‹ Musée littéraireChapitre 67 sur 170 · CHEZ PERCEVAL · texte numérisé non relu

CHEZ PERCEVAL

Le docteur Moore fut longtemps avant de répondre à la question de Rio-Santo. Ce que ce dernier venait de lui dire avait une couleur d'étrangcté romanesque qui soulevait les doutes du docteur'; mais, d'un autre c6té, il y avait si longtemps qu'il s'était écarté du droit chemin pour prendre ces routes tortueuses riu crime au bout desquelles se trouve l'opulence ou l'écliafaud ; il avait sur la conscience tant d'actes passibles dos sanctions de la justice humaine, que la frayeur en lui combattait victorieusement le doute.

Il savait d'ailleurs que Rio-Santo entretenait des rapports, dont la nature échappait à chacun, avec tous les hauts fonctionnaires des Trois-Royaumes.

Le fait avancé par lui n'était donc pas impossible, et cela suffisait.

De sorte que, soit que le fait fût vrai, soit qu'il ne fût qu'un artifice inventé soudainement par le marquis, ce dernier avait réussi pleinement. Moore était désormais un assassin désarmé, un serpent privé de son venin.

Rio-Santo ne triomphaitque fort modérément de cette victoire et gardait en son entier le calme de sa hautaine indifférence.

Au bout de quelques secondes , il répéta impérieusement sa question:

— Je vous ai demandé, monsieur, dit-il, quelles nouvelles vous avez à me donner de miss Mary Trevor.

Moore secoua brusquement sa préoccupation.

— Milord, répondit-il, je n'ai point de solution certaine à donner à Votre Seigneurie; hier j'avais commencé un traitement qui , suivant toute apparence , aurait sauvé miss Mary Trevor; mais dans la journée une crise est survenue... une crise terrible, milord... Je dois essayer sur Vanl e, avant de faire subir ù miss Trevor un nouveau traitement en rapport avec sa situation nouvelle, et d'autant plus énergique que l'honorable héritière de lord James court un danger réel et prochain...

— Pauvre Mary! murmura Rio-Santo, il faut que jela voie.

— Non, milord... miss Mary a grand besoin de repos... d'un repos absolu... cette dernière journée a été trop rude pour son organisation affaiblie...

— Que s'est-il donc passé , monsieur? demanda vivement le marquis.

— Bien des choses, milord!... Et, quoi que puisse prétendre Votre Seigneurie, c'est grand dommage que ma charpie n'ait point touché la plaie de Perceval...

— Ah!... dit P.io-Santo; il s'agit de Perceval I

— De Frank Perceval, oui, milord, qui se porte mieux que TOUS et aussi bien que moi... Mon Dieu ! un quart de pouce de plus, et Perceval serait couché maintenant dans la chapelle du château de Fife... C'eût été normal : de père en fils, tous ces gens-là meurent en duel... Mais vous avez relevé le fer... vous avez été généreux... c'était le droit incontestable de Votre Seigneurie... Maintenant...

, — Monsieur , interrompit Rio-Santo , veuillez revenir au

i> fait, je vous prie.

Moore avait insensiblement repris son assiette, hors de laquelle l'avait brusquement jeté la série de revers qu'il venait d'éprouver dans sa lutte inégale contre Rio-Santo. Il s'inclina 'avec un flegme passable où perçait quelque peu de sa hauteur native à travers une humilité de commande.

— J'oubliais que milord a sommeil, dit-il; — voici le fait: le caractère de la maladie de miss Trevor a changé... son affection nerveuse arrive à des symptômes si graves , ç5 nouveaux pour mon expérience , que mes premiers essais sur l'autre ne peuvent plus me suf£re.

LE SIÈCLE. — VI

— Surl'autre ? répéta Rio-Santo, qui entendait ce met pour la deuxième fois sans le comprendre. De qui parlez-vous, monsieur?

— D'une ravissante fille, sur ma parole, milord! répondit Moore avec un étrange enthousiasme; d'un sujet vivant de la plus rare perfection!... Quelle jeunesse! quelle vigueur délicate et gracieuse! quelle beauté de formes, résumant toutes les séductions anatomiques de la femme!... Ah! par le ciel, milord, ce serait un plaisir sans prix que de mettre le scalpel dans ces chairs élasli(]ues et fermes, que de désarticuler ces jointures... Mais Votre Seigneurie n'est pas médecin... Je parle de cette enfant dont je vous avais dit quelques mots dans notre dernière entrevue, de cette jeune fille qui devait me servir... Comment exprimerai -je cela devant un homme aussi délicat que vous, milord?... qui devait me servir de ballon d'essai, — de brouillon, — d'ébauche ; — de cette jeune tille, en un mot, milord, que nous allons tuer pour sauver miss Mary.

