MU8KK FR.\NÇAW
portait, sur son do5, son petit bagage suivant SCS forces; nous veodions , cheinia faisant^ de quoi nous permettre de moutrer encore assez souvent dans des charrettes de rouliers^ et nous voyageâmes ainsi plusieurs jours, sans trop avoir à souffrir, (ju.ind nous fûmes aux dernières frontières de la l'oIo:^nc, Klie se retourna et resta immobile : ses pauvres pieds mutiles semblaient ne plus faire quun avec la terre; il ne parlait pas^ mais de gros soupirs sortaient de sa poitrine qui se soulevait à i>e briser. Je devinai bien ce qui se passait dans son cœur... et je restai derrière lui, sans rien dirc^ empêchant uia petite de venir se pendre à la main de son père, ainsi quV'lle avait coutume de faire^ quand elle le voyait s\'irrêter.
— Femme, uie dit-il enfin, regarde bien ces maisons et ces arbres! demain tu ne les verras plus; cl il me montrait un village dèj:i loin derrière nous, l'uis il ajouta^ comme sil se parlait à lui-même: La France aime Ja Pologne, et la France n'est pas esclave.
— La France nous recevra bien, lui dis-je, rêpondaut à sa pensée; et puis, mon ami, ce qui est fait est fait; coniinent revenir sur nos pas? tout est vendu: que diraient les voisio.<, et de quoi vivrions-nous?
— KevenirI a'écria mon pauvre Klie, qu'estce qui pense m cela? qu>st-cc qui parle de cela? non, non, il n'y a plus de patrie; il n'y a plus de Pologne pour un vieux soldat coiiinir moi, pui>quc la lluNsie nous gouverne ! eu avant, femme! et plus de regret. Ilelas! njouta-t-il encore bien bas, et pourtant je l'entendis: c'est un cruel moment à passer que celui ou Ton sent qu'on va marcher sur une terre étrangère.
— Dieu est partout , mon ami , lui dis-je.
— Il me serra la main cl nie répondit d'une voix sombre que je mo suis bien des fois rappelée :
— Oui, femme, iMcu est partout, et la ml- •ère aussi!
Lorsqnc nous cùnios traverse la Trussc, nous ■OSt mimes a niarclier plus vite, et ^:in^ tour ner la tète. Tout n coup KIlc s'nrrn chapeau et dit: „Nob-mol hospitalière, terre de
France: je t'apporte ma famille, ses Malh< et mon amuur pour toi!'' II y avait quelque cliose dans l'action de mon mari ^ que je n*ai jamais bien pu m'expliquer , mais qui agit alors fortement sur moi: je me mis à genoux, }y fis mettre ma petite Julie, et je priai Dieu avec ardeur de nous faire bien accueillir par le BlNl' veau peuple à qui nous allions demander 4« travail et du pain.
Nous continuâmes avec plus de coura^ notre longue route. Nous étions bien reçus puiouC où nous passions; on nous couchait souvent pour rien, et noas vendions assez bien les lunettes et les bouri>es. L'espoir nous revint, et, avec lui, le courage. Nous arrivâmes à Paris daos l'année 1^*M.
— Mais je vous ennuie peut-être bien, mtt' dame, me dit Klie en s'arrêtant; et puis d'ailleurs, à présent , que vous dirai.s-je? l'histoire d'une année a souvent cte celle d'une autre: de la peine, de l.i misère, plus ou moins!
.\ deux ou trois questions que je lui fils, elle répondit : ,,Ma petite Julie était une jolie fille, comme vous avez dû le voir, quoique le chagria ait bien fait du ton à sa beauté; la chère enfant se sentit la nécessité d*apprendre un t-tat; un (ic nos voisins la fit entrer cbe/. un chapelier, et elle devint, m peu de temps, uoc bonne ouvrière; elle intéressait tout le monde par sa douceur et sa jolie figure , et par non travail, quoiqu elle ne fût pas aussi active que je l'.-iurais >oulu, elle ne gagnait pas mal d'argent. Ce Ail notre meilleur lemps, madame. Il y a six ams de cela, je venais d'avotr ma petite Li&a. Julie avait quiuAC nn^, elle était grande et forte comme elle est à pn-.srnt ; j eiais souvent bien inquiète li'rlle: nous eiion.s pauvres, mais nous nVo leuioas que plus à l'honneur, puisque nous n'avions que cela! :ih ! madame, les rickcs sent biea hcureox, ils peuvent garder leurs filles sagee, aussi longtemps qu'ils veulent: «lies sont toujours sous leurs yeux. .Mais les pauvres ! tout »rmble se rcueir contre eux: ils ne peuvent mrn»e pas vriller sur leurs rofans , il f^ui que la mère aille #«■ côté, et la fille de l'autre. HcerMuement pour nous et pour elle , que Julie o^eiaii
point coquette et qu'elle avait en moi une grande confiance. La maison où elle allait travailler était honnête, et personne ne lui disait un mot qu'elle ne dût entendre. Julie arriva ainsi à IVigc de dix-sept ans. Aucun parti ne se présentait pour elle, la pauvre petite était pauvre, et puis, ce qui était pis peuJ-ètre, elle était d'une religion qu'on n'aime pas en France I car nous sommes juifs, madame.
— ^ Juifs! répétai-je . . . Et apparemment que ma voix et ma physionomie n'avaient rien de bien encourageant , car la pauvre femme baissa la tête d'un air humble , et murmura entre deux soupirs: ,,Oui^ nous sommes juifs !"
J'eus presque honte de l'effet que cet aveu inattendu avuit produit sur moi.
Juif! eh bien! où était le mal? cette religion est proscrite par la notre: mais qui peut dire que cette proscription s'étendra de la terre au ciell Dieu n'a-t-il pas dit: „Tous les hommes seront mes enfans!^* Et parce que dans la grande famille il se trouve des peuples entiers, vivant encore dans l'erreur, est-ce une raison pour croire que Dieu les repoussera de son sein , au jour où toutes les nations anéanties, confondues en une même poussière^ élèveront vers lui cette parcelle d'intelligence qui, venue du ciel, retourne au ciel ?
Juifs, mahométans^ idolâtres^ s'ils n'ont pas adoré le Dieu des chrétiens, ont adoré une puissance suprême: et Dieu n'est-il pas cette puissance suprême? ne planc-t-il pas sur tout, ne se mêle-t-il pas à tout?
Le père d'une nombreuse famille ferme-t-il la porte de la maison à celui de ses eufans qui est venu au monde les yeux fermés à la lumière? et si le pauvre aveugle voyage, n'estil pas sûr de retrouver son lit et sa place à table, lorsqu'il revient au tuit paternel? Dieu, notre p< re à tous, Dieu qui a soudé, en nous formant, la misère de notre être. Dieu repousserait loin de lui le juif, le mahométao, l'idolâtre, parce qu'ils l'ont tous adoré sous une
autre forme ^ dans un autre rite que ne l'a fait le chrétien? oh! cela ne se peuti
Dieu est juste et bon! il accueille la prière en quelque langue et dans quelque temple qu'elle lui soit faite! peut-être a-t-il plus d'amour pour ceux de ses enfans qui le prient et l'aiment avec et selon Jésus-Christ! peut-être leur garde-t-il, près de lui, la meilleure place, et les bénit-il comme ses plus chers enfans: mais parce quUl est fête au ciel lorsqu'une âme catholique s'échappe de la terre^ radieuse d'espérance et de foi, parce que les anges ont pour elle de plus doux concerts et des parfums de fleurs plus embaumés, est-ce une raison pour que l'âme d'un juif, lorsqu'elle a souffert sans faire le mal, sans murmurer contre le Dieu qu'il lui a été enseigné de prier de génération en génération, soit abandonnée dans le passage si déchirant de la vie à la mort! 0 non! mille fois non! toutes ses erreurs se dissiperont ou lui seront pardonnées: un ange recevra son âme , et s'il ne l'amène pas au pied de Dieu, il ne le bannira pas de sa présence et lui permettra de l'adorer de loin: car Dieu lui aura dit: „Je n'ai pas béni cette âme^ mais je ne l'ai pas maudite!'*
Je levai les yeux sur ma pauvre Elle: les siens étaient toujours baissés, et des larmes coulaient lentement le long de ses joues brunes et sillonnées par la souffrance et la fatigue.
— Elle, lui dîs-je, pourquoi pleurez-vous? Elle ne me répondit pas: je pris sa main, et
je répétai:
— Pourquoi pleurez-vous?
— J'ai beaucoup aimé ma religion jusqu'à présent, madame^ et voici que, pour la première fois, je voudrais être chrétienne.
— Et pourquoi. Elle?
— Parce que vous ne rougiriez pas de m'avoir secourue.
CSuiteJ
"bieltUlt, ï^rud unb ^irla^ ton ^Stit^a^fn <Sc j^lafing.
V'*"" Année. "S'". 43,
iirsMa l'mAitçAa^.
CUOIX DE LlTTLKATLliE,
lire TANT ANCIENS QUE M0DERNE8,
par O. Mj. B. JTOIjJFMr, rnoF. m db., et C «Clf L'TZ. dju
OaMerie altérer fran;ofifd)cr î^iducr.
^IjcuÎJur j^o^i^'f'i^ ï>'c?^uhij)ne.
îb^ofcDr «grippa b'Olubigné, protfftantii'cfcfr (îfcelmdnn unb einer ter <Bcrfjbrfn ttr tf rùbmten ^rau ron Waintenon, irar ter einji^cSobn 3'«în b'îlubignf'éi unb irurte m trr TJrotinj ^atntoui^e am ^. î^ebruar li'io fl«tor«n. Lu fct)lD§ (Id) fcbcn frub tfr 'pJrtSn '; i\. jn
lmD Mt-nte fiffem g^'O^n, aie fcerfelbe fcen Xlrcn ^f^mf'fi** liMUdni balle, mit gki.: :: ^.::r. iru vorijer, obroobi cr ild) oft befla^t, ta§ ibm nid)! ter V*Pbn ju Ibeil >»ri»ortfn Ui, ben rr mu îH(±t rrirartet babe. Ten ^rôften îbfil ffineé ?ebt'n(> tracfrtf er untfr bci '^î^Jiî^n ju; frit<r bnmibt* man ili> rerflfblid) , ibn jur fatboliict)en rKe(iç<ipn ^u bifthrni, imb aie birûé nicfct iirlanji, l'uitfrn ihn ûinc ^einbf tti ttm Jton^e an)ui(t)n>âr)fn, irrlcbrr ibn aiid) rnbltd) tu rrrhaffrn brfabf. D'Vubrçint' ttzrt jebcd) jur recbfen :i(\t ç^twMtM iinb enulob rud) (^cnt, a^o mjn ibn mit cffcnen 'Jlrmrn aufnabm. i;"<t rcrmablte cr ûd) jum jrontcn UJîalc U'^b ariidjte ç^lllvf:ld) uub un^oiert cm bo^ré 'Jtllfr. ôr ùarb ta Klbjl am 2î». ÎIrril m.»o.
®rin bebfiitfnbft.é poftifd)f^ ®irf fûbrt bfn îit<l: I.rs Tr.i:;iqur.H. ^^ n] rrid) an fiibncn unb flftiialen WcbanfiP, Itbi-nbuvn IJcrtraii^ unb fratliiirn, farbmratfrn 'i^ilbcrn. Ti*.?"- ' ' ' ' rja» frit-vitié (inb barin mit irabren iint ihuffn ^u^(i\ v\f| tilCrrt. rbtrobi brrrité 1.^77 i :\ <é
6od) fT(l liilB. (y< irrfalli in ila>rn 'l^iid)rr. rcn brn.n baé rrflr K-s MUrrcs brift. bal {t^fitr le Prioce tùé brilte la rh.iinbrf tlorc»-, unt.riud^t t\c CuclU ba lU bel , a' ' * ?ranfrriA ; m
bem iMcii^n Ks k<ijx unb m Cnu tunftrn li*> Kors i.Kbrcibt cr r ^tn ta ^a., . tu
*yartbolcniâuénad)l m. i'. ir., tùé Kd:étc, Jca >coK«anrM, bcbanbelt bi# Ibccicair unb t't 9«ld>id)tr, iint t.xé û-'bfnfr rnMid) vvebt lino ?lrPlOv<ie bié J»i' ■< unlcr brm îiffi: le Ju;;rm(*n(. «?rin< an*
birrcn |d^ri'tiMI.ri|d)^n V'fiiluiUfn fmb einXraufriVC ' trn îc.'* Cf* ^C'brllf; finr Ira^êtic, ^irce;
fine 'Htrl(>t'«dii(bt« con Uâo bié 1601; bit brrùd)li0tf ^atorc, tai rathDl:i^c iHljurrnébrrennlnil ttê iîiruré t< 5>an(p, unb brr ^Koman: bie %\f<nltutr t<* 'i^aren* b< ,^rrnnlf.
r''Jlubivint' i|î rcid) an 3^""» ^^^^ <^ f'^'' •^'" f J" ^cld)nurf. unb ùinc 'lîafincafipn i^ b^uritl l'^r rrrnadjIJiilm. vjrinf niciO'n l.[Urtt irurtrn m ^ranfrcid) rcn i^rnfrrf'banb rabrannt. ®ir tbnlcn iMi-r ali^ nnr 'Probe letner 91rl unb *2B<i|( bie bbttî) orii^inrUe ^inlntung ju irinen Tra^i- «i»K"s mif.
MUSKE FKANÇAIS.
Ij\t9ii€Hr à son MArre.
Par TiiKonoK A(;iui'rA d'Aubignk.
Va, livre, tu n'es que trop beau Pour être né dans le tombeau Duquel mon exil te délivre :
Seul pour nous deux je veux périr:
Comnicuce, mon enfant, à vivre, Quand ton père sVn va mourir.
Encore vivrai-je par toi, Mon tils, comme tu vis par moi:
Puis il faut^ comme la nourrice Et fille du Romain Grison, Que tu allaicte et ru chérisse Ton père, en exil, en prison.
Aux uns tu donneras de quoy Gémir et chanter avec toy; Et les autres en ta lecture^ Fronçant le sourcil de travers.
Trouveront bien ta couverture Plus agréable que tes vers.
Pauvre enfant, comment parois-tu
Paré de la seule vertu *^
Car, pour une ame favorable,
Cent le condamneront au feu:
Mais c'est ton but invariable
De plaire aux bons, et plaire à peu.
Bien que de moi desja soit né *) Un frère et plus heureux aisné, Plus beau et moins plein de sagesse; C'est l'enfant de mes premiers jours:
Tu peux instruire son ainesse.
Et son partage est en amours.
J'eus cent fois envie et remord De mettre cet ouvrage à mort:
Je voulois tuer ma folie 3 Cet enfant bouffon m'appaisoit; Mais, malgré sa gaîté jolie, 11 me déplut , car il plaisoit.
♦ ) L'autour avait (aii ilans sa jeunesse un rcnu'il de vers
amoureux.
Suis-jc fâcheux de me jouer
A mes enfans, de les louer?
Amis, pardonnez-moi ce vice.
S'ils sont camus et contrefaits j
Ni la mère ni la nourrice
Ne trouvent point leurs enfans laids.
Aujourd'hui abordé au port D'une douce et civile mort.
Comme en une terre féconde, D'autre humeur je fais d'autres vers, Marry d'avoir laissé au monde Ce qui plait au monde pervers.
Alors je n'adorois sinon L'image vaine du renom.
Renom de douteuse espérance; Ici, sans espoir, sans esmoy, Je ne veux autre récompense Q\ie dormir satisfait de moi.
Vallons d'Augrogne bienheureux, Vous consolez les malheureux, Séparant des fanges du monde Votre chrestienne liberté, Vous défendez à coups de fronde Le logis de la vérité.
Je cherchois de mes tristes 3'eux La vérité aux aspres lieux.
Quand dans cette obscure tanniere Je vis resplendir sa clarté.
Sans qu'il y eût autre lumière :
Sa lumière étoit sa beauté.
C'est toi, dis-je, qui sçus ravir Mon cœur ardent à te servir:
A jamais tu seras servie De lui tant qu'il sera vivant:
Peut-on mieux conserver sa vie.
Que de la perdre en te servant?
Le salaire est la mort certaine; C'est un loyer bien à propos:
Le repos est fin de la peine.
