CHAPITRE K
RUBV.
Susannah, qui n'avait point entendu le pas de Brian de /ancester, se complaisait en la poésie de son chant. Pauvre païenne, elle jetait vers le ciel la mélodie catholique, et sa voix allait à Dieu comme un suave encens. Les mots sonores du beau langage d'Italie coulaient de sa bouche mêlés aux notes cristallines du piano dont les touches, sollicitées par ses doigts habiles, rendaient à flots l'harmonie et couvraient léchant à demi, comme ces dentelles brillantes au travers desquelles un gracieux visage paraît plus gracieux encore.
Brian écoutait et tâchait de retenir son souflle, mais il n'y pouvait point réussir , parce qu'il venait de fournir une course violente. Sa poitrine se soulevait malgré, lui et l'effort qu'il faisait amenait à son front de grosses gouttes de sueur.
Mais il ne se sentait point lui-même. Susannah était si belle en ce moment! Il regardait, il écoutait : cette voix magnifique, ce chant divin, cette beauté splendide et inspirée, tout cela le plongeait en une admiration pleine d'extase.
Les dernières vibrations de la voix de Susannah s'éteignirent sous une gerbe d'accords. Puis le piano se tut à son tour. La belle fille releva ses yeux émus et rencontra, dans la glace, les regards ardens de Lancester.
Elle tressaillit et devint pourpre, non pas de honte, mais de plaisir. Brian lui mit un baiser sur la main.
Ils s'assirent l'un près de l'autre sur le sofa et demeurèrent quelques secondes sans parler. Susannah était heureuse parce qu'elle voyait Brian. Brian subissait encore l'impression récente : il admirait silencieusement et du fond de l'âme.
— Je vous attendais, milord, dit enfin Susannah ; — voici la première fois que vous venez si tard !
— Etait-ce pour moi, votre prière ? demanda Brian comme s'il n'eût point voulu répondre ;— les anges doivent chanter comme vous, Susannah.
Susannah ne baissa point les yeux.
— Quand je prie, milord, dit-elle, c'est pour vous, — toujours I... Mais qui vous a retenu loin de moi? Je suis bien triste quand vous n'êtes pas là... Si, quelque jour, vous «'alliez pas venir!...
— Ce Jour-là, Je serais mort, milady.
L'œil delà belle fille jeta un édair d'enthousiasme. • — Merci I dit-elle d'une voix recueillie. Jevouscrois,Brian, tt je suis fière de vous aimer.
Elle mit sa main dans la main de Brian, et reprit tout-itcoup:
— D'où venez-vous, milord ?
SoB regard effrayé parcourait Lancester des pieds à la têteavec étonnoment, et, de fait, l'aspect de ce dernier avait *^ quoi surprendre.
Comme nous l'avons dit, ses cheveux épars couvraient en partie son visage. Son front était humide de sueur et à la sueur se mêlaient çà et là quelques gouttes de sang. Il y avait dans ses vêlemens un désordre d'autant plus étrange que son costume reculait d'ordinaire, tout en gardant la sévérité convenable, les plus extrêmes limites de la mode. Le drap fin de son habit noir était déchiré en plusieurs endroits; sa cravate desserrée ne tenait plus que par un nœud bâtard et dépourvu de tout st)le. De larges taches de boue maculaient le vernis de ses bottes, et la dentelle de son jabot, froissée, arrachée en plusieurs endroits, pendait, déshonorée, sur les revers égratignés de son gilet de salin. Son chapeau, qu'il avait déposé en entrant sur une chaise, n'avait plus forme admise, et l'en apercevait la peau lacérée de ses doigts à travers le chevreau collant de ses gants en lambeaux.
On eût dit qu'il sortait d'une orgie ou d'une lutte dangereuse, péniblement soutenue.
La question de Susannah, qui était à coup sûr fort naturelle, sembla jeter soudain Brian de Lancester hors du cercle senlimenlal où il s'allanguissait depuis quelques minutes. Il se leva brusquement et se plaça devant une glace.
— Pardon, milady, mille fois pardon, dit-il ; snrmoH honneur, je ne croyais pas avoir été aussi maltraité.