Moore prononça ce 7ious avec une dureté sarcasiique, et ne fit point mystère du bonheur qu'il avait à jeter sur le marquis une part de sa cruelle action. La lèvre de Rio Santo eut un tressaillement convulsif.

— Elle est jeune et belle ! murmura-t-il.

— Belle et jeune, assui-ement, milord!... Plus belle et plus jeune que miss Mary Trevor elle-même.

— Vous m'aviez promis de ne pas la tuer, monsieur! s'écria tout-ù-coup le marquis en faisant peser son regard sur l'œil à demi clos du docteur Moore.

Mais celte fois le docteur soutint bravement son regard.

— Milord, dit-il avec un froid sourire, je suis dans la position de ce fou qui avait promis de boire la mer, et qui, sommé de tenir sa promesse, répondit : — Messieurs, je veux bien boire la mer ; mais avez-vous songé à empêcher les fleuves d'augmenter sans cesse son volume?... Ni vous ni moi , milord, n'avons pu empêcher l'état de miss Trevor d'emnirer déplorablenient... La jeune fille m'a coûté cent livres : il faut bien qu'elle nous serve à quelque chose.

Piio-Santo recula son fauteuil et détourna ses yeux du docteur Moore, dont la prunelle rayonnait en ce moment un éclat diaboli(iue.

— Après tout cependant, reprit ce dernier d'un ton dégagé,

— Votre Seigneurie est en ceci le meilleur juge... Si elle trouve ù propos de laisser périr miss Trevor...

Le marquis lui imposa silence d'un geste et passa sa main sur son front.

— Dieu ne peut point pardonner cela ! dit-il d'une voix profondément altérée.

Moore haussa imperceptiblement les épaules.

— Choisir! poursuivit Rio - Santo; — choisir CRtre ma pauvre Mary et cette jeune fille inconnue... Choisir, quand le choix est un arrêt de mort... Elle est belle, dit-on ; elle était heureuse sans doute... C'est affreux!... affreux!

Sa tête se pencha ; son œil prit une expression vague où se miraient pour ainsi dire de mélancoliques pensées.

— Cela arrive dans Londres! murmura-l-il.— -En sortant de Temple -Church , où elle avait porté ù Dieu sa prière si suave et si pure, la pauvre enfant aurait pu rencontrer aussi quelques émissaires de ces hoiribles élaux où la misère vend à la science des lambeaux de chair humaine !... Elle aurait pu,

— ma petite sainte qui souriait si doucement, et dont la voix montait si argentine vers le ciel, — elle aurait pu tomber sous la main des valets de cet homme... Par le nom de Dieu t s'écria-t-il avec violence, savez-vous comment je me vengerais de cela, monsieur?

L'œil de Rio-Santo flamboyait. Sa voix éclata si menaçante, que Moore se reprit :■> craindre.

— Entendez-vous? dit Kio-Santo, qui se leva haut et ferme sans garder trace de son récent accablement; — entendezvous?

Moore, stupéfait et ne comprenant rien, balbutia quelques mots sans suite.

Rio-Santo lui saisit le bras.

— Je ne sais si je l'aime, monsieur, prononça-t-il avec une

BAT3L FEVAt. '-!

sorte dYgarement; mais si c'était elle... Oh! je vous écraserais sans pitié.

Le marquis retomba sur son fauteuil. Le bras de Moore s'eniourail d'un cercle violâtre à l'endroit où l'avait serré Rio-Sanlo.

— !\lilord, dit Moore en réprimant un soupir de souffrance, Je crois comprendre Votre Seigneurie... Certes, il n'y a point d'apparence... Tout porte à penser que mon sujet n'a rien de commun avec votre maîtresse...

— Qui vous a dit qu'elle fût ma maîtresse , monsieur? interrompit brusquement le marquis. — Je l'ai vue, — une fois, — prier Dieu ; je l'ai entendue chanter des cantiques... si vous saviez comme elle est belle et près de ressembler aux anpes... Une autre fois j'ai cru l'apercevoir derrière le rideau soulevé de sa fenêtre. Voilà tout... Je donnerais mon sang pour son bonlieur...

Moore ne put retenir un geste de pitié dédaigneuse.

— Un commis de Cheapside ne parlerait pas autrement, pensa-t-il... — un commis sans barbe... — 11 y a place pour, toutes faiblesses dans ce cœur dont la force est si grande pourtant...

