MŒURS ET INSTINCTS DES SCARABÉES
•FAMILLE DES CARABIQUES
A la tète des Scarabées ou Coléoptères se place le groupe nombreux des Carnassiers, qui comprend deux familles: celle des C arabique s ou Carnassiers terrestres J et celle des Hydrocanthares ou Carnassiers aquatiques.
La famille des Carabiques comprend des insectes agiles et robustes dont l’appétit vorace nous.rend d’immenses services en arrêtant la trop grande multiplication des espèces phytophages. Sentinelles vigilantes, ils apparaissent dès les premiers jours du printemps^ et ne nous quittent qu’aux derniers jours de l’automne, lorsque l’approche de l’hiver vient ôter le mouvement et la vie aux insectes dont nous redoutons les ravages. Ils ne nous abandonnent même pas entièrement à cette époque; plusieurs d’entre eux hivernent et semblent former une arrière-garde pour assurer notre tranquillité lorsque la température adoucie pourrait faire apparaître de nouveau les insectes engourdis par la rigueur du froid. La nature s’est plu à les multiplier en proportion des avantages c[u’ils nous procurent; ils forment la famille la plus nombreuse de l’ordre des Coléoptères et sont abondamment répandus dans les contrées septentrionales et tempérées de l’Europe, partout où la vigueur et l’abondance de la végétation, suites d’une température élevée, ne sont pas en rapport avec les dévastations des insectes phytophages.
Leurs larves, vivant en terre, échappent aux recherches des oiseaux et des animaux qui font leur nourriture de celles des autres insectes, et la facilité avec laquelle elles peuvent pénétrer à d’assez grandes profondeurs les garantit des changements de température si redoutables pour celles qui
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ne peuvent trouver d’abri que sous les écorces des arbres, sous les mousses ou dans les fentes de quelque pierre.
Les Carabiques ont pour caractères distinctifs : six palpes^ des antennes filiformes ou sétacées, des pattes uniquement propres à la course et terminées par des tarses composés de cinq articles {'pentamères).
Chasseurs et carnassiers^ les Carabiques jouent dans la classe des insectes le même rôle que les carnassiers parmi les mammifères. Obligés par leur organisation de vivre aux dépens des autres insectes, tantôt ils les attaquent à force ouverte , tantôt ils se tiennent en embuscade pour les surprendre. Des mandibules fortes^ tranchantes et plus ou moins aiguës à l’extrémité, une grande force musculaire dans les pattes qui leur permet autant de vigueur que de promptitude dans leurs mouvements : tout dans leur structure leur donne un grand avantage sur ceux dont ils font leur proie.
Les CiciNDÉLiDES, qui forment la première tribu de la famille des Carabiques, sont des insectes de formes sveltes et élégantes, le plus souvent ornés de couleurs métalliques très-brillantes, avec des taches plus claires que le fond (voir PI. col. L fig. i à 6). Leur tète, munie de gros yeux, déborde le corselet, qui est généralement cylindrique et plus étroit que les élytres. Leur bouche est puissam-
FiG. 106. — Tête de Cicindèle. i. j r
ment armée de mandibules en forme de faucilles, très-aiguës et dentelées F, et bien propres à déchirer leurs victimes. Ce sont les tigres des insectes. Leurs pattes fines et très-allongées sont les instruments d’une course rapide.
Un seul genre représente en Europe la tribu des Cicindélides, c’est celui des Cicindèles i^Cicindela). Ces insectes volent assez rapidement, mais leur vol est court et de peu de durée. Ils se plaisent dans les lieux sablonneux et secs, exposés au soleil, au bord des eaux et sur les plages de la mer. L’espèce la plus répandue dans toute l’Europe tempérée, et qui représente le type du genre, est la Cicindèle champêtre (C. campestris^ L.), élégant insecte d’un beau vert pré à reflets cuivreux, avec cinq
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points blancs sur les élytres. Une autre espèce, la Cicindèle hybride (C. hybrida) [fig. 107], se rencontre volant par saccades dans les bois sablonneux; elle est d’un bronzé verdâtre.