Et la mort est le vrai repos
MtMiK KRANÇAIî».
De «juicooquc avec fermeté Moulrc lausterc vérité.
Quel château peut si bieo loyer; Quel roy si heureux qu'un berger?
(juel sceptre vaut une houlette?
Tyrans vous craindrez mes propos:
J'auray la paix en ma logetlc Vos palais seront sans repos.
Je sens ravir dedans les cieux Mon aine aussi bien que mes yeux, Quand en ces inontaçnes j'advisc Ces grands coups de la vérité Et les beaux combats de rKglisc ^Signalés dans la pauvreté.
Dieu fit là merveille: ce lieu Est le sanctuaire de Dieu:
Là .Satan n\-i l'ivraye mise Ni la semence de sa main:
Là les agnelets de TKglise .Sautent au ne/, du loup romain.
Quand Dieu veut nous rendre vainqueurs Il ne choi«»it rien que les cœurs, Car toutes mains lui sont pareilles:
Kl iiiesinc en ( hcrcliant les moyens D'opérer «es grandes merveilles, Il ( hoisit parmi les paycns.
L'exemple de Scévole est beau,
Qui f ayant failli du couteau, Chasttn d'une brave parolo L'ennemi du peuple romain:
F.t le feu qu'endura .Scévolc Fit plus que le coup do sa main.
Ilrnds-tol d'un soin continuel,
Princo 4iedéoD d'Israël: ♦)
llui le prrmier dedans l'eau vi\e,
Ko celte cnu trempe aussi (on ctrur:
Il y n de la prinr (tisivr,
ht du loisir qui e^t labeur.
•) CiMit llrnri IV. qui r»f Ici JriHKn.
Bien que tu a« autour de tui
Des coeurs e< des yeux plein-» de fov,
J'ai peur qu'une Dalila lîne,
Coupant la force et tes cheveux,
Te livre à la gent pbilistine.
Qui te prive de tes boBJ yeux.
Quand (a bouche renoncera Ton Dieu , ton Dieu la perceni, l'unissant le membre coupable:
Quand ton cœur, déloyal mocqucur, Comme elle sera punissable.
Alors Dieu percera ton cœur
Dans ces cabinets lambrisses.
D'idoles de cour tapissés,
La vérité n'est pas connue:
La voix du .Seigneur des -scl;;ncurs
.s'cscrit sur la roche cornue,
Qui est plus tendre que nos cœurs.
Kcbos , faites doubler ma voix, Kt m'entender. à cette fois :
O célestes roches cornues, Pousse/ mes pl:tin(es dedans l'air, Les faisant du milieu des nues, Kn France , une autre fuis parler.
Je sçay que les cnfans bieo aés Ne chantent , mais sont estooacs, K.t fcrrarul les yeux débonnaires, Comme »leux des ûls de \oe, Voyant la honte de leurs p<*re<, Que le vio fumeux a noyé.
.\msi uu tontpx , de ic i n . Le« yeux fermt's , à recuicu.-, J'avois cache l'ignominie; Mais nous les troavons enacnii<, Kt non pères de l.i pairie.
Qui ne pèchent plus endonnis.
>i mon r«ur rê«it(e à tes loix, t;rand Dieu, rcnils wa b«ttclM aaas voix ; Mais non. tu i'eleve au contraire; Ccsi trop retenir mon devoir:
MUSKK FRANÇAIS.
Ce qu'ils n'ont pas horreur de faire.
J'ai horreur de leur faire voir.
Sor55, mon livre; vois la clarté; Tu sers à la Divinité; Je ne te doune qu'à IKglise:
Tu as pour support l'équité, La vérité pour entreprise.
Pour lo3'er rinimortalité.
MWisioive iVune pauvre JPamUi€m
Par M«ne Mklanie Waldor.
iSuiteJ
Histoire d'Elie.
— Je n'en rougis point, Élie, au contraire: si Ton pouvait être fière du peu de bien que l'on fait, j'en serais fière!
— Hélas! pourtant, madame, vous ne feriez plus pour moi ce que vous avez fait quand vous ne saviez point que j'étais juive.
— Je le ferais encore, Klie...
— Ah! ce serait alors par devoir de charité, par pitié , et comme le bien que vous feriez à un chien...
— Klie, ce que vous dites est mal.
— Hélas! madame, si je vous ai offensée, pardonnez-le-moi: car Dieu sait si je donnerais mon sang pour vous. Mais n'ai-je pas vu votre regard, quand j'ai dit nous somynes juifs ? il m'a brisé le cœur!
— Pauvre Kilo! rcpris-je en rougissant du premier mouvement qui m'avait éloigné d'elle, si votre religion n'est pas la mienne, c'est un malheur et non pas un crime. Les bons cœurs sont autant d'autels élevés à Dieu. Comptez sur moi comme si vous étiez chrétienne et catholique. Je ne pense pas offenser Dieu en agissant ainsi; je crois, au contraire, l'honorer
en ce qu'il a de plus cher, une créature souffrante et abandonnée.
Klie avait pris ma main: elle la couvrait de baisers, et pleurait toujours.
— Mais pourquoi pleurez-vous encore? lui dis-je émue malgré moi.
— Ah! c'est de joie!... Il me semble qu'à présent je puis aller tête levée partout, et que je serai forte contre toutes les humiliations qu'on voudrait me faire subir par rapport à ma religion! mon pauvre Klie va être bien content aussi! Il me disait souvent: ,,Femme, ce n'est pas bien, nous trompons cette dame, elle nous croit chrétiens catholiques; et le bien qu'elle nous a fait, elle ne l'aurait peut-être pas fait si elle avait su obliger des juifs !'^
J'achevai de rassurer Klie, et je lui demandai ce qu'elle comptait fiiire pour gagner quelque argent.
— Je n'ai qu'un seul moyen, me réponditelle, car je ne suis pas dans le cas de faire des ménages ; je veux acheter des aiguilles, des crayons, des épingles, et je les revendrai dans les rues: je serai toujours sûre de gagner quelques sous dans ma journée.
— Et votre mari? lui dis-je.
— Hélas! il est presque aveugle, et ne peut plus fabriquer de lunettes: c'est la seule chose qu'il savait faire. Il gardera la maison et veillera les enfans. Julie coud assez bien; si elle peut trouver à aller en journée, cela sera un grand soulagement et pour elle et pour nous.
Klie me quitta... je fus deux mois sans lît voir.
lie Cliolcra.
Le choléra avait jeté, sur Paris, son voile de deuil et son souffle empoisonné; la mort frappait à toutes les portes, mais elle s'arrêtait (le préférence à celle du pauvre: et de toutes les rues où son passage laissait le plus de traces, la rue de la Mortellerie était au premier rang.
Ma mère se mourait alors, sous le poids d'une longue et affreuse maladie: je pouvais voir d'un
.MISKF, KHAXÇAIS.
œil sec les cercueils s'entasser sur les cercueils; je pouvais braver le fléau!... que m'importait le danger! le deuil général s'effavait sous le deuil intime de mon âme! Le choléra passait presque inaperçu de moi!... mes craintes, mes terreurs, tout était pour ma mère !
In jour elle était mieux, elle sommeillait; j'étais assise prés d'elle avec une amie... on m'apporta une lettre, bien mal ployée, bii n mal écrite; j'y Ils avec peine ces mots:
,,Ma mère est bien malade du choléra: elle n'a pas de médecin , elle vous conjure de venir la voir... oh! venez, je vous en supplie.
„JuLiic Klib, femme ^VoLF.*^
J'aimais Klie, je ne pus résister à sa prière. J'envoyai chercher un médecin ; je confiai pour une heure ma mère à mon amie^ et je courus chez, Klie.
Elle était étendue sur son grabat, luttant contre la mort, qui tournait autour d'cllo avec une effrayante rapidité.
En m\'ipercevant, elle jeta un grand cri, m leva sur son .séant, et me tendit les bras. Je m'approchai d'elle, je tilchai de la calmer: j'avais peur que cotte .secous.sc ne lui fit du mal... Mais il parait qu'elle produi.sit un tout autre ttrcl : déjà le .sang recommençait à circuler, et mou médecin m'assura qu'il pourrait la sauver. Cependant, Klie m'avait attirée .si près d'elle, en passant ses bras autour de mou cou, qu'elle m'avait forcée de m'asiueoir sur .son pauvre lit; et là, pendant dix à dou^c minutes, jo respirai son souffle malade; je reçus ses baisers, que je ne cherchais même pas à éviter: c'eût clé la tuer!
Le moral a uno (elle influenre .sur le ph> - •<iqtie, que la ».iu(é d'Klie, à tiater île ce j(»ur, n'ofl'rit plus un danger mortel.
J'ai souvent sonsé, depuis cette époque, à tout ce i|ur l'on a dit .sur la conttigiun du choirr.i. cl y y al apporté , comme on le pense bien , une grande incrédulité.
<'ert«vs| SI \c choléra a\;iit ru- i iMu.i;;irii\,
j'en aurais été atteinte avant .r;ivoir m inrinr le temps do rentrer cher mo^
Cependant , ma pauvre Klie avait époisé ses faibles res.«:ources durant cette longue suite de jours passés à ne rien faire ; et sans Ks bom de pain et de viande qu'on lui eovo3 ail du Palais Hoyal, je ne sais ce qu'elle serait devenue.
Je cessai peu de temps après de m*occuper d'Klie... cinq à six mois se passèrent sans que je pusse me décidera la voir; j'avais trop souffert, je souffrais trop encore... mais si je l'uubliiti.s, elle ne m'oubliait pas; elle venait souvent à ma porte pleurer et prier Dieu pour moi...
Je l'ai su depuis.
Salnt-IjAzare.
i^aa.
J'étais seule un matin , lorsqu'on ■'aBDODça Klie; je l'avais vue quinze jours auparav.-iot. Ou'elle entre, di^-je, en repoussant un travail assez pressé pour que j'russe disiré n'être pas interrompue.
Je me tournai du côic de la porte, et au lieu do ma pauvre Polonaise, j'aperçus .son raan... il n'était pas encore venu cher, moi: Il avait tant de peine à m.nrcher, et la course était si lougue !...
Il voulut me dire bonjour: mais sa voix se troubla; il pleurait, et je n'enieodis , au miliea de sons inarticulés, que ces mois: ,,Ma pauvre femme!'*
— Scr.iii-i î.i* encore ni.ti.i u- .' m i» riai-jr, ra f.iisant signe à Klie do s'•.i^'-^^>\^
— Ah! bien pis que ça, . . r! elle estelle est en pri>on. .
— En prison! rèpolai-je, stupcr.«ite.
— Oui , madame, en pHstin; el je n'ai d'espoir qu'en vou«: aussi je suis accouru veut conter notre malheur, ilelas! madame, ils l'ont arréice, P'irce qu'elle vendait, soi-disant, sans pcrfBi».sion» it que cela est responsable de la mène peine •iue la mendicité... c'est une horreur , madame, ils lui ont renvenie dan« l.<% houe toute sn mar- ( li.indise.
- Kc ou est votre femme?
\ la Préfecture... .Mais si nn ne la rc-
clame pas, elle va être emmenée ce soir à Saint- Lazare, et de là dirigée Dieu sait où... Et nos enfans! nos pauvres petits enfans qui l'appellent depuis hier, et qui n'ont qu'un cri!
— Je vais aller avec vous, Elie, repris-je, en courant mettre un cliAle, un chapeau.
\(»us prîmes le chemin de la Préfecture. Elie ne parlait pas, il étouffait de gros soupirs. Je marchais fort vite, il avait de la peine à me suivre ; nous arrivâmes : je laissai Élie dans la seconde cour, où il fut convenu qu'il m'attendrait, et je me mis à chercher, dans ce noir et ignoble dédale de corridors et d'escaliers, le chemin qu'un homme venait de m'indiquer d'une voix plus rude qu'obligeante. Plus j'avançais, plus mou cœur se serrait: je n'osais regarder en arrière: j'osais à peine regarder devant moi; enfin, je trouvai la porte d'un bureau: je frappai, j'entrai... Si Dieu rend dans l'autre vie, à la plupart des employés de la Préfecture de police, leurs rebufades, leurs discours sans pitié, certes! ce sera bonne justice, et je la leur souhaite. Je sortis indignée de ce bureau, et je me mis à en chercher un second, auquel on me renvoyait.
Chemin faisant, dans un escalier sombre et étroit, je vis devant moi un homme, qu'un gendarme ou garde municipal, n'importe, tirait par le bras, car Thomme résistait et se laissait traîner... Je ne puis dire ce que j'éprouvai... Ah! sans doute, pcnsai-je, il y a des cachots ici... Un frisson parcourut tout mon corps; il me sembla que j'cutendais de toutes parts des plaintes, des cris — et puis une vague peur pour moimême me saisit: comment avais-je osé m'aventurer ainsi toute seule dans ce lieu de pleurs et de deuil, dans ce lieu où le crime est confondu avec l'innocence, où l'homme en place est souvent sans pitié, où l'on accueille avec ironie et rudesse la voix qui s'élève en faveur d'une victime. Je me sentais, au milieu de la frayeur inséparable qui naît de la faiblesse de mon sexe, une grande force d'énergie morale; j'étais décidée à lutter contre les agcus du pouvoir: qu'ai-jc à craindre d'eux? me disais-jc; je veux, au C(»n(rairc, leur dire tout ce que je
pense de leur empressement à devancer la punition par l'insulte, par les mauvais traitemens. J'entrai dans ce second bureau, et ma voix ne fut plus tremblante: je demandai qu'on remit entre mes mains la femme Klie^ et je déclarai que j'en répondais. On me regarda avec un air moqueur, et on me fit quelques questions. Je me nommai ; je tirai une lettre où le cachet de la reine se trouvait, et dans laquelle la reine avait bien voulu me faire annoncer qu'un secours allait être accordé à la pauvre Élie: les rires moqueurs disparurent, mais on refusa de me dire où était Elie, et on me renvoya à un troisième bureau; j'y arrivai de plus en plus exaspérée, et décidée à arracher Elie de ce lieu de douleurs.
Aux premières paroles que m'adressa l'employé de bureau, je respirai plus librement: je trouvais enfin un homme poli, un homme qui paraissait disposé à m'écouter... je ne me trompais pas: il entendit ma requête sans m'interrompre; et lorsque j'eus fini, il me pria d'attendre, et envoya prendre quelques renseignemens. J'éprouvai une véritable reconnaissance pour cet homme, si différent de ceux que je venais de rencontrer; et lorsqu'il m'eut appris qu'Elie venait d'être transféré à Saint-Lazare, cette triste nouvelle fut adoucie par l'intérêt qu'il parut prendre à mes regrets, et par les avis bienveillaus qu'il me donna. Je me rendis, d'après son conseil, au bureau où l'on délivrait des laissezpasser pour entrer à Saint -Lazare trois jours par semaine, et j'en obtins deux, un pour moi, un pour Élie et pour sa fille. Je revins annoncer à ce pauvre Élie qu'il ne pourrait voir sa femme que le surlendemain; je lui promis d'y aller aussi; je calmai sa douleur autant que je pus, et je le quittai pour aller parler au commissaire de police, chez lequel les sergens de ville avaient d'abord conduit Élie.
Là, encore, je vis des pleurs, de la misère! une lutte impossible à soutenir, entre le faible et le fort, entre la pauvreté devenue vice et l'aisance devenue implacable! J'attendis que deux pauvres femmes, accusées de mendicité, fussent emmenées entre deux soldats, comme deux vo-
MVSKE KHANÇAI».
leusesj qu'un enfant, accusé de vagabondage, fût jeté CD prison, pour le punir du crime d'avoir couché sur le seuil d'une porte, à la pluie, au vent, au froid, parce qu'il n'avait pas eu de quoi payer sa place sur un grabat, ou qu'il avait préféré la voùle du ciel et le pavé d'une rue à l'un de ces lieux abjects, que la police protège, à l'un de ces i;;nobIes taudis, ou le propriélaire, en payant une patente, achète le droit d'exploiter la misère, et d^abriter à la fois le pauvre au cœur pur et l'homme que le vice seul a recouvert de baillons.
Les femmes cl l'enfant s'éloignèrent...
