XI.V
A qui 1110 livrera I^ouis Pcrez, mortou vil, je lui donne, diiix mille éciLS.
Caloebon, Louis Ferez de Galice.
— Baron Yœlhaùn. 'colonel dts arquebusiers de Munckholm, quel est celui des soldais qui ont combaltu sous vos ordres au Pilier-Noir qui a fait Han d'Islande prisonnier ? Nommez le au tribunal, afin qu'il reçoive les mille écus royaux promis pour celle capture.
Ainsi parle au colonel des arquebusiers le président du tribunal. Letribimal est assemblé, car, selon l'usage ancien de Norwége, les jiig:es qui prononcent sans appel doivent rester sur leurs sièges jusqu'à ce que l'arrêt qu'ils ont rendu soit exécuté. Devant eux est le géant, qu'oi! \ient de ramener, portant à son cou la corde qui doit le portera son tour dans quelques heures.
Le colonel, assis près de la table du secrétaire intime, se lève. 11 salue le tribunal et rév,";(iue, qui est remonté sur son trône.
— Seigneurs juges, le soldat qui a pris Han d'Islande est dans celte enceinte. Il se nomme Toric Bellast, second arquebusier de mou régiment.
— Qu'il vienne donc, reprend le président, recevoir la récompense promise.
Un jeune soldat en uniforme d'arquebusier de Munckholm se présente.
— Vous êtes Toric Belfast ? demande le président.
— Oui, votre grâce.
— C'est vous qui avez fait Han d'Islafide prisonnier ?
— Oui, avec l'aide de saint Belzébulb, s'il plaît à votre excellence.
On apporte sur le tribunal un sac pesant.
— Vous reconnaissez bien cet homme pour le fameux Han d'Islande, ajoute le président, montrant le géant encliainé?
— Je connaissais mieux le minoi-s de la jolie Catlie que celui de Han d'Islande; mais j'aflirme, par la gloire de saint Belpbégor, que si Han d'Islande est quelque part, c'est sous la forme de ce grand démon.
— Approchez, Toric Belfast, reprit le président. Voici les mille écus promis par le haul-syudic.
Lesoldats'avançait précipitamment vers le tribunal, quand une voix s'éleva lians la foule : — Arquebusier de ^Munckholm, ce n'est pas toi qui as pris Han d'Islande!
— Par tous les bienheureux diables ! cria le soldat en se reiovmiant, je n'ai en propriété que ma pipe à la minute où je parle ; mais je promets de donner mille écus d'or à celui qui vient de dire cela, s'il peut prouver ce qu'il a dit.
Et, croisant les deux bras, il promenait un regard assuré sur l'auditoire. — Hé bien! que celui qui vient de parler se montre donc!
— C'est moi! dit un petit homme qui fendait ia presse pour pénétrer dans l'enceinte.
Ce nouvfan personnage était enveloppé d'une nalle de jonc et de poil de veau marin, vêlement des Groënlandais, q,ui tombait autour de lui comme le toit conique d'une hutte. Sa barbe était noire, et d'épais cheveux de même couleur, couvrant ses sourcils rouK, cachaient son visage, dont tout* ce qu'on distinguait était hideux. Ou ne voyait ni ses bras ni ses mains.
— Ah ! t'est toi F dit le soldat avec un éclat de rire. Et qui donc, selon toi, mon beau sire, a eu l'honneur de prendre ce diaboli(|ue géant ?
Le petit homme secoua la lêle, et dit avec une sorte de sourire malicieux ; —C'est moi I
En ce moment, le naron Vœlhailn crut reconnaître ei cet lioiume sii'gulier l'être mystérieux. qui lui avait donné .t Skongen l'avis de l'arrivée des rebelles : le cliancelier d'Ah-
lefeld, l'hôte de la ruine d'Arbar ; et le secrétaire intime, un certain paysan d'Oëlmœ, qui portait une natte pareille, et lui avait si bien indiqué la retraite deHan d'Islande. Mais, séparés tous trois, ils ne purent se communiquer leur impression fugitive, que les diftérences de costume et de traits qu'ils remarquèrent ensuite eurent bientôt effacée.
— Vraiment, c'est toi! répondit le soldat ironiquement. —Sans ton costume de phoque du Groenland, au regard que lu me lances, je serais tenté de reconnaître en toi un autre nain grotesque, qui m'a de même cherché querelle dans le Spladgest, il y a environ quinze jours ; c'était le jour où on apporta le cadavre du mineur GilISladt...
— Gill Siadt ! interrompit le petit homme en tressaillant.
— Oui, Gill Sladt, affirma k soldat avec indifférence, l'amoureux rebuté d'une lille qui était la maîtresse d'un de nos camarades, et pour la(iutlle il est mort comme un sol.
Le petit homme dit sourdement :
— N'y avait-il pas aussi au Spladgest le corps d'un officier de ton régiment?
— Précisément ; je me rappellerai toute ma vie ce jour là, j'ai oublié l'heure de la retraite dans le Spladgest, et j'ai failli être dégradé en rentrant au fort. Cet pificier, c'était le capitaine Dispolsen...
A ce nom le secrétaire intime se leva.
— Ces deux individus abusent de la patience du tribunal. Nous prions le seigneur président d'abréger cet entrelien inutile.
— Par l'honneur de ma Cattie, je ne demande pas mieux, dit Toric Belfast, pourvu que vos courtoisies m'adjugent les mi!le écus promis pour la tète de Han, car c'est moi qui l'ai fait prisonnier.
— Tu mens ! s'écria le petit homme.
Le soldat chercha son sabre à son côté.
— Tu es bien heureux, drôle, que nous soyons devant la justice, en présence de laquelle un soldat, fût-il arquebusier de Munckholm, doit se tenir dêsarmi comme un vieux coq.
— C'est à moi, dit froidement le petit homme, qu'appartient le salaire, car sans moi on n'aurait pas ta lête de Han d'Islande.
Le Sbldat furieux jura que c'élaitlui qui avait pris Han d'Islande Icîsque, tombé sur le champ de bataille, il commençait à rouvrir les yeux.
— Hé bien, dit son adversaire, il se peut que ce soit toi qui l'aies pris ; mais c'est moi qui l'ai terrassé : sans moi tu n'aurais pu l'emmener prisonnier : donc les mille écus m'appartiennent.
— Cela est faux, r.'pliqua le soldat, ce n'est pas toi qui l'as terrassé, c'est un esprit vêtu de peaux de bêles.
— C'est moi !
— Non, non.
Le président ordonna aux deux parties de se taire; puis, demandanl de nouveau au colonel Vœthaiiu si c'était bien Toric Bellast qui lui a\ait amené Han d Islande prisonnier; sur la réponse aflirniative, il déclara que la récompense appartenait au soldat.
Le petit homme grinça des dents, et l'arquebusier étendit avidement les mains |.our recevoir le sac.
— Un insta;.t I cria le petit homme.— Sire président, cet'c somme, d'après l'édît du haut-syndic, n'appartient qu'à celui qui livrera Han d'Islande.
— Eh bien! dirent les juges.
Le petit homme se tourna vers le géant : — Cet homme n'est pas Ilan d'Islande.
' Lu murmure d't toiinement |>arcoiirut la salle. Le président ri le seciélaire intime s'agitaient sur leurs sièges.
— Non, répéta avec force le petit homme, l'argeit n'appartient pas à l'arquebusier mau.lil de Muiukliolm, car cet homme n'est point Han d'Islande.
— Ilallebardiers, dit le président, qu'on emmène ce furieux, il a perdu la raison.
L' vè ue éleva ia voix : — Me permette le respectable présid ut Je lui faire observer qu'on peut, en refusant d'entendrjo I homme, briser la planche du salut sous lei pieds du
HAN D'ISLANDE
condamné ici présent. Je demande au contraire que la confrontation continue.
— Révérend évêque, le lribiiit;il vavous satisfaire, répondit le président; et s'ailrpssant au géant : — Vous avez déclaré être Han d'Islande; coiifirniez-vous devant la mort votre déclaration?
Le condamné répondit : — Je la confirme, je suis Han d'Islande.
— Vous entendez, seigneur 'évi«(iue?
Le petit homme criait en même temps que le président :
— Ta mens, montagnard de Ivole! tu mens! Ne t'obsline pas à porter un nom qui l'écrase : souviens-loi qu'il l'a déjà été funeste.
j — Je suis Han, de Klipsladur, en Islande, répéta le géant, l'œil fixé sur le sccréiair»? intime.
Le petit linmme s'approcda du soldat de Munckiiolm, qui, comme l'auditoire, (iliservait cette scène avecciiriosilé.
— Montagnard de K le, on dit que Han d'Islande boit du sang humain. Si tu l'es, bois en. —En voioi.
Et à peine ces paroles élaient-clles i)rononcées, qu'érarlant son manteau de nalle, il avait plongé un poignard dans le cœur de l'arquebusier, et jeté le cadavre aux pieds du géant.
Un cri d'effroi et d'horreur s'éleva; les soldats qui gardaient le géant se reculèrenl. Le jielit homme, prompt comme le tonnerre, s'élança sur le montagnard découvert, et d'un nouveau ooitp de poign.ird il le lit tomber sur le corps du soldat. A'ors, dépouillant sa natte de jonc, Fa fausse chevelure et sa barbe noire, il dévoila ses membres nerveux, hideusement revêtus de peaux de bêtes, et un visageijui répandit plus d'horreur encore parmi les assist.ins que le poignard sanglant dont il élevait le fer dégouttant de deux meurtres.
— Hél juges, où est Han d'Islande?
— Gardes, qu'on saisisse ce monstre! cria le président épouvanté.
11 jeta dans la salle son poignard.
— Il m'est inutile, s'il n'y a plus ici de soldats de Munckholm.