Fourmille raisons de science et autres, le docteur n'eût point été lâché de disséquer ce cœur. — Il ajouta tout haut:

— Tout porte à croire , disais-je , que cette jeune tille , à qui Votre Seigneurie porte un si chaud intérêt, n'est point celle que je tiens enfermée depuis six jours dans ma maison... Néanmoins, comme la chose n'est pas mathématiquement impossible, s'il vous plaisait de la voir, milord?...

— La voir! répéta le marquis en hésitant.

— Je dois dire ù Votre Seigneurie, poursuivit Moore, que la petite est déjà bien entamée...

Rio-Sanlo détourna la tête avec dégoût.

— Bien changée , si mieux vous aimez , poursuivit encore le docteur; — j'ai dû l'attaquer par le jeune absolu et la séquestration dans l'obscurité...

— Assez! assez! murmura le marquis, dont une sueur froide inonda les tempes, — assez, monsieur! vous me faites horreur!... Ah! vous avez raison, ce ne peut être elle!... Dieu l'aime sans doute cl la ^jrotége... Mais, quelle que soit votre victime, pitié pour elle, pitié!

Moore prit bravement le bras du marquis et lui tâta le pouls.

— Sur mon honneur, milord, dit-il, vous n'êtes pas en état de supporter en ce moment de semblables émotions... Calmez-vous, je vous supplie... la nature chez vous réclame impérieusement le repos... Demain, ce soir, quand Votre Seigneurie le voudra, en un mot je lui dirai ce quia rapporta Frank Perceval... à présent mon devoir est de me retirer.

Moore, à ces mots, couvrant ainsi sa retraite d'un beau semblant de zèle, sortit avec précipitation.

nic-Santo le rappela faiblement, mais la fatigue l'accahlait. A peine le docteur avait-il passé le seuil ,que la tête alourdie du marquis se renversa sur le dossier de son siège. Il s'endormit aussitôt profondément.

Nous n'attendrons pas son réveil pour faire connaître au lecteur la suite du rapport du docteur Moore -, mais auparavant nous le conduirons, rétrogradant de quelques jours,au chevet de Frank Perceval.

Trois gros volumes nous séparent maintenantde cesévénemens, racontés à la lin de la première partie de notre histoire. Kéanmoins, tenant en naturelle aversion 'es coups dmll rétrusiiectifs, nous risquerons tout au plus un résumé de quelques lignes.

C'éiail, si le lecteur s'en souvient, le surlendemain du bal deTrevor-House. Perceval, blessé dangereusement, sommeillait sous la garde perlide du lion sir Edmund Mackensie. Une comédie habilement nouée, et dont quelques scènes préalables se passaient à Trevor-llouse, eut son acte principal au cbevel même du blessé. Susannali, dominée parTyrrel, baisa le front de Perceval eiulorini au moment même Où lord James Trevor mettait le pied dans la chambre.

Lord Ticvor furieux desoeiidil rejoindre sa fille qui l'attendait dans son équipage, devant la porte extérieure de

Delà le consentement de Mary, trompée, au mariage ave« le marquis de Rio-Santo.

Tout espoir n'était pas perdu cependant pour Frank Per« ceval. Lady Ophelia, poussée par ce sentim°nt irraisonné qui porte le naufragé à se retenir à tout objet, fùl-ce la laniff aiguisée d'un glaive, lady Ophelia était venue au rendez-vous donné la veille par elle.

Elle était venue, la pauvre femme aimante et subjuguée, ne sachant ce qu'elle allait faire, et cherchant seulement, comme ces folles d'amour des romans de chevalerie , à conquérir un philtre capable de retenir Rio-Santo prés d'elle. — Ce philire était un poison mortel; mais qu'est l'idée de la mort, pour soi ou pour autrui, parmi les chauds élancemens d'une âme qui adore, qui regrette et qui soutfre ! Ophelia aurait tant voulu mourir pour Rio-Sanlo !

Elle était venue, — et, sur le point de révéler ce secret qui devait ramener Rio-Sanlo à ses pieds, une terreur instinctive l'avait saisie. Elle eût voulu fuir : il n'était plus temps.

Elle parla. — Frank écrivit cette lettre que lord Trevor déchira sous les yeux du tidèle Jack, devant sa famille assemblée, rompant ainsi violemment toutes relations avec le pauvre Frank.

Ici recommence notre récit.

Après avoir écrit sa lettre, Frank mit sa tête sur l'oreillep. Il était bien triste encore, mais il avait de l'espoir. Lord James Trevor l'aimait depuis l'enfance et ne pourrait assurément refuser l'entrevue qu'il lui demandait. Frank, en effet, affirmait sur l'honneur dans sa lettre qu'il était complètement étranger à la scène jouée à son chevet par une femme inconnue, et ajoutait qu'il avait à faire à Sa Seigneurie des révélations de l'espèce la plus importante.