J'appris alors du commissaire de police, qui, je dois l'avouer,', fut poli et voulut bien répoudre ù toutes mes questions, j'appris, dis>je, que ma pauvre Klie avait été surprise par deux agens de police, rue Saint-Georges, tandis qu'assise sur le banc placé ù la porte d'un bétel, elle se reposait de la fatigue de ses courses, en comptant le produit du sa petite vente et rn arrangeant ses paquets d'aiguilles. A la demande deux fois répétée de présenter sa ftermission, Klie n'avait pas répondu: elle ne comprenait pas.
Ce fut alors que les agens de police se saisirent d'elle, jetèrent brutalement, du banc sur le pavé, tous les paquets d'aiguilles, et entraînèrent Klie qui les conjurait en vain de lui laisser ramasser sa petite marchandise.
— Cette femme, ajouta le commi.s.saire de police, a fort mal répondu à l'interrogatoire que je lui ai fait subir, et j'ai cru devoir l'envoyer n la Préfecture; à présent, madame, vous dites qu'elle est étrangère, que vous eo répooder: jo suis fâché de l'avoir livrée à la police, mais je n'y puis plus rien , il faudra qu'elle subts.ie un mois do détention à Naii)i-|,,i/.are: c'est le moin^. A cotte époque, pré.^ente7. - vous pour l.t récUroef) et on la mettra probablement en liberté, au lieu de la diriger sur quelque maison de correction ou sur le depùl de mendicité établi a i!i«iut-l)eui9.
Je revins cher, moi, désolée. Comment cette miUheun'u.se f.imtlle vivrall-clli* pcndaut un mois, si la pauvre Klie qui en êiait l'unique soutien, passait eu temps ù ïSaiui-LAz.irc !
Le lendemain, je me rendis dans les bureaux du roi, avant de me rendre a ^.linl-Lazare.
Je racontai à .M. Véret le nouveau malheur arrivé à Kliej je lui parlai de lu uuscre qui, durant tout un mois de détention^ serait le partage du mari infirme et des cùtims. M. Verec me remit pour eux des bons de pain et de viande: ils étaient à l'abri de la faim, c'était beaucoup.
J'arrivai à Saint- Lazare; je aoBçeais à la l'réfecture, et cette visite, tout aussi nouvelle pour moi que celle de la veille, m'ciait au moios aussi pénible.
L'aspect de .Saint - Lazare est sombre et repoussant; les grilles, les verroux et les figures semblent .s'entendre pour vous écarter de ces lieux et vous les faire maudire.
Je pénétrai, malgré mon lais.sez-pas>cr, avec quelque dilTiculte. Cepend.int on parais-s.iic a^se/. étonné de ma visite, et je crus remarquer qu'elle était l'objet de la curiosité.
J'eus beaucoup de peine à aie faire coropreDdre. Enfin, on me montra une grille, derrière laquelle était un long couloir, où se pressait unt foule de icinraes: ,,IMacc/.-vous à cette grille, et on appellera la femme Klie.'*
Je répondis que je ne me noadais pas de M>ir .linsi Klie, rt que je voulais lui parler eo particulier: le gardien haussa les épaules comme si j'avais emis la proposition la plus exlr.iv.i;;.uiie.
Je sentis alors qu'on me tirait |»;ir m. 4 robe; jo me tournai, el je vis une ii-tnine, qu'.'% son costume je jugeai ô(re de I.i in.tison: ,, offres un peu d'argent,*» me dil-elle tres-ba-»
Je le fis.... ou prit l'argent: nne pitic s ouvrit, et je me trouvai dans un lari;c (orridor; ili-:« bancs étaient places de distance en dislance: je m'assis; on m'.tmena Klie, et «ans nous perdre de vue, on nous laissa seule*.
Il faut, ,ie crois, avoir cio eo prison pour s« (lire une idcc de la joie qu'on éprouve à voir qu'on n'y eut pas oublie, à !>eMiir que cette itdube vivante peni encore donner pa«<ui|>e à ceux que l'on aime, eC que la porte, en s'oavraot pour eux, laJMa Miir«r à leur syitc yn pnn d^air li-
MUSEE FHAJSÇAIS.
brc UD peu de la vie extérieure qui^ quelque
triste et agitée quVIlc soit, semble toujours si douce au prisonoier!
Elie saisit ma main et la mouilla de ses larmes: si elle l'avait osé^ elle m'eût serrée dans ses bras. Mais, à la joie mêlée de pleurs qui se lisait sur sou visage, on voyait aussi se joindre uuc grande crainte de tout ce qui Tentourait.
Quand ce premier moment fut passé, elle s''assit près de moi : je lui demandai comment elle se trouvait à Saint-Lazare.
— Pas trop mal, madame, surtout en comparaison de ce que Ton est à la Préfecture de police : vraiment ceci semble un palais auprès de ce vilain endroit. Ici^ nous avons une chambre où il y a quatre lits, mais un lit, quelque mauvais qu'il soit, c'est toujours un lit: il y a un matelas, une couverture, et on change les draps tous les mois. A la Préfecture, il y a^ dans une grande salle, à la file les unes des autres, autant de paillasses que la pièce en peut contenir; elles sont noires de crasse, et dans la paille toute pourrie se trouve une telle quantité de vermine, qu'il est impossible d'y prendre un moment de repos- Le soir on jette aux malheureux, qu'on entasse sur ces paillasses, un morceau de pain, que souvent les prisonniers se volent entre eux! Je ne suis restée là qu'une nuit, mais j'ai bien jugé, par ce que j'ai vu, de ce qui doit s'y passer.
Ici, madame, on donne aux prisonniers^ deux fois par semaine, de la viande, le jeudi et le dimanche; ou a de la soupe le matin et des haricots à diner; hélas! tout cela est bien mai apprêté, le sel surtout y manque : le plus grand cadeau que l'on puisse faire à un prisonnier, c'est de lui apporter du sel. Mais cette mauvaise nourriture n'est pas ce qu'il y a de plus cruel ici: ce sont les médians traitemeus qu'il faut y endurer de Ja part des gardiens. Ces hommes-là sont pires que des brutes, ils ne connaissent que les injures et les coups: ce matin, comme nous étions toutes réunies à Iheure où l'on diïttribue la soupe, moi, qui ne suis point
au courant de la maison, j'ai tendu mon écuelie pour qu'on la remplit de soupe; mais voilà qu'au lieu de cela, le gardien m'a lancé d'une maia un soufflet et de l'autre m'a douné un coup dans l'estomac! Je n'ai plus eu faim, cela m'a servi de déjeuner : j'ai pleuré plus d'une heure. A mon :ige, se voir traitée ainsi! et cela, parce que je devais attendre qu'on m'appelât avant de présenter mon écuelie... Ah I madame, tirezmoi d'ici, s'il est possible! Et mes pauvres petits enfans! j'îii vu Elie et Julie, il y a deux heures; ils n'ont fait que pleurer! de quoi vontils vivre^ mon Dieu!
Je dis alors à Elie qu'on allait leur envoyer, du Palais-Royal, des bons de pain et de viande: cela la tranquillisa. Je pris congé d'elle; je la recommandai aux gardiens, ils me promirent d'avoir quelques égards pour elle; j'achetai cette promesse. La rapacité des hommes attachés aux prisons a quelque chose de si ignoble, que le mépris qu'elle inspire tourne au profit des prisonniers, la pitié se mêle au blâme^ et l'on souhaiterait souvent voir les uns à la place des autres.
CSuiteO
A.nec€ioie»
M. M. Tharin et de Quélen étant un jour an dîner de Louis XVlir, le roi leur dit : Messieurs, ne puis-je pas prendre l'argent de mes sujets^ quand j'en ai besoin, sans toutes ces formalités parlementaires et ces éternelles discussions de budget? — L'archevêque de Paris répondit aussitôt: A dieu ne plaise, sire, que vous n'ayez point ce droit-là, c'est par votre majesté que nous vivons, et bien du peuple, bien du roi. — Et vous, monseigneur, qu'en pensez- vous? dit le monarque à l'archevêque de Strasbourg. Sire, je n'entends rien aux affaires d'état. — Point de subterfuge, monseigneur, une réponse directe. — Eh bien, sire, j'imagine qu'il est permis et légitime à votre majesté de prendre l'argent de mon vénérable et digne confrère de Paris, votre frèsliumble sujet, puisqu'il l'offre de si bonne grâce.
V3ii?Ufeil), Drucf unb ÎB^rlag oon ÏSil\)H2tn * iîtafina.
V'^""Année.
CIIOEX DE LITTÉRATURE,
DES 9EEir.TiE1jRS AUTKIHIS
TANT ANCIENS QUE MODERNES
par O. J&. s, JTOIjWJP', prof, et dr., et C. SCJUCtz, oa.
MWisioii'e iVuiw panrré' J^Vi-
Far Mm*' Mklamk Wai.dor.
(Suite.)
Ijtk Jflèrc l'rMiile.
J'ai.i.ais prendre con^t; d'KIic, lorsque je vis venir vers nous la fenime qui , à mon arrivre dans ce triste séjour, nravait donne le conseil d'adoucir avec un peu d'argent la mauvais»* humeur des gardiens.
Je regardai cette femme, elle n'rtail plus jeune, elle avait dii rire jolie; sa physionomie douce et calme semblait peu en harmonie avec les mines renfrognées des autres femmes de la maison.
Flh: ouvrit une porte placée auprès du hanc sur lequel nous étlon»» assises Klle et m^l: elle portail un petit paquet à demi cache sous son tablier de toile ^rise, et jeta sur nous un regard plein de bienveillance.
— Quelle est cette femme? dis-je ù Klle.
— ("est une surveillante, on l.i nomme dao'i In maison In uiere l'rsule ; niala les prisonnier^ In désiiinrnt entre eux sous le nom de .Vcrc </»\ futuvrt's: autant les autres surveillantes sont peu aimées, autant celle-ci est adorée et respectée: • I v a parmi nous de pauvres prisonniers qui
aimeraient mieux subir un jour de carhot. qu«» de mériter un .reproche d'elle.
— Y a-t-U longtemps qu'elle est dans celle maison ?
— t)li! bien l<n);;(cinps , un ijii qu'elle v est entrée fort jeune.
— Et qui a pu l'engager à se condamner volontairement à une vie aussi Irisie, aussi vide d'espérance?
— Le désir d'être utile aux malheureux, H puks, ajouta Klie plus bas, elle n'a pas toujours été ici de son plein gré; nh ! son hbtoire, du moins ce que les prisonniers en savent et ce qu'ils en disent entre eux, est bien touchante.
Kt que dit-un , Klie?
— Oh! bien dcn choses, tout nVsl peut-être pas vrai, mais voici sur quoi Ton s'accorde le plus, quand on parle d'elle.
C'était une jeune el jolie fllle, elle avait reçu uue fort belle éducation, «es parens étaient de bons marchands retlK^j du coomerce et qai, uns être pauvres n'étaient pas riches: leur fllle était !( ur or>;tieil , et ils vivaient fous les trois fort Iniireux d.uis une petite maison de la Cité.
Il arriva qu'un jeune homme plus noble cl pItM riche qu'il n'aurall fallu pour le bonheur d Irsule, la vit cl l'aima, elle ci«il au»si safo qu'il était anioureux, et quoiqu'elle l'aimÂI aossi de sou côie pour le moins autant qu'elle était aimée, elle préfera cesser de le voir à cesser d'être honnête. Le jeune homme en re«senllt un
MUSKK FRANÇAIS.
tel chagrin qu'il résolut do Tépouser; ce n'était pas chose facile daus ce tcnips-là. Il ne fallait pas songer à faire entrer dans une famille noble une jeune fille qui ne l'était pas, et, à plus forte raison, quand celte jeune fille était sans fortune. Il n'y avait pas d'autres ressources que celle d'un mariage secret, le jeune homme finit par vaincre la répugnance d'Ursule et il l'épousa en secret.
Ils eurent un fils, et quelque prudence qu'ils apportassent daus leurs relations^ ne se voyant que la nuit et ne se confiant à personne, il arriva que la famille du jeune homme, ayant conçu des soupçons, le fit suivre et fit prendre daus le quartier des informations.
Il y a toujours de bonnes langues plus prêtes a parler qu'à se taire: on sut qu'il y avait dans une des maisons les plus retirées du côté du quai, une jeune demoiselle fort belle qui ne sortait que rarement, et enfin, que les voisins entendaient depuis quelque temps les cris d'un petit enfant", et qu'ils avaient remarqué que l'on ou\rait et refermait toutes les nuits la porte de l'allée sur un homme enveloppé d'un grand manteau. Il résulta de tous ces bavardages^ que l'on suivit le jeune homme, qu'on l'arrêta au nom du roi, et qu'on le fit enfermer dans une grande prison qui s'appelait la Bastille. Peu de temps après, la pauvre demoiselle fut euimenée à Saint "Lazare, et l'enfant mis aux Enfans- Trouvés. C'était alors que les riches étaient puissans; c'était bien pire encore qu'aujourd'hui; et lorsqu'on songe à cela, on n'a plus le courage de se plaindre autant de ses propres malheurs et de l'injustice des lois.
— Elles sont l'ouvrage des hommes, et par cela même très-imparfaites, interrompit une voix qui résonna entre nous^ triste et grave. Elie et raoi nous nous retournâmes vivement, et nos regards étonnés rencontrèrent le regard doux et calme de la mère Ursule: elle avait, sans le vouloir^ entendu une partie de notre conversation, et l'expression de son visage annonçait une légère émotion.
Élie était devenue toute rouge, et elle baissait les yeux en silence.
— Il ne faut pas avoir honte de tout ce que vous venez, de dire, ma brave femme, reprit la mère Ursule, en appuyant avec bonté sa main sur répaule d'Klie; il n'y a pas de mal à cela: je ne croyais pas, ajouta - 1- elle eu souriant à demi, que mon histoire fût si connue ici; et que vous a-t-on encore dit de moi, ma bonne Klie?
— Du bien, rien que du bien, ma chère dame; on vous aime, on vous respecte presque à l'égal de Dieu... Oh! vous le savez bien, continua Élie en relevant la tête, et en fixant sur la mère Urs-ule son œil expressif; depuis le coupable jusqu'à l'innocent, il n'y a qu'un cri de reconnaissance pour vous; et, tenez, encore tout à l'heure, crojez-vous que je ne sais pas ce que vous êtes allée faire chez cette pauvre fille qui est entrée hier ici? elle est soufi*rante, vous l'avez bien vu, et vous venez de lui porter quelque douceur, une partie de vôtre dîner, peut-être! O! Dieu vous rendra un jour, làhaut , tout le bien que vous laites dans ce monde.
— Je ne pense pas que Dieu me tienne compte du peu de bien que je puis faire, reprit la mère Ursule: il sait que j'y trouve les seuls momens de bonheur qui s'écoulent pour moi depuis longtemps; mais je suis pleine de foi en sa miséricorde, et je crois qu'il me dédommagera dans l'autre vie de toutes les peines qui m'ont frappée dans celle-ci.
J'écoutais cette femme avec un grand intérêt, et je me sentais déjà sous l'influence que ses malheurs et ses vertus exerçaient sur tout ce qui l'entourait. Je désirais savoir la fin de son histoire et je n'osais la lui demander.
Je ne sais si elle devina ma pensée, ou si, ramenée vers le passé, son cœur éprouva, quelque triste qu'eût été cette époque de sa vie, le besoin d'en parler encore une fois; mais, tirant de sa poche une grosse montre d'argent, elle dit:
— On ne fermera que dans deux heures, faites-moi une place, Klie, entre vous et madame: peut-être ne serez- vous pas fâchée, non plus que madame, ajouta-t-elle en se tournant vers
MIISKK FRANÇAI>\
mol, de snvoir par moi-même, la fin de ce qu'elle appelle ici moo histoire.
Elle «'assit entre nous, Klie oublia un moment $a misère^ et moi j'oubliai le lieu où je me trouvais.
La mère l'rsule commença ainsi :
Il y a beaucoup de vrai dans le récit fjue l'on a fait à Klie de mes premiers malheurs; ce récit a passé ici de bouche en bouche depuis bien des années: on a si peu de distraction eo prison que Ton n'^* oublie rien.
