ORTHOPTÈRES. — DEUXIÈME SECTION
SAUTEURS (SALTATORIA)
Les Orthoptères qui rentrent dans la section des sauteurs (. Saltatoria) ont les cuisses de la paire postérieure beaucoup plus grandes que celles des autres paires, ce qui leur donne la faculté de sauter. Les mâles produisent un bruit aigu ou une espèce de stridulation par des moyens divers. La plupart des femelles déposent leurs œufs en terre et sont trèsfécondes ; quelques-unes même le sont au point de devenir un véritable fléau.
La section des sauteurs comprend trois familles : les Locus tiens, les Grylliens et les Acridiens.
FAMILLE DES LOCUSTIENS
Les espèces qui rentrent dans cette famille offrent pour caractères distinctifs d’avoir les palpes internes et les mâchoires très-larges ; les palpes maxillaires de cinq articles, les labiales de trois; la languette quadrifide; les antennes sétacées.
Ces insectes sont essentiellement sauteurs; de là le nom de Sauterelles qu’on leur donne vulgairement. La grande disproportion de leurs pattes postérieures avec celles de devant et du milieu leur permet difficilement de marcher; c’est par des sauts réitérés que ces Orthoptères progressent; ils s’aident souvent de leurs ailes, qui sont très-développées. Les cuisses des pattes postérieures sont renflées à la base par des muscles puissants. Ils communiquent leur action aux jambes, qui sont très-longues et qui, s’appuyant seulement sur les épines par la contraction des muscles des
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
cuisses, donnent aux pattes un mouvement élastique qui porte le corps en l’air.
Tous les Locustiens ont le corps allongé, assez épais; les pattes plus ou moins garnies d’épines; des antennes longues, très-fines. Ce qu’il y a de plus remarquable chez ces Orthoptères, c’est la tarière dont sont pourvues les femelles, et qui consiste en deux lames cornées, rapprochées l’une de l’autre en forme d’étui pendant le repos, mais s’écartant lors de l’émission des œufs. Cet oviducte, ordinairement un peu courbé, et que l’on a comparé à un sabre, est destiné à pénétrer dans la terre où la femelle doit déposer ses œufs.
Les Locustiens mâles ont la faculté de produire un chant ou plutôt une sorte de stridulation, pour appeler leurs femelles. Ce son est produit par le frottement des élytres l’un contre l’autre. A la base des étuis existe une membrane transparente, à laquelle on a donné le nom de miroir, et qui est traversée et entourée par quelques nervures très-saillantes et trèsdures; c’est le frottement contre ces nervures qui produit ce son aigu propre aux Orthoptères de cette famille.
Les Locustiens sont répandus dans toutes les parties du globe. Quelques espèces sont très-communes; mais elles n’atteignent jamais cette multiplication prodigieuse qui rend certaines espèces d’Acridiens si redoutables.
Ces Orthoptères ne vivent que de végétaux; ils se tiennent au milieu des champs ou sur les branches d’arbres. Ce n’est que dans les derniers mois de l’été et l’automne que l’on trouve l’insecte parfait ; jusque-là on n’en rencontre que les larves, puis les nymphes, qui ne diffèrent d’ailleurs de l’état parfait que par l’absence des ailes.
La famille des Locustiens est divisée en cinq tribus, subdivisées ellesmêmes en un grand nombre de genres.
La première, celle des Prochilides , ne renferme qu’un seul genre, Prochilus, et une seule espèce, Prochilus australis de la Nouvelle-Hollande, qui, par son corps extrêmement grêle, ses ailes étroites, sa tête un peu avancée en museau, rappelle encore l’aspect général de certains Phasmiens.
FAMILLE DES LOCUSTIENS
La seconde tribu, celle des P térochr oxides , se distingue par ses antennes insérées sur le front et sa tète à sommet conique. Les genres qui s’y rattachent sont propres aux parties les plus chaudes du globe. Le genre Pterochroça, caractérisé par son sternum étroit, bidenté, et par ses antennes épaisses, renferme de grands et beaux insectes de l’Amérique équatoriale, aux élytres larges, aux ailes étendues et ornées de couleurs vives et variées. Nous figurons ici aux deux tiers de sa grandeur l’un des
PlG. 19. — Pterochroza ocellata.
plus remarquables, le Pterochroza ocellata de Cayenne (fig. 19). Son corps est brunâtre, son corselet fauve, ses antennes longues et épaisses. Les élytres, d’un brun rougeâtre, imitent assez bien une feuille sèche, avec les nervures plus claires et parsemées de taches irrégulières, tantôt plus claires, tantôt plus foncées que le fond. Les ailes sont réticulées par une quantité de petites lignes brunes transversales, très-rapprochées les unes des autres ; l’extrémité seule est rougeâtre et ornée d’un œil noirâtre portant au côté externe deux petits croissants blancs.
Les Pseudophylles des Indes orientales se distinguent par un sternum fort large et des antennes grêles : Pseudophyllus neriifolius de Java.
Les Acanthodis ont la tête tuberculée, des antennes grêles, plus longues que le corps; le sternum large et les élytres fort étroits. Le type de ce genre est Y Acanthodis aquilina de l’Amérique méridionale. Il a 8 centimètres de longueur et 14 centimètres d’envergure; il est gris tacheté de brun..
Un insecte fort singulier qui se rattache à ce genre, Y Acanthodis imperialis, PI. IIÈ a été pris à Silhet dans l’Hindoustan. Son corselet est garni de plaques épineuses; son abdomen, très-recourbé, est armé d’un fort aiguillon de chaque côté de l’oviducte, qui est court, épais et redressé comme une griffe de lion. Ses cuisses et ses jambes sont garnies d’épines nom-
FlG. 20. — Pliaverryptera ITystrix (voy. page 33).
breuses, et les cuisses de la première paire portent une large membrane déchiquetée sur ses bords. Les élytres, d’un jaune brunâtre, ressemblent à deux feuilles sèches déchirées au côté interne; la ressemblance est rendue encore plus frappante par de petites taches d’un blanc grisâtre représentant les petits amas de mucédinées si communs sur les feuilles mortes. Les ailes sont de couleur sombre, à l’exception d’une large bande au bord extérieur, qui est de la couleur des élytres.
La tribu des Locustides est la plus nombreuse de la famille, à laquelle elle a donné son nom; ses espèces ont été réparties dans un assez grand
FAMILLE DES LOGUSTIENS.
nombre de genres, dont les caractères communs sont d’avoir les antennes insérées au sommet du front et les palpes peu longues.
Les Phanéroptères sont tous étrangers à l’Europe ; ils ont le sternum creusé au milieu, le corselet non prolongé en arrière, les ailes plus longues que les élytres, les antennes grêles. La plupart habitent l’Amérique méridionale; leur couleur est vert tendre (fig. 20, voy. p. 32 ).
Les Scaphura se distinguent surtout des précédents par les antennes dont les premiers articles sont très-épais,• souvent velus; le prosternum
FIG. 21. — Locusta viridissima.
est bidenté; les ailes dépassent les élytres. A ce genre appartient la Locuste feuille de lis } propre aux parties méridionales de l’Europe. Cette espèce; longue de 20 à 22 millimètres, est entièrement verte; ses ailes sont diaphanes. La femelle porte une tarière très-courte, large et recourbée en haut.
Le genre Locusta proprement dit ou Sauterelle comprend les espèces à front tuberculé entre les antennes, à sternum nautique et à élytres plus longs que les ailes. Le type du genre est la grande Sauterelle verte ( Locusta viridissima) [fig. 21], dont le corps et les élytres sont entièrement
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verts; l’abdomen offre une ligne longitudinale brunâtre; la femelle porte une tarière longue et droite, que l’on appelle le sabre. Cet insecte est fort commun aux environs de Paris, où on lui donne à tort le nom de Cigale, qui appartient à un autre insecte chanteur de l’ordre des Hémiptères, et dont nous parlerons plus loin. On rencontre la grande Sauterelle verte sur les arbres pendant le jour et plus ordinairement dans les champs, le soir; c’est alors que le mâle fait entendre son chant aigu et sonore. Il est facile à distinguer de la femelle : ses ailes ont de fortes nervures, et il est dépourvu de sabre. C’est à l’aide de ce sabre ou oviducte que la femelle dépose dans un terrain meuble, qu’elle puisse traverser, six ou huit œufs allongés et blanchâtres, d’où sortent, au printemps suivant, de jolies petites Sauterelles dépourvues d’ailes, mais à cela près déjà ressemblantes à leur mère. Les grosses Sauterelles sont formidablement armées de larges mandibules dentées; elles mordent très-fort et ne lâchent plus lorsqu’elles sont irritées. Si on leur présente le bord d’un chapeau ou d’un vêtement de drap, elles le mordent si serré que la tête reste attachée après, lorsqu’on les retire brusquement.
Le genre Decticus se distingue du précédent par sa tête sans tubercules, plus large; les élytres, un peu plus longs que les ailes, ont un large miroir dans les mâles. Le type du genre est la Sauterelle ronge-verrue (.Decticus verrucivorus), ainsi nommée parce que les paysans de la Suède, suivant Linné, croyaient que le liquide noir qu'elle rend par la bouche, lorsqu’elle est irritée, fait disparaître les verrues qui poussent sur les mains. Cet insecte, d’un tiers plus petit que la Sauterelle verte, est encore plus commun dans notre pays. Il est verdâtre, avec la tête et les pattes rosées ; les élytres sont roussâtres et offrent trois séries longitudinales de taches brunes.
Dans notre planche III est représenté un fort beauLocustien qui vient des îles Sandwich, c’est YAcridoxena havaiiana. Sa couleur générale est le vert avec une teinte jaunâtre; la tête est beaucoup plus foncée et paraît presque noire. Les élytres sont d’un brun rougeâtre rayé de noir et tacheté de jaune. Les ailes sont très-étendues, arrondies comme un éventail ouvert et marquées dans chaque pli d’une quantité de petits traits blancs régulièrement espacés,
FAMILLE DES LOGUSTIENS.
Le genre Acripeza a pour caractères: tête lisse; sternum mutique;
FIG. 22. — Acripeza reticulata çf.
élytres et ailes longs dans les mâles; élytres courts, larges et bombés dans les femelles. Ce genre est l’un des plus singuliers de la famille des Locustiens par la grande dissemblance qui existe entre les deux sexes, comme le font voir les deux figures 22 et 23 que nous donnons ici de Y Acripeza reticulata. Chez cet Orthoptère, qui n’est pas rare à la Tasmanie, on trouve des ailes grandes, parfaitement développées, et un corps élancé chez le mâle, absolument comme dans nos vraies Sauterelles. La femelle, au contraire, est toute ramassée, et ses élytres sont courts, larges, bombés et recourbés latéralement de manière
Fia. 23. — Acripeza reticulata Ç.
à envelopper l’abdomen, et, de plus,
il n’existe point d’ailes sous les élytres. Aussi, dans les Acripeza, le mâle
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seul peut voler; la femelle ne peut point évidemment se servir de ses élytres pour cet usage.
On a créé le genre Barbitistes pour de petits Locustiens du midi de l’Europe dont les élytres et les ailes demeurent toujours à l’état rudimentaire.
Le groupe ou la tribu des Bvadyporides comprend les espèces dont les antennes sont insérées au milieu du front, sous les yeux. Elles sont
réparties dans un petit nombre de genres. Tels sont les Ephippigera, dont
le type, l’Éphippigère de la vigne ( Ephippigera vitium ), se rencontre
en automne assez communément
dans les vignes des environs de Paris. Elle est longue de 22 à 25 millimètres j d’un cendré jaunâtre mêlé de vert ; le corselet, très-élevé par derrière , figure une selle
[ephippium) . Les élytres et les ailes sont rudimentaires.