A l’état adulte, les Cicindèles sont de puissants chasseurs, qui dédaignent la ruse et forcent leur proie à la course; mais il n’en est pas de même dans leur premier âge. Leurs larves sont aussi voraces, aussi cruelles; mais leur organisation imparfaite ne leur permet pas d’attaquer de front, et chez elles la ruse supplée à la force. La larve de la Cicindèle champêtre (^fig. 108) se rencontre assez communément, de juillet à octobre^ dans des trous verticaux, espèces de puits cylindriques qu’elle creuse dans les terrains sablonneux.
Fig. 7 08. — Larve de la Cicindèle cliampêtre.
C’est une espèce de ver mou, d’un blanc sale, long de 22 à 25 millimètres. Sa tête est écailleuse, verdâtre, en forme de trapèze, aplatie.
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bien plus large que le corps. Celui-ci est composé de douze anneaux, dont le premier est également corné et verdâtre, élargi comme un bouclier; les autres sont mous et d’un blanc sale. Les trois premiers anneaux portent chacun une paire de pattes courtes et faibles. Le huitième anneau est renflé et porte en dessus une paire de tubercules charnus surmontés de crochets. Les procédés de cette larve, soit pour creuser sa retraite, soit pour s’emparer de sa proie, sont très-curieux à observer.
Après avoir labouré une portion de terrain avec ses pattes de devant, elle saisit la terre avec ses mâchoires et la place sur sa tête; puis, emportant cette charge, elle la dépose à quelque distance du trou qu’elle a commencé. Elle continue à opérer de cette manière, et le trou, au bout de très-peu de temps, se trouve assez profond pour cacher le corps entier de la larve. Elle poursuit son travail en descendant dans son trou, la tête en avant, et emporte de temps en temps sur sa tête le sable qu’elle a détaché avec ses pattes et ses mâchoires. Elle emporte aussi des grains de sable et de petites pierres plus grosses que sa tête. Après avoir terminé son trou, qui varie en profondeur de 25 à 5 o centimètres, selon la grosseur de la larve (ouvrage immense en proportion de sa taille), l’insecte va s’établir à l’entrée de son puits pour y guetter sa proie. A cet effet, la larve ploie son corps en Z, en appuyant son dos â la paroi et en s’y cramponnant au moyen des crochets du huitième anneau; puis elle replie sa large tête à fleur de terre, de manière à boucher complètement l’ouverture de son trou. Dans cette position, elle attend patiemment sa proie. Malheur alors à l’insecte imprudent qui passe sur cette bascule perfide ! Elle cède sous lui, et il est précipité au fond du trou, où la larve-tigre descend pour se gorger de son sang. Elle remonte ensuite sur sa tête les débris coriaces de sa victime et les rejette au loin.
Lorsque la larve est près de se métamorphoser en nymphe, elle agrandit le fond de son trou, l’arrondit, le lisse, puis en bouche l’orifice avec de la terre détachée du sol. Cette nymphe est luisante, un peu arquée, d’un jaune paille, avec des pattes blanchâtres, comme emmaillotée dans une peau mince à travers laquelle on distingue les formes. Le cinquième
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fia. 109. Patte de Carabe.
segment de l’abdomen est muni de deux longues pointes divergentes, servant sans doute à la maintenir au fond du trou.
La seconde tribu des Carnassiers terrestres, celle des Carabides, comprend des insectes chasseurs aussi puissamment armés que les Cicindélides. Ils s’en distinguent par leur tête ordinairement plus étroite que le corselet, et leurs palpes labiaux de trois articles. Leurs formes sont moins élancées et plus robustes. Beaucoup sont privés d’ailes membraneuses et n’ont que des élytres; encore ceux-ci sont-ils parfois soudés ensemble. Leurs pattes (fig. 109)^ conformées pour la course, sont allongées^ robustes, à trochanters très-développés.