Saint -Lazare n'a pas toujours t-ie ce qui) est aujourd'hui; il a subi bien des chnn^emeas dans ses destinations^ et, lorsqu'à la fin du \\ le siècle, on y fonda un hôpital de lépreux , on ne pensait guère que plus tard ces bàtimens serviraient d'asile au respectable .Saint -Vincent de Paule, et qu'il viendrait un jour ou les mauvais traitemcns, les larmes et les cris, remplaceraient le repos, les soins, la charité.
ai les murs d'un vieux bâtiment pouvaient raconter tout ce dont ils furent témoins, que les pages de l'histoire seraient ternes et vides auprès de tels récits!
Je fus donc enfermée à Saint-La/.are. J'avais dix-neuf ans: c'était en b7. Vous \o\c/. qu'il y a longtemps que les rides et les cheveux blancs couvrent mon visage et mou front. .>Ia jeunesse s'est passée dans les larmes, et ce n'est qu'en \icillissant que j'ai obtenu de Dieu la résignation, et des hommes le repos, seul bien que je pusse espérer et désirer.
Lorsque la révolution de h9 ouvrit m.i prison, je courus chr/. mon père: j'étais libre, j'étais jeune, j'entrevis un meilleur avenir, et je frappai à la porte de la mai.ion palerurllc avec uue joie qui rachetait, dans un seul in«(anl, 1rs deux anoèca de chu;;rins qui venaient de s'écouler. Maifl cette joio Ht bientôt place à une vive douleuty lorsque j'appris que mon mari qui, depuis un an, était sorti do la lla.%tillr, >e declantit hautement contre la révolution et était devcuu. comme son perr , l'objet d'une surveillance active.
ffCcla finira mal pour lui , me disait Nouvrni mon père, c(, |>ar contre-coup, ptiur nous tous;
il fréquente notre maison plus que la pmdeoce ne le voudrait !•*
Uélas! mon père lisait mieux duos l'avenir que moi.
Mon premier soin avait été de retirer mon fils des Enfans-Trouvés, et j oubliai^, en le berrant dans mes bras, l'orage que chaque jour amoncelait, plus terrible et plus menaçant.
J^avais béni cette révolution soutenant le faible, écrasant le fort: que devins-je en vnvant que cette prétendue liberté dont j'avais fait mon i lole, jetait pêle-m«'-le dans les prisons l'innocent et le coupable!... Nous touchions ù la fin de 91, le père de mon mari avait été accusé et convaincu d'avoir trempé dans une conspiration en faveur du roi; il fut pendu, et mon mari se réfugia chez nous: il craignait d'être compromis, arrêté , et de subir le sort de son père- Une visite domiciliaire n'a^ ant amené aucun résultat, nous par>inmes à le cacher à tous les \eax. lo an d'angoisses sans cesse renaissantes s'écoula ainsi.... Mais alors le malheur avant voulu que mon père se fit un ennemi d'un de nos locataires, avec lequel il avait eu quelques contestations qui, légères d'abord, s'étaient envenimées rapidement, cet homme mit tout en œuvre pour se venger, et il n'v p.irvint que trop bien. Notre maison devint l'objet d'un continuel espionna^e ; nos moindres actions, dos moindres paroles semblaient éveiller la défiance... ^)ue vous dirai-je enfin? au bout de quelques mois, une visite domiciliaire plus sévère, plus longue qae Il première, découvrit la retraite de non mari : je le vis entraîner soua met yeux , ei j'étais à peine revenue de ce coujp affreux , que l'ordre li'nrrt'Her mon père et nui more comme coupables de ra\oir soustraie à ia loi, vint mettre lo comble M mon desespoir. Je restai seule avec mon fils , pauvre petit innocent dont les baisers essuvalent souvent mes l.irmos.
Mon mari, mon père et ma more avaient rto enfermes à la Force: j'obtins, après bira 4e» itemarckes et des prières, la pcrtnâ\>inn do le» \ imiter quatre fois la semaine.
Quelques papiers, que bous avion* rr^.irdéa roninie iosi;;niri m* et qui a\aicnl tic *» -i- Mir
MUSEK FRANÇAIS.
mou iDiiri , aggravèrent les charges qui s'élevaicut contre lui: ou le sépara de mon père, et ou ne permit plus de le visiter que deux fois par semaine et durant une heure au plus.
Oh! ce fut alors que ma douleur se trouva sans bornes: car je comprenais toute rétendue du péril où se trouvait mon mari, et je voyais la santé de ma mère décliner chaque jour! De quelque côté que je me tournasse, je n'apercevais que deuil et que sang ! comment sauver tant d'êtres presque également nécessaires à ma vie! Us n'avaient que moi pourtant: cette pensée soutint mon courage; et plus je sentais que j'étais pour eux le roseau auquel le malheureux naufragé s'accroche, plus je puisais , dans leur abandon et dans ma faiblesse^ la force et la résolution dont j'avais besoin chaque jour davantage.
Mon Dieu! disais-je souvent^ c'est vous qui avez permis que Ton me laissât libre , pour que je puisse prendre soin de mon pauvre enfant; faites que je sauve ma famille : donnez la lumière à mon esprit et la force à mon corps!
La prière soutenait seule mon courage et ma santé. J'obtins enfin la liberté de ma mère: mais elle ne voulut pas se séparer de mon père, et, malgré nos instances, elle s'obstina à partager sa captivité.
,,J'ai peu de temps à vivre, nous disait-elle, pourquoi nous séparer!"
Sa santé, digà fort altérée, n'avait pu se faire au triste régime des prisons: la fièvre la minait sourdement. Hélas! ce fut un moment si auguste, si solennel, que la douleur même se tut devant ce que cette mort eut de grand et d'imposant.
Mon père, qui s'attendait d'heure en heure à être conduit à Véchafaud, bénit Dieu de ce qu'il rappelait à lui ma mère avant qu'elle eût épuisée jusqu'au fond le calice d'amertume! Et ma mère nous dit adieu eu se réjouissant de l'idée que le Seigneur ne serait pas insensible à ses prières, et qu'elle pourrait du Iiaut du ciel veiller sur nous! Sa mort fut celle d'une sainte. Vue faible lampe éclairait à peine le grabat misérable sur lequel elle était étendue, et je crus
voir distinctement une flamme qui n'était pas de ce monde, descendre au chevet de son Ht et s'élargir en cercle autour de sa tête... Je ne sais si mon père la vit comme moi: mais nous nous prosternâmes tous deux devant la majesté divine qui rayonnait alors sur le front de ma mère. La voix de nos gardiens, moins farouche que de coutume, car eux-mêmes étaient émus, nous tira de la pieuse extase où nous étions plongés. Il faut avoir traversé cette époque si féconde en crimes, en vertus, en lâches délatiuns, en sublimes dévouemens ; il fiiut avoir été témoin du peu de cas que les prisonniers faisaient de la vie, pour se faire une juste idée de la manière dont ils vivaient entre eux. Nous avions plusieurs compagnons d'infortune; je dis nous parce que je passais plus des trois quarts de la journée renfermée avec mon père, n'obtenant, hélas! que bien rarement la permission de descendre un moment dans le cachot où mon mari avait été renfermé.
Je m'étais fait quelques amis parmi les agens subalternes du pouvoir, ils me furent utiles pour arriver jusqu'à leurs chefs. Les uns me repoussèrent brutalement; les autres m'accueillirent avec des paroles de galanterie qui portèrent l'effroi dans mon cœur.
Un seul m'écouta, grave et silencieux, ne m'encourageant, ni ne me repoussant. Et lorsque j'eus terminé le simple récit de mon amour et de la cruelle tyrannie dont mon mari avait été l'objet lors de son emprisonnement à la Bastille, il prit une feuille de papier, y écrivit quelques mots et me la tendit sans m'adresser une seule parole. Je saisis le papier, j'y jetai un coup d'oeil, et un cri de joie s'échappa de mon sein... Je tenais entre mes mains l'ordre de la mise en liberté de mon mari! Je m'élançai dans la rue, et je parcourus comme une folle la longue distance qui me séparait de la Force.
— Il est libre, m'écriai-je en présentant au geôlier l'ordre que ma main, tremblante d'agitation et de joie, faisait vaciller sous ses yeux: ouvrez, ouvrez vite, qu'il voie ce beau soleil, qu'il sache qu'il est libre!...
Mais le geôlier, au lieu de s'avancer vers Tescalier dont j'avais d«*jà descendu plusieurs marches, lisait attentivement le papier que je lui avais remis: j'observais sa figure, d'ordinaire impassible, et j'y découvrais les traces d'un embarras de plus en plus visible.... Enfin, faisant quelques pas vers moi, il me dit:
— Cet ordre est venu trop tard ..
— Trop tard! répùiai-je en chancelant sur Tescalier qui me sembla tout à coup s'abimer sous moi.
— Ëli sans doute, trop tard! reprit cet homme en me saisissant fortement le bras pour m'emprcUer de tomber: ce matin, au point du jour^ ou est venu le prendre pour le conduire à la Conciergerie.
Le sang qui s'était retiré de mon copur, y revint avec force: j'arrachai Tordre des mains du geôlier , et je courus à la prison qu'il venait de me nommer.
— Vous arrivez trop tard , me dit brusquement le concierge, il vient de partir il n'y a qu'un moment... Kt, ma foi, vous comprenez qu^il ne reviendra pas!
\ ous cro% e/. peut-être que jo tombai sans connaissance, rt que j'éclatai eu sangloU, non! Dieu me donna un courage égal au coup qui me Inippait... je ne dis que ces mots :
— ^uel chemin a-t-ll pris?
On me répondit :
- Kfi parbleu, celui de la place iK l.i Hrvolution.
Je crois que mes pied.i avaient des ailrs en ce moment tl'afrreu.'^e agonie , j'arrivai sut cette place sans savoir par quel chemin j'avais passé, ni comment je m'y trouvait: une grande foule entourait un large échaf.uid.
Il > avait en moi quelque chose de si étrangr, de si é)(Kré, quo les rangs s'ouvraient sur mon passage, et j^entoodais le peuple murmurer devant, derrière, et îi cMc do mol:
,,Kllo est folle, pauvre femmcl... elle \ient pcut-rire voir exécuter son prre ou son mari : elle a peut-être un dernier adieu à fiiirc: il faui la laisser passer." Kl j*iivMnçML<t, j'avançais • oiijour?! , enfin le Jourhc an pied do rrrhafnud.
et la, haktautc, éperdue, je tombe sur la première marche...
Mais le mouvement rapide qui se fait dans In foule, et les cris: „— Vo^ex-vous la charrette? — Non , elle est trop loin encore ;" m'ont r.»ppelée à moi, je me relevé, j'agite, de toute la force de mon bras, l'ordre qui devait rendre mon mari u la liberté, et je crie: y,Gràcf ! çràce !** Mais on ne me voit pas, on oe m'entend pas! toute l'attention du peuple se porte du côté où l'on attend les victimes...
t)h! alors, je sentis qu'en elTet je deveiuûs folle, et, dans mon égarement, je saisis par le hras un homme du peuple qui se trouvait près de moi, et je lui demandai aide et proiectioa avec ce cri de détresse qui remue les àaes les plus insensibles.
Cet homme avait quelque humanité au fond du cœur: il lut rapidement l'ordre de mise en liberté, et, comprenant toute l'horreur de ma position, il chercha à m'éloigner.
— Vous perde/, voire temps ici, me dit-il, courez au comité de sûreté générale : la charrette avance lentement, elle ne sera pas ici avant un quart d'heure, hàter-vous.
J'avais tout le jardin des Tuileries à traver- >er pour arriver au Carrousel... Le ciel me prêi« «tes forces , et je laissai derrière moi , en bien pou d'instauN , la longue avenue que j'avab à p.ircourir.
J'arrive enfin : mais à toutes mes prièrcn 0« répond :
— Le comité de sûreté générale ne peut vous recevoir dans ce moment: attendes.^
.\ttendre , oh! ce mot glÏMa dans mon cvur plu^i froid que la glace, et je crus un instant <«cniir le fer de la hache s^appu.xer sur mon cou .
Hors de moi et n'ccoulani plus neo , je me mi H à pous.«rr de tels cris, ^n'ils furent enien>lus.
l n homme parui, sa figure était sombre et la colère se voyait d.ins ses yeuv.
— Quels sont ces crisT que \cu' -••- femme ?
tim voix était racnaç.tote , mai«, loin de m'eflYayer, elle me rendit l'espoir
Je me jetai h genoux , je m'attacliaî aux habits de cet homme dout bien plus que ma vie dépendait; je lui criai grâce! grâce! et je couvris ses mains de baisers et de larmes... Il voulut me repousser: je l'enlaçai plus fortement^ et vaincu par mes pleurs, par mes prières, il me demanda d'une voix plus douce ce que je voulais...
Je lui donnai à lire l'ordre que j'avais obtenu deux heures auparavant, et je lui appris eu peu de mots comtnent j'étais arrivée trop tard ^ et comment enfin je venais de laisser mou mari sur le chemin de Téchafaud.
— Attends-moi, citoyenne.
Et, passant dans une salle oii j'entendais parler, cet homme me laissa seule, le front inondé d'une sueur froide^ muette, immobile, suspendue entre la vie et la mort... Il revint: je n'ai pas pu calculer la durée de cet instant. Un huissier le suivait.
— Voici un nouvel ordre, citoyenne: le comité de sûreté générale est toujours prêt à faire respecter les déterminations qu'il prend. Huissier^ il s'agit d'empêcher l'exécution du citoyen Renneval: tachez d'arriver à temps I
— A temps! répétai -je en fixant sur lui un regard égaré: oh! oui, j'arriverai à temps; et je ine précipitai hors de la chambre et je traversai en courant le Carrousel, les Tuileries.. . .
Mes forces épuisées par tant de secousses et de souffrances, se ranimaient à mesure que je me rapprochais de la place de la Révolution ; l'huissier avait peine à me suivre Mais lorsque j'aperçus l'échafaud, et sur cet échafaud un homme, un vertige me prit, la mort passa sur ma tète, je chancelai, et l'homme qui me suivait agita de son bras nu et puissant le papier qu'on lui avait remis, et je l'entendis crier: ,^ Arrêtez! suspendez!...** Puis je n'entendis plus rien, je ne vis plus rien: seulement je sentis que j'étais enlevée et portée au-dessus des têtes^ comme une barque au-dessus des flots.
Lorsque je revins à moi, j'étais assise au pied de l'échafaud: un homme soutenait ma tête sur sa large main; un ruisseau de sang coulait autour de nous, et une vile populace s'éloignait
lentement et comme a regret de cette scène d'horreur...
Hélas I interrompit la mère Ursule, il y a plus de quarante ans de cela: et cet affreux moment est présent à ma pensée comme alors.... Je n'entreprendrai point de vous peindre ma douleur, je n'ai jamais bien su moi-même tout ce qu'elle fut.
L'homme qui était resté près de moi me mit dans un fiacre: j'indiquai la prison de mon père et j'y arrivai mourante. Cet homme raconta à mon père tout ce qui venait de se passer; je le reconnus alors pour celui qui m'avait conseillé d'aller au comité de sûreté générale: c'était un ébéniste du faubourg Saint-Antoine; il continua de s intéresser à moi et vint souvent visiter mon père; les petits services qu'il aimait à lui rendre établirent entre eux une franche amitié; et les seules consolations qu'il ait reçues pendant sa captivité, il les a dues à cet excellent homme.
Je fus longtemps incapable de faire aucune démarche en faveur de mon père; j'étais tombée dans une apathie dont rien ne pouvait me tirer, et je puis dire que j'ai passé quatre à cinq mois sans avoir le sentiment de mon existence. Je restais des journées entières enfermée avec mon père: mais, ni ses prières, ni les yeux de mon fils, ne pouvaient m'arracher à l'immobilité dans laquelle j'étais plongée.
Je ne sortis de cette torpeur morale que par une violente douleur. Mon père tomba malade.
Je retrouvai pour le soigner et pour souffrir encore, toutes mes facultés; je m'accablais de reproches, je ne pouvais supporter la pensée que j'avais pu oublier mon père ! Je sentais qu'il me restait encore deux grandes taches à accomplir, celle de l'arracher à sa prison, celle d'élever mou enfant. Je rappelai toute mon énergie et ce ne fut pas en vain. Mes soins et et mes prières le rendirent à la santé ^ et dès lors je mis tout en œuvre pour obtenir sa liberté.
J'y réussis enfin, et le jour où je rentrai avec lui dans notre maison^ si vide et si triste, fut à la fois doux et déchirant.