Les Ephippigera sont très-singuliers parla conformation des organes du vol ; les élytres memes sont totalement nuis et les ailes sont réduites à de simples écailles voûtées qui, par leur frottement l’une contre l’autre, produisent une assez forte stridulation.
Les Bradyporus qui donnent leur nom à la tribu se distinguent par leur thorax large et plan ; leurs élytres rudimentaires dans les mâles, tout à fait nuis dans les femelles. Leurs pattes épaissies, leurs cuisses à peine renflées, sont un indice de leur démarche lourde et lente. Le Bradypore à pattes velues ( Bradyporus dasypus) est commun dans tout l’Orient.
Le Bradyporus Oniscus , que nous figurons ici (fig. 24), est un singulier insecte qui habite les parties les plus chaudes de l’Europe, surtout la Grèce et la Turquie. C’est, comme on le voit, un insecte de forte taille, et on le
Fig. 24. — Bradyporus Oniscus.
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prendrait plutôt pour une larve que pour un insecte parfait. En effet, il est privé d’ailes dans les deux sexes* mais la femelle diffère du mâle par loviducte en forme de sabre court quelle porte à l’extrémité de l’abdomen. Tous deux sont d’un vert gai tacheté de noir.
La cinquième et dernière tribu de la famille des Locustiens est celle des Gryllacrides , qui ont les antennes insérées au sommet du front et les palpes maxillaires très-grandes. Les Gryllacris, qui donnent leur nom à la tribu, sont des Orthoptères de l’Inde, à pattes robustes et à antennes trois ou quatre fois aussi longues que le corps. Comme leur nom l’indique j ces Locustiens ont déjà de grands rapports avec certains Grylliens.
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FAMILLE DES GRYLLIENS
Bien qu’au premier coup d’œil, les Acridiens paraissent plus voisins des Locustiens par leur aspect général que les Grylliens, ces derniers s’en rapprochent cependant bien davantage par leurs caractères. Ils ont, comme eux, les antennes sétacées, extrêmement longues et déliées, les cuisses postérieures renflées et propres au saut. Mais leurs tarses n’ont que trois articles; leur abdomen est terminé par deux paires d’appendices uni-articulés, et muni dans les femelles d’une longue et frêle tarière.
Les Grylliens ont, en général, le corps beaucoup plus court, plus ramassé et plus élargi que les Locustiens et les Acridiens; leurs élytres et leurs ailes sont horizontaux, et ces dernières forment dans le repos des espèces de lanières dépassant les élytres et souvent l’abdomen.
On divise la famille des Grylliens en trois groupes ou tribus caractérisés par la forme des pattes antérieures.
Dans la tribu des Gryllides 3 les pattes antérieures sont simples. Le genre Gryllus renferme de nombreuses espèces, qui se distinguent à leur corps gros et égal dans toutes ses parties, à leur tête globuleuse à face bombée, à leurs yeux petits, rejetés sur les côtés. Leur corselet est carré; leur abdomen membraneux est terminé par quatre filets inarticulés, du milieu desquels sort la tarière dans les femelles. Leurs pattes postérieures sont assez courtes, mais robustes; tous leurs tarses ont trois articles. Leurs élytres sont courts, différemment réticulés dans les mâles et les femelles ; dans les premiers, le frottement de ces élytres l’un contre l’autre produit cette stridulation aiguë que l’on entend souvent dans les champs pendant l’été, et quelquefois aussi dans les maisons, principalement dans les boulangeries et les cuisines des campagnes. Ce chant monotone leur a fait donner le nom de cricri.
On connaît plusieurs espèces de Grillons, mais les mœurs des deux espèces les plus communes ont été principalement étudiées. La première
FAMILLE DES GRYLLIENS.
est le Grillon des champs (Gryllus campestris) [fig. 25 et 26], long de 22 à 25 millimètres; il est d’un brun foncé avec la base des élytres jaunâtre et les cuisses postérieures tachetées de rouge sanguin. Dans cette espèce, les ailes sont plus courtes que les élytres.
Cet insecte creuse dans les terrains secs, exposés au soleil, un trou obliquej peu profond, où il fait sa demeure; il se tient habituellement à l’entrée pour se chauffer au soleil, et n’en sort tout à fait que pour chercher sa nourriture, qui consiste en insectes. Les larves vivent de même comme
Fia. 25 et 26. — Gryllus campestris femelle (à droite) et nymphe.
la nymphe. Parvenus à l’état adulte, les mâles font entendre, le soir et toute la nuit, leur cri aigu, qui finit par étourdir quand ils sont nombreux. Ils ne sortent guère de leur trou que le soir; mais on les en fait sortir facilement en y introduisant un brin de paille. Les anciens connaissaient ce moyen de s’en emparer, et de là vient leur proverbe : stultior Gryllo (plus sot qu’un Grillon).
En juillet ou août, la femelle du Grillon champêtre pond près de 3 oo œufs dans sa grotte. Les jeunes en éclosent au bout de quinze jours et se nourrissent des herbes les plus fines ou de leurs racines. A l’approche des froids, ils se renferment dans leur trou et y restent engourdis jusqu’au
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printemps suivant. Ils se changent alors en-nymphes,, mais ils sont encore dépourvus de l’instrument de leur chant, c’est-à-dire de leurs élytres, qu’ils n’obtiennent qu’en juin ou juillet, après leur dernière mue, et lorsqu’ils sont devenus aptes à reproduire leur espèce. A cette époque, le mâle cherche une compagne et s’efforce de l’attirer par ses chants. 11 s’arrête devant la demeure d’une femelle, lui donne une aubade, et lorsque celle-ci lui laisse vainement débiter sa chanson, il va chercher fortune ailleurs. Mais alors il lui arrive souvent de trouver des rivaux également en quête d’une épouse. A l’aspect l’un de l’autre, les deux champions frémissent de colère et s’élancent, entrechoquant leurs grosses têtes comme deux béliers, s’arrachant à belles dents les ailes et les pattes, et ne cessant la lutte que lorsqu’ils ont mis leur adversaire hors de combat. Comme conclusion, le vainqueur dévore toujours le vaincu. Parfois il arrive que la dame sort de son trou et vient prendre part au festin; mais d’autres fois il arrive aussi quelle tombe sur le vainqueur et le croque à son tour.
La seconde espèce, le Grillon domestique (Gryllus domesticus ), est plus petit que le précédent, d’un gris jaunâtre; les ailes sont chez lui plus longues que les élytres. Moins commun que le Grillon des champs, celui-ci fréquente surtout les boulangeries et les cuisines, où il trouve la chaleur qu’il recherche, car, bien qu’il habite nos contrées depuis un temps immémorial, il est originaire des régions chaudes de l’Asie. Ce n’est que la nuit que les Grillons domestiques sortent des recoins où ils se cachent pendant le jour; ils se répandent alors de tous côtés et font entendre leur chant monotone. Au moyen de sa tarière creuse, la femelle dépose ses œufs dans des plâtras ou dans la terre. Il en sort, au bout de dix à douze jours, de petits êtres assez ressemblants à leur mère, mais privés d’ailes ; ils ne possèdent ces organes qu’après la quatrième mue. On est quelquefois très-étonné de rencontrer des Grillons tout blancs; c’est leur cas aussitôt après chaque mue; mais leur couleur fonce rapidement. A l’état d’insectes parfaits, le mâle se distingue parfaitement de la femelle: cette dernière se reconnaît, en effet, non-seulement à sa tarière, mais ses élytres sont lisses, rayés de jaune, tandis que chez le
FAMILLE DES GRYLLIENS.
mâle, ils sont distendus par de fortes nervures qui produisent par le frottement le son aigu auquel il doit son nom de Cricri.
Nous avons dit que la Blatte des cuisines est l’ennemie de la punaise des lits et lui fait une chasse active; il en est de même, paraît-il, du Grillon à l’égard de la Blatte; dans ce cas, le Cricri serait plus utile que nuisible dans les boulangeries et autres lieux souvent infestés par les Blattes.
FlG. 27. — Gryllus viiidis.
Dans le midi de l’Europe habite un gros Grillon à tête énorme; c’est le Gryllus macrocephalus. Son corps jaunâtre,, très-épais, est long de 5 centimètres; ses ailes sont plus longues que les élytres.
Le Gryllus viridis du Brésil (fig. 27) offre un aspect formidable, qui lui a fait donner par quelques auteurs le nom générique de Cerberodon. Deux caractères surtout le rendent remarquable: la structure des jambes, qui sont toutes garnies de fortes épines, celles de devant sont armées de dix longs piquants recourbés, et le développement des mâchoires , qui sont, en outre, armées de fortes dents. Cette armure redoutable l’a fait comparer au chien à triple tête gardien de l’enfer.
On a fait un genre à part ( Schi^odactylus ) du Gryllus monstrosus des
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Indes orientales, dont les élytres et les ailes, très-grands, ont leur extrémité enroulée en forme de spirale. Il a, en outre, toutes les jambes épineuses, et quatre articles à tous les tarses. Le Grillon monstrueux, que nous figurons ici (fig. 28), est le plus grand du genre- il est d’un gris jaunâtre tacheté de brun. Cet insecte est remarquable par l’extrémité de ses ailes roulée en spirale et lui formant une espèce de queue en trompette, par le développement formidable de ses mandibules et la
longueur de ses antennes fines comme des cheveux, et qui sont composées chacune de 240 articles.
Le genre Sphœrium a été créé pour un petit Grillon à corps presque orbiculaire, dépourvu d’ailes et d’élytres. C’est le Sphœrium acervorum , que l’on trouve assez rarement en F rance et en Allemagne dans les fourmilières.
La seconde tribu des Grylliens est celle des Gryllotalpides , dont la forme générale est trèsparticulière et dont les pattes sont éminemment propres à fouir le sol. Cette disposition est surtout manifeste dans le genre Gryllotalpa , où les jambes antérieures sont terminées par une large palette dentée en forme de main ouverte. Leur corps est allongé; leurs antennes courtes, leurs jambes postérieures courtes et peu renflées, indiquent qu’ils 11’ont pas la faculté de sauter.
On connaît ces insectes sous le nom de Taupe-Grillon, dont le mot Gryllotalpa est la traduction latine, et qui indique à la fois leurs rapports avec les Grillons et la forme de leurs pattes antérieures, qui représentent assez bien celles des taupes. On leur donne plus communément encore le nom de Courtilières , qui provient du vieux mot français cour tille , par
- Schizodaclylus monstrosus.
FAMILLE DES GRYLLIENS.
lequel on désignait les petits jardins potagers que fréquentent surtout ces insectes.
Les ravages que commettent ces Orthoptères dans les lieux cultivés ont de tout temps attiré sur eux l’attention des observateurs. Par la structure de leurs pattes antérieures, les Taupes-Grillons se distinguent de tout autre genre d’insectes; leurs pattes sont courtes, élargies en paume, munies de quatre pointes mousses, comme représentant quatre doigts, et d’une partie mobile comme une espèce de pouce. Cette conformation singulière est bien appropriée aux habitudes de ces insectes, qui fouissent la terre, s’y creusent des galeries comme la taupe, et, comme elle, élèvent de petits monticules de terre à la surface du sol.
FIG. 29. — GryUotalpa yidgaris (voy. page 14).
