‹ Musée entomologique illustréChapitre 1 sur 42 · J. ROTHSCHILD, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

J. ROTHSCHILD, ÉDITEUR

l3, RUE DES SAINTS-PÈRESj l3

Strasbourg, typographie de G. Flschbaoii.

INTRODUCTION

A science qui traite de l’organisation et des mœurs des insectes, — l’Entomologie, — est certainement l’une des branches les plus intéressantes et les plus utiles de l’histoire naturelle.

Sans doute, si l’on mesurait l’intérêt qui s’attache aux productions de la nature à leur volume, les insectes paraîtraient peu dignes d’attention ; mais si l’on pénètre dans les merveilles de leur organisation et dans les mystères de leurs instincts et de leurs mœurs, on verra qu'ils ne le cèdent en rien aux animaux de la plus grande taille, si même ils ne les surpassent en intérêt. L’industrie si admirée du castor, la ruse si vantée du renard pâlissent devant celles que nous présentent une loule d’insectes, dont les travaux surprenants et les mœurs singulières confondent souvent notre entendement.

Pour un grand nombre d’esprits superficiels, les insectes ne sont, — à part les quelques rares espèces dont l’homme a su tirer profit, — que des êtres inutiles ou malfaisants qui déparent et souillent le riant tableau de la nature. Ceux-là ne comprennent pas les merveilleuses lois de l’univers et ne se doutent pas du rôle important que joue sur notre globe ce

INTRODUCTION

monde des infiniment petits. — «O sagesse infinie, — s’écrie Léon Dufour, — en jetant avec profusion sur notre planète ce peuple immense des insectes, en assignant à chaque famille, à chaque groupe sa nourriture, son genre de vie et son mode de propagation, en les dotant d’une organisation conséquente à ce triple but, tu n’as pas dédaigné de les taire concourir aux sublimes harmonies qui régissent l’univers. Laissons donc tant d’hommes, qui ne sont pas appelés à te comprendre, décrier des œuvres qu’ils ne veulent et ne peuvent pas connaître, laissons-les avec leur éternel à quoi bon ? et poursuivons avec ardeur l’étude de tes plus minimes productions, parce que c’est précisément là que ton génie nous révèle tes plus sublimes conceptions.»

«Il y a quelque chose de merveilleusement dotix, — dit Charles Nodier, qui fut à la fois homme à bêtes et homme d’esprit, — dans cette étude de la nature, qui attache un nom à tous les êtres, une pensée à tous les noms, une affection et uiï souvenir à toutes les pensées, et l’homme qui n’a pas pénétré dans les grâces de ces mystères a peut-être manqué d’un sens pour bien goûter la vie. 11 n’y a point d’expressions pour rendre la joie de ces innocentes usurpations de la science sur la nature rebelle et mystérieuse, et ceux qui ne l’ont pas goûtée auront peut-être quelque peine à la concevoir. »

Science à la portée de toutes les fortunes, l’histoire naturelle prodigue ses faveurs au pauvre comme au riche. Chacun trouve à sa portée des objets intéressants d’observation ; l’Araignée tisse sa curieuse toile dans nos maisons; la Chenille construit sa cellule de soie dans nos jardins; la Guêpe, qui butine sur nos provisions de bouche, a souvent non loin de nous son nid qu’elle a bâti avec un art admirable ; le Scarabée, qui traverse lourdement notre sentier, est également un ingénieux et laborieux travailleur et a de curieux instincts à révéler à ceux qui trouveront quelque intérêt à épier ses mouvements. L’observation des habitudes de ces petits êtres est pleine d’utiles leçons, et, comme l’a dit avec raison le

INTRODUCTION

philosophe Maiebraiiche, «il y a plus d’utile science à recueillir dans l’étude d'un seul insecte, que dans la lecture de la plupart des livres enfantés par l’esprit humain. »

