ML>KK KHAN ÇA IN
qu'aurals-jc ù lui cacher'^ C'est pour elle et non pour moi que je veux plaire. (Juel plabir de dire à cette iosulcute créature: Vous ni'aiiiie^; n'eî>tce pas? Eh bieu! moi j^iime aussi; j'adore culte femme que vous ave/, iosultée^ et devaut qui vous baisserc/ les ^eux désormais, car je l'épouse et je n'ai que faire de votre amour.
Lue réflexion arrêta Dauriac au milieu de TexaltatioD que lui causait la perspective de sou triomphe.
— M. fcJabathier me présentera chez, clic ; c'est fort bicD. Mais hier, au Jardin des IMantcs^ elle m'a re^Jirdé; que pcusera-t-ellc eu me reconnaissant?
Au bout d'un instant, le jeune homme répondit victorieusement à cette nouvelle objection.
— Ces femmes qui trouvent ino^cn d'unir les prérogatives de la vertu aux plaisirs de la faiblesse, sont toutes des raflinécs eu amour. Celle-ci, j'en suis sur, trouvera charmant de compléter son inipcrlinence en enlevant un adorateur à madame de \ ersan. La rencontre d hier doit donc me servir loin de me nuire; un hoiiim<* qu^un croit aimé double de prix, cl ma position pour commencer Taîtaque est aussi favorable que je la puis désirer. Maintenant il faut se mettre à l'œuvre et jouer le Lovclacc, nWe odieux et hasardé ; mais mon amour pour Adrieune .saura le purilirr tn le It^ilimant.
Ni madame de Chantevilliers avait été l.nide et vieille, nu lieu d être très -belle et raisonnalileuient jeune, les .scrupules d'Adolphe euH\ent piu(élre p.irle plus haut, he même qu'autreluis daus uu duel un ;;en(ilhonunc exigeait de son adversaire des preuves de noblesse, de mime uu
nées qui précédèrent le bal itic cache/, quelque chose, malheur, car jamais je ne ^ suis sûre que vous n»e prt ces surprises que je vous a
— Je vous jure, dit Ai mave/ pas défendu celle-là
— Mais^ le ferais-je si j
— Peut-être, répondit riant; aussi ne la saure?. -v ne pourrez plus rempéchcr.
CSuitf.)
ËjCH V ouvert h fi
A Paris on aime la mu:
«ans avoir la voix flexiblt Italiens , l'oreille juste et trepuntiste des .Vllemands, de leur voix; ils chauteni quefois avec grâce; ili ; entend les paroles , et qi prétende que ce qui ne vau dit, on le chante, il n'y n ri que tl' écouter sans entendre dire à son voisin, après uu ,,C>st fort joli, mais qu'estime Roùt de la musique i répandu dans toutes 1( s el que Ton voit îles pi.inos che guitares cher, des c<»uturi«T des enlumineuses. Le gar»
a jouer de la flûte, il s'c avoir fermé U boutique d<
cules, en revauche le Conservatoire nous forme des virtuoses; de son école sont sortis une foule de talents du premier ordre.
En voyant des enfants de dix ans faire courir leur main sur le piano avec la légèreté et l'aplomb d'un professeur; en écoutant ces jeunes violonistes se jouer des difficultés et manier Tarcliet avec une perfection désespérante, Tamateur qui jadis eût passé pour avoir un talent fort agréable, n'ose plus se faire entendre ni toucher à son instrument.
Et cependant, à Paris, les concerts d'amateurs sont généralement suivis, on y entend de bonne musique; Torcliestre, bien conduit, a du nerf, de Tensemble. Mais, un moment, entendonsnous : ce qu'on appelle concert d'amateurs est «ne réunion dans laquelle il y a toujours au moins la moitié d'artistes, de professeurs, d'exécutants attachés à divers théâtres de la capitale; j'ai même assisté à des concerts d'amateurs dans lesquels il eût été difficile d'en trouver un seul parmi les musiciens. Dans la belle rotonde du Wauxhall, une société musicale a donné des concerts pendant plusieurs hivers. Ces réunions, que Ton nommait aussi modestement concerts d'amateurs, étaient fort suivies; une société brillante, des femmes élégantes, une salle bien éclairée, des symphonies, des solos bien exécutés, des morceaux de chant qui ne déchiraient pas les oreilles, tout devait concourir au succès de ces concerts. Mais dans cet orchestre qui venait d'enlever avec tant de précision une symphonie d'Haj'dn , je reconnaissais des musiciens de l'Opéra, des Bouffes ou de l'Opéra-Comique; cette chanteuse que l'on venait d'applaudir^ je l'avais npplaudie la veille dans la Muette ou la Dame- Blanche ; ce virtuose était du Conservatoire; ce jeune violontelle y avait remporté le premier ou le second prix; un autre arrivait de Rome. A coup sûr la présence de ces dames et de ces messieurs ne nuisait point au charme de la soirée; mais pour moi ce n'était plus un concert d'amateurs, c'était une réunion d'artistes.