Ml'KKE KHANÇAI!».
Il fall.iit vivre! le peu de fortune que inun |iere possédait avant son emprisonnement était presque anéanti: j'eus recours au travail, et mes jours et mes nuits furent consacrés à gagner de quoi aider à subvenir à nos besoins.
Mon fils ^grandissait, il faisait toute notre joie, et la vie coulait encore pour nous sinon heureuse, du moins calme et quelquefois douce.
Les fureurs de la révolution commençaient à s'apaiser^ et mon père venait d'obtenir uu petit emploi qui apportait plus d'aisance dans notre ména^^e.
La douleur avait blanchi mes cheveux et terni en moi toute fraîcheur de jeunesse; je n'avais pourtant que vin^t-neuf ans: mais c'est Inoill^ l'dge que les chagrins qui imposent à la jeunesse et H la vieillesse les signes qui les distinguent l'une de Kautre. J'avais la gravité et l'expérience d'une femme de cinquante ans, et je puis dire n'avoir vraiment eu <'e jeunesse que jusqu'à l'âge de dix-sept ans. Telle que j'étais cependant, je reçus encore plusieurs fois des propositions de mariage , et notre ami l'ébéniste fit^ durant plusieurs années, tout ce qu'il put pour me décider ù unir mon sort au sien.
Mais j'étais trop attachée à la mémoire de mon mari pour contracter une nouvelle union, et mon fils et mon pire remplissaient trop mou cœur pour y laisser place à une autre alfcctiou. Je dois dire nus.si que les chagrins^ joints à l'éducation première que j'avais reçue, avaient ouvert ni(»n àme à uuo grande dévotion, llelas ! mou Dieu, I instant approchait ou j'allais être suuniisc à la plus erurllo des épreuvc.o, et j'étais loin d'avoir encore mérité la palme du ronrt % rc comme je crois l'avoir obtenue à présent: car, qu'est-ce que mourir soi-même, si l'on comparr une tftrture ph> ^iquc à l'agonie qui voii.h fruppe tour à tttur dans ti>iit ee ijui vous est ehrr.
La merc Irsulo fit encore une pause: le calme de son visage était visiblement altéré, la nature reprenait .1CS droite.
Cependant, l'heure était presque ecouN-e, et je vo)alN le corridor et le parloir devenir de momrns en inoiiiriis plus dexertj*.
— Je vous demande pardon , madame , me
(lit la mère Irsule en se tournant vers noi: j;il)use peut-être de votre complaisance à m'écuuter. Je n'aurais pas dû revenir sur cette triste époque de ma vie; lorsqu'une plaie est fermée, ou du moins qu'on la croit fermée, il est imprudent de la rouvrir.
Ce qui me reste à dire ne sera pas long, ^i vous êtes mère, madame, vous devez savoir ce que c'est que l'amour d'une femme pour s«B enfant! le mien s'augmentait encore de tout ce que j'avais souffert : mon vieux père était mort^ et j'avais réuni sur mon fils toutes les affcctioDS, toutes les espérances de mon ca-ur.
,, Laissez-le-moi , mon Dieu, disais-je oiJUJa et soir dans les ar>lentes prières que j'adressais au ciel! laisse/.-le moi, pour que je béoisM votre nom en lui, et que mes jours s'écoulent à former son cœur à la vertu I**
Il ne m'appurtient pas de chercher à approfondir les décrets de la Providence; et depuis longtemps je demande à Dieu purdon des murmures qui se sont échappés du mon sein lorsque je n'ai pressé dans mes br.as qu un petit corps froid et in.inime... Hélas! oui, il en fut ainsi! Dieu m'avait marquée du doigt pour souffrir I Dieu lu'ùta mou dernier refuge, moa dernier amour, mon enf.tnt!
On nr meurt pas de douleur: il y a eo Beat une force iufiuie pour souffrir : plus le cvar semble prêt à se briser et plus il en est loin. \ oilà ce qu'il y a d'affreux dans les douleurs morales ! La douleur physique lue, on y échappe par la mort... mais la douleur morale ! il faut la subir dans toutes ses nuances, dans toutes tes ;;radalions: rlle déchire, elle abat, elle read folle, mais rlle ne lue pa«... oh! non, si elle tuait, je serais morte!
^uand je me vis seule, quand je n'entendis plui la voix de mon enfant, quand j'ouvris mes l»ras dans le \ide, rt que je n'embrasjial que r.iir et le silence;... quand 1rs heures, les joara, N<* succcdercDl ainsi,... alors, ô que Dieu ail pille de moi!... j'élevai noa Ame et mtk vais contre lui , et j'arrivai bientôt à douter de son existeacel
La prière^ cette seule goutte d'eau offerte à
MUi»EE FRANÇAIS.
la soif, cette seule ombre rafraîchissante posée de distauce en distance dans le désert brûlant où nous marchons, la prière s'éloigna de moi! Je marchai en aveugle, vivant sans vivre et ne distinguant pins les jours des nuits.
Je sortais beaucoup, j'avais besoin d'air, je faisais quelquefois des courses de trois ou quatre lieues: mais je ne savais jamais ni où j'allais, ni pnr où je passais! je crois qu'une année s'écoula de cette manière.
Je ne me rappelle bien qu'une chose, ce fut rimprcssiou que la vue du bâtiment de Saint- Lazare produisit sur moi. Ces murs, ces grilles^ me reportèrent tout à coup au temps où je croyais avoir épuisé toutes les peines de la vie: je revis mon mari^ jeune, brillant, me sacrifiant sa naissance, sa fortune, sa libertéj je revis mon fils au berceau , et je retrouvai dans la mémoire du passé les émotions que la douleur avait tuées en moi... Mon cœur s'émut, des larmes mouillèrent mes yeux, j'appuyai mon front contre la porte de cette prison^ où deux ans de ma vie s'étaient écoulés dans les pleurs, et je m'écriai : „Hélasî hélas! ce n'est pas alors que j'étais à plaindre!" Cette pensée ouvrit mon âme à une si vive pitié de moi-même que j'éclatai en sanglots !
Une crise venait de s'opérer en moi: la raison me revenait avec la mémoire, et la religion avec les pleurs!
Dieu m'appela encore une fois à lui; sa grâce descendit dans mon cœur: elle y ramena la prière, elle 3' éteignît le murmure, elle y ranima la foi... Dès lors mon parti fut pris,., et je crois que ce fut la volonté de Dieu.
Je me rendis à Saint-Lazare. Cet établissement était consacré aux filles de mauvaise vie, aux femmes condamnées à la réclusion et à quelques peines correclionelles, soit pour vol, soit pour d'autres fautes plu;s ou moins graves. Je m'offris pour servante; et depuis 1799 jusqu'à 1801, j'ai rempli ici les fonctions les plus pénibles et les plus repoussantes: heureuse démet-
tre ainsi les souffrances physiques àjla place des souffrances du cœur. Depuis cette époque, je suis arrivée, en passant par différens grades , au poste de surveillante , et c'est alors que j'ai pu adoucir le sort des prisonnières confiées à mes soins. On s'est étonné, quelquefois, de me voir rester ainsi volontairement dans une prison d'où toutes les personnes qui y sont entrées n'aspirent qu'à sortir: mais loin de m'y déplaire et d'avoir eu un seul instant le désir de rentrer dans le monde, je ne profite pas comme mes compagnes des jours de sortie, et je goûte ici un calme que je n'espérais plus retrouver. Le peu de bien que je fais a cicatrisé les blessures de mon cœur, et j'ai vu tant d'infortunes, et j'ai pleuré sur tant d'êtres, qui, comme vous, ma pauvre Élie, sont les victimes des circonstances ou d'une misère que le travail même n'a pu surmonter, que j'ai puisé dans la charité et dans l'amour de mon prochain, une grande abnégation de moi-même... Je crois, ajouta la mère Ursule en se levant, que le seul moyen de se consoler d'une grande douleur, c'est de se consacrer au service des pauvres ou des malades. Si je n'étais pas entrée à Saint-Lazare, je me serais faite sœur de charité.
Je pris la main de la mère Ursule, et j'y appuyai mes lèvres avec un sentiment de respect que je n'avais pas encore éprouvé.
£Iie pleurait! Son âme sentait fortement ce qu'il y avait de grand et de noble dans les autres âmes. ,,Je n'ose plus me plaindre!" me dit-elle lorsque je lui serrai la main en la quittant.
dFinJ
Aneciioie.
Un voyageur se promenant sur les bords du Mississipi, qui est très rapide, demanda à un passant comment on appelait ce fleuve. ,,Ma foi, monsieur, lui répondit le rustre, il n'y a pas besoin de l'appeler, il vient déjà assez vite."
«ëuiefelt). î>rucr unD ^Xittla^ t>on ^(l\)a%en éc iriafine.
V^"' Année.
CHOIX DE LITTÉRATURE
tiré
DES I»Ii:n^I.EUR8 AUTErilS
par O. Mj, JB. JTOEtlFW, pbof. et db., el C ^CMKC'MJ^ db.
([?e0r0e -^'anîï'^ ^xmtx\\nt\. *)
Cie franiôûfd)cn Gournafe terict)rften ror i'xm^îx ^îH, je n^ut ihrrr ^irtun^ mir ~ ' ~ i^rfuîi rfcer mitleibi^cr Xbeilnaljme, fca§ taé (an^e mit (^roêer lln^jebnlt txtoixuu îrjuai'r:/! .aramc
Dubeoant tei fier 91uffijf)runç) im Théâtre français nicbt einmal, ivjé man gewôbndct rinrn saccès d'estime ju nennen rtleçit, ç^cbatt, fonfccrn flanilidî nii§^jllm hjte un^ aie cin turcbjuJ» rfrunalùrfr*r SSerfud) ccn ter ^eiilrfidjen CictKrin iriet^r jurucf^enommen irDrîrn i-.i. î^if S(x\Uît\ t<i±i\[\^un ûi) auéfûbrdd) mit fciefer intfrejTjntcn (Jrfcheinunçi un6 fudjtin tH îBarum iii fr»^r^n^r^; 3ulfé 3anin ter îeuiUetonijl, p.ir excellence, ttx (îct) m einer unan^enfhmen ÎJ^e ^ffJn^, irni fr «luf itx rinm @ri(f mit ©eori^eô vBûriD fcbr tefreuntet irar. diif Ux antrrn o^fr fmrm ^jnirn U'thfilfnïrn u^^ urtbeiléfjtiç^en 'Publifum (^rç^enuter, ettojé, tué nirflid) mi^Iun^fn irar. ^ocl) ni(l>t ^rltinçtrn nrnnrn fonnte, fuctjtf (1* in einer rreitljuflii^en rarlej^unç^, ïxt dié fin 'JJîuila jcurnulnhidîfr rulfctif ^dtrti fann. fo j^ut ce ^\r\ç^, bcraué ju rcinten iinb eé iteter nul ^fm 'putMtfum ncd) mit tem *u:cr {ii rer» terben, intrm er bebauptele, ter ((Medstc (Jrfolv» rubre ^abe^, rt»fi( tHfori»ei< ^a^^ i<xx\ 3uiijauer nur dite irobit^fpjnnte (unD turd) ^Ie lançjc *^epjnnti*jft ilerecli'p aeltcr^e^e) Chjrjctae in ahen »ebl' bePannten ®itualionen dué leinen IWcnunen rcr^efûhrt, (lait ibm etrtjé Oirueé u^^ lier '" i^fJi jU tieten. So fînîe nidn 5. IV ten Walpb diié ttx 3nrijrd im ^\tx\ ter îrj^ctie; fen i . rni im
Ortonio (îlifci; fcle |)eltin frlbjl in rerfcticfenen !Womjnen ber *lîrrfanrrin irieter unt taé fri ter Wen^ic unertrJyiIid) gercefen. Tai fab dUertin<<* du4 ali^ Pt eé irabr lei. ater nâher tctrattet bâ(C .
nicfct flanj tie 'Prcbe, unt ter iHrunte ilnt rrcbl mehrere. ®ie pft irart ni*t \±çn. un? taé nitt: ;
tn ^ranPreid) fonbern aud) m ôn^ilanb unt tei un^ rin ^utrr IKpman t^efcbicft bfhantelt auf tif ^ûbn« )ïebrad)t, unt bter rrn *?«ruem irieter jum ïieMinç» te# ^ vf ; mr trju*<n ten tlfnet^fen l'efern
nur an tie hianc ron .^onlic, du Ondulé l'crrni s^-iarf, . .. .itrr ^cpll I Jsranhpe }u ennnrrn, um ibm ytleid) tic ^^ele^tr ror ^u^ien ;u fubrcn. de *^erilnnlid)una ron «uten ^^cTannien tur^t tie *^ûhnc Dietet tïeratf tem tenfonten ;îu|ctaijer einen neuen !Krij tar , te|T<n vH^nut er (Icb nul '.' :i bin»
^ibt. Paran la^^ e* al|0 nidjt, etcn lo ireniy» trie aliein an riner tôien ^timnuin^ t/* i.i. fiiiii* ^ej)en ten 'ilutor. itic antere, ter •BerfalTenn ncdb mebr tefr#untete 3eurna!nlen ju t(hjiip:en tra^frn, unt wie tieie l'eltil m ter *l»prrete \w rerjleben ^vtt: tat< fann leiter tel un<i wcbl rorfcmmen. aber
nid)t m ,NranPreicb, iro eé ter 9?a!ipnal|lpli me erlauten rrirt un^ tarin r ■ • "^ iretin (inietnc
bèéirilii)^ l^^ffintiti* eé rerlucben icliten, euien sJcbriflilfUer erften 'Mân^d » .5^ant iànf#
anerrannt, auf jcld^e !2i{ei|e ^u rerb^bncn unt \\i rrânfen, ti mu^ten tenn ppliliicte Vriteni^af^rn %ûi
') rovima ou U htine <ians l'Mnour. OeuM «I da^ tctM préeè4é ria frol«c«« pw G Smi4. Parts Itlii I rM. M «.
356 MUSÉK FRANÇAIS'.
hinm i\uUi)it\, \.m\ tciun hiet ahet nic!)t bie Dîebe fcin fonnte. — Une fd)eint tii Urfadje tiefcr ju Ue^ (\çn mit nfir rtJoUeii Dcrfudjen tem Sefer cim'ge 3in?eutiiiioeii fiir tit Slufflaruna biefeô merfitùrbigeit <pi)ancmené iu v^ebeii; benn baé ifl fca>5 totale DurtbfaUen beé îrauerfpielé eineé fo reict) be^atten poefilvten ^emiitbe^, ^Jr^îe|^«;^t ouf ter erjlen iSiibne gfiinfrcid)^, mit grôfter SJebe »on ben rorjiiglidj: ftcn @cl>aui>teloni in êccne gefei^t unb cor einem freifînniaen iinb gebilbeten 'Publifum jur (5rfci}einun9 ^ctra*t, j.îDen'aU':'.
^. (âiinb bJt (ïd) inbe§ aïé ein wacfercr 5^dmpe auf geifllgem e$«lbe fcine^rtegeé baburc^ ein» l'cbu(t)tfrn laiTen, fonbern taé 5Berf feïtjfl bcm Srucfe ùbergeben unb in ber SSorrebe aué9eiprocl)en , bûÇ Ile feine^tte^eé fid) alfd)recfcn lai\e »on neuen bramatifct)en 3Serfuct)en, tiz ()offentlid) eineô beJTern dr^ fpIvVô fi* erfreuen wurbe. V)uie 33orrebe ijl fo ffar, fo befdjeiben unb bodj mit fo tùd^tigem (©elbfl-t^enjut'tftîin gei'djrietjen, tci^ fie i(jr fct)on »on oorn Ijerein baé |)erj beô tt)cl)ln)olIenben 2eferé gcrtinnen mut. 5i>ii laiTen Ijier cinige (Stellen jum ^eroeife felgcn, efje rrir ju einer furjcn 3n()altéanaabe beé gtiicfe^, uni bcm Sefer ben ^aben ju beiTerem 3Serflanbnié in bie ^ant iU geben, ùberge^n.