Il n’est pas de moyen d’employer ses heures de loisir plus innocent et plus agréable en lui-même, que de se livrer à l’étude de l’histoire naturelle en général; et l’Entomologie, en raison du nombre et de la beauté de ses objets, et de la facilité de se les procurer, offre des avantages particuliers comme moyen de récréation intellectuelle. Quelle variété de formes! quelle richesse de coloris ! La nature semble avoir épuisé pour ces êtres privilégiés les plus riches couleurs de sa palette. 11 existe des tribus entières vêtues avec un luxe merveilleux; leurs ajustements font briller, au milieu des teintes les plus variées, l’or le plus pur et les pierres précieuses les plus recherchées. Et quelles mœurs curieuses, quels admirables instincts ils déploient aux yeux de ceux qui savent les observer !

Répandus par myriades sur le globe, les insectes y remplissent des fonctions très-importantes. Chacun d’eux a son rôle tracé ici-bas, et tel qui üous paraît inutile ou même nuisible, n’en est pas moins un des chaînons du grand tout, un des mille moyens employés par la Providence pour maintenir l’ordre et l’harmonie dans l’univers. Ceux-ci sont destinés à protéger et à aider la multiplication de certains végétaux, en contribuant, comme l’air, à transporter le pollen ou poussière fécondante d’une fleur dans une autre; ceux-là empêchent au contraire la trop grande multiplication de tel ou tel végétal et sa prédominance sur les autres, afin de conserver de justes proportions entre tous les êtres répandus sur la terre, et pour qu’aucun ne puisse dépasser les limites qui lui sont assignées par le Créateur. Les uns attaquent les végétaux malades pour en hâter la décomposition; les autres, voués aux plus rudes et aux plus dégoûtants travaux, s’attaquent aux excréments, aux immondices, aux cadavres qui déshonorent la terre et infectent l’air, et les font disparaître

INTRODUCTION

en les transformant en un terreau fécond. En outre, répandus comme une manne abondante sur la terre, ils servent de pâture à une foule d’oiseaux et d’autres animaux qui^ sans eux, seraient forcés de se procurer d’autres aliments dont la perte nous serait beaucoup plus sensible.

Et lors meme que nous ne trouverions pas déins l’étude des insectes une foule de plaisirs ignorés du vulgaire, l’intérét seul devrait nous engager à étudier les mœurs de ces petits êtres, afin de trouver les moyens d’utiliser ceux qui peuvent nous rendre service, ou les procédés propres à prévenir les dégâts de ceux qui nous sont nuisibles. En effet, si l’Abeille nous fournit la cire et le miel; si le Bombyx du mûrier nous donne la soie, ce fil délicat et brillant que nos pères payaient au prix de l’or, et qui fait aujourd’hui la richesse de nos départements du Midi; si la Cochenille fournit à notre industrie des couleurs incomparables; si, enfin, la Cantharide et quelques autres insectes sont employés en médecine, combien en est-il qui exercent une action nuisible sur les produits de nos champs et de nos jardins, sur nos provisions de toute espèce, sur nos constructions, sur nos animaux domestiques et sur nous-mêmes enfin?

Indépendamment de ses applications à la vie matérielle, à l’agriculture, à l’industrie, l’étude de l’Entomologie développe chez l’homme le goût de l’observation; non-seulement elle soustrait à l’oisiveté, à l’ennui et à ses funestes résultats, mais elle est salutaire au corps, à l’âme et à l’esprit; elle agit sur nos sens en aiguisant la vue, en donnant de l’adresse à la main, par l’habitude de regarder et de toucher des objets délicats. Et quel moyen hygiénique plus puissant que de parcourir les bois et les prés, les montagnes et les vallées, observant, recueillant ces petits êtres, et de taire succéder cet exercice aux travaux de cabinet?