Le véritable concert d'amateurs, celui où l'on trouve du comique à défaut d'ensemble, de la prétention au lieu de talent, des cris pour du
cliaut, du bruit pour de l'harmonie; celui enfin dont, si vous avez l'oreille délicate, vous devez vons défier, comme un gourmand se défie de la fortune du pot; un gourmet, des liqueurs de famille; et un auteur, des pièces reçues à l'unanimité; savez vous où il s'est réfugié? dans les soirées hermaphrodites, qui ne sont ni bals ni concerts, et dans lesquelles cependant on danse et on fait de la musique. Ces soirées -là sont devenues fort communes à Paris: point de salons où il n'y ait un piano ^ point de demoiselle bien élevée qui ne sache en toucher; voilà déjà l'orchestre. Quand à ce piano vous pouvez joindre un amateur qui joue du violon, un autre qui souffle dans une flûte ou un hautbois, alors votre concert est formé; il y a toujours dans une réunion quelques personnes qui chantent, elles se chargeront de la partie vocale, et la maîtresse de la maison peut hardiment mettre dans ses billets d'invitation: On fera de la musique.
Je ne veux pas vous faire assister à une soirée de la Chaussée -d'Antin ou du faubourg Saint -Germain, on y sait chanter; Panseron ou Bruguières s'y font entendre; rien de ridicule, par conséquent rien de drôle; ce n'est pas encore là mon concert d'amateurs. Mais suivezmoi du coté de la porte Saint-Denis chez une dame qui a la manie de donner des concerts, qui croit que ces soirées musicales font sensation dans le monde, qu'incessamment il en sera question dans le Bliisêe de familles. Il 3' a chez cette dame concert deux fois par semaine, et les autres jours on n'est occupé que de la rédaction du programme de la prochaine soirée. Vous pensez peut-être que la maîtresse de la maison est musicienne, qu'elle a une jolie voix; détrompezvous, cette dame ne joue d'aucun instrument^ ne sait pas une note, et n'a jamais pu mettre Porli'ait charmant sur l'air. Mais c'est en cela que les amateurs aiment sa maison, dans laquelle ils se donnent rendez -vous de préférence; ils savent qu'ils ne seront pas obligés d'entendre la sonate éternelle, et d applaudir un morceui favori qu'ils connaissent par cœur, ce qui est presque inévitable lorsque Tamphitr^ on est lui-même musicien.
MUSKE FRANÇAIS.
L'amateur véritable, celui qui est heureux lorsqu'il a fait son second violon dans un quatuor de rieyel, ou risqué Tallo d'un quintette de Beethoven, ne s'inquiète nullement des personnes qui viendront l'écouter. (Jue lui importe que la réunion soit nombreuse et brillante, quMl y ait de jolies femmes et da punch? ce qu'il veut trouver, ce sont les pupitres prêts, la musique placée, les bougies allumées et ses partenaires arrivés. Voyez-le entrer dans le salon, tenant son instrument sous le bras; sa toilette est négligée; mais il n^st pas venu pour faire le galant prés des dames, il est venu pour faire de la musique; à peine si, en entrant, il jette quelques regards sur la société, il s'avance d'un air inquiet^ il cherche la dame de la maison, et son salut est: ,,Ccs messieurs sont-ils arrivés?" Ni la réponse est négative, sa figure s^allon^e, SCS sourcils se rapprochent, il murmure quelques mots qu'on n'entend point, et va s'asseoir dans un coin du salon où il fait la moue.