Le corps est gros chez les Courtilières; leur corselet ovale, bombé, plus large en arrière, ressemble assez à une carapace d’écrevisse et enveloppe presque entièrement le sternum. Ce grand développement semble avoir pour but de donner aux pattes antérieures une attache plus solide. Les élytres sont courts et n’ont que la moitié de la longueur de l’abdomen; ils ont chez le mâle quelques fortes nervures au moyen desquelles l’insecte produit par le frottement une stridulation aiguë, mais beaucoup moins forte que dans le Grillon. Les ailes sont larges, repliées en forme de lanière qui dépasse de beaucoup les élytres. Ce n’est que pendant la nuit que les Courtilières sortent de leur retraite et font
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usage de leurs ailes. Nous figurons ici (fig. 29, voy. p. 43) et PI. I le Taupe-Grillon commun (Gryllotalpa vulgaris).
En juin ou juillet, la femelle creuse à i 5 ou 20 centimètres de profondeur une cavité souterraine en forme de bouteille couchée, dont le col se redresserait verticalement en haut. Les parois intérieures en sont lissées avec soin, et la Courtilière y pond de 200 à 3 oo œufs allongés et d’un brun jaunâtre. Les jeunes éclosent au bout d’un mois environ^ et sont d’abord d’un gris clair; la mère en a le plus grand soin et leur apporte à manger. Au bout d’un mois,, ils changent de peau, croissent de plus en plus et brunissent toujours davantage. Aux ailes près, ils ressemblent déjà à leurs parents. A cette époque, ils ont déjà dévoré à l’entour d’eux tout ce qu’ils ont pu trouver de racines tendres, et ils s’éloignent de leur berceau en creusant des galeries dans toutes les directions^ coupant et dévorant tout ce qu’ils rencontrent sur leur passage. A l’automne, ils creusent profondément le sol et s’enfoncent dans la terre pour échapper au froid. D’après certains observateurs, les Courtilières n’arriveraient à leur état parfait qu’au bout de trois ans.
Les Courtilières font de grands ravages dans les champs de blé, d’orge et surtout dans les potagers, où elles attaquent indistinctement presque toutes les racineSj et leur présence est dénoncée par la végétation jaunie et flétrie. Dans les champs d’une vaste étendue, il est difficile, sinon impossible, de les détruire; mais dans les jardins, cela devient plus facile. On a indiqué plusieurs moyens de s’en débarrasser : l’huile et l’eau de savon versées dans leurs galeries les tuent lorsqu’elles en sont atteintes. Des fosses creusées en septembre et remplies de fumier les attirent dès les premiers froids; il est alors facile de les y surprendre et de les détruire. Quand on enfonce des pots à fleurs à 5 centimètres au-dessous de la surface du sol, le long des plates-bandes, les Courtilières tombent dedans et ne peuvent en sortir^ surtout si l’on y a versé quelques centimètres d’eau, après en avoir bouché le trou.
Bien que les Courtilières soient phytophages, elles se dévorent entre elles, lorsqu’on en renferme plusieurs ensemble, et l’on prétend que le mâle mange ses petits, lorsqu’il découvre leur nid.
FAMILLE DES GRYLLIENS.
Le genre Tridactylus a pour caractères : les pattes postérieures dépourvues de tarses, les jambes terminées par des appendices mobiles et digités. Le genre Tridactyle renferme les plus petits Orthoptères connus ; une espèce se trouve assez communément dans le midi de la France et l’Italie, c’est le Tridactyle varié (Tridactylus variegatus ), long de 5 millimètres, d’un noir bronzé, avec le tour des yeux, les bords latéraux du corselet et les cuisses postérieures blanchâtres. Celles-ci sont très-renflées; aussi les Tridactyles sautent-ils avec une agilité remarquable. Ces petits insectes ont des habitudes assez analogues à celles des Taupes-Grillons; comme eux, ils creusent des galeries dans toutes les directions pour chercher leur nourriture. Ils habitent de préférence les terrains sablonneux, près des rivières, des lacs ou des mares, et sont extrêmement abondants sur les bords du Rhône.
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FAMILLE DES ACRIDIENS (Criquets).
Cette dernière famille de l’ordre des Orthoptères est la plus nombreuse en espèces. Bien qu’on donne encore vulgairement à plusieurs d’entre elles le nom de Sauterelles, ce nom ne leur convient pas plus que ne convient à ces dernières (Locustiens) celui de Cigales. On leur donne habituellement le nom de Criquets. Les Acridiens diffèrent des Locustiens par leur corps plus robuste, par leurs antennes beaucoup plus courtes, jamais grêles et sétacées; par l’absence, chez les femelles, de cette longue tarière destinée à la ponte des œüfs et qui est remplacée ici par quatre pièces courtes, cornées ; leurs cuisses postérieures sont plus fortes, et ce sont de tous les Orthoptères les mieux conformés pour sauter.
Les Acridiens font entendre, comme les Sauterelles et les Grillons, une stridulation perçante ; mais ce n’est plus par le frottement des élytres l’un contre l’autre quelle s’exécute; ici ce sont les cuisses, garnies intérieurement de stries élevées, très-rudes, qui, frottant rapidement et avec force sur les nervures des élytres, comme un archet sur les cordes d’un violon, produisent le son. C’est surtout pendant les derniers beaux jours de l’été et ceux de l’automne que les Acridiens font entendre leur chant assourdissant.
Les Acridiens ne sont que trop répandus dans toutes les régions du monde; mais, beaucoup moins nombreux dans le Nord, ils sont bien moins redoutables que dans le Midi. En effet, dans les contrées chaudes, certaines espèces sont un véritable fléau; elles se multiplient dans de telles proportions, quelles détruisent toute la végétation et réduisent à la famine les pays les plus fertiles.
Lorsqu’ils ont ainsi dévasté un pays, les Acridiens ne trouvant plus de quoi satisfaire leur appétit vorace, émigrent en masse, pour aller s’abattre
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sur des points plantureux. Pendant ces émigrations, les Criquets volent tous si rapprochés les uns des autres, qu’ils produisent de loin l’effet d’un gros nuage et interceptent réellement les rayons du soleil. Nuage plus redoutable que ceux qui portent la grêle et les orages; car là où ils s’abattent, ils ne laissent aucune trace de végétation et dévorent jusqu’aux toits de chaume. Leur mort même, loin d’être un bienfait, devient souvent la cause d’un mal plus grand ; leurs corps amoncelés et échauffés par le soleil ne tardent pas à entrer en putréfaction, et leurs exhalaisons occasionnent des pestes qui sévissent d’une manière terrible contre les populations.
Les écrivains de tous les temps et de tous les pays ont signalé les ravages des Criquets; et le premier des livres, la Bible, nous dit (Exode, ch. X) que par la huitième plaie d’Égypte, l’Éternel, par l’entremise de Moïse, fit venir les Sauterelles (Criquets) sur tout le pays d’Égypte, quelles couvrirent entièrement par leur nombre. Elles furent amenées par un vent d’orient et remportées par un vent d’occident, lorsque le Pharaon eut promis de laisser partir le peuple israélite. Ce fait fut regardé comme un miracle attribué à la puissance divine par les Saintes-Écritures; mais il s’est fréquemment reproduit depuis.
Au rapport de Pline, la Grèce était souvent ravagée par les invasions des Acridiens, et il existait même une loi qui obligeait les habitants à détruire ces insectes sous leurs trois états d’œufs, de larves et d’insectes parfaits. Tout le nord de l’Italie et le midi de la Gaule furent ravagés par les Criquets en l’an 181 de notre ère; et saint Augustin rapporte, quelques siècles plus tard, que l’Afrique avait été le théâtre de semblables ravages. Après avoir détruit toute la végétation, nous dit-il, ces insectes ayant été poussés dans la mer, puis rejetés sur le rivage, les exhalaisons de leurs corps se répandirent au loin et occasionnèrent une peste qui fit périr, dans le royaume de Numidie, une partie de la population, évaluée à huit cent mille âmes.
Pendant les années 1747 et 1748, les Criquets ravagèrent la Moldavie et la Valachie, et l’année suivante, rapporte l’historien de Charles XII, le roi de Suède, étant à la tête de son armée en Bessarabie, pensa être
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assailli par un ouragan accompagné de grêle, lorsqu’une nuée de ces Orthoptères s’abattit sur ses hommes et leurs chevaux.
En 1780, ils causèrent dans l’empire du Maroc une famine affreuse. Levaillant les vit en 1789 dévaster une partie de la Cafrerie. Enfin, pour terminer, nous rappellerons la terrible invasion de l’Algérie par les Sauterelles en 1866; cette invasion, suivie d’une année de sécheresse, amena une épouvantable famine qui fit périr plus de deux cent mille victimes.
Dans le midi de la France, les invasions de ces Orthoptères sont beaucoup moins fréquentes ; cependant ils s’y sont parfois montrés en grand nombre et y ont occasionné d’horribles dégâts. Pour, n’en citer qu’un exemple : en 161 3 eut lieu une des plus terribles invasions dont on ait conservé le souvenir; ils moissonnèrent jusqu’à la racine i 5 ,ooo arpents de blé dans les environs d’Arles, et à plusieurs lieues à la ronde ne laissèrent pas une feuille, pas un brin d’herbe, pas même un misérable toit de paille. A Marseille et à Arles, où se montrent souvent ces insectes dévastateurs, la ville paie 5 o centimes par kilogramme d'œufs recueillis, et moitié seulement de ce prix par kilogramme d’insectes. Cette récolte coûta, en 181 5 , vingt mille francs à la ville de Marseille et vingt-cinq mille à la petite cité d’Arles. En 1824,, cette chasse ne leur coûta que six mille francs chacune; mais plus récemment, malgré la chasse active qu’on leur fit, dans les environs d’Arles seulement, ils dévorèrent i 5 oo acres de blé. On comprendra cette multiplication effrayante si l’on considère que chaque femelle pond une centaine d’œufs, qu’elle enfouit dans le sol et qui se trouvent ainsi à l’abri des causes de destruction. Les petits qui en naissent se nourrissent de tous les végétaux indistinctement, et périssent rarement faute de subsistance.
Quelques peuplades, peu favorisées des bienfaits de la nature, loin de regarder les invasions de Sauterelles comme une calamité, s’en réjouissent au contraire , car elles en font un aliment. Tels sont les Hottentots , les nègres du Sénégal et d’autres peuplades d’Afrique. On en vend même sur des marchés en Orient et en Afrique; on leur arrache ordinairement les ailes et les pattes, et on les fait cuire soit dans de la graisse, soit dans de
FAMILLE DES ACRIDIENS
l’huile. Les Hottentots et les Arabes en font même des provisions et les conservent dans du sel.
Toutes les espèces d’Acridiens ne sont pas nuisibles dans les mêmes proportions; il n’en est qu’un petit nombre qui se multiplient au point de causer de véritables désastres. Tels sont surtout le Criquet voyageur (.Acridium migratorium ) [fig. 3 o], auquel se rapporte tout ce qui précède, et quelques espèces du genre Truxalis.