La première représentjitioii du drame de Cosima a été fort mal accueillie au Théâtre Français. L'auteur ne s'est fait illusion ni la veille ni le lendemain sur l'issue de cette soirée. Il attend fort paisiblement un auditoire plus calme et plus indulgent. Il a droit à cette Indulgence, il y compte. Il n'est peut-être pas plus ignorant qu'un autre de ce qu'on appelle l'art dramatique, car il a vu représenter beaucoup de chefs-d'œuvre classiques 5 il en a senti profondément les beautés, et il a sincèrement admiré le mérite des œuvres remarquables de ses contemporains; mais il a voulu faire à sa manière et ne prendre conseil d'aucun d'eux. Il se sentait impuissant à produire de grands effets de situation, et il ne comprenait pas la nécessité de tenter une voie au dessus de ses forces, dans un temps où l'énergie du drame a été portée si haut par de plus grands taieuts que le sien. Il a voulu marcher terre à terre et ne prendre qu'une (ace de leur manière. Plus modeste et moins ambitieux, qu'on ne croit il a été persuadé (et il l'est encore) qu'on pourrait intéresser aussi par le développement d'une passion sans incidents étrangers, sans surprise, saos terreur. Ce serait un intérêt d'un autre genre, un intérêt moins saisissant, moins rapide sans doute; mais, dans tous les arts, chaque artiste exprime le sentiment qu'il a de la vie, dans la mesure de ses facultés, ou selon l'inspiration qu il en reçoit au moment de son travail. S'il ne réussit pas à faire aimer son œuvre, c'est sa faute, sans nul doute, et c'est à son peu de talent qu il doit s'en prendre. Mais lui contester avec emportement ou avec ironie le droit d'ess.iyer une manière, n'est pas le fait d'un public artiste et judicieux.
Unb ferner : L'auteur d'Indiaua et de Jacques a voulu mettre en scène l'intérieur d'un ménage. Il l'a fait souvent, il le fera souvent encore, n'importe sous quelle forme et devant quel public. Il y a l)eaucoup de choses dans ce sujet-là et il y en a qu'on ne doit pas craindre de répéter toujours, au risque d'être accusé de stérilité ou d'obstination. La gloire de l'homme de lettres par;«jt fort légère à sacrifier quand on a une pensée sérieuse et une volonté tranquille dans l'ame. C'est fort peu de chose que d'être raillé, je vous assure; et je le dis à vous, jeunes artistes, qui tremblez d'aborder telle ou telle carrière: si vous avez dans le cœur une bonne et généreuse conviction, vous ne sentirez pas le plus petit battement de cœur à cette première rencontre avec la masse, qu'on peut appeler sur toutes les scènes du monde te lever du rideau. Eussiez vous caressé quelque désir de forluue ou de gloire, vous sentirez votre personnalité s'évanouir comme un rêve à l'approche de ce combat où la vérité ^le véritable enfant des vos entrailles , et non pas l'œuvre de l'artiste, mais celle de Dieu en vous) va lutter contre le préjugé ou Tignorance. Vous vous sentirez bien fort non pas comme artiste (qu'importe le sort de l'artiste?) mais comme homme, et c'est de cela que vous serez fier^ si par maliieur, vous vous trouvez ce jour là le seul homme de l'assemblée.
Unb enMid): Non, tous les hommes d'aujourd'hui ne sont pas livrés à des pensées de despotisme et de cruauté. Non, la vengeance n'est pas le seul seutimeut, le seul devoir de l'homme froissé dans son bonheur domestique et brisé dans les affections de son cœur. Non, la patience, le pardon, et la bonté ne sont pas ridicules aux yeux de tous; et si la femme est encore faible^ impressionnable et sujette à faillir, daus le temps où nous vivons, l'homme qui se pose auprès d'elle en protecteur, en ami et en méilccin de l'àme n'est ni lâche ni coupable; c'est là l'immoralité que j'ai voulu proclamer "■•■). L'idée n'était pas neuve, la religion du Christ l'avait proclamée avant
♦) SWan t^at it}r lumlid) cor^cn'erfftt, haé eujft m mmioralifdj.
MUSKE FRANÇAIS.
moi, et si j avais présenté le caractère d'un époux vraiment apoi>toIique j'aurais excite bien d'âutrca murmures. Je ue l'ai pas fait, parce que je ne suis p:is catholique, je lavoue. îSi je TétaiSy j'aurais lo courage nécessaire pour le proclamer, même sur les planches d'un (htàtre. Mats si j'ai porté, comme bien d'autres, sur l'avenir des regards plus avides que ne le pcniici ^^^lise, je n'ai point abjuré la plus helle partie des vérités évangéliques , celle qui moralise les Ir-^iiimcs aATections et combat les instincts farouches.
Taé ift ein et(er Stolj unb eine ebreittcfrtbe (bejTnnuna, um )'o fhr«nrtjfrtb<r, rrfnn man fdjcn turd) )'c(d)e 'JO'îet(leriterPe, rric 0. Sanb fïe lieferte, ttwieien , tas man («ItH in Uintn ^ijerirrunj<n Cod) tdé Bo^I ttr 'JDÎen|d)(^eit utublaijï^ im 3iu^e (jjt unô auf îtx fcôOe tei 2eten« (Irijf.
(s5d)(u§ fol^t.)
MMlstoire iVune pauvre M^^iniUie*
Par Mnï« MkLAMR Waldor.
liCH PniivreM tleu Eiçlises.
Jk pensai, pendant bien des jours, à la mère Lrsule^ ù tout ce que Saint-Lazare avait renfermé et rcnfcnii.iii encore dcr coupables et «l'inuucens, aux souffrances du faible, aux vexations du fort; et je chercliai, mais bien inulilemenC, quels seraient les moyens d'ubvicr à toutes les injustices commises au nom de la justice!
Le temps seul peut amener, dit-oo, les améliorai ions, les chan^omens jii^és nécessaires dans l'ordre social; et Tun cite pour exemple lu prui;rcssiuu d'un siècle sur un au(rc siècle. Mai.s plus cette progressiuu est réelle, plus il M-raii a désirer qu'uu ruclivitjil et l'élendii do mauii re k ce quo lo bicn-étro d'une ^éuératiou no fût pas presque t<>ujours acheté au prix du malaise de celle qui l'a précédée.
Ou n beaucoup fait pour les pri ' comlticn uo restc-t-11 pas ù faire! nu a !>« nucoup Hiit pour les pauvres: mais combien plu» ue restc-t-il pa.«i ù faire encore!
On leur dit: Ne mendie/, point: mai> on ui leur met pan dans l.i main le murccau de paiu qui peut les empêcher de mendier. — Kl que veut-ou qu'une mère fasse lorsqu'elle entend autour d'elle >c> cuf.ius crier: J'm ftim' lors-
qu'elle les voit défaillir et qu'elle >>.i;' ;• I:!, u deux p:is d'eux ^ se trouve ou du i i de
l'argent! Est-il une vertu humaine qui puisse se ployer alors à la stricte observance des lois? est-il un seul des hommes qui out f.iil ces lois qui hésitât à les éluder >'il se trouvait face à face avec sa femme, ou son père, ou s^on enfant mourant de faim.
Kt cependant chaque jour voit punir se\èrcment ce qu'un appelle le dttit dt mendiciUl
Sans doute il est des pauvres de profession, des pauvres plus riciics que les p.assans qui s'arrêtent pour les secourir: mais ceux-là sout faciles ù distinguer des autres ; et si la loi ne .t'appliquait i|u'à eux, elle serait ju^tc et ne serai! pas barbare. O'où \ient qu'au conir.iirc ces pauvres Je ftrvftssiun sembleul échapper aux rigueurs de cette loi 'if D'où vient qu'où les vuil aux portes des églises, marniollaDt des prières qui .N'adressent beaucoup plus aux hommes qu'A hiru , ol (|ue les aveu;;lrs .«^c pl.iccut rncurc, couime .s'ils y élaieut do fondation, les diroaucbcs et les jours de fête, sur la chaise qu'ils iraiocui d.ms l.i rue ju<(qu'Aux portes des egli.ics! N'ontils plus leur chapeau ou leur ecucllc sur leur* genoux'/ n'cxploilcnl-ils plun I4 dctule ebaritè I i< les?.. .SI fait vraiment, ci Ion entend I «rgrut tomber ci les béuediciions se p^.tliuodicr tout au>.si souvent cl tout au^i Idtrrmrnt qu'au ii-iitpH ou la loi u'cxi<>lait pas. ^)u*rikl-ce donc •^tiune loi protégeant les pauvres des i-glwv^ ( |*.tuvres, je l«- répète, mieux nourris que beaucoup de lideien qui Ici prennent en pilir ), tandis qu'elle frappe le %crUable p.iuvre, le mallicurrux
MUSKK t'RANÇAIS.
qui s'échappe uu iustaut de sou grenier pour prolonger d'un jour sa déplorable existence, ou qui, pour éluder la loi^ se place au coin d'une borne et vous tend en silence ou une botte d'allumettes, ou uu quarteron d'épingles!
La distinction que l'un établit à présent entre la mendicité et le vol est si légère, qu'il en résulte une innombrable quantité de vols.
Hélas! il faut vivre avant tout! et il est bien facile au riche d'exiger toutes les vertus du pauvre! reste à savoir si^ pauvre à son tour, il lui serait facile de les observer.
Elie passa trois semaines à Saint-Lazare; je ne pus obtenir que huit jours de grâce, et pour cela, il fallut faire bien des pas, bien des démarches. Ou était en carnaval: Elie pensait avec raison qu'elle pourrait vendre des violettes dans une saison où les bals sont aussi brillans que nombreux. Je fis plusieurs tentatives pour lui avoir une permission : je ne pus y parvenir. Bien des mois s'écoulèrent à lutter contre les privations de toute espèce ... Enfin, Tannée dernière, un homme de mérite, M. Roselly de Lorgnes , auteur d'un ouvrage intitulé: Le Christ devant le siècle y voulut bien^ touché du récit que je lui fis des malheurs d'Elie^ agir en sa faveur: il écrivit à M. Gisquet, et obtint presque aussitôt une permission j autorisant cette brave femme à vendre des fleurs et (fes oranges.
Une préfecture ne cause pas plus de joie à celui qui, après de longues sollicitations, parvient à y être installé, que la pauvre Elie n'en éprouva en recevant sa permission. Pauvre femme! elle allait pouvoir acheter des fleurs, sans craindre qu'elles ne lui fussent enlevées! elle allait pouvoir les vendre sans craindre d'être traînée en prison !
Ah! que l'on se doute peu, lorsqu'on parcourt les rues de Paris, et que Ton rencontre sur son chemin, assises au pied d'une borne, ces pauvres marchands de fruits et de fleurs qui sollicitent votre attention, que l'on se doute peu de ce qu'elles ont à soufl*rir de la dureté des sergens de ville, de la sévère investigation des agens de police, dont la plupart exercent sur elles une autorité toute despotique ! Pauvres femmes! elles
vivent comme l'oiseau sur la branche, n'osant se fier à rien; et, tremblantes d'être passibles d'amendes et de réprimandes: le public leur esfc moins dur que ceux-là même qui devraient les protéger.
lia Iflarcltaiicle de Fleur» de la rue Castiglione.
Elie a été beaucoup plus heureuse que la plupart de ces pauvres femmes. Sa patience^ sa douceur ont aussi contribué à lui assurer un repos acheté par bien des tourmens; les agens de police du quartier'Rivoli lui sont doux et bons, et le commissaire de police n'exerce sur elle qu'une autorité pleine de bienveillance.
Le mari de Julie, le grenadier Wolff, a obtenu un congé d'un an: il gagne par son travail de quoi nourrir sa femme et un petit enfant qui est venu remplacer celui que Julie pleurait encore lorsque le hasard me conduisit près de sa mère. Toute cette famille vit ensemble, s'aimant avec cette tendresse et ce dévouement sans arrière-pensée qui console le pauvre de sa misère.
M. Yéret n'est plus au Palais-Royal. Les secours accordés si longtemps à Elie lui ont été refusés: elle est timide, elle n'a pas osé insister. J'ai fait plusieurs tentatives près du sous-chef de M. Véret, elles ont été infructueuses; j'en ai conclu que M. Mutrel n'avait plus de crédit, ou qu'il s'était lassé, ce qui arrive souvent, d'obliger longtemps la même personne.
Élie est donc réduite aujourd'hui à soutenir à elle seule son mari et ses deux petits enfans: il faut vendre bien des fleurs pour gagner la nourriture de quatre personnes et pour payer uu loyer, quelque peu cher qu'il soit... Cependant Élie ne se plaint pas, sa délicatesse égale sa probité: elle vient me voir souvent: elle y trouve toujours le même bonheur. S'il est un cœur fidèle sur lequel je compte, c'est, celui d'Klie; j'ai fait bien peu pour elle: ma fortune ne me permet pas de venir à son secours comme je le voudrais ; et de toutes les personnes que
MUSKK FRANÇAIS.
j'ai obligées dans le courant d'une vie déjà I mora/, car on s'y déchire avec une grâce toute longue par ses déceptions et une triste cxpé- j charmante; il est bien rare, dis-je, que je re-
rience acquise souvent au prix de mon repos, Klie est la seule, je puis le dire hautement^ qui n'ait pas donné lieu pour moi ù un repentir^ I:i seule dont le cœur ne se soit pas senti trop étroit pour contenir la reconnaissance. Bonne Klie! si elle n'a pas l;i religion du Christ, elle en a les vertus! C'est elle à présent qui chcrclic à me consoler lorsqu'elle me voit triste; c'est elle qui passerait ses jours et ses nuits près de moi si j'étaia malade; c'est elle qui m'apporte en été, comme en hiver, ses plus belles fleurs!... (Juelqucfois ou les regarde chez moi: on me demande quel est le galant chevalier qui m'offre de si jolis bouquets? et je souris alors à ces fleurs, dont la source est si pure et si douce à ma pensée, et je réponds: C'est un mystère entre elles et mol.
Klie me raconte fidèlement ses gains et ses pertes. Mais lorsqu'elle vient me voir^ elle a toujours soin, la crainte que je veuille lui payer ats fleurs, de me dire qu'elle a fait une bonne journée. Excellente femme : I/estinic que j'ai pour clic aide à me consoler de ces mille piqûres d'épingle qui vous font payer cher, d;ins le monde, la crédulité qu'on y apporte et le désir ardent d'y rencontrer ju.stice et bienveillance... Le monde est une vieille coquette fardée: il ftiut s'en moquer, si l'on ne veut être joué p.ir lui! il faut se ilétourncr de lui, s\ l'on ne veut paa que son soufllc llelrisxc les plus pures pensées, les plus chastes espérances; si l'oD ne veut pas que sa robe, faite lics lambeaux de tout ce qu'il a profané, •inlis.'te vos actions les plus Innocrntr.s et vus paroles les moins faites pour être tnveniiuées.
Depuis que je porto en moi cet esprit observateur qui désenchante de tout, parce qu'il montre tout à nu ; depuis que j'ai appris à mes dépens à mettre la défiance n la place do la confiance; depuis que je Ijlcho de n'être plus dupe ou d'une fau>se vertu , ou d'une (^4U^se amitié, il est bien rare que je revienne d'une do ca réunions qu'on appelle soirée de plaisir , et qui ^ciiùt plus justement nommée rlrgant cnwft-çurgr
vienne de l'une de ces réunions, sans rapporter au fond de mou âme l'amertume, la tristesse et sans m'écrier:
„0 mon Dieu! aie pitié de tes enfans; car eux, ils sont sans pitié les uns pour les autres!'^
Avec Klie, je n'ai jamais au cœur ni tristesse, ni amertume: son âme est tout amour, tout vertu: elle ne connaît ni la haine^ ni Tenvie. Elle prie^ elle aime, elle souQ're et n'accuse personne... Sa vie obscure coule abritée par l'oubli, comme l'est le ruisseau par l'herbe solitaire qui croit sur ses bords.
Cependant, malgré son excessive bonté, fclie a par instinct une grande connaissance du cœur liuinain: elle a de ces mots naïfs qui frappent, parce qu'ils sont justes et qu'ils font image!
,,Je ne peux avouer ma misère à tout le monde, me disait-elle un jour: plus on se découvre et plus ou a froid.*'
Dans la rue Castiglione, sous les arcades, à gauche en sortant des Tuileries, au n* 7, auprès de la boutique d'un marchand de vin^ on peut voir tous les jours, quelque temps qu'il
lasse, une marchande de fleurs C'est Klie.