Mais les amateurs se font rarement attendre; pour CUV, la .soirée est toujours trop courte; il en est qui après trois quatuors sont encore lerraes, vigoureux et ne voudraient pas quitter la place. Ce sont des intrépides, des anciens, des infatigables; ils feraient de la musique sur un carré .s'il n'y avait pas de place dans l'appartement; ils ne se quittent jamais sans avoir leur rendexvous pris pour le lendemain. Hien ne les émeut, riea no les trouble lorsqu'ils sont devant le pupitre; que les dames rieut , que les liommes causent tout haut, ils ne font pas attention et vont toujour«« leur train: c'est pour eux qu'ils jouent, et en vcritt- ils ont r.iison.
Assistons H relie soirée musicale, allons-y de bonne heure pour tout voir, la petite pircc et la grande. > rainienl, «e n'est pas tout plaisir «le donner des tiincerts, la mailre.s.se de la maison e.««i .^ur le» dents avant que ."«a soirée ne 8oit commencée : c'est que depuis le matin II a (al lu s'occuper «le rarcordeur, des in^lrumenl.i «|ii"«»n envoie ehereher che» les exécutants, de> «orties pour la harpe, des romances, des iioelurucs qui ne se retrouvent pas, parce qu'on a prêté les uucs cl oublie les autre*, des pupitres
qui forcent à déplacer des chriises. et enfin, du morceau par lequel on commencera. C'est l'article le plus difficile, car en général personne ne veut commencer, si ce n'est les intrépides du quatuor, mais encore faut -il qu'ils soient tous quatre arrivés.
Je me trouve assis derrière une jeune personne qui n'est pas mal, qui pourrait même passer pour jolie si sa figure n'exprimait pas l'humeur, l'inquiétude, la contrariété; une vieille (lame placée près d'elle, .sa mère sans doute, lui parle avec feu, et la jeune personne répond de même; }c puis savoir ce qui semble chagriner >i fort cette demoiselle:
,, — Vous chanterez, ma fille.** ^,Nou, maman, je ne chanterai pas. Je vous assure qu'il me serait impossible d'i>uvrir la bouche devant tant de monde.'*
,, — Kofanlilla£:e que tout celai jr M'u- ai donné un maitre de musique... 11 dit que \ou^ êtes en état de chanter en société... It'ailleurs je vous entends usseï à la maison... vous chante/, du malin jusqu'au soir."
,, — Mais, maman , c'est que je suis seule ou qu'on ne m'écoute pas... si vous savie» quelle peur j'éprouve rien qu'à l'idée que tout le nonde va avoir les yeux sur moi . . . J'étouffe dej.i... J'ai une sueur froide... > ous saviec bien que je n'en ai pas pu diuer.**
,, — liaison de plus: il faut vaincre votre tiinidiié... il faut vous habituer à chanter devant le monde. Je ne vovs .*ii pas donne un maitre tic musique pour i|ue \ luis nycr des sueur» froides."
ff — Eh bien, ai on me force a chanter... TOtts ▼ erre/.. Je me mettrai a pleurer!..**
„— Avlsea-vous de cela, c( demain je voo« «'•te votre piano."
Pauvre fille! elle débutait déjà à faire sa p.irCie en mettant un mouchoir sur se* yvvt. Tendant ee t«inps. une autre demoiselle entrai! •lans le salon «1 un air radieux, souriant à droite n ù gauche, tandis que st»n perr . qui lui donnait la main cC sembLiii jouir d'araace des triomphes de sa fille. cri.-»it dé* la pori* d entrer ;
,, — Nous voici... Ma fille a apporté tous ses morceaux!... italiens et français!... barcarolles et boléro. Hier^ elle a chanté divinement dans une soirée où il y avait des habitués de l'Opéra... Dieu ! quel succès elle a eu !... C'était étourdissant..."
La demoiselle reçoit les éloges comme un conquérant reçoit les clefs d'une ville. Elle salue à demi, traverse le salon avec monsieur son père qui ne cesse de répéter: „Dieu! comme ma fille a chanté hier!..." et elle va s'asseoir dans une bergère d'où elle semble planer sur la compagnie qui la regarde comme une célébrité!
