‹ Musée littéraireChapitre 129 sur 170 · SIS · texte numérisé non relu

SIS

flcux Jpunes ?cns eux-mfmcs, claicnt rcst^'s indécis jusqu'à fi l iiisia::t, allcndant valiii-mciit ie signal jonvenu entre eux et le laii'd.

Ils s'ébranlèrent tous à la fois au moment où ce dernier faisait rétrograder la voiture qui se trouva étroitement cernée en un clin d'œil.

— Ah ! mon frère Fergus, reprit Mac-Farlane d'une voix éclatante; — qu'as-tu fait de Clary ?... et qu'as-tu fait d'Anna?

Ces plaintes furieuses étaient pour RioSanto une énigme.

Sa première idée fut qu'il était entouré d'hommes de police, et que Smith, — ou un autre, — l'avait trahi.

Il demeurait assis, tranquille en apparence, sur les coussins du tilbury, tandis que Mac-Farlane, debout auprès de lui, gesticulait, l'écume ù la bouche, et semblait être en proie ù un furibond accès de frénésie.

Deux hommes tenaient déjà la bride du cheval.

La lumière des deux lanternes à gaz posées devant le perron d'Irish-House et entre lesquelles se trouvait maintenant le tilbury tombaient d'aplomb sur le visage hautain et pâle de monsieur le marquis de Rio-Sanlo. Stephen n'eut point de peine à reconnaître en lui le magnilique étranger de Temple-Church. — Mais, eutre l'homme de Temple-Church, son ennemi d'hier, et l'assassin de son père, voué depuis des années à sa vengeance, il y avait toujours cette différence matérielle qui avait dérouté si longtemps les soupçons de S:ephen. Le jeune médecin avait maintenant le témoignage du laird, il ne doutait plus ; — mais il cherchait toujours, sur ce noble front que la brusque attaque d'Angus venait de découvrir, un autre témoignage physique, irrécusable : la cicatrice gravée si profondément dans ses souvenirs d'enfant.

Frank de mf me. — C'était monsieur le marquis de Rio- Santo qui était là devant lui ; c'était l'homme détesté, le rival heureux, le tyran impitoyable de la pauvre Mary, mais étaitce aussi le bourreau d'Harriet?

Monsieur le marquis de Rio-Santo, lui, ne faisait nul effort ostensible pour se dégager. Il regardait d'un air de surprise calme ces gens inconnus, ameutés autour de sa voiture, et semblait attendre une explication.

Mais c'est que le visage de monsieur le marquis de Rio- Santo, si habile à exprimer tous sentimens et toutes nuances de sentimens, savait être à l'occasion un masque discret. Il restait serein et tranquille, mais derrière cette sérénité factice, derrière ce calme, résultat d'un effort désespéré, il y avait une terrible angoisse.

Dans une heure toutes les forces réunies de la capitale des Trois-Royaunies n'auraient point sufli peut-être à comprimer son redoutable essor; maintenant quelques hommes pouvaient lui barrer le chemin. — N'est-ce pas assez d'un passant qui met le pied sur la traînée de poudre, ou d'une goutte d'eau mouillant par hasard la mèche qu'on allume, pour prévenir ces chocs gigantesques dont l'ébranlement calculé creuse des gouffres et nivelle les montagnes ; — mais si l'étincelle a touché une fois la mine, quelle armée ou quel déluge pourrait arrêter l'explosion?

Les derniers événemens que nous avons racontés s'étaient succédé, rapides comme la pensée. Il ne s'était pas passé dix secondes entre le changement subit du laird et l'irruption des gens de Stephen Mac-Nab.

Point n'est besoin d'expliquer que le laird, chancelant d'es- : prit et ne trouvant point dans son cerveau troublé une ferme base où asseoir ses idées, avait subi à l'improviste et au beau milieu de ses pensées de vengeance, les effets de cette puissance dominatrice que monsieur le marquis de Rio-Santo exerçait partout autour de lui. Il avait oublié sa haine pour ne se souvenir que de cette tendresse fraternelle et presque passionnée qui le liait à Fergus O'Breane. — Mais le nom de Clary, résonnant à son oreille, avait rompu le charme.