— Mais, au nom du ciel I milord, que vous est-il arrivé? s'écria Susannah sérieusement inquiète.
— Quelque chose de bien grave, répondit Lancester en souriant; tout ce qu'il peut arriver de plus grave, milatly... Je viens de me rendre coupable du crime de haute trahison.
Ce mot n'avait aucune signification pour madame la princesse de Longueville.
— De haute trahison ! répéta-t-elle, comme on fait lorsqu'on ne comprend point.
— Oui, milady, continua Brian, qui, d'un seul geste, avait rejeté en arrière sa belle chevelure bouclée et s'occupait à réparer sommairement le désordre de sa toilette, — mais cela ne m'excuse en rien, et je vous supplie de croire que si je m'étais vu dans un miroir avant de frapper à votre porte...
— Mais, milord, interrompit la princesse avec un léger mouvement d'impatience, — cela ne m'explique pas...
— C'est juste, répondit Brian, qui ne pouvait deviner jusqu'à quel point Susannah avait besoin d'être édifiée; — vous voulez savoir, madame, en quoi j'ai pu insulter la majesté royale...
— Insulter la majesté royale! interrompit encore Susannah pour qui ces derniers mots étaient une sorte de clef à la première réponse de Brian ;— mais c'est affronter un terrible danger, milord.
— Oui, milady... danger de mort, dit négligemment Lancester;— et, puisque nous parlions de cela tout à l'heure, il eût pu se faire que je ne fusse pas revenu...
Susannah p.'ilit. Lancester reprit en souriant :
— M;ms il n'y a de mort, madame, que mon pauvre coureur Ruby... Vous connaissiez Ruby? C'était un noble animal I... le roi du steeple-chase!... Il a fourni ce malin sa dernière course , milady, et je ne puis dire qu'il se soit rendu trop tôt... Ruby a distancé tout un escadron de horseguards , sur ma foi !
— Et ne pensez-vous pas qu'il y ait à craindre encore? demanda la princesse dont le beau front conservait sa pâleur.
Brian la reconduisit au sofa et s'assit auprès d'elle.
— Je vais vous conter cela, madame, dit-il d'un ton caressant et enjoué.— D'abord, afin de rendre mon aventure excusable, il faut que vous sachiez que, depuis trois jours, je cherche dans Londres un objet introuvable... .
— Quel objet, milord?
— Ceci est mon secret, madame, répondit gravement Lancester;—je cherchais donc et je ne trouvais point. Chose terrible ! car il me fallait cet objet ; je le voulais... Ce matin, l'idée m'est venue qu'il me serait possible, peut-être, de l'emprunter,—de le voler, si mieux vous aimez, milady,— à «;.»•«
PAUL FEVAL.
gracieux souverain, le roi Guillaume. C'était une heureuse peiist^p. J'ai fait seller Ruby,— pauvre Ruby 1— et je suis parti au galop pour WIndsor-Castle... A. Windsor, le hasard s'est montré d'abord favorable. Le roi n'était pas au château. Toutes les portes m'ont été ouvertes et j'ai pu pénétrer dans une grande pièce toute pleine d'objets semblables à celui que je désirais...
Susannah avait le cœur trop haut pour être curieuse, mais qui ne sait que l'intérêt prend souvent les allures de la curiosité? Il s'agissait de Brian, d'ailleurs, et tout ce qui touchait Brian devenait pour Susannah la chose importante. Elle interrogeait sa physionomie d'un regard avide et saisissait chaque mot au passage, cherchant it deviner quel était cet objet précieux pour lequel on bravait témérairement la vengeance royale.
Brian fit semblant de ne point prendre garde à cette impatience.
— Il y en avait cent de ces objets, madame, reprit-il d'un ton fort sérieux; — il y en avait mille. Le choix m'était permis; mais, par une fatalité singulière, aucun n'était précisément ce que je cherchais... Il y en avait de toutes sortes : le mien n'y était pas.
— Ne voulez-vous point me dire de quoi vous parlez, milord? demanda la princesse avec une inflexion de voix caressante.