Mais attention! voici les intrépides: le premier violon, ancien employé dans une administration, se consolant d'être à la retraite parce qu'il peut se donner entièrement à la musique; répétaut le matin ce qu'il jouera le soir; ayant pour sou violon tous les petits soins, toutes les attentions d'un amant pour sa maîtresse; le mettant près de lui dans son lit, parce que la chaleur des draps rend^ dit-on^ les sons plus doux, et se promettant de faire le voyage d'Italie pour rapporter des cordes de Naples.
Le second violon est un jeune homme pjlle, brun, nerveux; il a l'air, en jouant, d'avoir des crispations; on croirait qu'il est en colère; il y a de la fureur dans son coup d'archet, de l'emportement dans ses arpèges, de la brutalité dans sa mesure, et cependant tout cela vient du plaisir qu'il éprouve à faire de la musique.
L'alto est un gros réjoui, souriant à chacun, riant d'avance en prenant le la très-fort sur son instrument, mais enchanté quand il a escamoté un trait ^ et cherchant alors un sourire de satisfaction sur chaque physionomie. C'est un homme d'affaires qui n'en fait jamais, qui ne connaît même rien aux siennes, mais qui termine tout par son mot favori: ,,Ça ira.^^ Et ça ne va pas mieux que son archet sur l'alto.
Silence! voici venir la basse! cVst un personnage très - respectable qu'une basse ! on le flatte, on le choie, on le complimente. Pourquoi? A-t-il plus de talents que les autres amateurs? Non, il en a moins quelquefois; mais il joue de la basse, et l'on trouve une foule de violo-
nistes, de pianistes, etc., tandis qu'il est fort difficile de trouver un amateur qui se soit adonné à la basse, instrument ingrat, et qu'il n'est pas commode de porter avec soi.
Le concert va commencer: la maîtresse de la maison va et vient, tâche de faire asseoir tout son monde afin qu'on se tienne tranquille, car il faut se défier dans un concert des jeunes gens qui restent debout. Ils chuchoteront entre eux, ils remueront^ ils changeront de place si le morceau les ennuie; ils sont même capables de s'en aller tout à fait, et cela fait toujours un mauvais effet.
Enfin, le coup d'archet est donné. La société garde un religieux silence pendant les vingt premières mesures, mais bientôt s'établissent les conversations à demi-voix, qui font le tour du salon, comme le bourdonnement d'une chauvesouris; les dames se regardent, pour se critiquer; les hommes parlent politique ou théâtre. Quelques amis ou parents des exécutants lâchent bien des chutl silence'.... puis font entendre des bravo!... très-bien! .., enlevé!,., mais cela fait peu d'impression sur la société. Au reste, les intrépides, qui sont tout à leur musique, ont trop affaire avec leur instrument pour s'occuper de ce qui se passe autour d'eux; c'est déjà beaucoup de tâcher d'aller tous quatre ensemble; quant à l'alto^ il est presque continuellement de deux mesures en arrière, mais cela le fait rire, et lorsqu'il finit sans s'être rattrapé, il ne manque pas de dire: Ça ira.
Le quatuor est terminé. Les claques obligées partent de plusieurs points de la salle. Ces messieurs sont contents d'eux et prêts à recommencer; mais déjà un beau monsieur s'est placé au piano, et avec cette assurance de quelqu'un qui se croit infiniment plus de talent que tous ceux qui récoutent, il nous chante l'air d'IlBarbiere. Cet air-là a passé par de bien cruelles épreuves; on veut le chanter partout! Je l'ai même entendu aux Folies dramatiques ^ dans une représentation à bénéfice, et Dieu sait la figure que faisaient ces messieurs et ces dames du paradis^ pendant qu'on leur chantait: Figaro si, Figaro la!
Ml'SKE FRANÇAIS.
Dans un concert d'amateurs on est toujours poli, du moins on tâche de ne pas rire tout haut. Néanmoins, ce beau monsieur n^obticnt qu'un psile succès, ce qu'on «appellerait au théâtre succès d'estime. Cela ne saurait satisfaire quelqu'un qui pensait qu'on allait se pâmer en récoutanl: aussi se l<ve-t-il du piano d'un air piqué, en s'éloignant il fait tomber les mouchettes et ne les ramasse pas; il marche sur les pieds du père enthousiaste de sa fille, et c'est celui-ci qui lui demande excuse; enfin il bouleverse les pupitres du quatuor et \a se jeter sur une ottoniannc eu murmurant : ,,Je n'aurais pas dû chanter cela ici!... C'est trop fort pour eux."
