JACOPO
Oui, monseigneur.
(R sortj LE DUC, seul.
Non! je ne pouvais pas m'en rapporter aveuglément à la parole d'une femme que le dépit et la jalousie égarent peut-être! je devais me préserver aussi de la fascination que sa jeunesse et sa beauté exerçaient déjà sur moi. Insensés que nous sommes! à quoi tiennent nos serments et nos résolutions? Si la comtesse lisait dans mes pensées en cet instant... allons! il s'agit de faire le souverain et de tenter une épreuve... (Sourianl.) dans laquelle le cœur du jeune homme n'est pas non plus tout à fait désintéressé... Quelle folie est la mienne! ill redevient sérieux.^ Je travaille à rendre cette jeune femme à son mari, à ses devoirs, et malgré moi... je souffre en songeant qu'elle a menti peut-être, et qu'Ordonio ne s'est pas vanté en vain d'être son amant! Lequel des deux me trompe?... Il lui a écrit ce soir, j'en suis certain, et il a reçu d'elle la promesse de venir au rendez-vous qu'il lui demandait. Y vient-elle de gré ou de force? Ordonio, un lâche, un fat, un calomniateur?... Ah! les princes sont bien malheureux! On porte devant eux le masque du caractère qu'ils aiment, et quand ils ont le dos tourné on le jette... Ordonio! il m'en coûtera de ne plus croire en toi... et pourtant je tremble que tu ne m'aies dit la vérité!... Allons! l'honneur avant tout!...
Scelle 11*
ORDOMO^ LE DUC.
OBDOMO.
Me voici aux ordres de Votre Altesse.
LE DUC
Vous m'avez dit tout à l'heure, dans la salle de bal, lorsque je vous demandais où en étaient vos amours avec la femme d'AIvise Pétruccio, que vous aviez cette nuit un rendez-vous avec elle. ORDONIO, d'un air dégagé.
Cela est vrai, monseigneur (prenant un billet dans la poche de son pourpoinf) Ce simple billet en fait foi!
LE DUC , lisant.
,^J'iraî.'* Le style est laconique!
ORDONIO.
C'est une réponse aussi brève et aussi claire que la demande.
LE DUC
Et la demande... devait sans doute être bien éloquente pour amener ce résultat. Pourriczvous me redire ce qu'elle contenait?
ORDONIO.
Ahl monseigneur, je n'eu ai pas gardé copie, mais je puis aisément me la rappeler, car elle ne renfermait que ces deux mots: ^,A minuit ou jamais.'^'
LE DUC
Et à quoi faisait allusion ce jamais? Cela ressemble à une menace.
ORDOMO.
C'est celle qu'on fait toujours en pareil cas! C'était lui dire que j'allais me donner la mort si elle ne répondait à ma flamme.
LE DUC
C'est une menace fort peu effrayante^ car ou ne la réalise guère. Pour une personne aussi parfaite que vous me l'avez dépeinte, votre belle Cosima fait peu d'honneur à son jugement, de se laisser prendre à une telle moquerie. Vous m'aviez dit qu'elle avait de l'esprit?
ORDOMO.
Ah! monseigneur^ elle est belle comme un ange! iA part) Qu'a-(-iI donc ce .soir? Il a la pirole brève.
ML>KK KHANÇAIN.
LK DUC , a part.
Aurait-il tant d'assuraDcc .si elle était re$ttc pure?
OHDO.MO.
Votre Altesse paraît soucieuse et préoccupée; rjuMinaginerai-je pour la distraire?
LK DUC
KicD, Ordonio; je suis seulemcut uu peu embarrassé pour vous dire ce qui m'arrive.
ORDOMO.
Le comte des Lberti aurait-iJ découvert que sa femme et Votre Altesse venaient un peu trop souvent chez moi? Fi le jaloux! Mais Votre Altesse ne peut pas le faire taire, et cela me regarde. Je vais lui chercher querelle, et en débarrasser le plus tôt possible sa femme et Votre Altesse. Justement j'ai une affaire d'honneur cette nuit. Allons, j'en aurai deux!
LK DUC
Ah! vous avez un duel cette nuit?
OKDO.vio, à* un ton leste.
Non pas moi, mais un mien ami à qui je sers de second.
LR DUC.
l'renez garde, Ordonit>; les lois sont sévères à cet égard.
OllDOMO.
Plus sévères que Votre Altesse!
i.K DUC, à part.
8on lns(»lenre me déplaît! (Haut) Kcoute/., Ordoniu. Il ne s'agit pomt de duel avec le comte Il s'agit tie le tromper encore cette nuit , car j'ai un rendez-vous avec la comtcHsc, à lu mémo heure que vou?«, et il faut ijur ce suit chc£ vous. OHUOMo, Il part.
Odieuse fantaisie! (Haut) Il faudra dune que je renonce à mon bonheur, car j'ai donné rrodr/.vous à ma belle chez, mol, et, si je ne m'y trouve pa^ à Thcuro dite , il est à craindre que le confesseur ne l'emporte sur l'amant avant la lii) de la semaiac. Cependant, je suis toujours riitinihlc sujet de votre Altesse.
i.R pr«
Oh ! Oiru me garde de vou^ demander un pareil sacriliee... Non! j'ai tout arrange. J*al envo>e mon fidèle Jacopo comme >i e'cijiit de votre part rherchcr à !»on logi» votre belle (Nisiraa; et M
va ramener ici liici) \oilee, bitn furlivc... bien tremblante. Toutes les mesures sont prises pour qu'on ne doute pas qu'elle vient vous trouver dans mou propre palais. Allons ! vous ne m'en voulez pas d'avoir dérangé un peu vos projets? Le comte est si bourgeoisement jaloux de sa femme, que je n'aurais pas été en sûreté ici avec elle, tt oicssire Alvise, est-il jaloux?
ORDOMO.
Oh! de ce côté-là, je ne risque rien. Cet homme est si aristocratiquemeot tranquille, qu'en aucun lieu du monde...
(It avance l\iiguilie de la prmlule ptairr tm le socle.) i.s DUC, qui t'obaercr.
ijue faites-vous là?
ORDOMO.
J'avance l'aiguille de cette pendule. Force d'être assistant dans un duel vers le milieu de la' nuit, je ne veux pas qu'on me retienne ici plus qu'il ne faut.
l.K DUC.
\«ius songe/, à tout! — Allons! âcconpagnexmoi jusqu'à la partie des jardins. — C^^*'* montrant une porte à droit.^ Vous saver qu'il y a ici un boudoir assez, joli?
(Ordonio s'incline en souriant. lU sortent en fermant ta porte en dehors.)
Sirène III.