— C'est mon secret, dit encore Lancester, mais cette fois en souriant.— Voyant que ma recherche était vaine à Windsor, je me suis remis en selle et mon vaillant Ruby a recommencé sa course. Il allait comme le vent, madame, et, au bout d'une heure, j'ai aperça les kiosques chinois et les pagodes de Kew... Ici, un obstacle se présentait. L'étendard royal flottait sur le château : le roi était à Kew.
A mesure que Brian avançait dans son récit, sa voix s'a- Bimait et sa physionomie, si grave d'ordinaire, prenait une expression de communicalive gaîté. Susannah suivait la pente de «et enjouement inusité. Elle souriait au sourire de Brian, et se sentait être gaie parce qu'il se montrait joyeux.
— Quand le roi est au château , continua Lancester, les jardins et terrasses réservés sont fermés au public, surtout depuis l'équipée de ce fou qui tira un coup de pistolet à la jeune princesse Alexandrine-Victoria *, fille du feu duc de Kent, au besu milieu d'un pleasure-ground de Hampton- Court. On met des sentinelles à toutes les barrières et des gardes à pied font incessamment le tour des terrasses. — Pourtant, madame, il fallait que j'arrivasse au pied même du château, au delà des fossés, dans cette belle pelouse où s'élève la grande serre japonaise. C'était de toute nécessité.
— Mais pourquoi, milord, pourquoi ?
• Vous le verrez, madame... Franchir les barrières, c'était un Jeu, grâce à mon brave Ruby... pauvre Ruby I... Je suis parvenu sans encombre j'nsqu'au pied de la terrasse, dont me séparaient seulement encore le fossé et le revêtement... Ruby avait le pied sûr. 11 est descendu dans le fossé; moi, je suis monté debout sur la selle, et d'un bond, je me suis trouvé sur le gazon,— à trente pas d'une sentinelle.
— C'était jouer votre vie, Brian ! dit Susannah qui perdit son sourire.
— Cest le seul enjeu qui puisse donner pour moi de l'intérêt à une partie, madame, répondit Brian dont la gaité se cacha un moment sous un nuage.
Et, comme la princesse lui adressa un regard tout plein de doux reproches, il ajouta :
— Je suis ingrat et j'ai entrevu du bonheur dans l'avenir. On ne perd pas comme cela ses vieilles habitudes, madame... Ma rancune contre la viea duré si longtcmpsi... Maintenant, je vous aime, Susannah, et Dieu sait que la mort me serait bien anièrc puisqu'elle me séparerait de vous; mais je suis fait ainsi : entre mol et ce que je veux il n'y a point d'obstacle... Et je voulais entrer à Kew.
Ces derniers mots furent prononcés légèrement. Lancester reprit aussilAt avec sa gaité première:
*l.a rcioeacluollu.i
— Je vous demande pardon d'ailleurs, milady, d'avoir provoqué votre crainte et chassé pour un instant votre charmant sourire. La sentinelle dont il est question dormait, appuyée sur son fusil... C'était un honnête garde à pied qui avait sans doute passé la nuit à boire en l'honneur de Sa Très Gracieuse Majesté le roi Guillaume. Après avoir franchi le fossé, je m'avançai d'un pas grave vers les serres japonaises, afin de me donner l'air d'un habitué du château; mais, au détour d'une allée, je me suis treuvé face à face avec deax dames : c'étaient la princesse douairière Marie-Louise- Victoire de Kent et sa fille Alexandrine-Victoria. J'ai sakié respectueusement , comme c'était mon devoir, et j'ai passé outre. Tandis que je m'éloignais, la jeune princesse, — une charmante enfant , madame , — me suivait d'un regard surpris, et je dois avouer que ma récente escalade avait déjà mis en ma toilette un certain désordre peu en harmonie avec l'étiquette de la résidence royale... En me retournant, je vis la jeune princesse courir au poste des gardes à pied, suivie par son auguste mère. C'était un détestable symptôme...
— Vous prîtes la fuite, milord?
