régime est toujours végétal. Dans les Phasmiens toutes les pattes sont ambulatoires; les élytres, chez les espèces ailées, sont très-petits, considérablement plus courts que les ailes, en forme de cuillerons; leur abdomen ne porte pas d’appendices articulés, mais seulement des folioles.

Les Phasmiens présentent souvent les formes les plus étranges, ce qui leur a fait donner le nom de spectres, dont le mot grec Phasma n’est que la traduction. Ils sont en général extrêmement longs et minces et plus ou moins cylindriques, de sorte que certaines espèces dépourvues d’ailes ont tout à fait l’aspect de tiges de bois desséché. De là les noms de Bâton ambulant, Feuille ambulante. Cheval du diable, etc.

Ces insectes se traînent lentement et comme avec peine sur les arbrisseaux ou les arbres, dont ils mangent les jeunes pousses. Lorsqu’on les saisit, ils font sortir par deux pores thoraciques un liquide laiteux d’une odeur forte et désagréable. Quelques espèces se multiplient parfois au point de devenir nuisibles à la végétation.

Les Phasmiens diffèrent encore des Mantiens par la manière dont ils pondent leurs œufs ; ceux-ci ne sont jamais enveloppés dans une capsule, mais déposés les uns après les autres, soit sur les plantes, soit dans la terre. Les mâles sont plus petits que les femelles.

Les Phasmiens habitent l’Amérique méridionale, l’Afrique, l’Asie j et surtout la Nouvelle-Hollande. On en rencontre deux espèces aptères dans l’Europe méridionale.

Le genre Cyphocrana a pour caractères : des ocelles situés sur le front; les palpes non dilatées à l’extrémité; le thorax et l’abdomen cylindriques, ce dernier muni de filets comprimés et foliacés.

FAMILLE DES PHASMIENS.

Le Cyphocrane Goliath, de la Nouvelle-Hollande, a près de 20 centimètres de longueur^ son corps est de couleur verdâtre rayé de jaunâtre; son corselet tuberculeux ; ses élytres verts en dessus portent deux taches blanches à la base; les ailes, d'un vert clair, sont bordées de rouge vif; les pattes, garnies d’épines nombreuses, sont jaune varié de vert.

Le Cyphocrane Encelade , autre géant de la famille 3 a 20 centimètres de longueur et ses ailes étendues ont presque autant d’envergure ; nous le figurons ici réduit de moitié (fig. i 3 ). L’insecte est d’un vert bru-

FIG. 13. — Cypkocrana

Encelades.

nâtre; les élytres sont bruns mouchetés de jaune, et les ailes, d’une gaze très-délicate, sont colorées d’un brun foncé brillant parsemé de taches d’un blanc pur.

Les espèces du genre Bacteria ont un corps long, étroit, filiforme, dépourvu d’élytres et d’ailes ; leurs antennes sont longues et d’une extrême ténuité ; les tarses ont le premier et le dernier article plus larges que les intermédiaires. La Bactérie à feuille (Bacteria phyllinà) est assez commune au Brésil. Elle a de i 5 à 18 centimètres de long; sa couleur est un

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roux jaunâtre parsemé de taches blanchâtres; le thorax est couvert de tubercules nombreux; les pattes sont armées d’un grand nombre de petites épines ; les cuisses intermédiaires portent vers leur base deux forts piquants.

Le genre Bacille est le seul de la famille qui ait des représentants en Europe. Ses espèces sont aptères comme les Bactéries, dont elles diffèrent

Fig, 14. — liurycaniha liorrida (voy. page 25).

par leurs antennes courtes et grenues, la longueur de leurs pattes antérieures, et le premier article des tarses aussi long que tous les autres réunis. Le Bacille de Rossi se trouve en Italie et dans la France méridionale. Il est long de 7 à 8 centimètres, de couleur jaune verdâtre; son corselet est lisse, aussi long que l’abdomen; ses pattes sont longues et grêles; les cuisses intermédiaires et postérieures sont armées de quelques épines.

Une autre espèce, le Bacille granulé, se rencontre également dans le midi de la France; il est d’un vert pâle avec le thorax parsemé de lignes saillantes.

FAMILLE DES PHASMIENS.