Il s'était souvenu de sa colère, et ce retour avait eu lieu avec d'autant plus de violence que le laird avait été plus près de perdre l'occasion de punir et de se venger.

U se faisait un complet silence autour de la voilure arrélée-

LE SIECLE. — VI

— La porte d'Irish-Iïouse s'était ouverte; sur'.eyjerronétaieat rangés huit ou dix grooms en livrée qui regardaient.

Le laird tenait d'une main les rênes ; de l'autre il serrait le revers de la redingote de Rio-Santo.

Il haletait et ne pouvait plus parler.

Rio-Santo le repoussa doucement.

— Messieurs, dit-il d'une voix qui vibra, calme et sonore au milieu du silence, — j'ai nom don José-Maria Telles de Alarcaon, marquis de Rio-Santo. Je suis grand de Portugal de première classe et chargé d'une mission diplomatique près le gouvernement anglais. Si vous êtes des gentlemen, je vous prie, après cette explication que je ne vous devais pas, de lâcher la bride de mon cheval et de me faire place; — si vous êtes des hommes de police, je vous somme d% vider le pavé, vous tenant quittes de toute excuse pour cette insulte brutale et contraire au droit des gens.

Nul ne bougea parmi les hommes qui faisaient cercle sur la chaussée, mais Frank et Stephen quittèrent à la fois le trottoir et vinrent se placer l'un à droite, l'autre à gauche du marquis.

— Il n'y a pas assez longtemps, dit Frank d'une voix sous laquelle bouillait sa colère, — que monsieur de Rio-Santo et moi nous sommes vus deprès,pourquej'aiebesoindelui décliner mes noms et titres...

Le marquis se pencha pour mieux voir.

— L'Honorable Frank Perceval I murmura-t-il avec amertume;— on dit que les gens à qui l'on fait l'aumône de la vie deviennent d'implacables ennemis... que me voulez-vous, monsieur?

— Je veux vous demander compte, milord, répondit Frank qui se contenait à peine, — d'un crime lâche et sans nom.

Il s'éleva sur la pointe des pieds et prononça tout bas :

— Je suis le frère d'Harriet Perceval, milord,

— Et l'amant malheureux de Mary Trevor, ajouta ironiquement le marquis; — je vous déclare, monsieur, que je n'ai point eu l'honneur de connaître milady votre sœur.

— C'est vrai, dit Frank; vous l'avez tuée sans la connaître.

Il y avait dans celte laconique accusation un accent si profond de haine sans borne et à la fois d'amère douleur, que le marquis allait demander des explications, lorsqu'il sentit une main se poser sur son bras.

Il se retourna et se trouva en face de Stephen.

— Moi, je suis le lils de Mac-Nab, dit seulement ce dernier.

Rio-Santo tressaillit de la tête aux pieds.

— Mac-Nab! mon frère Mac-Nab! prononça lugubrement le laird; — sang pour sangl... Je suis contentd'avoir faitce que j'ai fait!

Il y eut un court moment de silence. — Le marquis semblait changé en statue. Son regard immobile se fixait lourdement en avant...

Qui pourrait dire ce qui se passait en cet homme à cette heure suprême? Il avait travaillé vingt ans, surmonté des obstacles que d'autres eussent réputés infranchissables; il avait remué le monde! —Et maintenant, au dernier pas, un précipice...

Se disait-il que ce châtiment étaitjuslice et que ses crimes seuls s'élevaient contre lui?

Ou bien se disait-il que Dieu le punissait de sa clémence, qu'il avait sauvé par deux fois la vie de ce frère qui le trahissait, et aussi épargné l'existence de ces deux hommes qui demandaient son sang?...

Il n'eut pas longtemps du reste pour réfléchir.

— Monsieur, dit Stephen avec froideur, veuillez descendre, s'il vous plaît; vous cùn)pri'ndrez que toute résistance serait désormais folie, et qu'il vaudra mieux pour vous nous épargner la triste nécessité d'employer la violence.