La dame de la maison, qui met tous ses soins à varier les morceaux, est allée prendre dans un coin du salon un petit garçon qu'elle ramène en s'écriant: — „A votre tour, petit ami... l ne sonate... l'n air varié sur le piano... Messieurs et dames, vous allez rentemire... il n'a pas encore onze ans... et... vous allez l'entendre.**'
Cette dame me rappelait en ce moment ces gens qui font voir des phénomènes, des monstres, des animaux .savants; j'avais cru d'abord que petit ami allait faire la roue au milieu du salon. En le voyant s'asseoir sans hésiter devant le piano, je prête une oreille attentive, et j'entends un petit bonhomme de on/c ans qui touche du piano comme un enfant de dix ans; c'était hicu amusant pour la société I
> irnt ensuite un monsieur t)os.«iu, qui donnait du cor. Il entonne un air de chasse, des faofkres, des ruppels, et son air est coupé par des repos pendant lesquels il imite les aboiements des chiens, les cris des traqueurs, les gémissements du rerf; c'est un tapage ù ne pas s'entendre.
,, — Je crois ijuc ce monsieur a l'intention de nous rliaxsrr tous!** dit une dame que rette musique no semble pas amuser. „WiI contiuue, il y réussirik.''
J'étais tout à fhlt de l'avlt de cette dame. Knfin, le mon'^ieur bo.vsu a terminé .<ion morreau; mais en revenant s'asseoir u s.i plare, il promet d'imiter le sanglier à la prorh.iine ^oln'e. Va moi je me promets de no pa^ % venir
C'est le tour de la deaoUelle qui a si bien chanté la veille, a ce que dit monsieur son père. In jeune homme, qui va raccompagoer, la conduit au piano.
,, — >ïon père, voulez -vous m'apporter ma musique ?•' dit la demoiselle d'un air grandiose.
„ — Tout de suite I sur-le-champ !<^ répond le papa en courant à travers le salon, en bousculant tout le monde pour se faire faire place, et en courant dans l'antichambre d'où il revient avec un énorme rouleau, qu'il développe eo chemin.
), — Voilà... voilà la musique... Quel morceau chantes-tu V"
,, — Mais... je ne sais pas... Qu'est-ce que je vais chanter?'*
y, — Oh! tu as de quoi choisir la dedans... Voici de l'italien... la Doua du iac.*^
j, — N(m, je chanterai du français ce soir..."
„ — Alors... voici le morceau du Prr ayx Clercs que tu as si bien chante hier... c'est .superbe cela...**
,, — Oh! mais... je suis fati:;uee de le ch.tQter...**
„— Tiens... veux-tu l'air: Qytl piaistr d't'lre en voyage: de Jean de Paris f^.^* (Le pap.i fredonne en battant l.a mesure avec sa trie:) ,.Quel plaisir! d'être... en v(fv... âge... Jamais... J'«pil...*<
,,— Papa, j'aimerais mieux autre chose..."
,,~ Autre chose... .\tlend5, c'est cela qui est beau! un air de la Itstiiie.-. Je les sais Cous moi! (Le papa fredonne de nouveau:) CM... d^s ittfor... (knts! dé... esse tm... ut^^. Usirt^. re.**
,,— Ah! c'est trop triste ceJa!"
Pendant cette ronvrr>acioa entre le père eC Il fille, la socnte se r«*S''»rdalt, les uma ce souri.iut, le.s autres en b.iillant: et l'un des iatrepides disait d'un air d'iinpalieDce ; ,,NousuuiMM pu ùkirc un quatuor pendant que relie demoiselle se serait décidée pour co qu'elle veut chanter.**
Kntiu , le ch<M\ e-t ftit. rVsf l'.nr du Srrvtrnt qu'on % .1 nous i.nrf riHrn.irr. .\Tan( que s.i fille commence, le p;»p i Nnllr ;» ce qu'on soir ;tssi<, que les portes ."ioiciK Icrœ» es, et les coo-
versations tcrmioées, puis il s'assied lui-même presque au milieu du salon pour mieux juger de l'effet que sa iillc va produire j mais le succès ne répond pas à sou cs-pérance. La chanteuse fausse plusieurs passages, en manque d'autres, se trompe de mouvement, et déjà quelques persoDues disent à demi-voix: ^, — C'est bien dommage que nous ne Tayons pas entendue chanter hier."