En parlant ainsi, il se livia sans ré.sistance aux liallcbardiers et aux archers, qui l'ciitouraient, se |>réparant à l'assiéger comme une ville. On eiicliai a le monstre sur le banc des accusés, et une litière emparia ses deux victimi s, dont l'une, le montagnard, respirait encore.
Il est impossible de peindre les divers mouvemeiis de terreur, d'étonnement et d'indignalioii qui, pendant cette scène horrible, avaient agité le peuple, les gardes et les juges. Quand le brigaïul eut pris i>lace, calme et impassible, sur le banc fatal, le sentiment de la curiosité imposa silence ï» toute autre imiiression, et l'attention rétablit la tranquillité.
L'évéque vénérable se leva.
— Seigneurs juges, dit-il... , Le brigand l'inierrompit :
— Évé(|ue de Dronihcim, je suis Han d'Islande, ne prends pas la peine de me défendre.
Le secrétaire intime se leva.
— Noble président...
Le monstre lui coupa la parole :
— Secrétaire intime, je suis Han d'Islande; ne prends i)as le soin de m'accuser.
Alors, les pieds dans le sang, il promena son o'.il faiou; che et hardi sur le tribunal, les archers et la foule, et l'on eût dit que tous ces hommes palpitaient d'épouvante sous le regard de cet homme désarmé, seul et enchaîné.
— Écoutez, juges, n'aliendez pas de moi de longues paroles. Je suis le démon de Klipsladur. Ma mère est cette vieille Islande, l'île des volcans. Elle ne formait autrefois qu'une montagne, mais elle a été écrasée jiar la maia d'an géant qui s'appuya sur sa cime, en tombant du ciel. Je n'ai pas besoin de vous parler de moi; je suis le descendant d'Ingolptie l'Exterminateur, et je poiteen moi fon e.'^pril. J'ai commis [Sus de meurtres et allumé plus d'inc ndies ([ue TOUS n'avez à vous tous prononcé d'ar êts iniques dans votre vie. J'ai des secrets communs aveo le chancelier d'Ah-
lefeld. — Je boirais tout le sang qui coule dans vos veines avec délices. Ma nature est de haïr les hommes, ma mission de leur nuire. Colonel des arquebusiers de Munckholm, c'est moi qui l'ai donné avis du passage des mineurs au Pilier Noir, certain que tu tuerais un grand nombre d'hommes dans ces gorges ; c'est moi qui ai écrasé un bataillon de ton régiment avec des ijuartiers de rochers : je vengeais mon lils. — Maintenant, juges, mon fils est mort; je viens ici chercher la mort L'àme d'Ingolphe me pèse, parce que je la porte seul et que je ne pourrai la transmettre ù aucun héritier. Je suis las de la vie, puisqu'elle ne peut plus être l'exemple et la leçon d'un successeur. J'ai assez bu de sang : je n'ai plus soif. — A présent, me voici : vous pouvez boire le mien.
Il se tut: et toutes les voix répétèrent sourdement cliacune de ces effroyables jiaroles.
L-'évê((uelui dit : —Mon lils, dans quelle intention avezvous donc commis tant de crimes?
Le brigand se mit :~i rire. — Ma foi, je te jure, révérend évêque, que ce n'était pas, comme ton confrère l'évéque de Borglum, dans l'intention de m'enrichir (t). Quelque chose élait en moi, qui me poussait.
— Dieu ne réside pas touioiirs dans tous ses ministres, répondit humblement le saint vieillard. Vous voulez m'insulter, je voudrais pouvoir vous défendre.
— Ta révérence perd son temps. Va demander à Ion autre confrère l'évéque de Scalholt, en Islande. Par Ingolphe, ce sera une chose étrange que deux évêques aient pris soin de ma vie, l'un près de mon berceau, l'autre près de mon sépulcre. — Évêque, tu es un vieux fou.
— Mon lils, croyez vous en Dieu?
— Pourquoi non? Je veux qu'il soit un Dieu pour pouvoir blasphémer.
— Arrêtez, malheureux 1 vous allez mourir, et vous ne baisez pas les pieds du Christ I
Han d'Islande haus a les épaules.
— Si je le faisais, ce serait à la manière du gendarme de Roll, (|ui fit tomber le roi en lui baisant le pied.
L'évéque se rassit; iirofondément ému.
— Allons, juges , poursuivit Han d'Islande, qu'attendezvous? Si j'avais été à votre place et vous ù la mienne, je ne vous aurais point lait attendre si longtemps votre arrêt de mort.
Le tribunal se retira. Après une courte délibération, il rentra dans l'audience, et le président lut à haute voix une sentence qui, selon les formules, condamnait Han dislande à être pendu par le cou jusqu'à ce que mort, s'ensuivît
— Voilà uni est bien, dit le brigand. Chancelier d'Ahlefeld, j'en san% assez sur ton compte pour l'en faire obtenir autant. Mais vis, puisque tu fais du mal aux hommes. — Allons , je suis sûr maintenant de ne point aller dans le Nyslhiem (2).
Le secrétaire intime ordonna aux gardes qui l'emmenaient de le déposer dans le donjon du Lion de SIesvig, pendant qu'on lui préparerait un cachol, pour y attendre son exécution, dans le quartier des arquebusiers de Munckholm.
— Dans le quartier des arquebusiers de Munckulinl répéta le monstre avec un grognement de joie.
(1) Quelques chroniqueurs aflirmeiit ([u'en 1525 un évêque de Borglum se rendit l'anieux par divers brigandages. Il soudoyait des pirates, disent-ils, qui infeslaient les eûtes do Norwége.
(2) Selon les croyances populaires, le Nysthiem était l'enter de ceux qui mouraient de nuiladie ou de vieillesse.
Cependant lo cadavre de Ponce de Léon, qui était resté auprès de la fontaine, ayant été déliguré par le soleil , les Maures des Alfiuxares s'en emparèrent et le portèrent à Grenade. E. H., le Captif d'Orliali.
Cependant avant l'aube du iour dans lequel nous sommes déjà assez avancés, à l'heure même où la senieneed'Ordener se prononçait à Mun(kliohii, le nouveau };ardien du Splad gKst de Dronilu'im, l'ancien licuienant et le successeur actuel de Benignus Spiagudry, Ojilypiglap avait éié brusquement réveillé sur Sun grabat par leretenlissenu'iit de la porte de l'édifice sous plusieurs coups violens. Il s'élai.t levé à regret, a\ait pris- sa lampe de cuivre dcnl la taible lumii're blessait ses yeux endormis et éiait allé, en jutant de l'Iiumldilé de !a salle des morts, ouvrir îi ceux qui l'arrachaient si tôt à son sommeil.
Celaient des pêcheurs du lac de Sparbo qui apportaient, sur une litière couverte de joncs, d'algues et tte limoselle des marais un cadavre irouvé dans les eaux du lac.
Ils déposèrent leur fardeau dans l'intérieur de l'édifice funèbre, elOgly|iiglap lei.r donna un reçu du mort afin (ju'ils pussent réclamer eur salaire.
Resté seul dans le Spiadgest, il iommen(,a à déshabiller le cadavre, qui était remarquable par i-a lungU'înr et sa maigreur. Le premier objet qui se présenla à ses yeux, quand il eut soulevé le voile dont <1 était enveloppe, tut une énorme perruque.
— En vérité, se dit-il, cette perruque de forme étrangère m'a déjà passé par les mains, c'était ct^le de ce jeune élégant français... Mais, contiiuia-t-il en poursuivant ses opérations, voici les boites tories du pauvre posli Ion Cramner que ses chevaux ont écrasé, et...— que diable est ce que cela si;!nitie?— l'habii noir com^)let du prolcs;-eur Symgramiax, C'' vieux savant qui s'est noyé dernièrement.— Quel est ilonc ce nouveau-venu qtii m'arrive avec la dépouille de toutes mes vieilles connaissances?
Il proni'na .«a lampe sur le visage du mort, mais inuli'emenl; fes traiis, déjà décompoés, avaient perdu leur forme et leur couleur. Il fouilla dans les poches de lUibit, et en tira quelques vieux parchemin- impiégués d'eau et souillés de vase : il les tssuya forieni' iit avec son tiiblii'r de cuir, et parvint à lire sur l'un d'eux ces mois sans iui!e :i demi effacés : — • Riidbeck; Saxon le grammairien; Arngrim, évê- » que de Ilolnin. — Il n'y a en Norwége ((ue d(Ux comtés, » Larvig et Jarlsberg,et U' e baromiie... — On ne trouve de
• mines d'argent qu ;i Kongsi>erg; de t'aimani, des aspcsies,
• qu'à Saiulmoèr ; de l'auieihysie, (pi'fi Cradliranshal ; des » calcédoines, des agalcs, du jas|,e, qu'a'ix îles Fa roër. — » A Noukahiva, en lemps de f.imiue, les hommes maiigi-nt
• leurs lemines et leurs enfans — Thoriiio:us Thoilœus; » Isleif, évèipie de Scaliioll, premier historien isla.iUis. — » Mercure joua aux eeliecs avec la Lune, et lui gagna la
• Sblxaiitedouzième partie du Jour.— Malhirom, gouffre. — » Hirundo, hiru/lo — CIcéron, | Ois chicb'' : gloire.— Frode
• le saanl. — (J.iiu consultait la léte di; Mimer, sage (Maho-
• hometet son pigeon, Srrtorius et si biche.) Pais le sol...
• moins il rciifernje de gypse... »
— Je ne puis «n croire- encore mes^'cux ! s-'écriat il laissant tomber le iar<heiiiin; c'est l'écriture démon ancien maître Itcniiiiius S,jia<uilry !...
Alors, examinant de nouveau le cadavre, il reconnut les longues mains, les cheveui raies, et loiile l'habitude du corps de I infortiii!!'.