Les Carabides sont en nombre immense dans le monde, et leurs divers genres ne diffèrent les uns des autres que par de faibles caractères. Tous présentent à peu près les mêmes mœurs. En tête de cette tribu sont les {Elaphnis)^ dont les formes rappellent encore
celles des Cicindèles^ mais un peu plus ramassées. Ce sont des insectes vivant soit au bord des eaux, sous les pierres, enterrés dans le sable, soit sous les feuilles sèches. Les Élaphres cuivreux et riverains [E. eupreus et ripariiis)^ répandus dans toute l’Europe (PI. col. 1 , hg- 10). sont d’un vert bronzé, avec des séries de fossettes enfoncées, violettes, sur les élytres. Ce sont des insectes très-agiles et ne volant pas. On les trouve en grand nombre sur le bord des étangs, des mares, des fossés à moitié desséchés; ils se cachent sous les herbes et dans les fissures de la vase, d’où on les fait sortir, soit en y jetant de l’eau, soit en pressant le terrain avec les pieds.
Les Notiophiles ont, au contraire, le corps déprimé, la tête énorme, enchâssée dans le corselet; celui-ci presque aussi large que les élytres, qui sont unis, striés sur les côtés seulement avec une grande plaque lisse, miroitante, occupant tout le dos des élytres. Ils ont les mêmes mœurs que les Élaphres. Nous figu-
FlO. 110.
Notiophüus semîpunctalus.
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rons ici, très-grossie (fig. no), une des espèces les plus communes, le Notiophihis semipiinctatus. Il n’a que 5 millimètres de longueur.
Le genre Omophron (cruel; , que ses caractères rapprochent des Élaphres, a une forme arrondie qui le distingue de tous les autres Carabiques (PI. col. I, fig. 7). Son faciès et ses mœurs sembleraient devoir le rapprocher des carnassiers aquatiques. L’espèce type, Omophron limbatiim, d’un jaune pâle taché de vert métallique, est répandu dans toute l’Europe, mais assez difficile à rencontrer. Il vit enterré dans le sable humide qui borde les îles et les fleuves, et il faut piétiner le sol pour l’en faire sortir. Cet insecte est très-carnassier et l’on a plusieurs fois constaté qu’il mangeait des mollusques fluviatiles rejetés sur la rive. Sa larve est courte, de forme conic[ue, se terminant en pointe; sa tête, plus grosse que le reste du corps, est armée de fortes mandibules qui indiquent des habitudes aussi voraces que celles de l’insecte parfait. La couleur de cette larve est ferrugineuse.
Les Carabes sont des insectes de grande taille , aussi puissamment armés e]ue les Cicindèles, mais de formes moins élancées et plus robustes. On les reconnaît facilement à leur corps ovale et convexe, à leurs longues antennes filiformes, à leur corselet découpé en cœur, à leurs pattes longues et robustes. Ce sont des chasseurs infatigables et des coureurs rapides, mais ils ne volent jamais, les ailes membraneuses manquant sous les élytres, et ceux-ci sont souvent soudés.
Les Carabes figurent parmi les plus beaux Scarabées; toujours brillants, quelquefois parés de couleurs métalliques éclatantes, leurs formes sont en outre très-élégantes. Leur tête fine et bien dégagée, leur corps allongé et admirablement cuirassé, leurs longues pattes leur donnent une allure fière et dégagée que l’on retrouve d’ailleurs chez presque tous les carnassiers, chez les animaux de combat.
Les Carabes sont très-répandus en Europe, surtout dans les régions orientales; c’est là, dans les montagnes de la Carniole et des provinces
PiG. 111. — Carabe espagnol.
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voisines, que l’on rencontre le plus grand des Garabides, le Procère géant {PL col. G fig- i 3 )^ dont la taille dépasse parfois 5 centimètres de longueur.