On divise la famille des Acridiens en deux groupes distincts : les Truxalides et les Acridides. Les premiers se distinguent par leur corps élancé,
Fig. 80. — Acridium migratorium.
leur tète pyramidale se prolongeant au delà des yeux ; leurs antennes épaissies, jamais filiformes. Leurs ailes égalent ou dépassent la longueur de l’abdomen; leurs pattes postérieures sont longues, à cuisses renflées. Les Truxales ( Truxalis ), genre type de la tribu, ont des antennes de seize articles au moins, de forme prismatique, très-comprimés. Ce sont de grands Orthoptères, revêtus de couleurs vives et variées, qui habitent toutes les régions chaudes de l’ancien continent. La Truxale à long nez (.Truxalis nasuta) , qui habite le cap de Bonne-Espérance, a io centimètres d’envergure ; sa tête et son corselet, d’un beau vert, sont rayés de
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
rose; son abdomen est rouge en dessus; ses élytres sont verts avec une ligne longitudinale rose, et les ailes sont jaunâtres. Cette espèce est parfois très-abondante dans l’Afrique australe. On la trouve également dans l’Europe méridionale et dans l’Inde.
Nous figurons ici le Truxalis inguiculata de l’Inde (fig. 3 i). Cette espèce est d’un brun rouge uniforme, lorsqu’elle est au repos; mais lorsqu’elle étend ses ailes, son aspect change; celles-ci sont d’un bleu d’azur
Fig. 31, — Truxalis inguiculata.
à la base, suivi d’un rose vif qui s’affaiblit graduellement et laisse l’extrémité de l’aile transparente.
Le genre Xiphocera renferme des Truxalides de l’Amérique méridionale à antennes en forme de glaive, à corselet relevé en crête au milieu avec les bords aigus ; ils sont ailés dans les deux sexes.
Les Pamphagus ont le corps épais, le corselet relevé en crête au milieu, mais à bords arrondis ; leurs antennes sont moniliformes à l’extrémité. Dans ce genre, les mâles seuls sont ailés. Les Pamphagus habitent l’Afrique, surtout le cap de Bonne-Lspérance.
FAMILLE DES ACRIDIENS
La tribu des Acridides a pour caractères : des antennes filiformes ou plus rarement renflées en massue, assez longues; les élytres longs et étroits, dépassant de beaucoup l’abdomen; les ailes grandes et larges, mais ne dépassant pas les élytres; les jambes épineuses et les cuisses postérieures fortement renflées.
Le type du groupe, le genre Criquet (. Acridium ) renferme un assez grand nombre d’espèces et parmi elles quelques-unes des plus nuisibles. Le Criquet voyageur ( Acridium migratorium ) figuré plus haut est celui qui a le plus souvent ravagé diverses parties du globe. Il a 7 à 8 centimètres de longueur et 10 à 12 d’envergure. Son corps est d’un vert jaunâtre; ses élytres sont gris tacheté de brun; ses ailes transparentes,
Via. 32. — Œdipoda germanica.
lavées de jaune à leur base et tachetées de brun à leur extrémité. Cette espèce, qui n’est que trop répandue dans l’Europe méridionale, se rencontre très-rarement aux environs de Paris.
Une espèce presque aussi nuisible que la précédente est le Criquet germanique (Œdipoda germanica) [fig. 32 ).
Les deux espèces les plus communes de nos environs sont : le Criquet stridule (. Acridium stridulum ), brun, à ailes d’un beau rouge sanguin bordées de noir, et le Criquet bleu (. Acridium cœrulescens ), d’un brun jaunâtre, à ailes bleues bordées de noir. On voit ces deux espèces voleter
ORDRE DES ORTHOPTÈRES
dans les champs et sur les routes, pendant les dernières belles journées de l’été et pendant l’automne.
Une espèce du Brésil, ÏAcridium dux , atteint 12 centimètres de longueur et plus de 20 centimètres d’envergure. Elle est d’un vert sombre, avec les nervures des élytres jaunes et les ailes d’un rouge vif, tachetées de noir.
Le genre Teratodes est fort curieux ; son prothorax se relève en crête très-élevée. On ne connaît encore qu’une seule espèce de ce genre, le Teratodes monticollis, de l’Hindoustan, que nous figurons ici (fig. 33 ). Son corselet se prolonge en haut et en arrière en une membrane qui, vue de profil, ressemble à un énorme capuchon, et ce qui complète l’illusion, c’est que la tête est à moitié enfouie dans le corselet. L’insecte n’est d’ailleurs pas autrement remarquable; il est d’un brun jaunâtre; ses élytres sont finement réticulés et ses ailes translucides, lavées d’une légère teinte jaunâtre.
Enfin, les Tetrix sont remarquables par le prothorax qui se prolonge en pointe et recouvre tout le corps. Ce sont des Acridiens de petite taille, dispersés sur toute la surface du globe. Leur forme est trapue, leurs antennes courtes; les élytres sont réduits à l’état d’écaillesovales et rejetés sur les côtés; les ailes, aussi longues que le corselet, sont cachées sous le prolongement de celui-ci. Deux espèces de ce genre sont assez communes aux environs de Paris ; ce sont : le Tetrix subulatus et le Tetrix bipunctatus , longs de i 5 à 18 millimètres, plus ou moins brunâtres.
FIG. 33. — Teratodes monticollis.
ORDRE DES THYSANOPTÊRES.
1 o es insectes qui composent cet ordre ont été longtemps classés parmi les Hémiptères, auxquels leur aspect général, la forme aplatie de leur corps, les fait en effet ressembler. Mais la structure de leur bouche diffère jp tellement de celle de ces derniers, qu’on a cru devoir créer pour eux un petit ordre particulier et les placer à la suite des Orthoptères, dont leurs organes buccaux les rapprochent le plus.
Les Thysanoptères ont des mandibules longues, presque en forme de soies et seulement un peu renflées à leur base; leurs mâchoires sont aplaties et munies d’une palpe articulée ; la lèvre inférieure supporte aussi deux petites palpes articulées. Les ailes, au nombre de quatre, sont longues et étroites, entièrement membraneuses, sans réticulation ni plis; elles sont garnies sur leurs bords de longs cils trèsserrés, d’où le nom donné à l’ordre: Thysanoptères (ailes à franges).
ORDRE DES TH YSA N OPTÉ RES
Pendant le reposées ailes sont étendues horizontalement sur le dos. Les tarses sont vésiculeux à l’extrémité et ne présentent que deux articles. Leur tète est oblongue, aplatie] les yeux, grands, occupent les parties latérales de la tête; les antennes,, un peu plus longues que la tête, sont composées de cinq à neuf articles distincts.
Ces insectes, comme les Orthoptères, ont des métamorphoses incomplètes; les larves ne diffèrent de l’insecte parfait que par l’absence des ailes et par leur couleur plus pâle.
Tous les Thysanoptères sont de très-petits insectes, qui vivent sur les végétaux, auxquels ils sont parfois très-nuisibles. La plupart se tiennent sur les feuilles, qu’ils rongent dans toute leur étendue, sans jamais les entamer. On voit alors à leur surface des taches plus ou moins grandes, qui ne sont autre chose que les parties rongées. Les plantes des serres chaudes en sont souvent infestées. Les oliviers dans le Midi et le blé dans toute la France sont sujets aux attaques de ces petits ravageurs.
Une seule famille rentre dans cet ordre, celle des Thripsiens.
FAMILLE DES THRIPSIENS.
FAMILLE DES THRIPSIENS.
La famille des Thripsiens est elle-même divisée en deux groupes ou tribus fondés sur le nombre des articles des palpes maxillaires, et la conformation des ailes.
La première tribu, celle des Phlœothripsides , se distingue par ses palpes maxillaires de deux articles, ses ailes nues, complètement sans nervures. Le dernier anneau de l’abdomen est allongé et tubuleux.
Un seul genre rentre dans ce groupe, les Phlœothrips , dont le type est le Phlœothrips Ulmi , (fig. 36 ) qui vit sur Forme. Il est long de 2 millimètres , noir, avec le second article des antennes,
. Fig. 36.
les tarses et les genoux ferrugineux. pmoihrip*
La seconde tribu, celle des Thripsides, a les palpes maxillaires blmi ' de trois articles, les ailes poilues, les supérieures ayant deux nervures parallèles. Les femelles portent à l’extrémité de l’abdomen une tarière en forme de valve. Le genre Thrips, qui donne son nom au groupe entier, renferme un assez grand nombre d’espèces, toutes plus ou moins nuisibles à diverses plantes. Nous citerons, entre autres, le Thrips des céréales (Thrips cerealium) [fig. 37], qui cause de grands dommages aux céréales, surtout au froment, qui en souffre parfois beaucoup dans certaines localités. Ce petit insecte pénètre entre la valvule interne et la graine, puis dans le sillon de celle-ci et en absorbe la substance, ce qui l’empèche de se développer. Ce Thrips est d’un brun ferrugineux, avec les antennes annelées de blanc, ainsi que les pattes. La femelle est dépourvue d’ailes.
Fig. 37. — Thrips cerealium.
ORDRE DES NÉVROPTÈRES
Ainsi nommés par Linné à cause de leurs ailes nues, transparentes et couvertes d’un très-grand nombre de nervures, les Névroptères ont, comme les Orthoptères^ la bouche composée de pièces libres. Ces pièces consistent en deux lèvres, deux mandibules et deux mâchoires propres au broiement des aliments. Leurs ailes, au nombre de quatre, sont membraneuses, finement réticulées; les larves, la plupart aquatiques, sont toujours hexapodes.
L’ordre des Névroptères est, de tous ceux de la classe des insectes, celui qui offre le moins d’uniformité dans l’organisation et dans les habitudes des differentes familles dont il se compose ; aussi est-il très-difficile
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
d’y établir une classification méthodique. Tantôt, comme dans les Myrméléoniens et les Libelluliens, les organes buccaux sont très-développés ; tantôt ils sont rudimentaires comme chez les Phryganiens, ou manquent même tout à fait, comme on le voit dans les Ephémériens. Les antennes, très-développées chez les Ascalaphes et les Phryganes, sont à peine visibles dans les Ephémériens et les Libelluliens. Les tarses n’offrent pas moins de variété : ils ont trois articles dans les Perliens et les Libelluliens, quatre dans les Ephémériens et les Termiens, cinq dans les Panorpiens et les Raphidiens. Les ailes varient également d’une famille à l’autre.
Les mœurs et la forme sous l’état de larve ne sont pas moins disparates; les unes n’ont que des demi-métamorphoses, et sont aquatiques et carnassières ( Libelluliens , Perliens ); d’autres, également carnassières, sont terrestres (Myrméléoniens ); d’autres encore sont aquatiques, mais se nourrissent de détritus ( Phryganiens, Éphémériens ). Enfin, les Termiens offrent une anomalie encore plus forte avec tous les insectes du même ordre : ceux-ci ont tous vécu solitaires sous tous leurs états; ceux-là (les Termiens) vivent au contraire à toutes les époques de leur vie en sociétés considérables formées de quatre ou cinq sortes d’individus.
L ordre des Névroptères se divise en huit familles : les Termiens, les Psociens, les Perliens, les Éphémériens, les Libelluliens, les Panorpiens, les Raphidiens et les Phryganiens.
FAMILLE DES TERMIENS.
FAMILLE DES TERMIENS
La première famille de l’ordre des Névroptères est celle des Termiens, et c’est aussi celle qui offre par l’organisation et le genre de vie les faits les plus curieux. Ce sont des insectes à corps oblong, déprimé; leur tête est arrondie avec trois yeux lisses; un sur le front et un de chaque côté; leurs antennes sont courtes, moniliformes; leurs mandibules cornées et pointues, quatre palpes filiformes. Leurs ailes sont grandes, presque égales, couchées horizontalement sur le corps ; elles n’ont que des nervures longitudinales, bifides au bout. Leurs tarses ont quatre articles.