— Ce n'est pas à tort, pensatil en secouant la tête, qu'on
a lancé eont'e lui une accusation de sacrilège et de nécromancie. Le diable l'a enlevé pour le noyer daus le Sparbo. — Ce que c'est que de nous ! (|ui eût j.imais pensé que le docteur .Splagudfy, après avoir si longtemps gardé les autres dans celle bôlellerie des morts, viendrait un jour de loin s'y faire garder lui-même I
Le petit Lapon philosophe soulevait le corps pour le porter Skir l'une de six couches de granit , lorsqu il s'aperçut que quelque chose de lourd était attaché par un lien de cuir au cou du ma heureux Spiagudry.
— C'est sans duuie la pierre avec laquelle le démon l'a précipité dans le lac, muniiurat-ll.
Il se trompait : c'était une petite cassetie de fer, sur laquelle, en la regardant de près, après l'avoir ROigneusement essuyée, il remarqua un large fermoir en écusson.
— 11 y a -sans douie queUiue diab crie dans cette boite, se dit il : cet homme étùi sacrilège et sorcier. Allons déposer cette cassette ch-z l'évêiiue : die renferme peut-être un démon.
Alors, la détachant du cadavre, qu'il déposa dans la salle d'exposition, il sorlit en toute hâte pour se rendre au palais épiscopal, murmurant en chemin quelques prières contre la redoutable boite qu'il portait.
XLvn.
Eat-ce un homme ou un esprit, inferpal qui parle ainsi ? Quel est donc l'esprit malfaisant qui te toiu mente ? Montre-moi l'ennemi implacable qui habile ton cœUr.
Matcrin. »
Han d'Islande et Schumacker sont dans la même salle du
donjon de Sleswig. L'ex-cbancelier absous se promène à pas lents, les yeux chargé de pleurs amers; le brigandcondamné rit lie ses chai es, environné de gardes.
Les deux prisonniers s'observent longtemps en silence : on dirait iju'ils se aenlcnt tous deux et se reconnaissent mutuellement ennemis ries homiiies.
— Qui es-tu? demande enfin l'ex-cbancelier au brigand.
— Je le (lirai mon nom, reprit l'autre, pour le faire fuir. Je suis II lU d'Ishnde.
Sclium.icker sa'^aïuc vers lui :
— f^rends ma main I dit-il.
— Ksi ce que tu veux <pie je la dévore?
— Il m d'Islande, reprend Schumacker, je l'aime parce que lu hais les boinmi's.
— Voil.'i pourquoi je te hais.
— Keoiili', je hais les hommes, comme toi, parce que je leur ai fait du bien, et qu'ils m'ont fait du mal.
— Tu III- les hais pas comme moi : je les hais, moi, parce qu'ils m'ont l'ail du bien, et ipje je leur ai rendu du mal.
Schumacker fréndt du regard du monslre. Ii a beau vaincre sa nature, son âme ne peut sympaihiser avec celle-là.
— Oui, s'écrie-l il, j'exècre les hoiiimcs, parce qu'ils sont fourbes, ingrats, cruels. Je leur ai dû tout le malheur de ma vie. *
— Tant mieux I — je leur ai dû, moi, tort le bonheur de ta mienne.
— Quel bonheui?
— Le ! onheur de sentir des chairs palpitantes frémir sous ma dunt, uii sang fumant réchaulfer mon gosier altéré; la vo upic de briser (les cires vivails (onlie des poiules de rochers, et d'entendre le cri de la vii lime se mêler au bruitdes membres fracassés.— VoilA les pla'sirs que m'ont procurés les hiimmes.
Schumacker recula avec épouvante devant le monslre dont
HAN D'ISLANDE
il s'était approché presque avRC l'orgueil âe lui ressembfer. Pénéiréde hontf, il voila son visage véiiérab'e de ses mains; car ses yeux étaient pleins de lainies d'iudiynaiion, non contre la race humaine, mais contre lui ménie. Sun cœur noble et grand commençait à s'ellrayty de la haine qu'il portait aux hommes depuis si lorgicnips en la voyant reproduite dans le cœur de Han d'Islande comme par un miroir effrayant.
— Hé bieni dit le monstre en riant, ennemi desliommes, oses-tu te vanter d'êire semblable à moi?
Le vieillard frissonna : — ODieu! plutôt que de les haïr comme loi, j'aimerais mieux les aimer.
Les gardes vinrent chcn her le monstre, pour l'emmener dans un cachot plus sûr. S.humackcr, rêveur, resta seul dans le donjon ; mais il n'y restait plus d ennemi des hommes.
xLviir.
Quand le méchant m'épie,
Me ferez-vous tomber. Seigneur, entre ses mains ? C'est lui qui snus mes pas a rompu vos chemins. Nenie châtiez point; car mon crime est son crime.
A. Df: Vigny.
L'heure fatale étaltarrivée; le soleil re montrait plus que la moitié de son disque au-dessus de l'horizon. Les postes étaient doublés dans tout le château fort de Munckolm ; devant chaque porte sepromena'ent des sentinelles silencieus>'S et farouches. La rumeur de la ville arrivait plus tumullueuse et plus bruyante aux sombres tours de la torleresse, livide elle-mfme à une agitation extraordinaire. On entendait dans toutes les cours le bruit lugubre des tambours voilés de crêpes; le canon de la tour basse grondait par intervalles; la lourde cloche du don)on se balançait lentement avec des sons graves et prolongés, et, de tous les points du port, des embarcations chargées de peuple se pressaient vers le redoutable rocher.
Un échafaud tendu de noir, autour duquel s'épaississait et se grossissait sans cesse une foule impatiente, s'élevait dans la place d'armes du château, au centre d'un carré de soldats. Sur l'échafaud se promenait un homme vêtu de serge, rouge^ tantôt s'appuyant sur une hache qu'il tenait à la main, tantôt remuant un billot et une claie nue portait l'estrade funèbre. Près de là était préparé un bûcher devant lequel brûlaient quelques torches de résine. Entre l'échalaud et le bûcher, on avait planié un pieu auquel éiait suSiCnduun écriteau : Ordener Guldenlew, traître. — Ou apercevait, de la place d'À.rmes, flotter au haut du donjon de Slesvig un grand drapeau noir.
C'est dans ce moment que parut devant le tribunal, toujours assemblé dans la salle d'audience, Ordfner condamné. L'évêque seulement était absent : son ministère de défenseur avait cessé.
Le fils du vice-roi était velu de noir, et portait à son cou le cellier de Dannebrog. Son visage élait p-ile, mais fier. Il était seul; car on était venu le chiTCher pour le supplice avant que l'aumônier Alhanase Munder fût revenu dans son cachot.
Ordener avait déjà consommé intérieurement son sacrifice. Cependant l'époux d'Ethel songeait encore avec quelque amertume à la vie, et eût peut-èlre voulu pouvoir choisir pour sa première nuit de noces une autre nuit que celle du tombeau. 11 avait prié et surtout rêvé dans sa piison. Maintenant il élait debout devant le terme de touie prière et de tout rêve. Il se sentait fort de la force que donnent Dieu et l'amour.
La foule, plus émue que le condamné, le considérait avec
une attention avide. I.'éniat de son rang, l'horreur de son sort, éveillaient toutes les envies et toutes les pitiés. Chacun assistait it son chftiiment, sans s'expliquer son crime. Il y a au fond des homn.es un seiiiiment étrange (jui les pousse, ainsi qu'a des plaisirs, au spectacle des supplices. Ils cher» client avec un horrible empressement il saisir la pensée de ladeslriiciion sur les traiis décomposés de celui qui va moU'' rir, comme si quelque révélation du ciel ou de l'enfer devait ap|iara!ire, en ce moment solennel, dans les yeux du misérable; comme pour voir (|uelle ombre jette l'aile de la mort planant sur une tête humaine; comme pour examiner ce qui reste d'un homme quand l'espérance l'a quitté. Cet être, plein de force et de sanié, qui se meut, qui respire, qui vit, et qui, dans un moment, cessera de se mouvoir, de respiror, de vivre, environné d'êtres pareils à lui, auxquels il n'a rien fait, qui le plaignent tous, et dont nul ne le secourra; ce malheureux, nv urant sans êire moribond, courbé à la fois sous une puissance maiéfielle et sous un pouvoir invisible} cette vie que la sociélé n'a pu donner, et qu'elle prend avec appareil, toute cette cérémonie imposante du meurtre judiciaire, ébranlent vivement les imaginations. Condamnés tous à mort avec des sursis indéfinis, c'est pour nous un objet de curiosité étrange et douloureu<e, que l'infortuné qui sait précisément à quelle heure son sursis doit être levé.
On se souvient qu'avant d'aller à l'échafaud, Ordener deJ vait être ramené devant le tribunal, pour être dégradé de ses titres et fie ses honneurs. A peine le mouvement excité dans l'assemblée par son arrivée eut-il fait place au calme, que le président se fit auporter le livre h'^raldique des deux royaumes, ei les statuts de l'ordre de Dannebrog.
Alors, ayant invité leVondamné à mettre un genou en terre, il recommanda aux assistans le silence et le respect, ouvrit le livre des chevaliers i^c Dannebrog, et commença à lire d'une voix haute et sévère :
» Chrisiiern, parla grâce etmiséricordedu Tout-Puissant, » roi de Danemarck et de Nmwége, des Vandales et des n Goths, duc de S esvig, de Holslein, de Slormarie et de » Dytniarse, comlc d'Oldenbourg et de Delmenhurst, savoiif » faisons qu'avant rétabli, surla proposition de notre grand » chancelier, comte de Griffenfeld (la voix du président Il passa si rapidement sur ce nom, qu'on l'entendit à peine), » l'ordre royal de Dannebrog, fondé par notre illustie aïeul » saint Waidcmar,
» Sur ce que nous avons considéré que cet ordre vénérau ble ayant été créé en souvenir de l'étendard Dannebrog, Il envoyé du ciel â notre royaume béni.