,, — Elle a un chat!" s'écrie le papa qui est mystifié du peu de succès de sa fille... „Certainement, elle a un chat dans la gorge."
„— Elle en au moins deux ou trois!" dit le monsieur qui a chanté l'air du Barbier. Enfin les chants ou plutôt cris ont cessé. Le papa va chercher sa fille en lui disant: ,,— Tu es fatiguée!... Tu avais trop bien chanté hier!...*' Puis il fait le tour du salon pour affirmer à toutes les personnes de la société que sa fille a un chat.
De tels incidents ne sont pas la partie la moins amusante d'un concert d'amateursj les réunions seraient froides sans de tels épisodes 5 que dire en effet d'un monsieur qui vient ensuite nous donner un solo de flûte? ce n'est pas assez bien pour fixer^ captiver l'attention; ce n'est pas assez mal pour faire rire, et en toutes choses l'absence de défauts ou de qualités produit la monotonie.
J'espérais pour cette jeune personne que j'ai vue pleurer, que Ton ne penserait pas à la faire chanter; mais la maman a fait signe à la maîtresse de la maison, celle-ci vient la chercher; elle veut résister... mais l'une la tire en avant^ l'autre la pousse par derrière, il faut qu'elle cède. Elle marche au piano comme une victime irait à Tautel.
Je veux essayer de calmer sa frayeur. Je m'approche du piano, et je dis à cette pauvre petite qui semble prête à s'évanouir:
„ — Mademoiselle, vous craignez de chanter devant le monde, mais remettez-vous... feii cela vous est agréable, on ne vous écoutera pas...
Je vais faire causer... rire ces messieurs... Je ferai du bruit... je casserai même quelque chose si cela est nécessaire: pendant ce temps-là vous pourrez chanter sans qu'on s'en aperçoive.^'
^, — Ah! monsieur, que vous êtes bon!" me répond la jeune personne en joignant les mains. ^ Je fais aussitôt ce que j'ai dit. Je vais causer bien haut, j'ai l'air d'avoir quelque chose de fort intéressant à raconter; on se lève, on m'entoure; pendant ce temps^ ma demoiselle chante sa modeste romance. Il y a bien quelques personnes qui me crient: „ — Mais, monsieur, on chante!" Je vais toujours mon train. Ce n'est qu'au dernier couplet que je me tais^ car j'ai entendu que la voix se rassurait, que la frayeur se dissipait; je crois que l'on osera être écoutée... En effet, elle a chanté fort bien son dernier couplet, et cependant on ne faisait plus de bruit. Pauvre petite! elle est rouge comme une cerise en finissant, car elle s'est aperçue qu'on l'écoutait; mais on l'applaudit, et elle est bien contente en retournant se placer près de sa mère. '■'»^
Après viennent les duos, puis les chansonnettes de Jean Jean; c'est un ancien parfumeur qui se charge d'égayer la société, parce que sa femme prétend qu'il est très-fort sur la gaudriole; mais déjà l'on songe à la retraite, et tandis que ce monsieur fait rire sa femme ^ son fils et sa sœur, qui se sont groupés autour de lui, la société prend congé eu promettant de revenir au prochain concert.
Que conclurons- nous de tout cela? Que la musique faite par des amateurs n'amuse guère que ceux qui la font; qu'à Paris les concerts d'artistes, nommés modestement concerts d'amateurs , ont tué ces derniers; et qu'enfin, dans une soirée musicale, ce qu'on entend avec le plus de plaisir, c'est une contredanse.
%ie(efe(b. Drucf unt IBerlad oon IBelNflen & 5l^lafing.
V^"" Année. N/" 6.
CHOIX DE LITTÉRATURE, tiré
TANT ANCIENS QUE MODERNES
par O. X. H. JTOItW» prof, et db., et C HCmC'TZ, dr.
Jauûr île lllûilirr.