Ce sont des insectes à demi-métamorphoses, actifs à tous les âges, qui, par leurs mœurs, leurs habitudes, rappellent beaucoup l’histoire des fourmis. Comme ces dernières, ils vivent en sociétés très-nombreuses, et construisent des demeures fort étendues. M. Lespès, qui a fait de ces insectes une étude approfondie, a reconnu dans les nids des Termites cinq sortes d’individus bien distincts. Chaque société présente d’abord un couple fécond, roi ou reine, et des neutres de deux formes différentes. Les plus nombreux sont des ouvriers chargés de creuser les galeries dans le bois, de soigner les œufs, les larves et surtout les nymphes, en les aidant à opérer leurs mues, d’aller à la recherche des provisions, de les emmagasiner dans le nid. Chose singulière! ils sont aveugles. D’autres neutres, moins abondants, se font remarquer par leur énorme tête, presque moitié du corps, un peu carrée et armée de très-fortes mandibules croisées. Ce sont les soldats chargés de la défense du nid; ils ont un courage furieux et se précipitent pour mordre les agresseurs. Ces soldats sont aveugles comme les ouvriers. Les mâles et les femelles ont seuls des yeux des deux espèces, composés et simples. 11 existe des larves de deux sortes, ressemblant beaucoup aux ouvriers; les unes doivent devenir des neutres, les autres des mâles ou des femelles ; on les reconnaît à l’état de nymphes en ce que celles qui deviendront des mâles ou des femelles ont des rudi-
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
ments d’ailes. Lorsqu’ils sont arrivés à l’état parfait, ces derniers prennent des ailes et émigrent; puis, comme les fourmis, les perdent aussitôt après que la fécondité des femelles est assurée. Les femelles sont recueillies par les neutres et forment le noyau de nouvelles colonies. Bientôt après leur rentrée dans le nid, l’abdomen des femelles prend un développement énorme, et l’on évalue que leur masse, au moment de la ponte des œufs, est plusieurs milliers de fois celle d’une ouvrière. Elle se tient dans une galerie profonde du nid, sans cellule spéciale. Le nombre des œufs que pond la femelle s’élève, assure-t-on, à quatre-vingt mille en vingt-quatre heures.
Les détails qui précèdent concernent le Termite lucifuge , qui existe en France, surtout dans les landes de Gascogne, et cause des dégâts effroyables. Les espèces étrangères qui habitent les régions chaudes du globe offrent des mœurs analogues. Ils constituent des sociétés immenses, et forment parfois des nids d’une dimension colossale, comparativement à leur taille; mais la forme, l’architecture varient beaucoup selon les espèces. Ce qu’il y a de remarquable, c’est que jamais les Termiens ne travaillent à découvert; les uns établissent leurs demeures dans la terre, dans les arbres, souvent sous les boiseries des habitations; les autres ont des nids extérieurs, mais toujours sans issue apparente. Toutes les fois que les ouvriers ont besoin d’atteindre un endroit plus ou moins éloigné de leur nid, ils construisent aussitôt une galerie communiquant d’un point à l’autre; par ce moyen ils ne se montrent jamais au dehors.
La famille des Termiens ne comprend qu’un seul genre, celui des Termites {Termes). Le Termite lucifuge (Termes lucifugum ), dont il est question plus haut, se trouve dans une grande partie de l’Europe méridionale, et en France particulièrement dans les landes de Gascogne. C’est un petit insecte d’un noir brillant, avec les ailes brunâtres un peu transparentes; les derniers articles des antennes et les pattes sont roussâtres. Cette espèce vit en sociétés séparées dans les bois ; mais elles se réunissent dans les villes pour leurs déprédations. Depuis déjà plusieurs années, elle s’est tellement multipliée à Rochefort dans les ateliers et les magasins de la marine, qu’on ne peut réussir à s’en débarrasser, et qu’elle y fait de
FAMILLE DES TERMIENS.
Fig. 40.
Tenues betticosum, soldat.
grands ravages. Elle n’est pas moins abondante aujourd’hui à La Rochelle et commence à se montrer dans certains quartiers d’Agen et de Bordeaux. A Rochefort, à La Rochelle, des bâtiments entiers sont minés jusque dans leurs fondations; il n’est pas rare que des planchers s’écroulent; c’est ce qui arriva il y a quelques années à Tonnay-Charente, où une salle à manger tomba dans la cave avec l’amphytrion et ses convives. On peut voir, dans les galeries du Muséum, les colonnes de bois qui soutenaient-la salle, et qui furent rapportées par le professeur Audouin, envoyé en mission pour étudier les mœurs et les
dégâts de cet insecte. Ces colonnes sont taraudées de toutes parts ; tout l’intérieur en est rongé et sillonné de galeries; mais la superficie est épargnée, ainsique la couche de peinture qui les recouvre, de sorte qu’il est impossible d’apercevoir aucune trace des dégâts jusqu’au moment de l’accident. A cette époque, l’Hôtel de la préfecture de La Rochelle était envahi par ces insectes, et les archives furent en partie détruites, la reliure des registres restant intacte. On est obligé, depuis lors, de les enfermer dans des boîtes de zinc.
Quelques espèces exotiques ont été étudiées dans l’Afrique australe par le voyageur hollandais Smeathman, à la fin du siècle dernier. L’une d’elles, le Termite belliqueux ou fatal [Termes bellicosum) habite le cap de Bonne-Espérance et le Sénégal.
Les ouvriers ont environ 5 millimètres de long; leur corps est d’une grande délicatesse, mais leur tête porte des mandibules dentelées et d’une corne assez solide pour attaquer les corps les plus durs. Les soldats (fig. 40) ont environ le double de longueur et pèsent autant que quinze ouvriers; cet excès de poids est dû à leur énorme tête cornée, plus grosse que le corps et armée de pinces aiguës. Enfin, l’insecte parfait atteint jusqu’à 18 millimètres de long, et
Fig. 41. — Termes bellicosum <3* (voy. page 66).
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
les quatre ailes qu’il porte quelques heures seulement, ont près de 5o millimètres d’envergure (fig. 41, voy. p. 65 ). L’insecte parfait est d’un brun foncé en dessus, roux en dessous; le soldat est d’un blanc de lait lorsqu’il est vivant. Ces Termites déploient une industrie bien supérieure à celle des fourmis.
Fig. 42. — Nid du Termite 'belliqueux.
La figure extérieure de l’édifice du Termite belliqueux est celle d’un petit mont plus ou moins conique, approchant de celle d’un pain de sucre, dont la hauteur perpendiculaire est de 3 à 4 mètres au-dessus du sol. Chacun de ces édifices est composé de deux parties, l’extérieure et l’intérieure. La première est une vaste calotte de la forme d’un dôme en terre gâchée, imperméable à l’eau et tellement solide qu’elle peut supporter le poids des taureaux sauvages. Smeathman et ses compagnons se cachaient en embuscade entre ces grands nids pour chasser, et il rapporte qu’il monta une fois sur l’un d’eux avec quatre hommes, pour chercher à l’horizon si quelque navire n’était pas en vue.
Chacun de ces monticules, dont on voit souvent plusieurs à côté l’un
FAMILLE DES TERMIENS.
de l’autre et comme soudés ensemble, est divisé à l’intérieur en un grand nombre de pièces qui servent de logements ou de magasins. Ces derniers sont toujours remplis de gomme ou de sucs épaissis des plantes. Les pièces qui sont occupées par les œufs et par les larves, sont entièrement composées de parcelles de bois qui paraissent être unies ensemble par des gommes. Ces édifices sont extrêmement serrés et divisés en plusieurs petites chambres de deux centimètres de longueur au plus. Il n’y a de spacieuse que la loge de la reine; celle-ci, lorsqu’elle est pleine d’œufs, atteint des proportions considérables; son abdomen est près de deux
FIG. 43. — Nid du Termite atroce (voy. page 68).
mille fois plüs gros que le reste de son corps, et il atteint jusqu’à 8 centimètres de longueur (fig. 44, voy. p. 68).
A mesure que la femelle pond, et elle le fait sans interruption pendant plusieurs jours, les travailleurs s’emparent de ce s œufs et les transportent dans des logements séparés.
Toutes les petites pièces dont nous avons parlé sont séparées par plusieurs galeries qui communiquent entre elles et se prolongent jusqu’à la calotte supérieure qui couvre le tout. Ces galeries descendent sous terre jusqu’à la profondeur d’un mètre et plus ; c’est là que les travailleurs vont prendre le gravier fin avec lequel ils construisent tout l’édifice, à l’exception des chambres occupées par les œufs et les petits.
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
D’autres espèces, le Termite atroce et le Termite mordant, bâtissent des nids avec les mêmes matières que celles employées par le Termite belliqueux, mais elles leur donnent une forme différente. Smeathman les nomme nids en tourelles; ils sont cylindriques, hauts en moyenne de 60 centimètres, couverts d’un toit en forme de dôme. Tous ont la même solidité ; on les renverse plutôt à leur fondement qu’on ne les rompt dans leur milieu.
Les nids du Termite des arbres diffèrent des autres par la forme et la grandeur. Ils sont sphériques, bâtis sur les arbres, où ils ne tiennent quel¬
quefois qu’une seule branche qu’ils entourent. Il y en a, mais rarement, qui ont la grosseur d’une barrique à sucre. Ces nids sont composés de petites parties de bois, de gommes et de sucs d’arbres, avec lesquels les Termites forment une pâte pour construire les cellules. Quelquefois ils bâtissent leurs nids sur les toits ou toute autre partie des maisons, et font de grands dégâts, mais beaucoup moins que le Termite belliqueux. Celui-ci pénètre dans les maisons et les magasins, perce les meubles et les caisses, et détruit tout ce qui s’y trouve, même les étoffes ; sauf les métaux et les pierres, rien ne résiste à leurs terribles mâchoires, et en peu de temps, ils détruisent une maison de fond en comble, avant qu’on ait pu voir trace de leurs dégâts.
FAMILLE DES PSOCIENS.
FAMILLE DES PSOCIENS
Cette famille renferme de très-petits insectes, offrant pour caractères distinctifs : une tête fort grande, pourvue de trois ocelles, et d’antennes sétacées; un corps renflé, de consistance molle, pourvu de quatre ailes inégales ayant un petit nombre de nervures.
Les Psociens sont les plus petits de tous les Névroptères; ils se font surtout remarquer par leur tête fort grande comparativement à la petite dimension de leur corps et par la ténuité extrême de leurs pattes. Leurs antennes sont longues et sétacées, de dix à treize articles; leurs ailes sont en toit pendant le repos, très-peu réticulées ou seulement veinées, souvent courtes ou même tout à fait rudimentaires.
Les Psoques vivent sur les troncs d’arbres, les murs et les pierres couverts de mousse; ils sont très-agiles et courent avec la plus grande vivacité ; cependant ils recherchent les endroits sombres et paraissent fuir le grand jour. Ces insectes se nourrissent de détritus végétaux,, upunctam.
et peut-être bien aussi de très-petits animalcules. Les larves des Psociens ne diffèrent de l’insecte parfait que par l’absence des ailes, et des nymphes, en ce que celles-ci montrent déjà des rudiments d’ailes.
Cette famille renferme un très-petit nombre d’espèces : le type du genre est le Psoque à deux points (Psocus bipunctatus) [fig. 45], commun dans presque toute l’Europe. Il est long de 4 millimètres, varié de noir et de jaune, avec les ailes transparentes pourvues d’une petite tache vers le bord marginal et d’une autre vers le bord opposé, noirâtres; ces taches sont souvent peu marquées ou disparaissent même tout à fait. On le trouve sous les écorces , sur les troncs d’arbres, les vieilles murailles, etc.