Il Ce seraifinenlir à la divine insiitution de l'ordre, $| » quelqu'un des chevaliers pouvait impunément forfaire it 11 l'honneur et aux saintes lois de l'Eglise et de l'Etat,
11 Nous ordonnons, à genoux devant Dieu, que quiconque, u parmi les chevaliers de l'ordre, aura livré son âme a^ 11 démon par quelque félonie ou trahison, après avoir él4 Il blâmé publiquement p^r un juge, sera à jamais dégradé 11 du rang de chevalier de notre royal ordre de Dannebrog. «i
Le président referma le livre.
— Ordener Guldenlew, baron de Thor^ick, chevalier à$ Dannebrog, vous vous êtes rendu coupable de haute tra-^ bison, crime pour lequel votre tète va être tranchée, votre corps brûlé, et vot e cendre jeiée au vent. Ordener Guldeur lew, traître, vous vous êtes rendu indigne de prendre nnff parmi les chevaliers de Dannebrog, je vous invite à vou^ humilier, car je vais vous dégrader publiquement au nom du roi.
Le président étendit la main sur le livre de l'ordre, et s'apprêtait à prononcer la formule fatale sur Ordeoer, calme et immobile, lorsqu'une porte latérale s'ouvrit à droite du tribunal. Un huissier ecclésiastique parut, annonçant sa révérfuc» l'évêque du Droiith imbus.
C était lui eu efl'et. 11 entra précipitamment dans la sallç, accompagné d'un autre eci lésiastique qui le soutenait.
— Arrêtez, seigneur président, cria-t-il avec une force qui
kSt
^mblait n'i'ireplusde sonàge! arrètezl Le ciel soit béni I j'arrive à temps.
L'assemblée redoubla d'allenlidii, prévoyant quelque nouvel événement. Le président se tourna vers l'évèque avec humeur :
— Votre révérence me permettra de lui faire remarquer que sa présence est inutile ici. Le tribunal va dégrader lé condamne', qui touche au moment de subir sa peine.
— Gardez-vous, dit révùque, de toucher à celui qui est pur devant le Soigneur. Ce condamné est innocent.
Rien ne peut se comparer au cri d'étonnement qui retentit dans l'auditoire, si ce n'est le cri d'épouvante que poussèrent le président et le secrétaire intime.
— Oui, tremblez, juges, poursuivit révèqu"^ avant que le président eût eu le temps de reprendre son sang-froid; tremblez! car vous alliez verser le sang innocent.
Pendant que l'émotion du président se calmait, Ordener s'était levé consterné. Le noble jeune homme craignait que sa généreuse ruse ne fût découverte, et qu'on n'eût trouvé des preuves de la culpabilité de Schumacker.
— Seignfur évêque, dit le président, dans cette affaire le crime semble vouloir nous échapper, en passant de tête en tête. Ne vous Hez pas à quelque vaine apparence. Si Ordener Galdenlew est innocent, quel est donc alors le coupa-
— Votre grâce va le savoir, répondit l'évèque. — Puis, montrant au tribunal une cassette de fer qu'un serviteur portait derrière lui :— Nobles seigneurs, vous avez jugé dans les ténèbres; dans cette cassette est la lumière miraculeuse qui doit les dissiper.
Le président, le secrétaire intime et Ordener parurent frappés en même temps à l'aspect de la mystérieuse cassette. L'évèque poursuivit :
— Nobles juges, écoutez-nous. Aujourd'hui, au moment cil nous rentrions dans notre palais épiscopal, afin de nous reposer des fatigues de la nuit, et de prier pour les condamnés on nous a remis cette boite de fer scellée. Le gardien du Splàdgest l'avait, nous a t-ondit, apportée ce matin à notre palais pour qu'elle nous fùi remise, affirmant qu'elle renfermait sans doute quel (ue mystère satanique, attendu qu'il l'avait trouvée sur le corps du sacrilège BenignusSpiagudry, dont oii a retiré le cadavre du Sparbo.
L'attention d'Ordener redoubla. Tout l'auditoire se taisait religieusement. Le président et le secrétaire courbaient la tête comme deux condamnés. On eût dit qu'ils avaient tous deux oublié leur astuce et leur audace. Il y a un moment dans la vie du mécham où sa puissance s'en va.
— Après avoir béni cette cassette, continua l'évèque, nous en avons brisé le sceau, qui portait, comme vlus pouvez le voir encore, les anciennes armoiries abolies de Griffenleld. — Nous V avons trouvé en effet un secret satanique.— Vous allez en juger, vénérables seigneurs. Prctez-nous toute votre aitentiou ; car il s'agit du sang des hommes, et le Seigneur en pèse chaque goutte.
Alors, ouvrant la formidable cassette, il en tira un parchemin au dos duquel était écrite l'attesUtion suivante :
a Moi, Blaxlham Cumbysulsum, docteur, je déclare, au » moment de mourir, remettre au capitaine Dispolsen, pro- » curf ur, à Copenhague, de l'ancien comte de Grififenfeld, la » pièce suivante, entièrement écrite de la main de Turiaf » Musdu;!non, serviteur du chancelier comte d'Ahlefeld, » afln que le susnommé capitaine en fasse l'usage qu'il lui » plaira. -Et je prie Dieu de me pardonner mes crimes.— • A Copenhague, le onzième jour du mois de janvier mil » lixcenl quatre-vingt dix neuf.
» CUMBYSI'LSUII. »
BLe secrétaire intime tremblait d'un liemblenient convulsif. Il voulut parler et ne le put. L'évèque cependant remettait le parchemia au président pâle et agité.
— Que vois-je / s'écria celui ci en déployant le parchemia.
— Note au noble comte d'Alde/dd, sue le moyiii de se défaire juridiquement de Schumackirl... — Je vous jure, révérend" évéque...
Le pai chemin tomba des mains du président.
— Lisez, lisez, seigneur, poursuivait l'évèque. Je ne doute pas que votre indigne serviteur n'ait abusé de votre nom, comme il a abusé de celui du malheureux Schumacker. Voyez seulement ce qu'a produit votre haine peu c'iariiable pour votre prédécesseur tombé. Un de voscourlisausa machiné en votre nom sa perte, espérant sans doute s'en faire un mérite auprès de votre grûce.
En montrant au président que les soupçons de l'évèque, qui connaissait tout le contenu de la cassette, ne tombaient pas sur lui, ces paroles le ranimèrent. Ordener respirait également ; il commençait à entrevoir que l'innocence du père de son Eihel allait éclater en iiu-me temps que la sienne propre. Il éprouvait un profond étonnement de celle desiinée bizarre qui l'avait conduit à la poursuite d'un lonnidable brigand pour retrouver celte cassetle, que son vieux guide Bénignus Spiagudry portait sur lui; en sorte qu'elle le suivait pendant qu'il la cherchait. 11 m«^diiait aussi la grave leçon des événemens qui, après l'avoir perdu par cette fatale cassette, le sauvaient par elle.
Le président, rappelant son sang-froid, lut alors, avec les signes d'une indignation que partageait tout l'auditoire, une longue noie, où Musdœmon expliquait en délail l'abominable plan que nous lui avons vu suivre d^iis le tours de cette histoire. Plusieurs fois le secrétaire intime voulut se lever pour se défendre; mais à chaque fois la rumeur publique le repoussait sur son siège. Enhn l'odieuse lecture se termina au milieu d'un murmure d'horreur.
— Hallebardiers, qu'on saisisse cet homme! dit le président, désignant du doigt le secrétaire intime.
Le misérable, sans force et sans parole, descendit de son siège, et fut jeté sur le banc d'infamie, parmi les buées de la populace.
— Seigneurs juges, dit l'évèque, frémissez et réjouissezvous. La vérité, qui vient a'êlre portée ù vos consciences, va encore vous être confirmée par ce que l'au'hiônier des prisons de cette royale ville, notre Loaoré frère AthanaseMuBder, ici présent, va vous apprendre.
C'était en efl'et Athanase Muiider qui accompagnait l'é' vêque. Il s'inclina devant son pastear et devant le tribunal, puis, sur un signe du président, il s'exprima ainsi :
— Ce que je vais dire est la vérité. Me punisse le ciel si je prolère ici une parole dans une intention autre que celle de bien faire 1 — J'avais déjl, d'après ce que j'avais vu ce malin dins le cschot du (ils du viceroi, pensé en moi-même que ce jeune homme n'élaii laoint coupable, quoique vos seigneuries l'aient condamné sur ses aveux. Or, j'ai été appelé, il y a quelques heures, pour donner les derniers secours spirituels au malheureux niontsgiiard qui a été si cruellement assassiné devant vous, et que vous aviez condamné, respeclabics seigneurs, comme étant Han d'hlanle. Voici ce que m'a dit ce morlbuiid : « Je ne suis point iidn d'is- » lande ; j'ai été bitn puni d'avoir pris ce nom. Celui qui I) m'a jiayé pour jouer ce rOle est !e secrétaire intime de la > grande chancellerie; il se nomme Musdœmon, et il a ma- » chiné toule la révolte sous le nom de Ilacket. Je crois » qu'il est le seul coupable dans tout ceci. » Alors il m'a demandé ma bénédiction et recommandé de venir en toule hâte reporter ses dernières pato es au tribunal. — Dieu est témoin de ce que je dis. P.'issé-je sauver le sang de l'innocent, cl ne point [aire verser celui du coupable.
Il se tut, saluant de nouveau son évèciuc et les juges.
— Votre grûce voit, Seigneur, dit l'évèque au président, que l'un de mes clients n'avait point saisi ù tort lanl de ressemblance entre ce Ilacket et votre secrétaire intime.