Enfin, elle offre non moins d’avantages au point de vue moral et religieux, car elle nous porte toujours à admirer la prévoyance du Créateur qui se manifeste d’une manière si éclatante dans l’organisation, dans les

INTRODUCTION

mœurs et surtout dans le rôle important que ces petits êtres jouent dans la nature. Tandis que Clarke et Newton prouvaient T Être suprême par les soleils et les mondes, un savant théologien, Cesser, fondait son Traité de l’existence de Dieu sur l’étude des insectes, et c’est dans celle-ci que Salomon aimait à puiser la sagesse et de sublimes vérités.

ORGANISATION DES INSECTES

ORGANISATION DES INSECTES

Dans tous les animaux des classes supérieures, cest-à-dire dans les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons, les organes sont groupés autour d’un squelette intérieur composé d’un grand nombre de pièces osseuses, squelette qui leur sert de point d’appui, et sur lequel ont leur attache les organes du mouvement. La peau extérieure n’est plus qu’une enveloppe uniformément répandue sur toutes les parties molles du corps, destinée surtout à les protéger contre les causes extérieures et à empêcher la trop prompte évaporation des fluides.

Les animaux des quatre classes ci-dessus ont reçu le nom de vertébrés, par opposition à tous les autres qui sont privés de squelette intérieur et qui sont appelés en conséquence invertébrés.

Chez ceux-ci, c’est la peau qui sert de point d’appui aux organes qu’elle recouvre, et elle a dû, en conséquence, changer de nature pour devenir apte à remplir sa destination; aussi, plus les mouvements que l’animal

ORGANISATION DES INSECTES

doit exécuter sont variés et étendus, plus ses téguments extérieurs présentent de solidité. Chez les insectes, ils constituent une enveloppe cornée, d’une consistance parfois très-considérable, ainsi qu’on le remarque chez le Hanneton, le Cerf-volant et un grand nombre d’autres espèces.

Si ces téguments solides eussent été d’une seule pièce, l’insecte, emprisonné dans une espèce d’étui rigide, eût été dans l’impossibilité de se mouvoir; aussi, pour obvier à cet inconvénient, la nature les a-t-elle divisés transversalement en plusieurs parties par des intervalles membraneux, qui leur permettent tous les genres de flexions nécessaires. Il résulte de cette disposition particulière, qui rappelle celle de l’armure des anciens chevaliers, que le corps de l’animal paraît composé d’anneaux ou segments en nombre variable.

Le nom à!insecte^ donné aux animaux qui présentent cette conformation , l’exprime à lui seul, étant la traduction du mot latin insectum^ entrecoupé. Celui-ci, à son tour, est la traduction du mot grec entomon ^ qui exprime la même idée et qui a donné naissance au mot entomologie ou science des insectes.

La classe des insectes est, de toutes celles du règne animal, celle qui renferme le plus grand nombre d’espèces et d’individus. Lorsqu’on envisage l’ensemble de ces êtres pour ainsi dire innombrables, on découvre entre eux des différences extérieures qu’il est facile d’apprécier, et ces différences permettent de les répartir en un certain nombre de groupes. Tout le monde connaît le Hanneton, la Guêpe, le Papillon, la Demoiselle, la Mouche des appartements, la Sauterelle, etc.; tout le monde sait également que ces différents insectes ont très-peu de rapports entre eux. Néanmoins, si l’on examine en particulier chacun des types que nous venons de nommer, on découvrira facilement les caractères communs qui les unissent et les différences qui tendent à les éloigner. Ainsi les parties principales dont leur corps se compose sont les mêmes dans tous. Une tête, un tronc, un ventre ou abdomen; sur la tête, des pièces extérieures et mobiles, nommées antennes par les naturalistes et plus simplement, mais à tort, désignées sous le nom de cornes par les personnes

ORGANISATION DES INSECTES

étrangères à la connaissance des insectes; sur le tronc, six pattes, disposées en trois paires, situées à la face inférieure, et des ailes le plus souvent au nombre de quatre, quelquefois de deux seulement, et placées sur la région supérieure ou dorsale. La présence des ailes et surtout celle des trois paires de pattes sont les caractères les plus saillants des animaux que l’on désigne sous le nom d’insectes (fig. 4 ); mais quelques-uns cependant sont dépourvus d'ailes.