Le Psoque frappeur (.Psocus pulsatorius ), long de 2 millimètres seulement, est d’un gris jaunâtre tacheté de roux ou de brunâtre. Ce petit
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
insecte, vulgairement connu sous le nom de Pou de bois , se trouve abondamment dans les collections d’histoire naturelle, les bibliothèques, et surtout dans les vieux papiers, qu’il ronge. Son nom de frappeur ( puisa torius) vient de ce que l’on a cru qu’il produisait, comme les vrillettes ( Anobium ), un petit bruit analogue au battement d’une montre ; ce qui lui a fait partager avec ce Coléoptère le nom d’horloge de la mort. Quelques classificateurs ont fait de cette espèce le type du genre Atropos, fondé sur ce que ses tarses sont de trois articles et ses ailes nulles.
FAMILLE DES PERLIENS.
FAMILLE DES PERLIENS
Tous les insectes que comprend cette famille ont les parties de la bouche bien développées et solides, rappelant celles des Orthoptères. Leurs palpes maxillaires sont longues, grêles, composées de cinq articles ; les palpes labiales n’en ont que trois. Les Perliens ont le corps aplati, d’égale largeur dans toute son étendue; leur tête est plane, souvent plus large que le thorax et munie de trois ocelles disposés en triangle entre les yeux. Leurs ailes sont fort larges, surtout les postérieures, qui se replient sur elles-mêmes pendant le repos. Leur abdomen est souvent terminé par deux longs filets articulés.
A l’état d’insectes parfaits, les Perliens fréquentent le bord des eaux, où ils se tiennent sur les pierres, les plantes, etc. Les femelles portent leurs œufs suspendus à l’extrémité de l’abdomen dans une sorte de petit sac, qu'elles détachent et laissent tomber dans l’eau. Pendant les premiers temps de leur existence, les Perliens vivent, en effet, constamment dans l’eau. Leurs larves paraissent même préférer les eaux courantes aux eaux stagnantes, et c’est dans les premières, et là surtout où le courant est rapide, qu’on les trouve en plus grand nombre. Elles marchent lentement, en faisant traîner leur ventre sur le sol, et souvent se fixent sur une pierre à l’aide de leurs pattes et y demeurent longtemps en quête d'une proie.
Les Perliens passent l’hiver à l’état de larve, deviennent nymphes au printemps suivant, après un changement de peau, puis, bientôt après, subissent leur transformation en insecte parfait. A ce moment elles quittent leur premier élément et vont sur le rivage se fixer sur une pierre ou sur une plante, où elles attendent que leur peau se dessèche et se fende pour en sortir. Les larves des Perliens sont carnassières ; elles ont des mâchoires et des mandibules acérées. Leur corps se rétrécit vers l’extrémité postérieure et offre dans plusieurs espèces trois paires d’organes respiratoires externes, placés sur chaque segment du thorax; mais ces organes manquent chez quelques-unes.
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
Cette famille est peu nombreuse; le genre Perla, qui donne son nom au groupe entier, est le plus important; on en connaît un assez grand nombre d’espèces européennes qui offrent pour caractères : des mandibules et des mâchoires membraneuses, et l’abdomen terminé par deux longs filets; labre peu apparent. Chez les Perles, la différence qui existe entre les deux sexes est quelquefois très-considérable ; les mâles de plusieurs espèces sont beaucoup plus grêles que les femelles, et leurs ailes sont très-courtes.
L’une des espèces les plus répandues dans notre pays est la Perle bordée (Perla marginata , fig. 75, voy. p. 104), longue de 25 millimètres environ, d’un gris fauve avec la tète rougeâtre , bordée de brun; les ailes, transparentes, sont lavées de jaunâtre avec les nervures noires. La larve de cette espèce est d’un jaune-citron tacheté de noir; le corselet porte trois lignes longitudinales et une bordure noire. Elle vit sous les pierres, dans les rivières.
On trouve encore dans nos environs la Perle brune Perla bicaudata ), longue de 22 à 25 millimètres; elle est d’un brun grisâtre avec une raie fauve le long du corps. Ses deux filets abdominaux, d’un brun foncé, sont très-apparents.
Le genre Nemoura comprend les espèces à mandibules et mâchoires cornées, à labre très-apparent. Leur abdomen est dépourvu de filets. Ce dernier caractère fait distinguer les Némoures des Perles au premier abord ; mais leurs larves en sont cependant munies, aussi bien que celles des Perles. A l’état parfait, les Némoures voltigent au bord des eaux et se posent sur les pierres et sur les plantes; les larves habitent surtout les eaux courantes; elles se distinguent de celles des Perles et des Éphémères en ce que leurs antennes sont plus longues et leur allure lente.
Ce genre ne renferme qu’un petit nombre d’espèces, dont le type est la Némoure nébuleuse (Nemoura nebulosa ), d’un brun noirâtre avec les ailes antérieures d’un gris cendré, traversé par des bandes blanchâtres.
Les ailes du mâle sont beaucoup plus courtes que celles de la femelle dans cette espèce, qui est commune dans la plus grande partie de l’Europe.
FAMILLE DES ÉPHÉMÉRIENS.
FAMILLE DES ÉPHÉMÉRIENS
Les Éphémériens ont des caractères particuliers qui les font aisément distinguer de tous les autres Névroptères. Leurs antennes sont extrêmement courtes ; les parties de la bouche rudimentaires et tout à fait impropres à la mastication.; les ailes très-inégales, les antérieures étant grandes, tandis que les inférieures sont très-petites ou avortent même complètement.
Les Éphémères ont le corps allongé, la tète petite, presque entièrement occupée par les yeux; entre ceux-ci sont placées trois ocelles lisses et les antennes composées de trois articles, dont les deux premiers courts et le dernier en forme d’alène, de la longueur de la tète; le prothorax est grand, carré; les premières ailes sont aussi longues que le corps, triangulaires à réseau carré oblong ; les ailes inférieures sont très-petites et n’ont l’air que d’un lobe des supérieures; l’insecte les tient élevées l’une contre l’autre pendant le repos; les pattes antérieures sont beaucoup plus allongées que les autres et sont ordinairement dirigées en avant; l’abdomen est allongé, terminé par des filets plus longs que lui, au nombre de deux dans les mâles et de trois dans les femelles.
Les Éphémériens offrent des métamorphoses incomplètes; sous leur premier état, ils sont aquatiques; leurs larves, de forme allongée, sont munies de branchies extérieures, situées soit sur les côtés, soit sur le dos. Les mœurs de ces larves varient suivant les espèces: quelques-unes se tiennent en terre dans des trous creusés dans les berges des rivières; ce trou est double, en forme d’U très-allongé, comme un tube de verre plié en deux. D’autres espèces sont errantes et ne se creusent pas de trous. Les nymphes des Éphémériens ne diffèrent des larves que par des rudiments d’ailes ; ce sont donc des insectes agiles et prenant de la nourriture sous tous les états.
ORDRE DES NËVROPTÈRES.
Les Éphémères, ainsi que leur nom l’indique [éphèmeros , qui ne vit qu’un jour), n’ont qu’un moment à vivre • plusieurs naissent après le coucher du soleil et ne voient pas son lever; quelques-uns à peine résistent un ou deux jours ; mais si leur existence sous la forme ailée est courte, il n’en est pas de même du temps qu’ils passent sous leur premier état; car, comme Swammerdam l’a observé., il est de trois ans. Quand arrive le moment de la dernière transformation, les nymphes sortent de l’eau et vont se fixer sur quelque endroit sec, où elles attendent que leur peau se dessèche. Leur enveloppe se fend alors au-dessus de la tête et du corselet, et l’Éphémère ne tarde pas à en sortir. Aussitôt qu’il peut faire usage de ses ailes, l’insecte se met à la recherche d’une compagne.
Ainsi que nous l’avons déjà dit, les Éphémères naissent ordinairement le soir, et presque toujours avec une abondance surprenante; aussi les pêcheurs appellent-ils ces animaux manne des poissons; il n’est pas rare de voir les terres avoisinant les rivières couvertes le matin d’un blanc de neige, qui n’est autre que les cadavres amoncelés de ces insectes; c’est vers le milieu de l’été qu’a lieu cette éclosion. Ces insectes n’ayant pour ainsi dire reçu la vie que pour la transmettre,, ne s’occupent que de la reproduction de leur espèce; leur vie est si courte, qu’ils n’ont pas besoin de manger, et la nature, qui ne fait rien en vain, leur a refusé les organes de la manducation. Le mâle meurt aussitôt après avoir satisfait au vœu de la nature, et la femelle songe immédiatement à sa ponte; elle porte ses œufs dans deux grappes, qui sortent du dessous du septième anneau de son abdomen; chacune de ces grappes, qui contient de trois à quatre cents œufs, est fort grosse par rapport au volume de l’insecte; la femelle va les pondre à l'eau, et ils tombent au fond par leur propre poids et s’y dispersent. Dès lors, sa mission est terminée et elle ne tarde pas à mourir.
Les Éphémériens ne sont pas destinés à briller au grand jour; la nature semble n’avoir rien fait en leur faveur; leurs formes sont délicates et assez élégantes; mais leur couleur blanchâtre ou jaunâtre, tachetée de noir, n’a rien qui plaise à l’œil; ils sont d’une mollesse et d’une fragilité extrêmes; la moindre pression les défigure; la dessiccation les racornit, et encore
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dans cet état le moindre souffle les casse; aussi font-ils le désespoir des entomologistes.
La famille des Éphémériens se compose en réalité du seul genre Ephemera, bien que des entomologistes aient créé divers genres fondés sur des caractères peu importants.
L’Éphémère vulgaire (.Ephemera vulgata) [PI. IV et fig. 46] est
Fxg. 46 — Éphémère vulgaire, larve, nymphe et insecte parfait.
considérée comme le type du genre. Elle est brunâtre, tachetée de jaune, avec les quatre ailes transparentes, réticulées par des nervures brunes et ornées en outre de quelques taches de cette même couleur; l’abdomen est terminé par trois filets d’un brun foncé. La larve est d’un jaune brunâtre, avec le thorax et l’extrémité de l’abdomen tachetés de noir. Cette espèce est la plus répandue en France; c’est à elle surtout que se rapportent les détails qui précèdent.
La plus grande espèce connue est l’Éphémère à longue queue ( Ephe-
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
mer a longicauda), longue de 25 à 28 millimètres, d’un blanc jaunâtre, avec la partie dorsale et les ailes un peu enfumées; son abdomen ne porte que deux filets. Cette espèce se trouve abondamment en Belgique, en Hollande et en Allemagne, principalement dans les grandes rivières comme la Meuse et le Rhin. Sa larve a la tête allongée en forme de corne, et les jambes courtes et épaisses.
On rencontre encore en France et dans les environs de Paris les Ephemera lutea, marginata et brevicauda , qui portent, comme le vulgata, trois filets à l’extrémité de l’abdomen, et les Ephemera striata , nigra et culiciformis , qui n’ont que deux filets, comme le longicauda.
FAMILLE DES LIBELL ULIENS.
FAMILLE DES LIBELLULIENS
Les Libelluliens se distinguent par leurs antennes courtes, terminées par une soie; par des mâchoires et des mandibules très-fortes; des palpes labiales aplaties, recouvrant toute la bouche; à l’extrémité de l’abdomen sont des appendices en forme de pince. Leurs quatre ailes sont grandes, égales, finement réticulées; leurs torses ont trois articles.