— Tuiiaf Musdœmon, demanda le président 'au nouvel accusé, qu'avez-vous à alléguer pour votre défense?
Musdœmon leva sur son maître un regard qui l'effraya. Toute son assurance lui était revenue. 11 répondit après uu moment de silence :
-^. Kien, seigneur.
HAN DIS' ANDE
Le |)i'i'si(!f ni reprit irunc vo'x alliVéo et faible : — Vous vous avouez donc cou |)al)'o (lu crime qui vous est irr.puic? Vous vous avouez aut'ur li'uui oonspiialion trauiée à la fois cnnlie i'E(al et roiitre un inrlividii nommé Scliuniacker?
— Oui, seigneur, îépomlit Musdœiiion.
L'évêque se leva.
— Seigneur président, pour qu'il ne reste aueun doute dans celte allaire, ([ue votre grâce deniaiulo à l'accusé s'il a tui des complices.
— Des complices! répéta Musdœmon.
Il païBt rétléeliir un moment. Un horrilule malaise se peignit sur le front du président —Non, seigneur évê(]Me, ditil enfin.
L'» président jeta s'ir lui un regard soulagé qui rencontra le sien.— Non, je n'ai point eu de complices, répéta Musdoemon avec puis de force. J'avais tramé tout ce complot par altaclienient pour mon maître, qui l'ignorait, pour perdre son ennemi Schumacker.
Les regards de l'accusé ft du président se lencontrèrenl encore.
— Votre grâce, reprit révèque, doit sentir (juc, puisque Musdœmon n'a point eu de complices, le baron Ordencr Guldenlew ne peut être coupaMe.
— S'il ne l'était pas, révérend évéque, corament se seraitil avoué criminel ?
— Seigneur président, comment ce montagnard s'fsl-il obstiné à se dire Han d'Islande au péril c'e. sa tête ? Dieu seul sait ce qui existe au fond des cœurs.
Ordener prit la parole. — Seigneurs juges, je puis vous !e dire, maintenant (juc le vrai coupable est découvert. Oui, je rae suis faussement accusé, pour sauv. r l'ancien chancelier Schumacker, dont la mort eilt laissé sa fille sans protecteur.
Le président se mordit les lèvres.
— Nous demandons au tribunal, dit l'évcque, que l'innocence de notre client OrJenfr soit proclamée par lui.
Le président répondit par un signe d'adliésion -, et, sar la demande du haut-syndic, on aidieva l'examen de la redoutable cassette, qui ne renfermait plus que le diplôme et les titres de Schumacker mêlés à ([uelques lettres du |)risonnier de Munckholm au capitaifie Dispolsen, lettres amères sans être coupables, et qui ne pouvaient ell'rayer que le chancelier d'AhIffeld.
Bieniût le tribunal se rôtira, et après une courte délibéralion, tandis que les curieux rassemblés dans la place d'Armes attendaient avec une impatience opiniâtre le (ils du vice-roi condamné, et que le bourreau se promenait nonclia'amment sur l'échafaud, le président i)ronoiiça, d'une voix presque éteinte, l'arrêt qui condamnait à mort Turiaf Musrtœmou, cl réhabilitait Ordener Guldei.lew, le réintégrant dans tous ses honneurs, litres et privilèges.
Conibion rao vendrais-tu ta carcasse, mon drùle? Jo n'en donnerais pas, en honneur, une obole.
Saint Micliel A Srrfaw, Mystère.
Ce qui restait du régiment des arquebusiers de Munckholm était rentré dans sou ancienne caserne, bâtiment isolé au milieu d'une grande tour carrée dans l'enceinte du fort. A la nuit tombante, on barricada, suivant l'usage, les portes de cet édifice, où s'étaient retirés tous les soldats, à l'exception des sentinelles dispersées sur les tours et du peloton de garde devant la prison militaire adossée à la caserne. Celle prison, la plus sûre et la mieux surveillée de toutes les prisons de Munckholm, renfermait les deux condamnés
LESIÈCLE, — VI.
qui deva'ent être pendus le lendemain matin, Han d'Islande et Musdœmon.
Iliu d'IslaiiJe csl seul dans son cachot II est étendu sur la terre, enchaîné, la tête appuyée sur une pierre : quelque faible lumière vient jusriu'à lui ;"i travers une ouverture quadrangulaire grillée, pratiquée dans l'épaisse porte de chêne qui sépjre son cachot de la salle voisin», où il cniend ses gardiens rire et blasphémer, au bruit des bouteilles qu'ils . vident et des d^s qu'ils roulent sur un tambour. Le monstre s'agite en silence dans l'ombre, ses bias se resserrent et s'fcarlert, ses genoux se contractent et se déploient, ses dcnls mordent ses fers.
Tout-à-coup il élève la voix, il appel'e; un guichetier se présente â l'ouverlure grillée. — Que veux-lu? dit-il au brigand.
Han d'Islande se sohlè\e.: — Comp:ignon , j'ai freid ; mon lit de pierre est dur et humide; donne-moi unebotle de paille pour dormir, et un peu de feu pour me réchauffer.
— r. est juste, reprend le guichetier, de ;,rocurer au moins ses aises à un pauvre diab e qui va être pendu, fill-ii le diable d'Islande. Je vais l'aporter ce ([uc lu me demandes... — As-tu de l'argent?
— Non, répond le brigand.
— Quoi! toi, le plus fameux veKur de la Norw'ge, tu n'as pas dans ta sacoche quelques méchans ducats d'or?
— Non, répond le brigand.
— Quelques petits écus royaux ?
— Non, le dis-je !
— Pas même quelques pauvres ascalins?
— Non, non, rien : pas de quoi acheter la peau d'un rat ou l'ûme d'un homme.
Le guichetier hocba la tête : — C'est différent : lu as tort de te plaindre ; ta cellule n'est pas aussi froide que celle oii tu dormiras demain, sans l'apercevoir, je le jure de la dureté du lit. '
Cela dit, le guichetier se relira, emportant une .nialédic lion du monstre, qui continua de se mouvoir ('ans ses chaînes, dont les anneaux rendaient par interval es des bruits faibles, comme s'ils se fussent lentement brisés sous des liraillemens viobns et réi'érés.
La porte de chêne s'ouvrit; un homme de haute laille vêtu de serge rouge, et portant une lanterne sourde, entra dans le cachot, accompagné du guichetier qui avait repoussé la prière du prisonnier. Celui ci cessa tout mouvement.
— Han d'Islande, dit l'homme vêtu de roug?, je suis Nychol Orugix, bourreau du DroniheiiRhus ; je dois avoir demain, au lever du jour, l'honneur de pendre ton excellence par le cou à une belle potence neuve, sur la place publique deDronlheim.
— Es-tu bien sitr en effet de me pendre? répondit le brigand.
Le bourreau se mit h rire : — Je voudrais que tu fusses aussi sûr de monter droit au ciel par l'échelle de Jacob, que tu es sur de monter demain au è'ibct par l'échelle de Nychol Orugix.
— En vérité ? dit le monstre avec un malicieux regard.
— Je le répète, scigreur brigand, que je suis le bourreau de la province.
— Si je. n'étais moi, ju voudrais être toi, reprit le brigand.
— Je ne l'en dirai pas autant, reprit le bourreau ; puis, se frottant les mains d'un air vain cl flatic : — Mon ami, tu as raison, c'est un bel éiat que le noire. Ah !... ma main sait ce que pèse la tête d'un homme.
— As-tu quelquefois bu du sang ? deii.anda le brigand.
— Non ; mais j'ai souvent donné la question.
-As-tu quelquefois dévoré^les entrailles d'un petit enfant vivant encore?
— Non ; mais j'ai fait crier des os entre les ais d'un chevalet de fer ; j'ai tordu des membres dans les rayons d'une roue; j'ai ébréché des scies d'acier sur des crânes dont j'enlevais les chevelures ; j'ai tenaillé des chairs palpitantes, avec des pinces rougies devant un feu ardent; j'ai brûlé le sang dans des veines entr'ouverles, en y versant des ruisseaux de plomb fondu et d'huile bouillante.
VICTOR HDGO.
— Oui, dit le brigand peRsif, tu as bien aussi tes plaisirs.
— En somme, oontinuale bourreau, quoique tu sois Han d'Islande, je crois qu'il s'est encore envolé plus d'âmes de mes mains que des tiennes, sans compter celle que tu rendras demain.
— En supposant que J'en aie une — Crois-tu donc, bourreau du Dronilieimhus, que tu pourrais faire partir l'esprit d'Ingolphe du corps de Han d'Islande, sans qu'il emportât le tien?
La réponse du bourreau commença par un éclat de rire.
— Ha, vraiment! nous verrons cela demain.
— Nous verrons, dit le brigand.
^ —Allons, dit le bourreau, je ne suis pas venu ici pour t'eniretenir de ton esprit, mais seulement de ton corps. Ecoule-moi ! — Ton cadavre m'appartient de droit après ta mort; cependant la loi te laisse la faculté de me le vendre; dis-moi donc ce que tu en veux.
— Ce que je veux de mon cadavre ? dit le brigand.
— Oui, et sois consciencieux.
Han d'Islande s'adressa au guichetir : — Dis-moi, camarade, combien veux-tu me vendre une botte de paille et un peu de feu ?
Le guichetier resta un moment rêveur : — Deux ducats d'or, répondit-il.
— Hé bien, dit le brigand au bourreau, tu me donneras deux ducats d'or de mon cadavre.
— Deux ducats d'or ! s'écria le bourreau. Cela est horriblement cher. Deux ducats d'or un méchant cadavre I Non, certes I je n'en donnerai pas ce prix.