Klie ptsse ses longues heurs, souvent bien tristes, ù former ses bouquets et à tricoter des bas pour ses petits enfans... La place qu'elle occupe est bien humble... >lais celte place est toute sa fortune! . . .
l'uisso cette histoire, vraie djuis ses Moiadrc* dét.iils, attirer sur Klie l'aticntioa et l'intcrri de (-eux qui la liront! pulsse-t-ellc lui faire vendre chaque jour quelques fleurs de plus...! Je ne regretterai pas alors de m'élre décidée à la rendre publique dans l'espoir d'être utile à cette pauvre f.tinitle, et d'avoir ainsi renoncé au bonhrur do pouvoir me dire: ,,Le secret du peu de luen que j'ui pu lui faire, n'appartient qu'à Oiev!'*
Par Jules Sandkau.
Dans une des principales hôtelleries de Vérone, on vit un soir un mouvement extraordinaire; des groupes se formaient dans la salle et jusque dans la cour, on parlait avec chaleur ; un étranger eût pu croire qu'il s'agissait d'un grand événement politique; car^ pour ce peuple restreint à la passion des arts, le début d'un chanteur ou le succès d'un opéra sont d'aussi puissants motifs d'intérêt que chez nous le renvoi d'un ministre ou une déclaration de guerre.
Or il ne s'agissait rien moins à Vérone, ce soir-là, que de la rentrée de la signora Gina, jadis les délices de la ville, mais éloignée du théâtre durant plusieurs années; son nom partait de toutes les bouches, accompagné des épithètes de diva f de benedetta.
Un grand silence succéda aux transports. Tous les yeux se tournèrent vers un jeune homme qui venait d'entrer sans rien dire à personne, et qui s'était jeté sur une chaise demi-brisée.
Il était beau, mais étrange. Près de lui, sur une table^ il avait posé son manteau roulé autour d'une épée, et sa main droite était cachée dans son sein.
— Valterna! lui cria quelqu'un en lui frappaat sur l'épaule.
Il ne bougea pas^ seulement ses grands yeux noirs se tournèrent lentement vers le cadran de la pendule.
— Il n'est pas encore temps, dit-il.
Et son regard, un instant animé, se voila de nouveau des longs cils de sa paupière.
— Quel est cet homme? demanda un Français arrivé depuis une heure à Vérone.
— C'est Valterna, lui répondit-on.
— Un officier? dit le Français en regardant répée et les moustaches du jeune homme.
— Non, reprit-on, un dilettante.
— Un voyageur autour du monde, dit un autre.
— Un furieux, un fou, ajouta un troisième en s'éloignaut.
— Peut-être pas si fou qu'on le punsc^ dit le
premier qui avait parlé; mais qui peut savoir la vérité?...
— C'est une histoire singulière et que nul que lui ne peut raconter.
Le Français, frappé profondément de l'aspect de Valterna, céda à un sentiment d'intérêt irrésistible en poursuivant ses questions. Les uns lui dirent que c'était l'amant disgracié de la cantatrice Gina, d'autres que c'était l'amant heureux de la duchesse de R=l*=i^*. — Écoutez, lui dit-on^ si vous êtes curieux de le connaître, essayez de le faire parler; peut-être vous montrera-t-il plus de confiance qu'à un ancien ami, peut-être aussi vous touruera-t-il le dos sans vous répondre; car il est bizarre, inégal, inexplicable, mais il n'est pas méchant. Avant sa folie c'était un granit cœur. Allez, parlez-lui de Gina. SI une fois vous le mettez en train de raconter, il vous en dira beaucoup; mais on ne peut que médiocrement se fier à ses récits, car il ne sait pas toujours luimême ce qu'il doit penser de sa vie.
Le Français s'assit à la même table que Valterna: c'est alors seulement qu'il crut ne pas contempler ses traits pour la première fols. Il se demanda à quelle époque de sa vie le vague souvenir de cet homme devait le reporter, lorsque celui-ci, avec autant d'assurance que s'il l'eût quitté la veille^ se jeta dans ses bras en l'appelant son ami, son camarade^ son cher Numa. A ce nom, le Français tressaillit; il crut se retrouver enfant au collège de Montpellier, et serra contre sa poitrine un ancien compagnon dont la figure et le nom s'étaient presque eflfacésde sa mémoire, mais dont le caractère enthousiaste et sombre marquait comme un trait ineffaçable dans la vie de ceux qui Pavaient une fois rencontré.
— Vous me voyez bien changé , dit-il à son ami après ces premières effusions 'délicieuses pour deux cœurs qui trouvent Tun dans l'autre le témoignage d'un bonheur perdu; le chagrin et la maladie m'ont vieilli plus que les années.
Numa rinterrogea avec cette réserve délicate qui inspire la confiance sans l'exiger.
— Gina! répondit le Véronais; et un sourire infernal sillonna sa bouche flétrie. Gina ! c'est toute mon histoire.
Hl'SKE FRAXÇAI!».
— (Quelle est donc cette Gioa dont le uuiu trouve ici tant d'échos V dit le Français.
— Vous ne le savez pas? dit Valterna avec auicrtume, c'est la dutliesse de R^^^.
Numa fît un mouvement de surprise.
— Oui, reprit > alterna, lu femme du duc de R***, votre compatriote. Navez-vous pas entendu dire qu'il s'était marié ici avec une chanteuse?
— Il est vrai; je m'en souviens ù présent.
— Gina! pauvre Ginettaî dit le \éronais; on a vanté snu bonheur, elle fut seule à ne pa^s y croire. Certes clic pourrait dire tout ce qu'il 3- a de maux vivants sous l'éclat des richesses... Klle était si belle autrefois^ jeune fille chantant chaque soir sur le théâtre de ^ éronc, puisant le honlienr et la vie dans les applaudisseincuts d'uu puhlir quVllc enivrait de sa voix ma^ique^ et qui Tépuisait à son tuur des transports de son enthonslasme; jeune fille si belle à voir et si ravissante à entendre qu'on ne pouvait la voir et l'entendre à la fois! Oh! si vous l'aviez vue paraître, froide d'abord et belle comme une statue antique, absorbant dans son regard toute une foule muetle et pi'ilissantc! si vous aviez vu ses narines se gonfler^ ses lèvres frémir, son sein s'agiter aux premiers accords I puis comme tout à coup sa voix, sortant à fluts harmonieux, coulait douce et sonore, ou éclatait forte et passionnée! Noix du ciel, voix de l'cufcr, remuant tous les cœors, vibrant dans toutes les âmes, les rafraîchissant de suaves mélodies ou les torturant sans pitic d'accents cruels et déchirant.i! Moi, je l'ai >ue, cette feinmr, comme un lutteur épuisé de sa victoire, s'arrêter, les bras pendants , 1rs 3 eux éteints, cl l'on eût pu entendre son haleine euibraséo s'échapper inégale et pressée de sa gorge haletante; et U foule était là sans force, sans voix, osant à peine aspirer l'air... l'uis c'était c(»nimo un rêve dont on sortait par un coup de tonnerre; il n'> avait qu'un seul cri, qu'un seul enthousiasme, et la jeune flilc souriait; ses mains tremblantes se croisaient sur sa poitrine, et des lanMf ée boaheur brillaient à ses cils abaissés.
Valterna laissa tomber sa tète sur SOQ stio. — > ous TainuMl dit le Kr;invais en lui pres-
sant la main avec un sentiment d'affecdon sjmpathique.
— Oui, elle éUli aa vie, répondit le jeoBc homme. La voir et l'entendre, c'était toute na joie. Avant die mes jours coulaient tristes ec uoDcbalants, j'existais sans piuvsions, saas toariiicnts, sans désirs: je la vis, je TeafCBdls, et mes jours se passèrent à désirer le soir, et le soir je sentis à mes larmes que j'étais né poar le bonheur. Les autres l'admiraient, je la béaisnis en secret; ils avaient pour elle l'enthoosiMae^ pour elle mon âme avait un culte; elle B*é<ail que le soir de leurs jours, elle était mes jours tout entiers. Oh ! vous ne savez pas ce que c'est que cette existence fade et monotone à laquelle on se laisse aller, vide d'émotions, de sourires et de peines. C'était mon existeoce à noi^ et Gina m'apparut, bienfait et bénédiction! ma vie s'alluma à son regard, et mon Ame engourdie se réveilla aux accents enchanteurs de sa voix. Le croirez-vous? Jamab ma main n'avait pressé la sienne, je cro vais que mon regard n'avait jamais arrêté le sien; mais elle m'avait donné les émotions qui enivrent et qui tuent; elle devint un besoin pour moi. Il fallut que chaque soir me rendit le bonheur de la veille. C'était comme une religion que je portais dans mon cceur, une religion :i laquelle je vouais la vie qu'elle m'avait donaéc. (Jina in'avait-elle remarque? Le bruit de mon admiration fanatique et.nit-il parvenu jusqo'.i elle? Son àinr d'artiste, son time enthousiaste cl neuve avait-elle rêvé quelquefois i% celle qui lui de\ait ses joies et ses délices? Je l'ignorai loncierops: mais y éinuice bir.arrerie de ma destinée! j'étais heareax, je me disais que l'amour de la gloire remplissait sa vie fout colière et qu'il n'v avait plus ea elle de place pour les autres passions. Kilo pleurait aux applaudUsemenls d'une foule idol.'ltre, elle Hait ù une parole d'amour; j« n'avais donc pas de nval à craindre, .\prfs le boBbeur de l'aimer, Il n'y avait rien de plus enivrant que le bonheur d'être airoee dcll»-, jo n'y croy ais pas , et , piiSBaié qu'elle dépensait tout .««on cirur daas ses cbaau, qu'elle le jetait tout entier sur la scèae, je pvUais dans laciivite lu'clle .i\.iit i.iit eclore ea moi le tfatlairBt
exquis et pur d'une félicité sans mélange. Après vous avoir dit mes premières joies sur la terre, je ne vous parlerai ni du bruit que fit dans Vérone mon amour romanesque pour Gina^ ni des étranges commentaires que chacun hasarda sur mon compte. Le vulgaire ne comprendra jamais ce qui tranche hardiment avec le commun delà viej et, comme pour se venger de ne pouvoir comprendre, il s'en rit comme d'une sottise ou s'en étonne comme d'une folie.
„Cependant deux seigneurs étrangers, voj'ageant par manie et s'ennuyant partout, arrivèrent à Vérone. Le plus jeune, le comte de C***, fat par principes, sceptique par ton , doutant de tout, excepté de sa beauté et de ses moyens de séduction; le plus vieux, le duc de R'î*'.-^-, profondément égoïste, saturé de plaisirs, prêt à tout faire, à tout sacrifier pour colorer un peu la vie pale et morne qu'il promenait depuis dix ans.
„ïl n'était bruit alors que de la prima donna. Ne pouvant la partager, les deux seigneurs la tirèrent au sort. Elle échut au duc de R'î'^'i'. Gina se rit et du duc et du sort. Le duc amusa tout Vérone. Son amour-propre fut cruellement blessé. — Je l'aurai! s'écrie-t-il un matin. Le soir elle était à lui; Gina était duchesse.
,,Ne me demandez pas les raisons qui la déterminèrent à échanger son bonheur contre un titre et de l'opulence : je les ai toujours ignorées. Pensa-t-elle s'élever plus haut dans l'opinion en joignant un faux échat à tant d'éclat solide et réel dont l'entourait son talent? Eut-elle la faiblesse de se croire au-dessous de ces femmes qui l'applaudissaient tout haut et qui Tenviaient en secret? Hélas! elle était plus qu'elles toutes; elle préféra devenir la dernière d'entre elles.
,, Vérone perdit ses soirées de délices. Une fièvre brûlante s'empara de moi, et je n'échappai à la tombe que pour me sentir agité de tous le^ tourments de l'enfer. Le barbare! il avait désenchanté ma vie; et cette femme que j'idolâtrais, cette femme que j'avais respectée jusque dans
mes rêves les plus doux, elle était <^ lui, 11 l'avait à lui seul; je voulus mourir.
„Je n'eus pas même la consolation de la savoir heureuse pour adoucir la douleur qui consumait mes jours. Pauvre Gina I la plante qui croît sur la montagne périt à Pombre des vallons. Son mariage fut splendide et triste. On enviait le bonheur de Gina; elle s'y laissa traîner en tremblant. Dès le premier jour elle se sentit à l'étroit dans cette destinée nouvelle. Adieu cette vie d'artiste si pleine et si brûlante ; adieu les agitations du théâtre, les enivrements de la gloire! Vint le positif de la vie, froid et sec comme le cœur du riche; celui de Gina s'y brisa. Pauvre femme! le luxe et l'opulence ne lui allaient pas; il fallait à ses larges poumons un air et plus âpre et plus libre. Ses joues se cavèrent, etses grands yeux bleus se marbrèrent de hoir. Triste sans chagrin, on la vit d'abord joyeuse sans gaieté. Si le soir , dans ses salons brillants qui réunissaient toute la noblesse de Vérone, elle s'abandonnait à la verve de son talent, si elle retrouvait ses brûlantes inspirations, vous eussiez vu ses joues se colorer, ses yeux s'animer, quelque chose d'inspiré briller dans ses regards. Qu'elle était belle encore! On l'entourait alors, on la complimentait, mais son regard s'éteignait tout à coup, et sa tête s'affaissait tristement sur son sein. Ce n'étaient plus cette extase immobile, ce silence contemplatif, ces trépignements frénétiques; ce n'étaient plus ces femmes brûlant de sa passion et pleurant de ses larmes, ces mouchoirs qui s'agitaient, ce lustre étincelant sous la voûte retentissante, cette pluie de fleurs qui tombait à ses pieds; ce n'étaient plus ces cris qui la rappelaient sur la scène : dans ses salons tout était froid et morne.
iSuite.}
93om MUSÉE FRANÇAIS crfdjctnt tvijdjcnthd) tint SKuoimcr. S)ic «PoRamtct ocrfcnl>cn ^ic SWummccn wodjerMi'd» tie gjiidjtauMunjcn monatlid). — Slboinicmciité • «Prcié fiir 26 SWummern obcr 6 aJionat 1 ÎÇIr. Ctn «bonnement untcr «6 Kumnicrn fintct nidjt ®tatt. 3u beîtcljen furdj alic SBudjIjanMungcn uni) ^oflJimter.
V'^^'Année.
CHOIX DE LITTÉRATURE
tiré
DES niETfiriEUKS AUTKVIl!^
TANT ANCIENS QUB MODFRNKS,
p^r O. El, B, JTOIjr'JP, PROF, et dr., et C. SCULTZ, de.
(55ebn t»ir nun jU bem 5(ucfe fclb(l ûber. J^ie (Jcenc iil in glcr^nj. 3" ^"" ^Jîu ^f^cn^.n 'Borfpiel, taé in einrr Kirdje llattfinfcel, iVfjen roir ôcûma, tic ^dtun feé ÎJetruccio «;riu, rinr* rb reniinifAen 5taufmjnnfé unt) ©urgeré tètent fnieen, in finijifr vîntfanunç» )lcbt i^r ?rrunfc uni i»ju#' genoiu "Tîeri; fie bitut tiefen ibren C)beim ben 5?jnonifii^ ju rufrn. 5iîJ^r<n^ 9îai Hi) fnrfant, iritt Trbcnio (JliK'i, em rricDer 'IJenetidner, mit i<\n<m aie Tvime rafl<ib<ten pjvifn cm. b^m cr 'lîcrbJltuni)émj§rryteln gibt. Dann Dcrbirgt er ftd) unb beljuictt ôoflma'éi (^HprJct mit ihr/m Cbrim, in ir<(> d)em tidV ibm erjjblt , irie Orbonio ibr nact)|ltUf unb U\ne Wfvunrrarl fin unaPljrliiîcé i^t'uM m ibr trnjrcfc. Tuer Sidwomtué berub^t lie unb ç^(\)t ^)îai ju rufen, ba ild) cnfrernl bJt- rieum ùnbrl ubcr Orbonio feinrn rerfleibrirn ^aç^en ent^rgen, brr ibn irre fûbit unb b/nuM tit ^tit , um ^otimj t'ine îifbe auf bjé bffliyïilf ju erflartn. '^îtn Prbrt nun mtbfr jurùcf unb fiibrt Ccilmj, bit fii) unjfbulbi*» llellt unb bebduptft alltin auf ibr j^^rt-artrl jii babrn, fort, rrbonio triirbit nun i.incm PJ^rn. bJ rr Ifibll nad) 'i^rnct^ mu§. roâbrcnb jrincr QlbrtdVnbfil Kinr OicU< ju ipirkn unb m bdAnbrnrr vinlfcr» nunt^ lld) lebrn 'ilbenb m bciT<n JTI(ib<rn ibr ju };;«>'", am Xa^e abrr a(é irirflidbrr 'paar alirn ^rufro iu crflarm, |>in i?ar |fi irif rt»abnilnnM aui< l'itbf unb \j\]t Oîicmanb^n ju n±. Damit rnbct ba* *J3cripitl.