Ces insectes légers, déliés dans leur taille, ornés de couleurs brillantes, ont de tout temps attiré les regards et ont reçu le nom de Demoiselles , très-approprié à leur tournure élégante ; mais ce sont de véritables nymphes chasseresses, essentiellement carnassières, et, comme tous les animaux de proie, on les voit continuellement voler au-dessus des eaux et dans les allées des bois, tantôt planant sur place à la façon de l’aigle ou du milan, tantôt décrivant des cercles rapides et s’élançant comme un trait sur quelque malheureux insecte, qu’ils saisissent et dévorent sans arrêter leur vol.
Lorsque le moment de la ponte est arrivé, la femelle se rend auprès des eaux ; elle se pose sur une branche ou sur une herbe placée au-dessus du liquide et y laisse tomber en un seul paquet tous ses œufs, qui descendent au fond et s’y dispersent.
Les Libelluliens sont des insectes au corps allongé, ressemblant le plus souvent à un petit tuyau cylindrique, formé de differentes parties, à peu près d’égale grandeur, et qui sont les segments. Leur tête est transversale et porte latéralement deux très-gros yeux et trois petits ocelles sur le vertex; des antennes de cinq ou six articles, terminées par une soie, mais si courtes que c’est à peine si toute leur longueur égale la moitié de la tète; la bouche se compose d’un labre court, large, très-mobile, de mandibules très-robustes, munies de dentelures aiguës, de mâchoires cornées, aiguës, munies d’épines; les palpes sont de deux ou trois articles; la lèvre inférieure très-grande, servant à clore complètement la bouche. Le
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thorax est presque carré; les quatre ailes, de taille et de forme pareilles, ont le réseau très-petit et très-serré.
A l’état de larve ou de nymphe, les Libelluliens habitent le fond de nos étangs et de nos ruisseaux. Là, tapies dans la fange, elles attendent avec patience qu’un insecte, un mollusque ou même un jeune poisson vienne passer à leur portée. Alors elles débandent, comme un ressort, une arme fort singulière qui représente chez elles la lèvre inférieure. C’est une sorte de masque animé, armé de fortes pinces dentelées et porté par des pièces articulées, dont l’ensemble égale la moitié de la longueur du corps. Cet instrument agit à la fois comme une lèvre et comme un bras ; il saisit la proie au passage et l’amène jusqu’à la bouche (fig. 47 et 48).
Lorsqu’arrive le temps de sa métamorphose, la larve se traîne hors de l’eau où elle a vécu près d’une année, grimpe lentement sur quelque plante voisine et s’y sus-
J Nymphe de Libellule.
pend la tète en bas. Bientôt le soleil
Larve de Libellule.
dessèche et durcit sa peau, qui tout d’un coup éclate et se fend. La Libellule dégage d’abord sa tête et son corselet; ses pattes, ses ailes, encore molles et sans vigueur, se raffermissent au contact de l’air; au bout de quelques heures, elles ont pris toute leur force. Aussitôt la Libellule abandonne comme un vêtement usé la peau terne et limoneuse qui la couvrit si longtemps, et devenue Demoiselle, ou plutôt Mouche-dragon, comme l’appellent les Anglais (Dragon jly ) 3 elle s’élance à la recherche de sa proie.
Les larves des Libelluliens nous offrent encore quelques particularités dignes de remarque relativement à leur mode de respiration. N’ayant pas les pattes conformées pour la natation, elles ne peuvent venir par intervalle, comme beaucoup d’autres insectes, respirer l’air à la surface de l’eau; une disposition particulière vient obvier à cet inconvénient. L’extrémité de l’abdomen présente deux ouvertures, situées entre des appen-
FAMILLE DES LÏBELLULIENS.
dices terminaux qui s’écartent ou se rapprochent à la volonté de 1 animal. Quand il les écarte, une certaine quantité d’eau pénètre par ces ouvertures ; des organes spéciaux, espèces de branchies internes, absorbent l’air contenu dans cette eau, qui est ensuite rejetée avec force par l’anus.
La famille des Libelluliens se divise assez naturellement en trois groupes ou tribus fondés sur le nombre des articles et la forme des palpes labiales; ce sont les Libellulides, les Æshnides et les Agrionides.
La première tribu, celle des Libellulides; a les palpes labiales de deux articles et le corps assez épais. Legrand genre Libellula comprend un nombre considérable d’espèces répandues dans le monde entier. On peut regarder comme le type du genre, la Libellule déprimée ( Libellula depressa ) (PI. IV), très-commune dans toute l’Europe, où on la voit voler au bord des eaux pendant toute la belle saison.
Le mâle est d’un brun roussâtre avec l’abdomen bleuâtre en dessus; la femelle est d’un jaune olivâtre, avec les anneaux bordés de jaune latéralement; l’abdomen est large et déprimé dans les deux sexes. Les ailes sont blanches, diaphanes, avec une tache marginale noire, et parsemées de petits points jaunes.
La Libellule à quatre taches {Libellula quadrimaculata ), également très-répandue en Europe, est de la même taille que la précédente. Elle est d’un brun jaunâtre, avec la tête et les côtés du corselet jaunes. Les ailes, blanches, diaphanes, jaunâtres à la base, portent chacune une tache noire; l’abdomen, d’un roux obscur, a le premier segment, l’extrémité du cinquième et les suivants entièrement noirs; les pattes sont de cette dernière couleur. Dans cette espèce, les deux sexes sont semblables.
Cette jolie Libellule représentée ci-après (page 80, fig. 49) est le Libellulapulchella de l’Amérique septentrionale. Elle est brune, tachetée de jaune; ses ailes, blanches et diaphanes, portent trois taches brunes. L’abdomen, fortement déprimé, est bleuâtre dans le mâle et d’un jaune brunâtre dans la femelle, avec le bord des segments d’un jaune clair.
Une autre espèce figurée dans notre PI. V, la Libellule bordée ( Libellula marginata ), plus petite que les précédentes, est d’un brun brillant,
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
avec la bordure des ailes d’un jaune pâle; l’extrémité de celles-ci est toujours blanche et transparente.
Le groupe ou la tribu des Æshnides se distingue à ses palpes labiales de trois articles, à son corps grêle, à ses yeux très-gros, peu écartés ou même contigus, comme dans les Æshnes proprement dites. Ce genre renferme un assez grand nombre d’espèces, dont le type est l’Æshne grande
FIG. 49. — Libellula pulchella (voy. page 79).
(.Æshna grandis) ; c’est la plus grande Libellule de notre pays; elle a 7 à 8 centimètres de longueur et jusqu’à 12 centimètres d’envergure. Sa tête est d’un jaune ferrugineux, tachetée de brun; ses yeux énormes, d’un brun bleuâtre; le corselet roussâtre, avec deux bandes obliques jaunes sur les côtés; les ailes sont diaphanes, avec une tache marginale roussâtre; l’abdomen, d’un brun roux, portant sur chaque segment, du deuxième au huitième, deux petites lignes transversales jaunes dans son milieu et deux
FAMILLE DES LIBELLULIENS.
taches bleues de chaque côté; ies appendices abdominaux et les pattes sont roussâtres. La femelle diffère du mâle par les taches de son abdomen, qui sont toutes jaunes, et le huitième segment est sans taches, comme les derniers. Cette espèce est la plus répandue du genre; on la rencontre dans la plus grande partie de l’Europe et communément aux environs de Paris. Sa larve, qui se trouve en grande abondance dans les mares et les étangs, est plus courte que celle des Libellula ; elle est d’un vert brunâtre, avec des taches irrégulières plus foncées.
Fig. 50. — Æslma annulata.
L’Æshne à tenailles (Gomphus forcipata) est le type du genre Gomphns , qui se distingue des Æshnes proprement dites par l’écartement des yeux. D’un tiers plus petite que le grandis , le forcipata a la tête et le corselet d’un jaune brunâtre varié de noir; l’abdomen est noir, avec tous les segments tachetés de jaune sur les côtés et portant 3 les deux premiers une tache jaune, et les suivants une ligne de même couleur; les pattes sont noires. La femelle est semblable au mâle.
L’Æshne annulée (.Æshna annulata) [fig. 5 o], également répandue en
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
Europe et dans les environs de Paris, est presque aussi grande que XÆshna grandis; elle est noire, avec des taches d’un beau jaune; ses ailes sont blanches et diaphanes, avec la tache marginale noire, petite et allongée. La femelle est tout à fait semblable au male; mais ses appendices abdominaux sont plus courts. Dans cette espèce, les yeux sont moins grands et moins rapprochés que dans les précédentes, et l’abdomen se renfle en massue à l’extrémité. Ce dernier caractère a porté quelques entomologistes à en faire un genre particulier sous le nom de Cordulegaster.
Fiel, 51 et 52. — Agrion puetta et nymphe.
La tribu des Agrionides se distingue à première vue par l’élégance des formes plus sveltes et par l’éclat des couleurs; ces Libelluliens ont en outre les yeux petits, très-écartés et comme pédicellés; leurs palpes labiales sont composées de trois articles.
Les Agrions proprement dits ont les ailes comme pétiolées à la base, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules assez grandes; leurs ailes sont transparentes. Le type du genre est l’Agrion Jeune-fille (. Agrionpuella) [fig. 5 i et 52 ]; elle a 3 à 4 centimètres de long et 5 d’envergure. Sa tête et son corselet sont noirs en dessus, bleus en dessous; les ailes sont blanches, très-diaphanes, avec la tache marginale brune; l’ab-
FAMILLE DES LIBELLULIENS.
domen est bleu, avec les cinq premiers articles tachetés de noir, le huitième et le dixième entièrement noirs; les pattes sont de cette dernière couleur. Toutes les parties qui sont bleues dans le mâle sont vertes dans la femelle.
Fl0. 53. — Mecütogaster ornatus (roy page S4).
Cette espèce est commune en France et dans les environs de Paris, pendant toute la belle saison, dans les endroits marécageux.
L’Agrion sanguin (Agrion sanguineum ) [PI. IV], de même taille que le précédent, est d’un beau rouge carmin tacheté de noir. Il habite aussi la France.
Le genre Calopteryx se distingue des Agrions, dont il a tout à fait l’apparence, par des ailes larges à la base, pourvues de nervures basilaires parallèles et de cellules très-petites. Dans ce genre rentre l'Agrion vierge (Calopteryx virgo) [PL IV], charmante espèce très-commune dans la plus grande partie de l’Europe et dans nos environs, où on la voit
ORDRE DES NÉVROPTËRES.
voler pendant toute la belle saison au bord des eaux. Elle est entièrement d’un beau bleu verdâtre métallique, avec les ailes diaphanes ayant une large bande transversale d’un bleu verdâtre. La femelle, d’un vert bronzé, a les ailes d’un vert métallique avec une tache marginale d’un jaune blanchâtre. Chez cette espèce, les deux sexes sont assez différents et ils ont tous les deux de nombreuses variétés. Sa larve est très-allongée, presque transparente, d’un vert sale, avec quelques nuances plus claires et plus foncées.
Nous figurons ici une espèce de l’Amérique du Sud, le Mecistogaster ornatus (fig. 53 , voy. p. 83 ), remarquable par la longueur de son abdomen. Sa couleur générale est jaune; les ailes sont transparentes dans les deux premiers tiers de leur longueur, puis lavées de jaune et ornées d’une tache d’un beau jaune opaque à leur extrémité.
FAMILLE DES M YRM ÉLÉONI ENS.