— Alors, répondit tranquillement le monstre, lu ne l'auras pas I
— Tu seras jeté à la voirie, au lieu d'orner le musé? royal de Copenhague ou le cabinet de curiosités de Berghen. .
— Que m'importe?
" —Longtemps après ta mort, on viendrait en foule examiner ton squelette, en dîsant : Ce sont les restes du fameux Ban d'Islande! on polirait t.-s os avec soin, on les ratiacherait avec des chevilles de cuivre; on te placerait sous ure grande cage de verre, dont on aurait soin chaque jour d'enlever la poussière. Au lieu de ces honneurs, songe à ce qui l'attend, si lu ne veux pas me vendre ton caiiavre ; on l'abandonntra à la pourriture dans quelque charnier, où tu seras à la fois la pâlure des vers et la proie des vautours.
— Eh bien ! je ressemblerai aux vivans, qui sont sans cesse rongés par les petits et dévorés psr les grands.
— Deux ducats d'or! répétait le bourreau entre ses dents, quelle prétention exorbitante! Si tu ne modères ton prix, mon cher Hin d'Islande, nous ne pourrons traiter ensem* ble.
— C'est la première et probablement la dernière vente que je ferai de ma vie; je tiens à faire un marché avantageux.
— Songe que je puis te faire repentir de ton opiniâtreté. Demain lu seras en ma puissance.
— Crois-tu?
Ces mots étaient prononcés avec une expression qui échappa au bourreau.
— Oui , et il y a une manière de serrer le nœud coûtant... tandis que si tu deviens raisonnable, je te pendrai mieux.
— Peu m'imporie te que tu feras demain de mon cou I répondit le monstre d'un air railleur.
— Allons.ne pourrais-tu te contenter de deux écus reyaux? Qu'en feras-tu ?
— Adresse- toi à ton camarade, dit le brigand en montrant le guichetier ; il me demande deux ducats d'or pour un peu de paille et de feu.
— Aussi, dit le bourreau, apostrophant le guichetier, avec humeur, par la scie de saint Joseph I il est révoltant de faire payer du feu et de méchante paille au poids de l'or. Deux ducats I
Le guichetier répliqua aigrement :
— Je suis bien bon de n'en pas exiger quatre! — C'est vous, maître Nychol, qui êtes aussi arabe que le chiffre S, de refuser à ce pauvre ririsonnier deux durais d'or de son cadavre, que vous pourrez vendre au moins vingt ducats à quelque savant ou à quelque médecin.
— Je n'ai jamais payé un cadavre plus de quinze ascalins, dit le bourreau.
— Oui, repartit le guichetier, le cadavre d'un mauvais voleur ou d'un misérable juif, cela peut être; mais chacun sait que vous tirerez ce que vous voudrez du corps de Han d'Islande.
Han d'Islande hocha la tête.
— De quoi vous mêlez-vous? dit Grugix brusquement; est-ce que je m'occupe, moi, de vos rapines, des vêlemens, des bijoux que vous volez aux prisonniers, de l'eau sale que vous versez dans leur maigre bouillon, des tourmens que vous leur laites éprouver pour tirer d'eux de l'argent? — Non ! je ne donnerai point deux ducats d'or.
— Point de paille et point de feu, à moins de deux ducats d'or, répondit l'obstiné guichetier.
— Point de cadavre à moins de deux ducats d'or, répéta le brigand immobile.
Le bourreau, après un moment de silence, frappa la terre du pied :
— Allons, le temps me presse. Je suis appelé ailleurs. — Il lira de sa veste un sac de cuir qu'il ouvrit lente nent, et comme à regret. — Tiens, maudit démon d'Islande, voilà tes deux ducats. Satan ne donnerait certes pas de ton âme ce que je donne de '.ou corps.
Le brigand reçut les deux pièces d'or. Aussitôt le guichelier avança la main pour les reprendre.
— Un instant, compagnon, donne moi d'abord ce que je t'ai dîmandé.
Le guichetier sortit, et revint un moment après, apportant une botte de paille fraîche et un réchaud plein de charbons ardens qu'il plaça près du condamné.
— C'est cela, dit le brigand en lui remettant les deux ducats, je me chaufferai cette nuit. — Encore un mot, ajoutat il d'une voix sinibtre : — Le cachot ne touche-t-il pas à la caserne des arquebusiers de Munckholm ?
— Cela est vrai, repariit le guichetier.
— Et d'où vient le vent?
— De l'est, je crois.
— C'est bon, reprit le brigand.
— Où veux-tu donc en venir, camarade? demanda le guichetier.
— A rien, répondit le brigand.
— Adieu, camarade, à demain de bonne heure.
— Oui, à demain, répéta le brigand.
Et le bruit de la lourde porte qui se refermait empêcha le bourreau et son compagnon d'entendre le ricanement sauvage et goguenard qui accompagnait ces paroles.
Espérais-tu finir par tm autre trépas î ÀLBX. Soumet.
Jetons maintenant un regard dans l'autre cachot de la prison militaire adossée â la caserne des arquebusiers, qui renferme notre ancienne connaissance Turiaf Musdœmon.
On s'est peut-être étonné d'entendre ce Musdœmon , si profondément rusé, si profondément lâche, livrer avec lantde bonne foi le secret de son crime au tribunal qui l'a condamné, et cacher avec tant de générosité la part qu'y a prise son ingrat patron, le chancelior d'Ahlefeld. Qu'on se rassure cependant : Musdœmon n'était point converti. Cette généreuse
HAN D'ISLANDE
boniiiifoi était peut-être la plus grande preuve d'adrei-se qu'il eût jamais doni ée. Quand il avait vu toute sou infernale intrigue si inopinément dévoilée et si invinciblement démontrée, il avait été un instant étourdi et épouvanté. Cette première impression passée, l'extrême justesse de son esprit lui fit sentir que, dans l'impuissance de perdre désormais ses victimes désignées, il ne devait plus songer qu'à se sauver. Deux partis à prendre se présenièreut à lui : se décharger de tout sur le comte d'Alilefeld qui l'ab mdonnaii si lâchement, ou prendre sur lui tout le (rime qu'il a^ait partagé avec le comte. Un esprit vulgaire se fût jeté sur le premier, Musdœmon choisit le second. Le chancelier él;iit (luii.iclier, d'ailleurs rien ne le corapronieltiit directement dans ces papiers qui accablaient son secrétaire intime; puis il avait échangé quelques regards d'intelligence avec Musdœmon, il n'en fallut pas davanl âge pour déterminer celui-ri à se laisser con damner, certain que le comte d'Ahlefeld faciliterait son évasion, moins encore par reconnaissance pour les; rvice pass?, que par besoin de ses services futurs.
Il se promenait donc dans sa prison, qu'éclairait à peine une lampe sépulcrale, ne doutant pas que la porte ne lui ea ftit ouverte dans la nuit. Ilexaniinail la forme de ce vieux cachot de pierre, bâti par d'anciens rois dont l'histoire sait à peine les noms, s'étonn nt seulej^eiil qu'il tùt un plancher de bois, sur lequel ses pas retentissaient profondément comme s'il eût couvert quelque cavité souterraine. Il remarquait un gros anneau de fer scellé dans la clef de la voùle en ogive, et auquel pendait un lambeau de vieille corde rompue. Et le temps s'(^coulait, et il tcoulait svec impatien'.e l'horloge du donjon sonner lentement les heures, en traînant ses tintiniens lugubres dans le silence de la nuit.
Enfin, un mouvement de pas se fit entendre en dehors du earhot; son cœur batiit d'i sp'raice. L'énorme serrure cria, les cadenas s'agiièrent, les chaînes tombèrent ; et quand la porte s'ouvrit, son front rayonna de joie.
C'était le personnage en babils d'écarlale que noi!= venons de voir dans le cachot de Han. Il | oriait sous son bras un rouleau de corde de chanvre, et était acconipagn ' de (jiialie hallebardiers vêtus de !;oir, et armés d'ép^iS ei de perUiisanes.
Musdœmon était encore en robe et en perruque '!t^ iiiagistral. Ce costume parut faire efTet sur l'hon:rr,e rouge. Il le salua comme avcoutumé ;"i lu respecter.
— Seigneur, <Iemandâ-t-il a'i "prisonnier avec q 'elquA hésitation, est-re .'i votre courtoisie <|uc l'ous avens iirairi^ ?
— Oui, oui, ré(ionilit en liAle Musdœiuon coiifinué d.'ins son espoir d'évasion par ce début poli, et lu; remar(iii;iiit point la couleur sanglante des vêtemens de- celui qui lui parlait.
— Vous vous nommez, dit riionnuii les yi~u'x lixés mi un parchemin qu'il avait déployé, Tur^ai Musdœmon?
— Précii-ément. Vous ven:z r:'es anvs, de la part du grand chanceli r?
— Oui, votre courtoisie.
— N'Oib iez pas, quand 'Oiis auriz teriiuné voire mission, d'e.\|)rimer à sa grâ c toute ma recvimai- sani e.
L'homme aux lubils rouges leva sur lui un regsrd étonné. — Votre. . rcconnuissance?...
— Oui. sans r^oMte, n:es aniis; car il me sera probablement impossible de la lui t^ m igner moi même tout de su te.
— Probablemenl , répondit rhonnnc avec une expression ironiqu.'.
— Et vous srntez, poursuivit Musdœmon, que jo ne Jois pas me montrer ingrat pour un pareil service.
— Par la croix "du bon larron! s'écria l'autre en îiant lourdement, on dirait, à vous entendre, que le chancelier fait pour voire courloi:>ie toute autre chose. 0 ,
— Sans doute, il ne me rend encore en ce moment qu'une justice rigoureuse !. . .
' — Rii.,oureuse, soit ! — mais enfin vous conveniez que c'est justice C'est le premier aveu de ce genre que j'entends depuis vingt-six an,; que j'exerce. Allons, seigneur, le temps se passe en paroles ; êtes-vous prêt ?