Ter tx\}< ^ufiUyi (pirit in «^oflmaé £>jufr. <V>i^ca(inj bir riencrin rr^ablt ibrrr ^rju, ba( Cr ccntc jfbin îlbfnb um ba^ ^Jul icbificfcf unb tlcb nrif nirniA .vbribf, audb ton itn '^ra^tbar- ^ r jïtbaltrn irerbr, ct^nnia a'if.n Mrlb<•n^. maiji b;f .i<imnfun}i, taè <f <in tu\<m "licrnbt niJbl rr^ . i fri unb rrii^nft baruba m 9rad}|lnn^n, aué n>rl(t>rm Ile 'Jifri P6r(. bfr ^t «lu^ btftM. db<r mtt grctrr (Jbrfurcfcf liibf. vioilma brutt m 5Tla^fn Mi^ . t^^ bc ïan^^rrdlr \[t rrrjfbrr unb té ibr an alirn 3n' icrrilfn frble. ba jle *?ii(l)ié Ibun fcnne al.< ê'tibr ip:nnrn. ^ir lerrl tai Siortdbtn m:t bcn ^cibcn» fnâucln ïftfu^ ror '.Vrri unb ré faUi «m rriflct^dte^ 'il^riffdbrn hrrauf, rcn brm n< mcbr^ tn\t. '^Uu rt»iU f* unvul*|rn rabrrnnrn, atrr lie ntinmf ré ibm rtt^, um ili) bamit bic ïan^rrfilf )U rrrlrnbro. Dabci 1(1 wifber nur ron b*r ^br< ibrr<< 'DJanne* Cir !}{ttt unb tjé nimmf ccûma ilrté ûbrl, brnn cl ffkiuft (le, ba^ nutl île, lenbern nur bi« vJbre ibre<» i^^atliB m 'JVfraAt femme. Cieter nabi leçi miC cmi^^en TNceiinben, fie #r jum *?lbenbeiîrn rm^rlabrn; île iVçen (lA unb eiTrn unb frmPrn. ceilma MntC aber triib unb rerOert. Ta fcmml picçlict ber »Z^arjrlio unb arrnirt prtruccic. rcil cr rerbiAti^» i0, rrbonio, briJin l\ict)nani man mil ab^eicbniltnum >Trrfe im 9((no ^lefunbrn. rrmrrb(( iu babrn. %l vifc fol(t( rub^ bem Tiener bcr '^uH\i, tit Vnberen ilnb ater in f^rr^er ^etluriun*). N jebenfdOf tit ^oKrr (riner barrt, ??rti pUrit ab. um n<6 ail Ibalrr an)Uy(rben unb baburc^ fcinen ^reunb ant QcM Ibâier i^cr itn 'I)îjit.ioiijlin ni ictiifcn.
362 MUSKE FHANÇAIS.
Zw imxUn îïct flcjlcM fïcï) ^ojTma, n^elctje Or^onio mxîlidi tobt ^(aubt unb feinen le^tcn -Bricf, ben Ile aufbcroafjrt ï)>it. l)crorrjiel)t, ba& ile ifjn (^eliebt l?abe. «piôçtid) erfdîeint cr ror il)r, mirft fictj ûiif tie ^nicc unfc tanft \\jv fur ij^re 2iebe. Dann erjal)lt er if)r, taf fein «page eé geiuefen fei, ben in • (fincn 5tleibern ï^antiten ermorbet unb ta§ er oon 35encï)ig fjerbct'aeeilt, iim ibren ©atten ju retten. tlîad) finem fiirjcn teibenfct)aft(id?cn ©efprâd), in n)e(d)em fie ifjni erflart, fîe iroUe ifjn mz einen Q3ru^ ter (ieben, trenn er bie îHube unb (5()re ifjrei^ ^aufeé fortan rcfpectire, cjeljt jle ûb unb Orbonio niadjt nun folgente iljn in- feincr ganicn (S(!)led)tiviFeit cfjaraflerijlrenbe ibemerfuncj: Elle a pour. La peur est la vertu des femmes de cette classe. Et Dieu sait pourtant si leurs maris sont clairvoyants! Ce pauvre Alvise a cru à ma justification avec une ingénuité! et moi, j'ai menti avec une assurance! Allons, l'amour justifie tout. — 5îaum ijl er nun fort, fo eilt SojTma an baé Senjler . |îe[)t ibm nad), ficij binter bem ^Sorfjange oerber^enb unb bridjt in tU 2Borte oué: Non., ce n'est pas un fantôme! c^est lui^ c'est bien lui!... Mon Dieu! pardonnez moi d'avoir blaspliémé. Dann fommt ber Sîanonifué unb erjafjlt iljr, rtai jîe bereité meiê, fîe tî)Ut aber aie (j'ore (ie eé jum erflen 'JJial ^tiruccio febrt nun ju ben ©einen jurùcf unb jlellt ibr Drbonio a\i feiien Oîetier oor. Diefer tbut, a\i rooUc er an bemfelben 5lbcnb fd)Dn wieber nadj 35enebig unb jTe mu§ if)n nad) ifjreé ®at(en 25unfd) felbjl bitten ju bleiben. bebanbelt il)n aber nad)f)er mit (Strenge. ^olaenber îfjîonolog Orbonio'é Wii^^ ben 21ct: La vertu a donc son effronterie comme Je vice! Quoi cette femme que j'ai quittée avouant son amour au confessional et que je retrouve ici, tout à l'heure, arrosant ma dernière lettre de ses pleurs, ose à l'instant même reprendre l'audace de son rôle et me traiter en esclave! Vous jouez trop gros jeu, madame et vous perdrez la partie. Un peu de faiblesse, un peu de crainte vous eût sauvée peut-être! Mais vous me mettez au défi, et comme une femme que vous êtes, vous succomberez grâce à votre orgueil et au mien.
Der britte Olcî fpieit auf <petruccio'é Santgut. Slloife ijl in notïjrtenbigen ®efct)aften wcrreijî; Sofinta ben £:\:aUn unb ^dmpft?n ber 2iebe anl^eini gefaUen, obne iid) jebod) bem SSurfii^rer ergeben su babcn. C5r fommt aUna^tlid? beimlic^ ju ifjr. 3luc^ je^t erfdjeint er; fîe ge(lel)t il)m, it)ie U\)r (le i\)n liebe. er iiel}t fîe leiDenfdjaftlid) in feine 31rme, fîe flrdubt fîd) nur fc^rcad). Da unterbrid)t fie 9îeri, ber \\)t einen î?rief ibreô ©atten bringt, in tt)eld)em biefer if?r feine baïbige Uiùih\)X melDet. 5n einer bar* auf folgenb^n <&c?ne gefîefjt fîe iljrem £)f)eim iljre 2iebe unb if;re ^dmpfe, er perfprid)t iljr ©eifîanb ju lei(l-'n. dé fommen nun bi^^ ^reunbe jum 33efud); Crbonio qudft fie mit 33itterf iten, enb(id) gef^n 2tUe ûi\ ©Ifid) nadibcr fe()rt îilcife Ijtimiidi pon feiner Uiei\e jurùcf unb rcill feine @a(tin ûberrafd)en, muf aber 3euge ciner 3ufammenfunft ièofima'é unb Ortonio'ô fei.i (in mefdjer biefe fîd) eiferfud)tig jeigt) o()ne red)t »îrfîa)'n ju fônnen , reaé fîe miteinanber fprpd)en, unb fùl)(t fîd? fcarùber du^erfl unglùcf(id).
Der fierté 2lct fpieit in Orbonio'é 2Bo()nung. Diefer ifl ber ©ùnftling beé ^erjogé oon gloreui geirorben unb oeranflaltet in feinem |5aufe 3ufammenîùnfte feineé ®ii>nnerê mit ber ©eliebten befTelben. 2lud) jeç-t bat er rcieber 53?[eI)I eé ju ({)Un unb rcill eben ber Dame fd)reiben, ta rairb biefe gemelbet unb ûuf cerbcrgcncn ÎBegen ju i()m gefaiJen. (aie itie @rdfin Uberli) ifl eé aber nid)t, fonbern Sofîma, tii if)n in B îag?n niAt gefebn unb beren Siferfudjt fie ju bieftm (&d)ritt getrieben. Qé folgt eine (jeftige <Bzne, in ber fîdj Orbonio'é (îgoiémué o^ne (ad)Ieier jeigt, er n?iU fîc^ gerDalifam i^rer bemddjtigen, ta f)C>rcn fîe *petruccio'é @timme, ber burd)auê perfangt, eingelaffm ju roerben. <&ie entfernt fîd) furd) tie terborgene îl)ùr, 51(tife tritt nun ein, fagt ibm, naé er m\]e, erfidrt ifjm, baf er feine &attin fiir unbetlecft \)a[U u.-b forbert il)n. (^ie ge^n beffjalb ab, ta fommt (ïo|îma îjerporgeflùrit unb befd)itDrt ben auf einen ^ugenblicf iuriicffcbrenCen £)rbonio fid) nid)t mit OJlpife ju fd)Iagen. 2IIé er eé weigert, wiil fîe il}ren ©atten ru^en unb rcirb Dl)nmdd)tig barùber. Drbonio, ron 2tlPife gebrdngt, Id§t fie benju^tloô allein. 5t!é fie rtieber ju fîd) fommt, fud)t fîe Pergcbené ten îluérccg, ba tritt burd) eine ©eitentf)iir ber |)eriog ein unb finbet fîe fîatt feiner ©eliebten; fîe erfennt ifjn, gçf]el;t if)m îtUeé ein unb er perfpric^t il)r ben 3ireifampf ju terljinCern unb nimmt fîe perfdjieiert mit fic^ fort.
5m funften QIct febn rtir Sofîma n^ieber in ibrer ÎBofjnung. 5t(cife unb ter ^anonifué fpielen (^Ajaij mit einanter. 'Petruccio irill fort, Sofîma ttiil ce nid;t bulten unb gejîe^t, ta^ fî? îttieé njiiJe, \i, tat fie felbfl in jenen îlugenbficfen Ui Orbonio geroefen. 2i(Pife auéer fid), fenbet fîe auf ibr3immer, ba erfd)eint ber t)eriog unb oerbietet iljm taé f)aué ju perlaiTen , ld|t i()n in ein an:ereé 3imm£r ge()n, »erfpr;d)t ibm fpine (5!?re ju vetten unb cerbirgt fîd) felbfî. iDrbonio fîei^t burd) îaé Renfler in tai 3immer; Softma fommt; Drîonio perfangt, fie foUe mit ifjm fîie^en, bann rt>oUe er firf) nid)t mit Olfpife fd)Iagen. Tiad:i hefii^im ^ampfe ifl fîe baju bereit, eilt in ben Sîorgrunb unb nimmt ^eimlid) ®ift. Da erfd)einen tiî Uebrigen. Drtonio rpirb rerbannt, êojîma'é Unfd)ulb anerfannt, aber taé 0ift perfeljlt leine ÏBirfung n!*t, fie fînft um unb fîirbt. Der 35orl)ang fdllt bei tm ÎUorten 5?erié; Et moi je
MLStK FaA^'ÇAl^^
vais l.'i vcn{;cr. — Cie Urfadje tii OlJîiélin^ené tn auffûf^run^ nun id)<int mir in jttn' TJunfien iu Ueç^m, ton tenen ter cinc Hct) fct)on aué tem hier mitjiflljeillen aurju^e cr^ibt. BuerO: e5 fcM: Cicûm ■Crama Caé I^ôtjere moralit'che G^^ff^lK/ l>^"" ^'" 1^1*^^ fann cine oifiro^rilid)* '2J«rful)run.irA?;i)id)te nicbi Dattieten unt ntitîx iH todf tdi @an}e nid^té. Cer ôbarjctrr. fur Cea man Mît) letbati in(fr<M(ren mùltt:. ôofïnia nâmlid) i(l ju uUtayilid> gejeidjnet uni rffentjrt nid):é aie e,ne tem îjimmel ur.tcr j^am* pfm ab^erinivitne îii^entî, tie jeCoct) bci jtiCer ©flejenbcit ccn ^leuem (^efabr lau^l une bu ter nâl>» flen guten gervié in taé ^erberben flrrâtb. ^Ue ùbri^cn <))erionrn tln& ebenfalié id)irad) cb<r «te Cr* tonio (^eniein |ct)Ierf?t unb nir^enCé baiser eine ûarfe (^tûnnuHjî rcrbanbtn, t\t. tt\e d baé Crama netb. njer.bivj (jaben mu§, moralii'd) aie ^ii-^er aué tem Wampfe ber iîcibeniAaftcn berccrafbL «n «tld^eni fit p^plïl'd) untijrlif^t unb bercn dr^dieiiun „ten Wenicben crbebt, itenn eé bcn 'JWcnl'dxn iermalmt." <JÎ<^ ben bem tbijeren !J}îoraIi|d)en fehit nun aud) ncd), — unb tâé \H brr jrodte '^unft — baé âilfvnfdj* SntereiTe. 3» einfad) unb fd)niucf(oé fur bie gorberun^en ber ÎJubnr, cb^^Utd) binfuttlid) bcr rffcno' mie unb ber »5ifiiationen vjut burdjgefubrt, i|l biefeé Crama in aUen îb^JJ^n nur cine in CialDjje ae» tradjte ^coelle, unb eine foldjc fann bei ber ncHjmenbiçien (5infad)b<it , tit \ic baben mué. nur baictj ben ç<roKarîiçiftfn vBfoif unb bemielben entiprmçienbe analo^e (^îbanfen fid) «incr rcUfcmmen^n unb rer ll^eilbaiten 'iiJirfun^ erfrruen. îtiebenft man nun, idÇ coilma auf btm 'l'iitàire français, tjj; an ttn f}bd)fl;n unb ^(anjenbil^n pot;tifi)en unb r()e(orifd)en vSd)mucf feit 3'itri)unD(:rrrn «tettcbnt id, auf^cfubtt irurbc, l'o reirb tcii 'JJîièlin^pn leidit crflarl;cb; ta^ eé jum rcUilânti^en giaéco re-urbe. baran mac» iuiii îbeil ber Umjîarib, ta^ aik ôljaraciere ûon au< bcn fruljeren ed)riîten bir Cidjlerm aligiiiuin btfanni ivaren, jum Xl^eil aber aud) tt>\iîlid)(i UtbelicpUen irgenD einer ^artei , bJé in 'pané nii^té êtltencé ifl, vgdjulb fein.
Sebenfallé aber ijl tie ©ejTnnunii. aué ber idé ^anj? I^ercorj^m^ , lo uie tâé ^Uif it\t\\ Mcl ald poetifd)e l'eiilun^ bitrad)tct, cbrcncoU anjuafenni-n.
(y>. ^ant nia^ n>c\}{ felbjl b:e ju einfadje Curd^fii.^runçi gtfûblt baben , ne arbrilete bab<r bin fùnften %ct nod) einnial unb ^ab btr Jfaîailropf>e njeit nu\)r l' btn un: jTraff. - C:ei« ll.narbulung iï)eikn n>\v \)[tr tim l'ti'er mif.
r.ir G. 8ANU.
ACTK 1 IXQIIKMK.
I.'inlt-rieur «l'un kioKque (r<n riilic Bilan «a fomi Jra j^riUn» ilii iialain ilui al. — lie prandm rrui«i-r« et unr pur(f vitrée nom mit il<- |il.tiii |)icd mit Ir» janliiit. — DaiiK r«'liiif;nriiiciit , un .ipcrroit Ir pAtaiM >lti> jI illunilnt^ Une pt'tid* purte a tlruitr, unr Autre 4 uaui lie.
Nrèiir iireiiiièrr.