Le genre Eurycanthe renferme des espèces très-remarquables, à corps large et robuste, privé d’ailes, à cuisses postérieures renflées et épineuses. L’espèce la plus anciennement connue, l’Eurycante horrible (E. hornda ), que nous représentons ici réduite d’un tiers (fig. 14, voy. p. 24), habite la Nouvelle-Guinée. Elle a de 12 à i 5 centimètres de longueur. Sa couleur varie du brun au noir. Les deux côtés de son corps sont carénés et armés de fortes épines; on en remarque aussi quelques-unes sur la tête;

FlG. 15. — Eurycantha Tyrrhœa.

presque tous les segments de l’abdomen offrent en dessous deux tubercules ou deux épines, et les pattes, surtout les cuisses postérieures, sont armées de gros aiguillons.

Une autre espèce du genre, Y Eurycantha Tyrrhœa (fig. i 5 ), habite les Nouvelles-Hébrides, où on la nomme Karabidiou. Elle a, comme on peut voir, un aspect beaucoup moins formidable que la précédente, bien qu’elle soit de même taille. On la rencontre assez communément dans les terrains marécageux où croissent les sagoutiers, aux dépens desquels elle

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vit. Ces insectes recherchent l’obscurité et passent habituellement le jour cachés sous l’épaisse végétation parasite qui, dans ces régions, couvre souvent complètement le tronc des vieux arbres.

Le genre Phasma se distingue par un corps très-étroit, ailé, des antennes sétacées aussi longues ou même plus longues que le corps ; des ailes très-développées, aussi longues que l’abdomen; des élytres trèscourts atteignent à peine la base des ailes; les pattes sont simples, trèsgrêles, l’abdomen linéaire, arrondi.

Le Phasme bioculé (Phasma biocnlatum ), long de 8 centimètres, est

FiG. 16. — Phasma Zeuxis.

d’un brun sombre, à corselet granulé; ses élytres sont carénés dans leur milieu; les ailes sont brunes dans toute leur étendue; les pattes sont grêles et sans épines. Cette espèce se trouve au Brésil.

Une autre espèce très-remarquable du genre Phasma est le Phasma Zeuxis , que nous figurons ici réduit de moitié (fig. 16). 11 vient de Bornéo. C’est un fort bel insecte, surtout lorsqu’il a les ailes déployées; celles-ci sont d’un noir brillant, tachetées de jaune et bordées de bleu. Les antennes sont d’une longueur et d’une finesse extrêmes..

FAMILLE DES PHASMIENS.

Le genre Phyllium est très-remarquable, et se distingue facilement des autres Phasmiens par un corps large, aplati, membraneux; des élytres très-développés, imitant des feuilles. Leur tête est avancée et allongée, les yeux petits, les antennes longues et sétacées dans les mâlescourtes et grenues dans les femelles; leurs cuisses sont comprimées et garnies d’un appendice membraneux ; les tarses ont cinq articles et entre les crochets existe une palette très-apparente; l’abdomen est large, ovale, déprimé et membraneux.

Fig. 17. — PhyUium aiccifolia.

Les Phyllies habitent les contrées chaudes des Indes orientales, où leur forme extraordinaire les a fait remarquer de tous les voyageurs. La forme aplatie de leur corps et surtout la manière dont les élytres sont disposés, leur donnent l’apparence de feuilles. Lorsqu’elles sont placées sur un arbustej le naturaliste lui-même a de la peine, au premier coup d’œil, à les découvrir, d’autant plus qu’elles sont toujours d’une belle couleur verte.

La Phyllie feuille sèche (Phyllium siccifolia) [fig. 17] est une des

ORDRE DES ORTHOPTÈRES

plus remarquables. Elle a 8 à g centimètres de longueur; son corps, très-aplati, est d’un vert pâle ou jaunâtre ; le corselet est court, dentelé sur les bords; les feuillets des cuisses sont aussi dentelés.

Une espèce également remarquable est le PhyIlium Scythe de l’Inde

Fig. 18. — Pkytthm Scythe.

(fig. 18), dont les élytres, d’un beau vert, ressemblent d’une manière tellement frappante à des feuilles, qu’il est à peu près impossible de distinguer l’insecte lorsque celui-ci se tient immobile sur un myrte ou un laurier. Plusieurs de nos lecteurs ont pu s’assurer par eux-mêmes de cette ressemblance extraordinaire, en visitant les serres du Jardin d’acclimatation de Paris, qui a possédé plusieurs de ces insectes-feuilles vivants.

FAMILLE DES LOCUSTIENS

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