Le Procruste chagriné {P. coriaceus) [PL col. Il, fig. i], un de nos plus gros Carabes, est noir, à élytres très-rugueux ; on le rencontre fréquemment dans les bois, les champs et les vignes. Sa larve, armée de redoutables mandibules^ attaque les Jimaces et les colimaçons.
Les Carabes vivent toujours solitaires, parcourant les prés et les bois, à la recherche d'une proie dont ils sont insatiables. La plupart d’entre eux restent cachés pendant la chaleur du jour sous les pierres ou sous la mousse, au pied des arbres, et ne sortent que le soir au crépuscule. Leurs élytres sont tantôt lisses, tantôt couverts de côtes élevées et parfois interrompues de distance en distance de manière à figurer une chaîne ou un collier à grains oblongs. Leurs couleurs, parfois sombres^ brillent le plus souvent d’un éclat métallique, dont les reflets rivalisent, dans certaines espèces, avec le plumage des oiseaux-mouches et l’éclat des pierres précieuses. Quelques espèces des Pyrénées iC. aiironitens, splendens, riitilans^ hispamis) sont vraiment magnifiques (PL col. Il, III et IV).
L’espèce type du genre, et la plus répandue dans nos contrées, est le Carabe doré (C. aiiratiis) [fig. 112], bien connu dans les campagnes sous les noms vulgaires de Couturière, Jardinière^ Vinaigrier.
Très-commun pendant toute la belle saison dans les champs, les jardins, on le voit courir rapidement dans les allées et les sentiers, où brillent au soleil ses élytres d’un beau vert doré. Au lieu d’écraser ce bel insecte, comme le font la plupart des paysans, on devrait le respecter et le protéger comme un des auxiliaires les plus utiles au cultivateur; c’est, en effet, un défenseur zélé de ses récoltes; les vers qui vivent de racines, les insectes phytophages, les chenilles, et surtout les hannetons, n’ont pas de plus formidable ennemi. Il n’est pas rare de voir un Carabe ouvrir le ventre d’un hanneton avec ses fortes mandibules et lui dévorer les entrailles, tandis que la malheureuse victime marche toujours, mais en vain, pour échapper à ce supplice de Prométhée. Le
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Carabe vert {C. monilis)^ le bleu (C. cyaneus), le noir [C. consitus), également fort répandus en France, rendent les mêmes services signalés.
Tous les Carabes lancent par l’anus, quand on les saisit, un liquide noirâtre, d’une odeur fétide^ et qui, lorsqu’il atteint les yeux, cause une douleur cuisante.
Les larves des Carabes (fig. 1 13 ), d'un brun noir et luisant, sortent peu pendant le jour et restent ordinairement cachées sous les pierres, les mousses ou sous l'écorce des arbres. Elles sont armées de redoutables mâ-
Fia. 113. - Larve du Carabe doré. cHolres à l’aide dcsquelLs, comme à l’état adulte, elles déchirent tout être faible c[u’elles peuvent surprendre. Ces larves ont les pattes bien développées et sont très-actives ; elles chassent à découvert comme l’insecte parfait et sont tout aussi voraces. Elles s’enfoncent en terre et se transforment en nymphe sous les pierres. Lorsque le terme de leur métamorphose est arrivé, la peau de la nymphe se fend le long du dos et l’insecte parfait en sort. D’abord mou et incolore, il reste caché; mais au bout de deux ou trois jours, ses
téguments ont acquis leur dureté et leur éclat métallique, et il se met en quête d’une proie.
Près des Carabes se placent les Caiosomes, qui doivent leur nom (kalos^ beau, et soma, corps) à l’élégance de leurs for^ mes et à la beauté de leurs couleurs (PL col. IV, fig. 9 et lo). Ces insectes ont des ailes sous leurs élytres, et s’en servent pour voler sur les arbres, où ils font la chasse aux chenilles. Tandis que les Carabes ont les élytres arrondis et rétrécis à leur base, ceux-ci sont élargis et renflés chez les Calosomes, afin de loger les ailes membraneuses. Le type du genre est le Calosome syco- 'phante [fig. 114], l’un des plus beaux insectes de nos contrées. Son corselet découpé en cœur est d’un bleu sonibre bordé de bleu plus vif; ses
l'io. ir4. — Qcdosome sycoÿhante.