FAMILLE DES MYRMÉLÉONIENS
Les Myrméléoniens se rapprochent des Libelluliens par leur structure générale, mais ils présentent des différences très-notables, surtout sous le rapport de leurs métamorphoses. Leurs caractères principaux sont d’avoir des ailes presque égales, planes; les parties de la bouche solides; les tarses de cinq articles; les antennes filiformes, multiarticulées, les palpes maxillaires composées de quatre ou cinq articles.
Les Myrméléoniens sont terrestres à l’état de larves. Celles-ci sont courtes, élargies, avec une forte tête armée de longues mandibules. Elles sont très-carnassières et vivent d’autres insectes, dont elles s’emparent de diverses manières. Au moment de subir leur transformation en nymphe, elles se construisent un petit cocon soyeux, auquel sont ajoutées souvent des matières étrangères. La taille de ces larves parait très-minime, comparée à celle des insectes parfaits, et en voyant le cocon piluliforme d’un Fourmi-lion ou d’un Hémérobe, on est étonné d’en voir sortir un si grand insecte.
La famille des Myrméléoniens se divise assez naturellement en quatre groupes ou tribus distinctes. Ce sont les Myrméléonides, les Némoptérides, les Hémérobiides et les Panorpides.
La première tribu, celle des Myrméléonides, est composée d’insectes bien reconnaissables à leurs antennes plus ou moins longues, mais toujours renflées vers l’extrémité. Dans le genre Myrmeleo proprement dit ou Fourmi-lion , ces antennes ne sont pas plus longues que la tête et le corselet réunis et elles sont renflées graduellement vers l’extrémité, tandis que dans le genre Ascalaphe, de la même tribu, ces antennes sont presque aussi longues que le corps et renflées subitement en une petite massue.
Les Fourmis-lions ( Myrmeleo) ressemblent au premier coup d’œil aux Agrions, mais leurs antennes et leurs palpes les en font bientôt distinguer; ils ont, comme ces Libelluliens, un corps très-allongé, une tête
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
transverse avec deux gros yeux saillants, le corselet globuleux, les ailes grandes ; mais celles-ci sont douées de peu d’énergie, et ces insectes volent mal; ces ailes sont, en outre, couchées dans le repos. Les Fourmis-lions sont carnassiers sous leurs deux états de larve et d’insecte parfait ; mais ce sont surtout les travaux et l’industrie de la larve qui ont de tout temps attiré l’attention sur ces insectes.
Cette larve a une tête et un corselet étroits, avec un abdomen large et très-volumineux. Les mandibules sont plus longues que la tète, grêles et un peu recourbées, formant une longue paire de pinces propres à saisir fortement une proie. La tête, qui est plate, a la forme d’un trapèze irrégulier, plus large en avant; son insertion avec le corselet se fait au moyen d’un cou très-mobile et susceptible d’un grand allongement. L’abdomen,, de forme ovoïde, est bombé en dessus et plat en dessous, divisé par anneaux et garni de poils raides. Les pattes sont composées comme à l’ordinaire, mais le tarse, d’un seul article, est terminé par deux crochets qui ont la faculté de s’écarter et de se rapprocher comme les sabots de certains ruminants, ce qui doit aider l’animal à marcher dans le sable, où il se tient continuellement.
Le type du genre Fourmi-lion (Myrmeleo formicarius) [fig. 54, voy. p. 87] est long d’environ quatre centimètres, noirâtre, avec quelques taches, jaunes, et les ailes diaphanes, offrant quelques points ou taches noirâtres. Nous le figurons ici, ainsi que sa larve.
La, larve du Fourmi-lion est d’un gris rosé, avec de petits bouquets de poils noirâtres sur les côtés du corps ; ses pattes sont assez longues et grêles; les antérieures dirigées en avant, ainsi que les intermédiaires„ tandis que les postérieures, plus robustes que les autres, sont très-serrées contre le corps et ne peuvent servir à l’animal qu’à se diriger en arrière. C’est d’ailleurs le seul mouvement qu’exécutent les larves des Fourmislions. Cette organisation ne leur permettant pas de poursuivre une proie, il a fallu que la nature leur enseignât l’art, de construire des pièges ; et, comme nous allons voir, l’animal a profité de ses leçons.
Dès que le petit Fourmi-lion est sorti de l’œuf, il cherche un emplacement convenable pour creuser son piège. La femelle d’ailleurs, en fai-
FAMILLE DES MYRMÉLEONIENS.
sant sa ponte, a d’ordinaire pourvu d’avance à la recherche du terrain, qui doit être sablonneux, composé de grains fins et secs, à l’abri des vents et de la pluie; c’est assez souvent au pied de quelque vieux mur ou de quelque gros arbre que le Fourmi-lion s’établit. Lorsqu’il a trouvé la place qui lui convient, il commence par creuser un fossé circulaire, représentant la circonférence que doit avoir l’entonnoir; puis, marchant à reculons et décrivant des tours de spire dont le diamètre diminue graduellement, il enlève le cône de sable. Pour cela faire, il s’arrête à chaque pas., charge
Fig. 54. — Fourmi-lion et sa larve (Myrmeleo formicarius), [voy. page 86].
sa tête de sable, et, la relevant brusquement, lance son fardeau au delà de son enceinte. Une heure lui suffit pour achever son travail. Il se place alors au fond de son entonnoir, le corps enseveli dans le sable et ne laissant passer que les mandibules, qu’il tient ouvertes, comme le montre notre planche V. Ainsi embusqué, il attend patiemment que le gibier lui vienne. Malheur alors à l’insecte imprudent qui, cheminant, passe sur les bords d’un trou dont le talus est raide et dont les parois sont prêtes à s’ébouler; quelquefois il tombe à l’instant au fond du précipice et y est aussitôt dévoré; d’autres fois, ne tombant pas au fond, l’animal cherche à remon-
ORDRE DES NÉVROPTÈRES.
ter; mais le Fourmi-lion, averti par l’éboulement du sable de la présence de sa proie, dégage sa tète et fait jaillir sur lui une pluie de sable qui letourdit et la fait tomber à portée de ses redoutables mandibules. Dès que la larve du Fourmi-lion s’est emparée de sa victime, elle la suce pour absorber toutes les parties liquides qu’elle contient, et rejette ensuite sa dépouille au loin. Les fourmis étant très-nombreuses et ayant plus que les autres insectes l’habitude de courir à terre, sont plus exposées à servir de pâture aux Fourmis-lions; c’est ce qui a valu à ces derniers le nom sous lequel ils sont généralement connus. Le Fourmi-lion n’est cependant pas toujours heureux; mais la nature lui a donné un estomac capable de supporter de longs jeûnes, car on en a conservé vivants pendant plusieurs mois sans leur donner de nourriture.
Quand les larves de Fourmis-lions ont acquis tout leur développement, vers les mois de juillet ou d’août, elles se forment un-petit cocon soyeux, mêlé de grains de sable et parfaitement rond comme une petite boule, dans lequel elles se métamorphosent en nymphes. Celles-ci rappellent déjà la forme du corps de l’insecte parfait, mais sont dépourvues d’ailes. Elles ne prennent les organes du vol que vers la fin d’août ou au commencement de septembre.
Le Fourmi-lion ( Myrmeleo formicarius ) est la seule espèce que l’on rencontre, et même assez communément, aux environs de Paris.
D’autres espèces de Myrmeleo habitent l’Europe méridionale et même le midi de la France; tels sont les Myrmeleo libelluloides, pi s anus, rapaXj etc. Les mœurs de leurs larves sont sans doute analogues à celles du Fourmi-lion, mais elles n'ont pas encore été observées avec le même soin.
Nous donnons, à la planche V, la figure d’une magnifique espèce, le Myrmeleo caffer, de l’Afrique australe. Sa couleur générale est le brun clair avec des taches jaunes. Les ailes sont transparentes, légèrement lavées de jaune et tachetées de brun plus ou moins foncé. La larve de cette espèce, comme celle du Myrméléon libelluloïde, chasse à découvert dans les lieux arides et sablonneux, mais sans creuser d’entonnoir.
Les Ascalaphes ( Ascalaphus) se distinguent des Myrméléons par leurs
FAMILLE DES MYRMÉLÉONIENS.
antennes longues, renflées à leur extrémité en une petite massue, rappelant celles des papillons diurnes; par leur abdomen beaucoup plus court, parleurs ailes plus larges et moins longues. Tout le corps de ces insectes est très-velu; leurs yeux sont comme formés de deux parties soudées ensemble; leurs pattes sont courtes, avec cinq articles à tous les tarses. Les espèces de ce genre habitent surtout l’Europe méridionale; une seule,
FIG. 55. — Nemoptem imperatrix (voy. page 90).
l’Ascalaphe longicorne (Ascalaphus longicornis ), se montre dans le centre de la France et rarement aux environs de Paris. L’insecte est noir, avec le bord des yeux et les tibias jaunes; leurs ailes sont transparentes, à nervures brunes, et tachetées de jaune-soufre. L ’Ascalaphus meridionalis se trouve en Provence. Ces insectes, au contraire des Myrméléons, ont le vol rapide et puissant.
Nous donnons, planche V, la figure d’une belle espèce de l’Europe
ORDRE DES NÉVROPTERES.
méridionale : 1 ’Ascalaphus kolyranensis. Sa tête est noire, ornée d'un cercle de poils d’un jaune doré] le thorax et l'abdomen sont d’un pourpre très-sombre et dont on ne voit bien les reflets qu’à la pleine lumière. Les ailes ont le champ transparent^ avec des taches variées, noires à la base, jaunes au centre, puis d’un brun foncé.
La tribu des Némoptérides, caractérisée par des antennes sétacées, la tête un peu prolongée en bec, les ailes postérieures presque linéaires, souvent dilatées en forme de spatule j ne comprend qu’un genre, celui des Némoptères, dont on ne connaît qu’un petit nombre d’espèces des contrées chaudes de l’ancien continent] telles sont les Nemoptera Coa des îles de l’Archipel, Nemoptera alba de Bagdad, et Nemoptera imperatrix de l’Afrique occidentale (fig. 55 , voy. p. 89). Cette superbe espèce n’est remarquable que par la beauté de ses ailes] les supérieures sont transparentes et irisées des couleurs les plus vives de J’arc-en-ciel] les inférieures sont transformées en une longue queue qui s’épanouit en palette comme les plumes caudales de certains oiseaux-mouches.
La tribu des Hémérobïides est caractérisée par des tarses présentant entre leurs crochets une petite pelote, et par un abdomen dont la longueur ne dépasse pas celle de la tête et du corselet réunis. Le genre Hémérobe, type de ce groupe, se distingue par l’absence d’ocelles, par des ailes égales, disposées en toit au repos, sans dilatation. Leur nom, qui est synonyme de celui d 'Éphémère, leur a été donné par Linné parce qu’ils sont censés ne vivre qu’un jour. Ce sont de fort jolis petits insectes] leurs yeux globuleux, souvent couleur d’or ( chrysops ), rendent leur tête beaucoup plus large que le corselet] leurs antennes sont longues, sétacées ] le prothorax est long, plus étroit que la tète et les autres segments du corselet] l’abdomen est plus allongé que le reste du corps] les ailes sont presque deux fois aussi longues que le corps et très-transparentes. Mais si, séduit par son élégance, on saisit cet insecte, ce qui est facile, car, malgré ses longues ailes, son vol est lourd, il laisse après les doigts une odeur infecte, dont on a souvent de la peine à se débarrasser.
Les larves des Hémérobes (fig. 56 -b. ) sont renflées au milieu du corps