®rûf 3Piieier be ÎJîaiftrc, <Pruter fc«« befannten e ifri^en 5^atboIifcn unb "Politiffré, flammt ùui tintm alten franjôûicben 0eict)led)tc un6 roarD 17»>4 inôbamberigeboren. ?iJ(t)&em rr cinc rcrtreftli*; ^Jriifbun^ gfnciTm trat er m ^rieflétienjle unt) icar jueril Cffijifr bci Ècr lartinil'djfn 'iUîarmr »5pjtfr (cblcf rr (id) tem îfltmarfdjali êurraroro an, machle unter tfmi'flten ten itaheniféfn 2ifl^iU4 m;t unî fc.'^te feinfm (^rcf^n ^ônnrr tann nad) îKiiflanb, iro er tint îlnfleUun^ im t^errr rrhiflt unt bi# jum ^rne» ralmaior arancirtf. 3m S^bre 17M4 trfdxfn iurril (eine, in fJil alie furcpJiKtrn ^trjcbfn ùtcrfeçtr, bumoriflifcbe '^mmtxxtxit, (\o\;ii;L' au(t»ur de lua chambre), irelcte ihm auç<rcrtfntli*rn ^fifjU «r» n?drt), fo fca§ man ibn Cem berubmien Sterne c35«rfj|Ter Ui Irirtram étante unt ter >cutimLnt.al Jouroev) an fcie Seite feçte. Diefer ÎJergleid) binft intetlen, n?ie nad) tem SrrivtTCrte allé. '}^t\tt |jumori(lif?r natmen allertin^é taé nifnid>lict)e r^j mit l'einen iîjunen unt k3ij»entbumlii)feiten ium ^eçienilante ibrer I>ar)lfliun^, aber te 'JKaijIre'é '])biIoicpbie i(l immer heiter unt l'anft unt hâ\ niemaf* jenen bitteren Ton ten aile ^(briften (?terne'é faft fortrrabrent îeiç<en; ter franjciliAe «uter Ia±t frei» mûtbiq uber menid)Iid)e ^»hler unt <?d)n?acfcfn aber leine Çiutmûfbiiïfeit bleibt rerberndîenb, irâbrenD ter enalildje ^umcrnl fatonidj unt beipent erfcbeint unt roebr ipcttet aI4 \±tT\[. ©j* r ""' ^e'I 'l<ucbe emen rcrjUv^Iid)en 'iiurtb rerleibt njd)iî tem ele^anten. correcten unt reinen étp! te»' ; ti«
ttine )inalOK ber C!mptïntunaen unb tie ^:«anttbeit im Urberj^an^e rcn ter einen iur antrren. neben tiT arofen îiefe unt 3""'*^^"^ ^'^ C^efùblét. Tieie leçteren bat er ncd) mebr beurPuntet in inner vjriablun»; I-c Irprcnx d»- lii nir d'Anstr, tie ein reabreé *Ket(ler|]ucf i|}, ôé mc±fe \±ittx werten. rûbrentrr unt jti^lejd) einfacber taé ivarmile 'JDvityirfùbl Ui it\tï% \\i erre^rn «lé turd) tie lebentijic î)ar|l*Uuni^ ter ilummen 'luritteirlun^^ eineé Unjtlucflidîin, ten eme ter id>redlid)»len .«ranfbeiten tem 'iltidjeu feiner *JUiitmenld)cn 'Vreié v^iebt. Oben |0 rorireiflid) xct\i er m eincr anteren sjrjabluna U i. une .sihcricnnc ( tenelbe (Mr^^rnilant irurte fpater rcn Dîatame CPltm auétubrlid) unter tem îitel: i:iiN;ih.tJi ou Im Ktilrs en Siiiiric bejrbeitct) tte b'rjlidie fintliAe £icb«, lit trr ïjrctten lufcrferun*» nut ;>reuten fûbM ni ju fd)iltern. —
*21uter lenen beretté i^enannlen Scfariften, rerfdtte ^Hrdf te ^. nrd): Kxprdiiion nocnirae ««Coar <fe ma rliambre, ein »Jeiten|tu(f iu ter ;Vmnierreiie, taé itr dber ttwuimt^ti naéfbbt unt L«i prisonniers <lii c.uirusr. fine trefTIidje firme ^ri.ihiijnvt Tie belle, elr^antede unt crrrrtteilf )lu#jJbf leincr lammtlicbcn >?Ariften enctivu furilid) m T-n^ \i\ ôbJrpenlier, 1hj}>, l >^< m »^
ïïje Kiépreux de ta Cité fVAosie*
Ah! little think the gaj licenciouR proud, W'hom pleasure, power aiul aHluence surround„. Ali ! liltle think they, while they dance along— Ilow many pine !... how manj ilrink the cup Of baleful grief!... how many shake With ail the fiercer tortures of the mind!