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élytres étincellent de l’éclat de For le plus poli avec des reflets de pourpre ; son abdomen est mêlé de noir et de violet.
La larve du Calosome, analogue d’aspect à celle des Carabes, est d’un noir lustré] elle atteint environ 4 centimètres de longueur. Elle a six pattes écailleuses^ et sa bouche est armée de deux fortes mandibules recourbées en croissant l’une sur l’autre.
Le Calosome sycophante et sa larve sont tous deux de grands destructeurs de chenilles. C’est surtout aux chenilles processionnaires, qui vivent sur le chêne en nombreuses sociétés, renfermées sous une toile commune, que s’attaquent ces insectes carnassiers. Le Calosome égorge et dévore toutes celles qu’il rencontre sur son chemin le long des branches ] mais la larve, moins active, a des habitudes cauteleuses qui ont fait donner à l’espèce le nom de sycophante. Le célèbre Réaumur nous a laissé des détails fort intéressants sur cette larve qu’il a observée.
« Un des insectes les plus redoutables pour les chenilles, dit-il, est un ver noir qui a six jambes écailleuses, attachées aux trois premiers anneaux. Il devient aussi long et plus gros qu’une chenille de médiocre grandeur. Le dessous de son corps est d’un beau noir lustré; il semble que ses anneaux sont écailleux ou crustacés; ils sont pourtant plus mous que les anneaux écailleux c^e la plupart des insectes. En devant de la tète il porte deux pièces écailleuses (les mandibules), recourbées en croissant l’une vers l’autre, avec lesquelles il a bientôt percé le ventre d’une chenille, car c’est ordinairement par le ventre qu’il les attaque. La chenille qu’il a une fois percée a beau se donner des mouvements, s’agiter, se tourmenter, marcher, il ne l’abandonne pas qu’il ne l’ait entièrement mangée. La plus grosse chenille suffit à peine pour le nourrir un jour; il en tue et il en mange plusieurs dans la même journée.
(( Ces vers gloutons savent se placer à merveille pour que la proie ne leur manque pas; ils savent trouver les nids des processionnaires et s’y établir. Il ne m’est guère arrivé de défaire un nid de ces chenilles où je n’aie rencontré quelques vers de cette espèce, et souvent j’y en ai trouvé cinq ou six. La ils peuvent manger assurément autant qu’ils le veulent; il n’y a pas de jour, apparemment, où chacun d’eux ne fasse périr un bon
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nombre de ces chenilles ou de leurs chrysalides, car ils continuent à se tenir dans les nids des processionnaires, après qu’elles se sont transformées en chrysalides.
« Quand ce ver s’est rassasié à son gré^ quand il s’est^ pour ainsi dire^ trop guédé, comme il arrive souvent, sa peau devient tendue, les anneaux sont déboîtés et laissent voir du brun sur le corps et du blanc sur les côtés. A force de manger, il se met quelquefois dans un état où sa peau paraît prête à crever; il semble presque étouffé: ainsi^ quoiqu’ils soient vifs et farouches dans d’autres temps, ils se laissent prendre alors et manier comme s’ils étaient morts. Mais quand leur digestion était avancée et qu’ils étaient vidés, ils commençaient à se mouvoir et à reprendre l’activité qui leur est ordinaire.
« J’ai vu quelquefois les plus gros de ces vers bien punis de leur gloutonnerie ; lorsqu’elle les avait mis hors d’état de se pouvoir remuer, ils étaient attaqués par d’autres vers de leur espèce, encore jeunes et assez petits, qui leur perçaient le ventre et qui les mangeaient. Rien ne mettait ces jeunes vers dans la nécessité d’en venir à une telle barbarie, car ils attaquaient aussi cruellement leurs camarades lorsque les chenilles ne leur manquaient pas. »
Au moment de sa transformation, la larve du Calosome s'enfonce en terre pour se changer en nymphe de couleur claire, en forme de croissant, et l’insecte parfait ne tarde pas à en sortir.
