‹ Musée littéraireChapitre 152 sur 170 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Ce que j'avais dit par plaisanterie, vous ravez pris sérieusement.

Romances espagnoles, le roi Alplinuse à lioruard.

Depuis quinze jours, les événemens que nous venons de raconter occupaient toutes les conversations de Droniheira et du Drontheimlius, jugés selon les diverses faces qu'ils avaient présentées au jour. La populace de la ville, qui s'était vainement attendue au spectacle de sept exécutions successives, commençait .1 désespérer de ce plaisir ; et les vieilles femmes,;» demi aveugles, racontaient encore qu'elles avaient vu, la nuit du déplorable embrasement de la caserne, Han d'Islande s'er.voler dans une flamme, riant dans l'incendie, et poussant du pied la toiture brûlante de l'édifice sur les arquebusiers de Munckliolm ; lorsque, après une absence qui avait semblé bien longue à son Elliel, OrHener reparut dans le donjon du Lion de SIesvig, accompagné du général Levin de Knud et de l'aumônier Athanase Slunder.

Schuniacker se promenait en ce moment dans le jardin, appuyé sur sa lille. : es deux jeuiies époux eurent bien de la peine à ne point tomber dans les bras l'un de l'autre; il fallut encore se contenter d'un regard. Schumarker serra affectueusement la main d'Ordener, et salua d'un air de bienveillance les deux étrangers.

— Jeune homme, dit le vieux captif, que le ciel bénisse votre retour !

— Seigneur, répondit Ordener, j'arrive. Je viens devoir mon pére^ de Bergben, je reviens embrasser mon père de Dronlheim.

— Que voulez-vous dire? demanda le vieillard étonné.

— Que vous me donniez votre tille, noble seigneur.

— Ma tille ! s'écria le prisonnier, se tournant vers Etiiel rouge et tremblante.

— Oui, seigneur, j'aime votre Ethel ; je lui ai consacré ma vie : elle est à moi.

f.e front de Schumacker se rembrunit :

— Vous êtes un noble et digne jeune homme, mon fils: quoi()ue voire père m'ait fait bien du mal, je 1(^ lui pardonne en votre faveur, et je verrais volontiers celle unioi . Mai? il y a un obstacle...

— Lequel, soigneur? demanda Ordener presque ln(iuiel.

— 'Vous aimez ma lille; mais êtes-vous sur (ju'cile vous aime?...

Les deux amans se regardèrent, muets de surprise.

— Oui, poursuivit le père. J'en suis lâché; car je vous aime, moi , et j'aurais vohlu vous appeler mon lils. C'çsl ma Dllc qui ne voudra pas. Elle ni'u déclaré deriuèrcnienl son aversion pour vous. Depuis votre départ, elle sr- laii quand je lui parle de vous, et semble é-itcr votre pensée,' comme si elle la gênait. Uenoneez donc à volreamour, Ordener. Allez, on SB guérit d aimer comme de haïr.

— Seii-'neur,— dit Or.lener stupéfùi...

— Mon père!... dit Eihcl, joignant les mains.

— Ma liilc, sois tranquille, interrompit le vieillard : ce i

mariage me plaît, mais il te déplaît. Je ne veux pas torturer ton cœur, Rlhel; depuis quinze joursje suis bien changé, va. Je ne forceiai pas ta répugnaui;e pour Ordener. Tu es libre. Athanase Muiider souriait .—Elle ne l'est pas, dit-il.

— Vous vous trompez, mon noble père, ajouta Ethel enhardie. Je ne hais pas Ordener.

— Comment ! s'écria le père.

— Je suis, reprit Ethel... Elle s'arrêta. Ordener s'agenouilla devant le vieillard.

— Elle est ma femme, mon père! Pardonnez-moi comme mon autre père m'a déjà pardonné, et bénissez vos enfans.

Schumacker, étonné à son tour, bénit le jeune couple incliné devant lui.

— J'ai tant maudit dans ma vie, dit-il, que je saisis maintenant sans examen toutes les occasions de bénir. Mais à présent expliquez-moi...

On lui expliqua tout. Il pleurait d'attendrissement, de reconnaissance et d'amour.

— Je me croyais sage, je suis vieux, et je n'ai pas compris le cœur d'une jeune fille I

— Je m'appelle donc Ordener Guldenlew, disait Ethel, avec une joie enfantine.

— Ordener Guldenlew, reprit le vieux Schumacker, vous valez mieux i[ue moi ; car dans ma prospérité je ne serais certes pas descendu de mon rang pour m'unir ù la tille pauvre et dégradée d'un malheureux proscrit.

Legériéral prit la miin du prisonnier, et lui remit un roulea 1 de parchemins.

— Seign>-ur comte, ne parlez pas ainsi. Voici vos titres que le roi vous avait déjà renvoyés par Dispolsen. Sa majesté vient d'y joindre le don de votre yrice et de votre liberté. Telle est la dot de la comtesse de Daunerkio.d, votre tille.

--Grâce!... liberté ! répéta Ethel ravie.

— Comtesse de DanneskiuM ! ajouta le père.

— Oui, comte, continua le général, vous rentrez dans tous vos honneurs, tous vos biens vous sont reiidus.

— Aifiii dols-je tout cela? demanda l'heureux Schumacker

— Au général Levin de Knud, répondit Ordener.

— Levin de Knud ! Je vous le disais Idei), général gouverneur, î evin de Knud est le meilleur des hommes. .Mais pourquoi n'est il pas venu lui-même m'apporter mon bonheurP où est il ?

Ordener montra avec étonnement le général, qui souriait et pleinaii : — le voici !

Ce fut une scène louclianle (]ue la reconnaissance de ces deux vieux compagi;Oi:sde puissance el de jeunesse. Le cœur de Schumacker se dilatait cniui. En connaissant Han d'Islande, il avait cessé de haïr les liomn;es; en connaissant Orde er el ! cvin, il se pienail .'i les aimer.

Bientôt de belles et douces fèlcs soleiiuisèrenl le sombre hymen du cachot, 'ave commença à sourire aux deux jeunes époux qui avaient su sourire .'i la mort. Le comte d'Ahlefeld les vil heureux, ce fut sa plus cruelle punition.

Athanase Muuder eut aus.si sa joie. Il obtint la grâce de ses (|'/atorze rond;ininés, et Ordener y ajouta celle de ses anciens confrères d'infortune, Kei nybol. Jouas et Norbiili, qui lelournèrent libres el joyeux anntncer aux mioeurs paclljés (pie le roi les délivrait de la tutelle.

Schumacker ne jouit pas longtemps de l'union d'Eiliel et d'Orilentr ; la liberté et le bonheur avaient trop ébranlé son ànie : elle alla jouir d'un autre bonheur et d'une autre libellé. Il mourut dans la même an ée 16'J9, et ce chagrin vint frapper ses enfans, comme (Our leur apprendre qu'il n'est point de l'él:ci'é parfaite sur la lerre.On l'inliuma dans l'ég i-ie de \cer, l-rre qiirt soii gendre possédait dans le Jut'and, et le loiiibcau lui conserva tous les titres que la captivité lui avaf^enlevés. f^e l'alliaiuie d'Ordener el d'Ethel raquit la >aniillc des comtes de Danncskiold.

IliV DE UAN DISLANDE.

JRt€hUc€iiiou iiu JofëÊ^iusS LE SlÉCLlî

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