— Je le suis, dit Musdeemon joyeux faisant un pas vers la porte.
— Attendez, attendez un moment, cria l'homme rouge se baissant pour déposer à terre son rouleau de corde.
— Musdœmon s'arrêta : — Pourquoi donc toute celte corde ?
—r Votre courtoisie a raison de me faire cette question; j'en ai là, en '^ffet, bien plus qu'il ne m'en faut; mais, au commencement de ce procès, je croyais avoir bien plus de condamnés.
Eu parlaHt ainsi, l'homme dénouait son rouleau de corde.
— Allons, dépêchens, dit Musdœmon.
— Votre courtoisie est bien pressée —est-ce qu'elle
n'a pas encore quelque prière 7...
— Point d'autre que celle que je vous ai déjà adressée, de remercier pour moi sa grâce. — Pour Dieu, hàions-nous, ajouta MusdœmÔB, je suis impatient de sortir d'ici. Avonsnous beaucoup de chemin à faire?
— De chemin ! reprit l'homme au vêtement d'écarlate, se redressant et mesurant plusieurs brasses de corde déroulées, la route qui nous reste à taire ne fatiguera pas beaucoup votre courtoisie ; car nous allons tout terminer sans mettre le pied hors d'ici.
Musdœmon tressaillit. — Que voulez-vous dire?
— Que, voulez- vous dire vous-même? demanda l'autre.
— 0 Dieu! dit Musdœmon, pâlissant comme s'il entrevoyait une lueur funèbre; qui êtes vous?
— Je suis le bourreau.
Le misérable trembla ainsi qu'une feuille sèche que le vent secoue. —Est ce que vous ne venez pas pour me faire évader? murmura-t-il d'une voix étninle.
Le bourreau partit d'un ce at de rire : — Si fait vraimenti pour vous faire évader dans le pays des csprils, oii je vous proteste (lu'on ne pourra plus vous reprcudre.
Musdœmon s'était proslernéla face contre terre: — Cràcel ayez pitié de moi... Gr-lce !...
— Sur ma foi, dit froidement le bourreau, c'est la première fois qu'on me fait une pareille demande. — ist ce que vous me l'.rener pour le roi ?
L'infortuné se traînait à genoux, souillant sa robe dans la poussière, frappant le plancher de son fronl, ui moment auparavant si radieux, et embrassant les pieds du bourreau ;-vec de cris sourds et des sanglots étouffés.
— "Allons, paix ! reprit le bourreau, je. n'avais po'nt encore, vu la robe noire s'humilier devant ma vesie rouge.
il repouss.i du pied le suppliant. — Camarade, prie Dieu et les saints; ils l'écouleront mieux que moi.
Musdœmon resta agenouillé, le visage caché dans ses nains et pleurant amèrement. Cependant le bourreau, se haussant sur la pointe des pieds, avait passé la corde dans l'anneiiu de la voûie ; il'ia laissa pendre jus(iuc sur le p'aiicher,puis l'arréla par un double tour, puis piépara un nœud coulant à l'exlrémiié qui touchait à Itrrc. —J'ai Uni, dit-il au co:id;ininé quand ( es meuaçans apprêts furent terminés, eu as-lu Uni de nu'nie avec la vie?
— Non, dit ttiusdo'inon se levant, i;on, cela ne se peut I, Vous commelt.z i|ue'qu'^ horrible niéprise. Le chancelier d'Ahlel'eld n'est point assez infâiue... Je. lui suis trop nécessaire.. Il est impossible que ce soii poLir moi que l'on vous ait envoyé. Laissez-moi fuir, craignez d'encourir la colère du chancelier. .
• ~ Ne nous as-lu point déclaré, répliqua le bourreau, que lu élais Turial Musdœmon?
Le prisonnier demeura un moment silencieux : — Non, dit il lout-à-coup, non, je ne me nomme point Musdœmon ! je me nomme, Turiaf Orugix
— Orugix ! s'écria le bourreau, Oriigi !
Il a-racha précipitamment la pcrrui|ue qui cachait le visage du condamné, et poussa nu cri de stupeur : — Mon frère !
— Ton frère! répondit le condamné avec un élonneraent mêlé de lionte et de Joie, serais tu..,?
— Nycho! Orugix, bourreau du Drontheimlius, pour te servir, mon frère Turiaf.
VICTOR HUGO
Le coiiJanind sft jeta nu cnu de rext^culeiir, en l'apiuîlant son frère, son frère chéri. Cette reconnaissance fralernclliî nVùt pas (lilalo le cœur de celui qui en eili l'io témoin. Turiaf |)rodi;,Muit à Nycliol niiili' caresses forcées avec un sourire allt-cié (tcrainiif, au(iui'l Nycliol répouilaii par des re- (îards so;nb-cs el emliarra>sé>; on oiV dil un li.L're flattant un éiépliaul au moment où le pied pesant du monstre piesse son ventre lia étant.
— Qjel bonlieur, (rère Nychol !.. Je suis bien joyeux de le revoir.
— Et moi, j'en suis fAclié pour loi, frère Turiaf.
Le condamné feignait de ne point enteriilre, et poursuivait d'une voix treniblanie : — Tu as une femme et des enfans, sans donleVTu me mèneras voir mon aimable sœur, rmlirasser mes cliarmans neveux...
— Signe (le croix du démon I murmura le bourreau.
— Je veux éire leur second |ifere... Fcoule, Irère, je suis puissant, j'ai «lu crédit... —
Le frère répondit d'un accext sin sire : — Je sais que lu en avais !... — A présent ne songe ] lus qu'à celui que tu as .sans doute su te ménager près des :-aiuts.
Toute espérance disparut du f'onl du condamné. — 0 Dieu! que sip'mfie ceci, cher Kyrliol ? Je suis sauvé, puisque je le reirouve.— Soni;e (j'ic le même ventre nous a portés, que le même sein nous a nourris, que les mêmes jeux ont oci~u;ié notre enfance; souviens-loi, iXychol, (luc tu es mon frère !
— lusqu'A celle heure, tu ne l'en élais pas souvenu, répondit le fatouihe ISychol.
— Non, je ne puis mourir de la main de mon frère ! ..
— C'est la faille, Turiaf. —C'est toi qui as rompu ma ca-rière ; qi;i m'as cmpéclié d'élre exécuteur royal de Co penhaguc; qui m'as lait jeter, comme bourreau (le province, dans ce misérable pays, .^i lu n'avais point ainsi agi en mauvais frère, lu ne le plaindrais pas de ce qui le révolte aujourd'luii. Je ne s.^rais point dans !e iJrontbeimbus el C'. serait un autre qui ferail ton aflaire. ^ Nous eu avons dit assez, mon frère, il f;iul mourir.
La mort est hideuse au méi;lia[il, par le même s nliir.e 1 (lui la reu 1 beile à l'iiominede bien; Ions deux vont quitler ce iju'ils ont d'il iinaiii ; mais h' juste est délivré de son cùips comme d'une prison, le niécbani en est arraché comme d'une forteresse. Au dernier niomeul, l'enfer se révèle •) l'âme perverse qui a levé le néanl. l'Ile frajipe avecinquiétadesur ,a soml^'c porte delà nio I, et ce ifesl jias le vide (jui lui réi'Odd.
Le coiidaniiié se roula sur le plandicr en se tordant les bras avec une plainte plus déihiiante que la lamentaiion éiernelle d'un damné. — Miséricorde de Dieu! saints aui!<'s duciil,si vais ixistez, avez lompassiou de moi! ISyclud, Dion INychol, au nom de iioMV' mère commune, oJi 1 laissemoi vivre I
Le bourreau montra son pan-bemin.
— Je ne puis : l'ordre csi préùs.
— Cet ordre ne me (ouceruiî pas, balbulia le di;espéré prisonnie.-; il regarde un certain Musdœinon, ce n'est pas mol : je suis Turiaf Orui^ix.
— Tu veux rire, dil Nviliol en haussant les ("paules. Je. sais bien (|u'il s'aj^it de lui. Ij'ailleuis, ajuuia-l-il duieiiie. l, tu n'aurais point été hier, pour ton frère, Turiaf Oriigix; lu n'es pour lui aujourd'liui queTuriafMiisdoLiihon.
— Mon Irèrel mou Irere! reprit le iiilsérable, lie bien! attends jusqu'à demain ! il est impossible i|iir le grand cliaiicelier ail doiné l'urdre de ma mort. C'e.^t un allrciix nialciiteiidu. Le comte d'Ablefeld m'ainie beau' oup. Je l'eu conjure, mon cher Nytiiol, la vie... Je serai bieiitùl rentré e . faveur, et jeté rendrai tous les services...
— TuRepeiix plus m'en rendre qu'un, Turiaf, interrompil !'• bo .rreau. J'ai déjù jierdu Icj deux cxcculiùi.s sur lesque'lesjt complais le plus, celles de rex-cbanceller Sdiumacker . ; d lils du vice-roi. J'di toujours du niallienr. Il ne me reste pi .s que Ilan d'Islande et toi. Ton execuiion, coiunie noct'.tro cl secrète, me vaudra dou^u ducats d'or. Laisse-moi
donc faire tranquillement : voil.'i le seul service que j'allends de toi.
— 0 Dieu I... dit douloureusement le condamné.
— Ce sera le premier et le dernier, à la vérité; mais en revanche, je te promets que lu ne souffriras poi't Je le pendrai en frère. — Uésigne-toi.
Miisduemon se leva; ses narines étaient gonflées de rage, ses lèvres vertes tremblaie- 1, ses dents claquaient, sa bouche écumaitde désespoir.