— Je continuai mon chemin vers les serres, milady. J'y entrai. Mon choix fut long et laborieux. Quand je sortis, les allées étaient remplies de gardes... Milady, poursuivit Lancester avec une nuance d'embarras, j'ai presque honte d'avouer à une Française que nous autres gentilshommes anglais pratiquons peur la plupart , avec une certaine supériorité, l'art peu chevaleresque des athlètes antiques... Plusieurs gardes à pied sans armes se présentèrent pour me barrer le passage. Je les jetai l'un après l'autre sur le sable des allées , mais ce ne fut pas sans causer un énorme scandale. Les fenêtres du château s'étaient garnies de spectateurs. De toutes parts, les chefs criaientde me saisir à tout prix, mort ou vif. Avant d'atteindre le rebord de la terrasse, j'avais essuyé déjà le feu de deux sentinelles...
— Est-il possible I dit Susannah en pâlissant ;— et n'êtes* vous point blessé, milord ?
— Non, madame, répondit gaiment Lancester; ceci manque absolument à la partie dramatique démon aventure. Je n'ai pas la plus petite blessure dont je puisse faire parade... et mon chapeau seul a reçu la balle assez bien dirigée d'un habit rouge.
Susannah se leva vivement et prit le chapeau, qui, en effet, était traversé de part en part à son milieu.
— Mon Dieu! murmura-t-elle;— avoir été si près de U mort ! Et pourquoi, milord, au nom du ciel, pourquoi ?
— Le reste de mon récit, reprit Lancester, consiste en une simple course de haies. Du rebord maçonné de la terrasse, je sautai sur le dos de mon pauvre Ruby, qui franchit l'escarpement du fossé comme s'il etit eu les ongles d'un chat sauvage, et prit aussitôt le galop... L'éveil était décidément donné. On me fit encore l'honneur de deux ou trois décharges, et en vérité je ne peux dire autre chose, sinou que le droit n'était pas de mon côté... Je devais avoir tout l'air d'un malfaiteur arrivé au château avec de fort mauvais desseins, —Mais Ruby ne discutait pas, il courait... Vous eussiez dit un tourbillon, madame. Il avait fait plus de trente milles dans la matinée, le noble animal ! Ses naseaux fumaient, ses flancs haletaient, et sa course ne se ralentissait point. Je dépassais avec une rapidité qui tenait de la magie les horseguards échelonnés pour me cerner. Je ne voyais plus ea avant de moi qu'un seul piquet, composé de trois cavaliers, qui manœuvraient pour me couper. J'avais à ma droite la grille d'un parc. Ils venaient à gauche... Pour la première fois depuis que Ruby était à moi, madame, je lui mismeg é|ierons dans le flanc. U fit un bond prodigieux : J'étais dans le parc, de l'autre côté de la grille.
— Tirez 1 cria-t-on derrière moi : tirez sur l'assassin de Sa Majesté!
On croyait, Dieu me pardonne, milady, que J'avais vouIb assassiner le vieux roi I — Les trois horse-guards déchargèrent leurs fusils à travers les barreaux de la grille. Je sentis Ruby tressaillir sous moi, mais il ne s'arrêta pas... Seulement, à qnatre milles de là, au milieu de Regent's-Psrk, lorsque d^i j'étais i l'abri de toute poursuite, le pauvre
LES MYSTERES DE LONDRES
Ruby s'affaissa tout-à-coup sur le sable d'une allée. Je voulus le relever : il était mort.
— Les borse-guards l'avaient atteint? dit Susannah qui ' frémit ù la pensée de la mort passant si près de Brian.
— La balle d'un horseguard l'avait atteint, madame, répéta tristement Lancester. —Pauvre Ruby!... Mais je rapporte ce que j'avais été chercher, ajouta-t-il en sortant de sa poche une boîte richemeat incrustée... Je suis content, madame.
Susannah ne parla pas, mais elle se pencha vivement pour voir enfin ce mystérieux objet pour lequel Lancester venait de jouer avec un si terrible péril. Celui-ci ouvrit la boîte en souriant. Elle contenait un camélia blanc, veiné de bleu. ' Susannah mit la main sur son cœur et ses yeux devinren^t humides.