Autrefois on comprenait, parmi les insectes, les Araignées, qui ont huit pattes et ordinairement un pareil nombre d’yeux, et les Millepieds ou Scolopendres , chez lesquels le nombre des pattes est beaucoup plus considérable. Aujourd’hui, on ne considère plus comme insectes que ceux chez lesquels on trouve trois paires de pattes seulement.

La preiuière partie du corps des insectes est la tête; elle présente deux yeux placés latéralement, et une bouche composée d’un certain nombre de pièces qui se meuvent latéralement et non de bas en haut comme chez les vertébrés.

Ces pièces n’ont pas à beaucoup près la même forme dans tous les insectes. Chez le Hanneton, par exemple, chez la Demoiselle, la Sauterelle, insectes destinés à ronger des matières solides, ces pièces sont courtes et conformées en sorte de tenailles dentées et de lèvres destinées à retenir et à broyer la nourriture; chez l’Abeille, le Papillon, la Mouche, au contraire, qui vivent de fluides, elles sont figurées en trompe, afin de pouvoir sucer le nectar des fleurs ou le sang des animaux. Aussi avait-on distingué ces animaux en broyeurs et en suceurs, divisions qui indiquent nettement les deux manières dont ils s’alimentent.

Si nous prenons pour type des insectes broyeurs un carnassier assez commun dans nos environs, la Cicindèle, et que nous examinions sa bouche (fig. 5), nous la trouverons composée des parties suivantes :

Une lèvre supérieure ou labre.

Une paire de mandibules F.

ORGANISATION DES INSECTES

Une paire de mâchoires en dedans.

Une lèvre inférieure ou simplement lèvre.

Cette dernière et les mâchoires portent en outre des filaments articulés qui ont reçu le nom de palpes., et qui ont pour fonctions, comme l’indique leur nom, de palper les substances dont l’animal fait sa nourriture. Les mâchoires et les mandibules sont généralement pourvues intérieurement de dents plus ou moins aiguës. Leur dureté est toujours en raison directe de celle des substances sur lesquelles elles doivent agir; chez les espèces qui vivent de proie^ elles sont déjà trèsconsistantes ; plus solides encore chez celles qui rongent le bois et autres parties dures des végétaux^ et presque membraneuses chez celles qui vivent du pollen ou du suc des fleurs. Outre la mastication, elles servent à une foule d’autres usages aux insectes^ comme à se défendre contre leurs ennemis, construire leurs habitations, etc.

Chez les insectes suceurs, ces pièces se convertissent en un instrument propre à pomper les substances liquides. Si.l’on examine la bouche d’une Abeille (fig. 6), on y retrouvera sans peine le labre et les mandibules F, qui ne diffèrent en rien d’essentiel des mêmes pièces chez les insectes broyeurs; mais au-dessous de ces dernières, au lieu de mâchoires et de lèvre, on remarque un corps allongé en forme de trompe Z, et composé de trois parties que l’on peut séparer, avec un peu d’adresse, au moyen d’une aiguille. Cette trompe est formée par les mâchoires et la lèvre^ qui, toutes trois, se sont excessivement allongées et rapprochées, de manière à former une sorte de tube, qui sert de conduit aux aliments toujours liquides que prend l’animal, et l’on y retrouve les palpes b que portent ces organes dans les insectes broyeurs. Cette sorte de trompe est mobile à la base et flexible dans le reste de son étendue, mais ne s’enroule jamais.

Si nous passons maintenant aux Papillons (fig. 7), il n’est personne qui

ORGANISATIOxN DES INSECTES.

ne connaisse le corps long et délié Z, roulé sur lui-méme au repos, au moyen duquel ces insectes pompent leur nourriture dans le sein des fleurs. Ce corps se compose de deux filets amincis de la base au sommet, creusés en gouttière à leur \

Page 1