Une autre espèce, plus petite, d’un noir bronzé, le Calosome inquisiteur^ est également commune dans nos contrées. On la rencontre courant à terre, dans les bois sablonneux. Le Calosome à points d’or C. auropunctata'., propre au Midi, est noirâtre avec des points dorés. Sa larve dévore, dit-on, les colimaçons et s’établit dans leur coquille.
Dans les régions méditerranéennes vivent les Scarites , gros Carabides d un noir brillant, dont la tête énorme insérée sur un corselet en demicercle, et armée de fortes mandibules aiguës et dentées, annonce des habitudes carnassières au plus haut degré. Les Scarites se creusent des terriers dans le sable, au moyen de leurs pattes antérieures très-robustes, élargies et dentées, et restent à l’affût à l’entrée de leur trou, les mandi-
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Fig. 115. — Sciirite géant.
bules écartées, prêtes à saisir la proie qui passera à leur portée. Le Scaritc géant {Sc. gigas) [fig. ii 5 ], qui mesure 32 à 36 millimètres de longueur, est privé d’ailes sous ses élytres; il est d’un noir très-brillant et chasse pendant les heures de plein soleil, moment où sortent les Mélasomes qui constituent son principal gibier.
Dans les contrées plus froides de l’Europe, les Scarites sont représentés par de très-petites espèces, les divines,
Scarites en miniature qui ont aussi l’habitude de creuser le sable et d’épier leur proie à l’affût. Les Ditomes, de taille moyenne, sont voisins des Scarites; tel est le Ditomiis capito (hg. 116).
Sous les pierres des champs, sous les pavés qui souvent bordent les routes, vivent, réunis en société , de petits Carabides, à la taille svelte et élégante, dont la tète et le corselet d’un rouge fauve se détachent sur des élytres verts ou bleus i PL col. V, fig. 9). Chasseurs et carnassiers comme tous ceux de leur famille, ils ne peuvent cependant attaquer que des proies proportionnées à leur taille et à leur faiblesse. Mais ces curieux insectes nous montrent combien la nature est variée dans les moyens qu’elle emploie pour arriver à la conservation des êtres les plus faibles, et comment elle a pourvu à leur défense, alors même que rien ne dénote à l’extérieur les armes dont elle les a munis.
Si l’on tente de les saisir, ou parfois même lorsqu’on soulève la pierre
FIO. IIÜ.
Diiomus capito.
sous laquelle ils sont abrités, un feu croisé de petites explosions se fait entendre. De l’anus de ces insectes sort, sous la forme de fumée blanche, une vapeur caustique, d’une odeur pénétrante, et qui produit sur la peau une tache semblable à celle qu’y ferait de l’acide nitrique. Et lorsqu’on lève la pierre pendant la nuit, on peut voir cette crépitation accompagnée d une faible lueur phosphorescente. Chez quelques espèces exotiques de plus forte taille, l’explosion est plus violente, et la vapeur projetée peut causer des urtications sur la peau.
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Cette propriété singulière a fait donner à ces petits Carabides le nom de Bombardiers ou de Canonniers , et leur nom scientifique Brachiniis est accompagné, suivant les espèces, des épithètes de sclopeta, crepitans, explodens^ bombarda (fig. 117), qui expriment le caractère le plus remarquable de ces petits animaux.