— Oh! milord, milordl... dit-elle ;— c'était pour moi?
^ — Et pour qui donc, madame? répondit Lancester dont le regard se reposait, brillant de tendresse, sur l'œil abaissé de la princesse.
Elle prit le camélia et tendit son front, sur lequel Lancester mit un baiser.— C'est moi qui vous avais privée de l'autre fleur, Susannah, murmura-t-il ; — vous l'aviez pleurée... chacune de ses nuances était là ,— il montrait son cœur .—beaucoup lui ressemblaient, mais il nie fallait la pareille... Je l'aurais cueillie sous la bouche d'un canon, madame.
Lancester dit cela simplement et sans emphase. De la part d'un Français peut-être eût-ce été fanfaronnade ou délire; chei Brian c'était, appliqué h une petite chose il est vrai, un élan de cet enthousiasme sérieux qui remuerait le monde.
Susannah toucha la fleur de ses lèvres.
— Elle ne me quittera plus, milord, dit-elle.
L'autre fleur, — celle qu'on avait pleurée, était un camélia blanc veiné de bl«u, en tout semblable au camélia sortant des serres royales. Susannah la portait, flétrie et desséchée qu'elle était depuis longtemps, dans un petit médaillon d'or. Elle l'avait montrée à Brian un jour, et celui-ci , soit maladresse, soit peut-être involontaire et méchant mouvement de jalousie, l'avait froissée entre ses doigts et réduite en poussière.
Il n'y a point de bagatelles pour les choses du cœur. À la vue de sa fleur perdue, Susannah fondit en larmes et Brian se repentit comme s'il eût commis un crime. Il chercha dans Londres de jardins en jardins et ne trouva rien qui ressemblât parfaitement au camélia du médaillon. De là sa bizarre idée de visiter les serres de Windsor et de Kew.
Susannah, elle, ne pensait plus à sa fleur. Son chagrin avait été tout entier dans cette angoisse momentanée qu'on éprouve à se séparer d'un symbole longtemps aimé. Mais sa vie nouvelle était trop pleine, et, disons-le, son caractère était trop sérieux pour qu'elle s'occupât plus d'un jour de sa pauvre fleur, seul reste de ses jeunes rêveries d'autrefois, dont sa récente misère la séparait comme un abîme. L'offrande de Brian la toucha profondément, mais non pas tant par souvenir de la fleur perdue que comme preuve d'un amour irréfléchi, fougueux, poussé presque jusqu'à la folie. Les circonstances qui entouraient cette offrande étaient précisément faites pour impressionner vivement sa nature énergique, hardie et soudaine en ses résolutions. La frivolité du but, rapprochée des dangers bravés, entourait l'aventure d'un romanesque prestige qu'eût peut-être pris en dédain une lady au cœur moulé par l'usage, mais qui devait élei^triser une âme neuve et non affadie encore par la débilitante atmosphère des salons.
Susannah tira de son sein le médaillon d'or et l'ouvrit pour . y déposer la fleur. Brian lui arrêta la main.
— Quoil dit-il avec tristesse, à la place de l'autre?
— J'aimerai celle-ci comme l'autre, milord.
— Comme l'autre! répéta lentement Brian de Lancester; — et, quelque jour peut-être, vous la montrerez à... à quel- «lu'an, milady... et celui-là prendra la fleur desséchée comme f ai pris l'autre, moi... Ne m'avez-vous pas dit que l'autre éuit aussi un souvenir?...
Susannah rougit et baissa les yeux.
— Le souvenir d'un homme I acheva Lancester à demi» voix.
-D'un homme, oui, milord, répondit Susannah. Brian lâcha sa raain. Susannah referma le médaillon sur la fleur.
— D'un homme beau, et noble, et fier! ajouta la princesse avec un charmant sourire; —d'un homme que j'aimais, milord, ardemment et de toute mon âme, du seul homme que j'aie aimé jamais.
— Et cet homme, madame, demanda Brian les dents serrées,—c'était?...
— C'était vous, milord.