Les grooms et laquais du marquis étaient tous Anglais. Us contemplaient la scène avec un très beau flegme et ne s'émouvaient pas beaucoup plus que s'il se fiU agi du grand Turc. On les voyait échelonnés sur le perron, avec leurs vestes écarlates. Deux ou trois d'entre eux portaient de longues

PAUL FEVA.L.

caiiiies dout oa eùl pu faire arme au besoin. — Nous affirmons que si une pauvre balayeuse de rues irlandaise eûlemijarrassé le chemin par mégarde, lesvaillansscnfiteursl'euf^senl chargée à fond et mise en fuite,

— Taisez-vous, mon neveu Mac-Nab ! s'écria le laird dont le désordre augmentait;— vous parlez mal!... Ah! quand on hait, il faut haïr beaucoup... Il a tué votre père!... Il a enlevé mes deux filles...

— Moi !... voulut interrompre le marquis.

— ClaryetAnna?... toutes deux!... toutes deux!... ah! Il me faut de la violence à moi !... ah !...

n se rua en criant sur Rio-Santo, et le saisit à la gorge.

Durant un instant, une lutte confuse s'établit, dans laquelle on ne disiinguait qu'imparfaitement les mouvemens des deux adversaires. Mac-Nab et Perceval s'élancèrent à la fois pour s'interposer.

A ce moment Rio-Sanio qui venait de dégager sa gorge des étreintes insensées du laird, releva la tète. Son œil brillant renvoyait, étincelans, les rayons du gaz; — un rouge sombre et uniforme, résultat des efforts d'Angus ou de la colère, avait remplacé la matepûleur des traits du marquis; — ses sourcils étaient froncés, et, sur le fond empourpré de son front, une ligne livide, profondément tranchée, courait du sourcil à la naissance des cheveux.

Frank et Stephen poussèrent un double cri :

— La cicatrice !

Mais ce nélait jamais pour peu que Rio-Santo fronçait le sourcil.— On avait perdu de vue ses mouvemens durant une seconde • une seconde lui suCQt.

Le laird, violemment renversé, vint tomber dans les bras de Stephen, et une voix impérieuse s'élova ;

— Lâchez la bride, sur votre vie !

Les deux hommes qui retenaient le cheval n'obéirent point. Deux détonations retentirent coup sur coup.

— Hop, Clai7 ! hop, ma belle ! dit le marquis.

La jument docile obéit au frein, libre désormais, car les deux hommes avaient roulé dans la neige.

Le tilbury partit comme un trait. Clary avait distance aux dernières courses d'Epsora le fameux Tippoo-Saëb, surlequel Sa Seigneurie le comte de Chcsterficld avait parlé et gagné trois contre un durant deux saisons.

— Cent guinécs à qui l'arrêtera ! cria Stephen exaspéré en s'élançant sur les traces de Piio Santo.

Donnor d'Ardagh brandit un long couteau qu'il tenait à la main.

— Oh ! Votre Honneur, dit-il, Donnor va l'aiTêler pour rien... Le lord a un bon cheval, c'est sûr, mais l'on pave à l'entrée de Belgrave-Street, et les lords ne remarquent pas ces choses-là... Il va être obligé de revenir. Si la petite voiture me passe sur le corps. Votre Honneur, je pense que vous aurez soin de l'enfant qui est dans Saiut-Giles.

Donnor était déjà loin. 11 arriva au coin de Belgrave-Street bien avant tous les autres, et au moment où le marquis, arrêté par l'obstacle indiqué, revenait au grand galop pour enfiler l'autre coté du Square.

On le vit se précipiter tête première. — La course du tilbury ne se ralentit point. Seulement Donnor, cramponné au brancard, se laissait traîner et ne lâchait point prise malgré les eilorts du marquis.

Au bout d'une centaine de pas, Clary broncha.

— Hop, ma bulle I dit Rio-Santo.

Clary bontlil en avaul, puis broncha encore. — Au bout de dix pas, elle s'aliatlit, morte.

Donnor sa coucha, épuisé, dans la neige, en poussant un long cri de victoire. —H était parvenu ù mettre son couteau tout entier dans le ventre de la belle jument.

— Oh! Votre Honneur! dit-il à Stephen qui accourait; — je n'avais encore fait rien qui vaille pour payer le pain aue vous m'avez donué elles habiU de la petite tille.

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