Les Brachines sont souvent poursuivis par de plus gros Carabiques; mais lorsque ceux-ci sont sur le point de les atteindre^ nos petits artilleurs s arrêtent soudain et lâchent leur bordée à la tète du poursuivant, qui s’ar-
Fig 117. — Btachînes bombardiers.
rête aussitôt comme étourdi; et, avant qu'il ait repris ses sens, le Brachine a pu se réfugier sous quelque pierre. La cause de ces explosions est une glande renfermée dans l’abdomen et qui sécrète une liqueur extrêmement volatile. L insecte, en se mettant en défense, projette au dehors le liquide par la contraction de ses muscles abdominaux, et, à peine au contact de 1 air, le liquide se volatilise en produisant une explosion énergique.
Les Chlœnies habitent presque exclusivement le bord des eaux. Presque tous ont les élytres verts bordés de jaune (PI. col. VL fig. i 5
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FlU. U8.
Ghlœnius velutinus.
à 17). Ils exhalent, quand on les saisit, une odeur ammoniacale trèsintense. Tel est le Chlœniiis velutinus (iîg. 118), commun sous les pierres au bord des rivières. La tète et le corselet sont d’un vert métallique brillantj les élytres, d’un vert pré, sont trèspubescents et bordés de jaune.
Non moins utiles que les autres Carabides sont les Féronies^ dont les espèces nombreuses répandues dans les champs, dans les bois^ sur les routes, courent avec rapidité en quête d’une proie. Généralement, ces insectes n’attirent pas les regards par l’éclat de leur parure; ils sont, la plupart, revêtus de couleurs sombres; le noir brillant domine^ et les nuances métalliques n’ont été accordées qu’à un petit nombre d’entre eux. 11 en est cependant quelc[uesuns qui étincellent au soleil comme de l’or ou du cuivre poli : telles sont les Fer onia cuprea^ metaliica^ nitida^ etc.
(PI. col. V, lig. 27 à 33 , et VI, iig. i à 27). Le Sphodrus planus (fig. 120) habite les caves, où il fait la chasse aux nombreux petits animaux qui vivent dans cette demi-obscurité.
Par une singulière dérogation aux habitudes des Carabides, quelques espèces de Féroniens, les Zabres, paraissent dévorer les plantes. La larve du Zabre hossuiZabrus gibbus) [PI. col. VI, lig. 10] est très-nuisible, dit-on, aux céréales, et commettrait de grands dégâts en rongeant les tiges et surtout la moelle de ces utiles végétaux. Elle se cache le jour au pied de ces plantes et ne sort que la nuit. Quelques auteurs ont révoqué en doute ces observations, pensant que c’est plutôt dans le but de dévorer les petits insectes qui se trouvent sur ces plantes^ c|ue dans celui de se nourrir des plantes elles-mêmes, que le Zabre vient s’y placer. Ce serait, en tout cas, une chose surprenante que de voir un insecte carnassier devenir herbivore.
hos Harpaliens^ non moins nombreux que les Féroniens, sont de plus
ia nigra.
Sphodrus planus.
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petite taille; leurs formes sont plus ramassées, leurs couleurs guiéralement sombres, quelquefois métalliques. Tous ces insectes vivent en terre; on les rencontre au milieu des champs, sur les chemins, au pied des plantes, et surtout sous les pierres^ où ils se tiennent à l’abri pendant la mauvaise saison. Ils attaquent les petites espèces phytophages que dédaignent les gros Carabes, et, malgré leurs faibles proportions, nous
FlCi. 121 à 121). — 1, JS'ebna hrevicoUis. ~ 2, Puijonus luridipennis. — 3, l'ristonycfiiis terricola. — 4, Omaseun vidgaris. — 5, Oalaihus cisteloïdes .— a, Nebria, palpes labiaux. — b, Id., palpe.s uiaxillaires. — c, Fogomis, palpes labiaux, — d, Id., palpes maxillaires.
rendent d’éminents services. Tout le monde connaît l’Harpale bronzé [H. œneus) que l’on rencontre courant jusqu’au milieu des villes. (PI. col. V, fig. 19 à 26.)
Le groupe des Bembidioniens termine la famille des carnassiers terrestres. Ce sont de fort petits insectes, charmants petits Carabides, dont