— Satan!... j'aurai sauvé ce d'Ahlefcld ! j'aurai embrassé mon Irère ! et ils me lueronl! el il taiidra mourir la nuit, dans un cachot oliscur, sans que le monde puisse entendre mes maléJictions, sans i\ue ma voix puisse tonner sur eux d'un bout du royaume à l'autre, sans que ma main puisse déchirer le voile de tous leurs crimes ! Ce sera pour arriver à celte mort (|ue j'aurai souillé toute ma vie! — Misérable ! poursuivit-il, s'adressanl à so:i IrèrCj tu veux donc être fratricide?
— Je suis bourreau, répondit le flegmatique Nychol.
— Non ! s'écria le roiidamué. Et il s'dail jeié îi corps perdu sur le bourreau, et ses yeux laiçaicnl (la flammes et répandaient des larmes, comme ceux d'un taureau aux abois. Non, je ne mourrai pas ainsi ! Je n'aurai point vécu comme un serpent lormidable, pour mourir comme le misérable ver qu'on écrase ! Je laisserai ma vie dans ma dernière morsure; mais elle sera mortelle.
En parlant ainsi, ilélreigiwit en ennemi celui qu'il venait d'embrasser -en frère. Le Halleur et caressant Musdœmon se montrait eu ce moment ce qu'il éuiit dans son essence. Le désespoir avait remué le fond de, son àme ainsi qu'une lie, et après avoir rampé comme le tigre il se redressait comme lui. Il eût été difficile de décider lequel des deux frères était lep'uselT'oyabltCdans ce momcni où ils lutiaieni, l'un avec la slupide férocité d'une bèie sauvage, l'autre avec la fureur rusée d'i n démon.
Mais b's quatre bal eiiardiers, jusqu'alors impassibles, n'étaient |ias resiés immobib's Ils avaiciit prie assislance au bourreau, elbienlôt Miudœnion qui n'avait d'autre force que sa rage, lut contraint de l.'icher prise. Il alla se jeter îi plat venire contre la muraille, poussant des hurlemcns inarlicu'és, et émous.tanl ses ongles sur la pirrrc.
— Mourir ! démons (!'•. renf.r ' ., mourir sans que mes cris lierceiit ces voulez, i-ans (im mes bras renversent ces murs! ,.
On le saisit, sans éprouver di- rési<laiice. Son effort inutile l'avait épuisé. Ou liMl-poi,illarie sa robe pour le garrotter. En ce moment, i;n jia (let carh' lé l'mlia de ses vfieniens.
— Qu'ait ce!a? dil leboura'au.
Lnc esp>^rancc infe na!e luisait dans l'n^il hagard du eondamni' — Comin ni avai>-jc oublie cela'.' munnural-il. — Écoule, frère Nycli 1, .ajinit -t il d'iiiie voix prc-que amicale, ces papiers app:iriieiiii''nt -.m grandcliincelier. Promets-moi de lesliii remettre, d fais cnsuiiede moi ce que tu vpndras.
— Puisque lu es tr.in iii'lle mainlcnaiil, je le promets de remplir ta dernière iiileiiiion, quoique tu viennes d'agir en» vers moi comme un mauvais frère. Ces papiers seront remis au chai!celier,foi d Orngix.
— Demande à I s lui remettre loi même, reprit le cond.imné en souriant aa bourrr-au, (|iii, par sa nature, comprcnaii peu les sourires Le plaisir ([u'ils caiiseronlà sagrftce le vaudra peut-être ([iiclque laveur
— Viai, frcrt- ! dit Orugix. Merci. Peut-êlre le diptùmc d'exéculenr royal, n'eslce pas? Eli bien ! quitions-nous bons amis. Je te pardonne bs coups d'ongles que tu m'as donnés ; par^ionnenioi le collii r de corde que 1 1 vas recevoir de moi.
— Li' c'iïucU'.er ui'avaii promis un autre collier, répondit Musdu-moii.
Alors les hallebardiers ramenèrent parrotié au milieu du cachot; le bourreau lui jiassa le fatal nœud coulant autour du cou. — Tiiriif, e,^•lu pièt?
— Un instant' un instant! dil le con iamné, au.|uel sa terr. iir éiait tevcnue : de grâce, mon frère, ne lire, as la lorde avaul iiue je ne te ledi-^e.
HAN D'ISLANDE
— Je n'aurai pas besoin de lirer la corde, répondit le bourreau.
Une minute après il répéta sa question : — Es-tu prêt?
— Encore un instant : hélas ! Il faut donc mourir !
— Turiaf, je n'ai pas le temps d'attendre. En parlantainsi, Orugixinvilait les liallebardiers à s'éloigner du condamné.
— Un mot encore, frère ! n'oublie pas de remettre le paquet au comte d'Afibield.
— Sois tranquille, répliqua le ftère. Il ajouta pour la troisième fois : — Allons, ps-Iu prêt ?
L'infortuné ouvrait la bouche pour implorer peut-être cn^ core un-i minutede vie,q'Mndlc'.)ourreau Impatient se baiss-. Il tourna un houion de cuivre qui sortait du plancher. — Le plancher se déroba sons le patient; le misérable disparut dans une trappe carrée, au bruit sourd le la corde qui se tendait soudainement avec d'elfrsyanlcs vibrations, causées, rn parile, par les dernières (c valsions du mou'ant.On ne vit plus que la corde (|iii s'agitait dans la sombre ouverture, d'où s'échappaient un vent Irais et une rumeur pareille ^ celle de l'eau courante.
Les hallebardiers eux-mêmes reculèrent frappés d'horreur. Le bourreau s'approcha du gouffre, saisit de la main la corde qui vibrait toujours, et se suspendit sur l'abîme, s'appuyant des deux pieds sur les é|)aules du patient. Lî fatale corde se tcndil avec un son raiicpie et demeura immobile. Un soupir étouffé vena t de sortir de la trappe.
— C'est bon, dit le bourreau remontant dans le cachot. Adieu, frère.
11 lira un coutelas de sa ceinture.
— Va nourrir les poissons du golfe. Que ton (orpssoit la proie do l'eau tand s ([ue ton finie sera celle du feu.
A ces mois, il cou a la cor 'e lendue. Ce (|ui eu resta suspendu fi l'anneau de fer revint fmeiter la voûte, tandis qu'on entendait leau profonde et ténébreuse rejaillir de la chut-^ du corps, puis conlinuer sa course souterraine vers le golfe.
Le bcurroau r< ferma la trappe comme il l'avait ouverte. — Au moment où il se redressail, il vit le cachot plein de fumée.
— Qu'i\sl-ce doiicP demandât il aux hallcliardiers ; d'où vient celle fumée?
Ils l'ignoraient comme lui. Surpris, ils ouvrirent la porte du cachot; les corriilors de la prison é'aiciit également inondés d'une fumée épaisse et nauséabonde. Une issue secrète les conduisit, alarmés, dans la cour carrée, où un spectacle elira^aiit les attendait.
Un immense incendie, accru parla violence du vent des!, dcvorail la prison militaire et la lasernc des arquebusiers. La na;iime pous ée en tourbillons rampait auiour des murs de pierre, couronnait les toits ardens, s irlail comme d'une bouche des fi nèires dévorées ; et les iioir''s tours de Muiickliolin, tantôt se rougissaier.t d'une clarté sinistre, taniôl disparaissaient dans d'épais nuages de fumée.
L'n gi.iclielier qui luyail dans la cour leur apprit en peu de mois que le leu était parii, penoani le sommeil des gardiens de Han d'I^lande, du cachot du monstre, auquel on avait eu l'imprudence de donner de la jiaille et du feu.
— J'ai bien du malheur, s'écria Orugix à ce récit : voil,^ rncoro sans doute Han d'Islande qui m'échappe. Le misérable aura clé V.rùlé ! et je n'aurai même plus son corps que j'ai iia\é deux ducais!
Cepenilani, les malheureux arquebu.^ie^s de Munckholm, réveillés en sursaut par cetie mort immineule,se pressaient en foule ii la grande psrie, embarrassée de funestes barricades ; on entendait du dehors leurs clameurs d'angoisse et de détresse; on les voyait se tordre les bras aux fenêtres en feu, ou se précipiter sur les dalles de la cour, évitant une mort dans une autre. La Hamme victorieusa^embrasait tout l'édifice, avant que le reste de la garnison eût eu le temps d'accourir. Tout secours était déjà iiuilile. Le bùiimeni éiait heureusemeul isolé : on se borna à enfoncer à coups de hache l.i porte iiriiuipale ; mais ce fut irop tard, car au momcnl où elle s'ouviii. umle la ( lr.ir|)i'iilc tnibrasi'.e du loil de la cascrii'; s'écroula avec un lo:ig iracas sur les iiilorlu
nés soldats, entraînant, dans sa chute, les combles et les étages incendiés. L'édifice entier disparut alors dans un toutbillon de poussière enflammée et de fumée ardente, où s'éteignaient quelques faibles clameurs.
Le lendemain matin, il ne s'élevait plus dans la cour carrée que quatre hautes murailles noires, et chaudes encore, entourant un horrible amas de décombres fumans qui continuaient à se dévorer les uns les autres, comme des bêtes dans un cirque. Quand toute cette ruine fut un peu refroidie, on en fouilla le.s profondeurs : sous une couche de pierres, de poutres et de ferrures tordues par le feu, reposait un amas d'ossemens blanchis, et de cadavres défigurés ; avec une trentaine de soldats, pour la plupart estropiés, c'était ce qui restait du beau régiment de Munckholm.
Lorsqu'en remuant les débris de la prison, on arriva au cachot fatal d'où l'incendie était parti, et que Han d'Islande avait habité, on y trouva les restes d'un corps humain, couchés près d'un réchaud de fer, sur des chaînes rompues. On remarqua seulement ((ue parmi ces cendres il y avait deux crânes, quoi(iu'il n'y eût qu'un cadavre.