(TIIOMPSONS SEASONS. The ^Yinter.)
La partie méridionale de la cité d'Aoste est presque déserte, et paraît n'avoir jamais été fort habitée. On y voit des champs labourés et des prairies terminées d'un coté par les remparts antiques que les Romains élevèrent pour lui servir d'enceinte et de l'autre par les murailles de quelques jardins. Cet emplacement solitaire peut cependant intéresser les voyageurs. Auprès de la porte de la ville on voit les ruines d'un ancien chrueau, dans lequel, si l'on en croit la tradition populaire, le comte René de Chalans, poussé par les fureurs de la jalousie, laissa mourir de faim, dans le quinzième siècle, la princesse Marie de Bragance, son épouse: de là le nom de Bramafan (qui signifie cri de la faini), donné à ce château par les gens du pays. Cette anecdote, dont on pourrait contester l'authenticité, rend ces masures intéressantes pour les personnes sensibles qui la croient vraie.
Plus loin, à quelques centaines de pas, est une tour carrée, adossée au mur antique, et construite avec le marbre dont il était jadis revêtu: on l'appelle la Tour de la Frayeur ^ parce que le peuple la crut long- temps habitée par des revcnans. Les vieilles femmes de la cité d'Aoste se ressouviennent fort bien d'en avoir vu sortir, pendant les nuits sombres, une grande femme blanche, tenant une lampo à la main.
Il y a environ quinze ans que cette tour fut réparée par ordre du gouvernement et entourée d'une enceinte, pour y loger un lépreux et le séparer ainsi de la société, en lui procurant tous les agrémcns dont .<;a triste situation était susceptible. L'hôpital de Saint-Maurice fut chargé de pourvoir à sa subsistance, et on lui fournit quelques meubles^ ainsi que les instrumcns nécessaires pour cultiver un jardin. C'est là qu'il
vivait depuis long-temps, livré à lui-même, ne voyant jamais personne, excepté le prêtre qui de temps en temps allait lui porter les secours de la religion, et l'homme qui, chaque semaine, lui apportait ses provisions de l'hôpital. — Pendant la guerre des Alpes, en l'année 1797^ un militaire, se trouvant à la cité d'Aoste^ passa un jour, par hasard, auprès du jardin du lépreux, dont la porte était entr'ouverte, et il eut la curiosité d'y entrer. Il y trouva un homme vêtu simplement, appuyé contre un arbre et plongé dans une profonde méditation. Au bruit que fit l'officier en entrant, le solitaire, sans se retourner et sans regarder, s'écria d'une voix triste: Qui est là, et que me veut-on? Excusez un étranger, répondit le militaire, auquel l'aspect agréable de votre jardin a peut-être fait commettre une indiscrétion, mais qui ne veut nullement vous troubler. N^avance% pas, répondit l'habitant de la tour en lui faisant signe de la main, n' avancez; pas; vous êtes auprès d^un malheureux attaqué de la lèpre. Quelle que soit votre infortune, répliqua le voyageur, je ne m'éloignerai point^ je n'ai jamais fui les malheureux: cependant, si ma présence vous importune, je suis prêt à me retirer.
Soyez le bien venu y dit alors le lépreux en se retournant tout-à-coup, et restez, si vous Vosez après m^avoir regardé. Le militaire fut quelque temps immobile d'étonnement et d'effroi à l'aspect de cet infortuné que la lèpre avait totalement défiguré. Je resterai volontiers, lui dit-il , si vous agréez la visite d'un homme que le hasard conduit ici, mais qu'un vif intérêt y retient.
LE LÉPREUX
De l'intérêt!... Je n'ai jamais excité que la pitié.
LE MILITAIRE
Je me croirais heureux si je pouvais vous offrir quelque consolation.
LE LÉPREUX
C'en est une grande pour moi de voir des hommes, d'entendre le son de la voix humaine^ qui semble me fuir.
ML'SKK FHA-VÇAJS.
LK MILITAIHK.
l'erflicitc:t-moi donc de couverser quelques raoniens avec vous et de parcourir votre ilcmeure.