Comment penser que lord Trevor déchireraitla lettre avant de la lire!

— Jack doit être maintenant bien près de Trevor-House , dit-il au bout de quelques minutes; dans une demi-heure il sera de retour.

—El toute cette ténébreuse machination s'en ira en fumée, ajouta Stephen.

Frank lui tendit la main.

— Ami, que Dieu le veuille ! murmura-t-il, car le bonheur de ma vie est là...

— Bon espoir! dit Stephen en serrant la main que Perceval lui donnait; — je suppose que lady Ophelia...

— Pauvre femme! interrompit Frank; — elle est bien malheureuse, Stephen!... Ellea donné toute sonâmeà cet homme qui s'est aballu sur Londres pendant mon absence comme un damnable Déau... à cet homme dont le nom est dans toutes les bouches... que toutes les femmes aiment... et qui m'a deux fois vaincu !

— C'est une belle et noble créature , répondit Mac-Nab , dont la pensée s'en allait involontairement vers Clary Mac- Farlane; mais savez-vous, Frank, ce sont ces créatures d'élite dont le cœur se trompe... Le bonheur vulgaire les effraie , je pense... Il y a en elles une poésie décevante qui leur montre de hautes joies, — des joies dignes d'elles, — ailleurs que dans la vie commune... Elles quittent un jour le sentier battu, Perceval, et comme leur regard est au ciel, elles ne voient point le précipice ouvert sous leurs pas... J'en sais une, moi... oh! que Dieu la protège, car elle est noble et belle conimo celle pauvre femme... et son œil trompé cherche loin d'elle, SàEs voir le cœur dévoué qui soulfre à ses côtés!

— De qui parlez-vous, Stephen? demanda Perceval étonné.

— Que Dieu la protège ! répéta le jeune médecin avec une tristesse passionnée , — et que Dieu me protège , moi aussi, Frank, car je l'aime comme vous aimez Mary Trevor.

— Et ne vous aime-i-elle point? dit Perceval qui rapprocha sa tête de celle de son ami.

— Je ne sais, répondit Mac-Nab.

Puis il ajouta tout de suite avec une nuance d'amertume:

— Je ne suis pas un héros de roman, moi I Je re>semble trop aux autres hommes! Je n'ai jamais rêvé de choses étranges et je vois le bonheur en une vie trop tranquille... Cest malgré moi que je l'aime, voyez-vous, Frank; sa stBur,

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LES MYSTERES DE LONDRES

— la douce Anna qui m'aimerait peut-être, — voilà gucl était mon lot... mais l'amour se fourvoie et ne sait point choisir... C'est Clary que j'aime! — et je l'aime comme un fou!

Franck se prit à sourire.

— Que vous êtes heureux, Stephen I dit-il ; —et que vous êtes injuste, comme tous les gens heureux!... Je me souviens de miss Clary... et de la douce Anna , comme vous l'appelez... Miss Clary doit êlre bien belle... Anna doit être bien jolie... quel jçiaiieux petit ange elle faisait autrefois!... En vérité, le choix était dilUcile... c'est lu le seul malheur que je reconnaisse en \olre siluaiion. Une fois le choix fait... moi, je crois que j'aurais choisi Anna... mais non! peut-être eussé-je choisi Clary... une fois le choix fait, Slephcn, il ne vous resie ([u'à êlre heureux.

Stephen , gagné par celte gaîlé de Perceval , fut presque tenté de croire ù son bonheur.

-Taisez-vous, Fianck, répondit-il doucement, vous parlez trop pour un malade... et pourtant, c'est une grande consola'ion que de vous entendre parler ainsi. Peut-être me trompé-je...

— Quoi ! vous n'êtes pas bien sûr de ne pas aimer Anna? interrompit en riarit Percevai.

Il avait un bon coup d'épée d.nns la poitrine et sa destinée se jouait eu cet instant, mais quand la gaîté ne trouve-t-elle point où se faire une petite place entre deux vrais amis qui causent, — et qui causent d'amour?

Nous parlons, bien entendu, de deux vrais amis de vingt ans. Dix ans plus tard, l'amour n'est plus guère un élément degaité. C'est une source d'histoires pour les fats, d idylles pour les bergers, de regrets pour beaucoup, d'ennui pour tout le monde.

Le moule est brisé de cescharmans vieillards poudrés, parfumés, pomponnés, guillerets, amoureux, moijucurs, breiteurs, qui parvient ù soi.>;ante ans de kur bel/e inhumaine avec un excessif sérieux. L'émigration française nous en envoya les derniers types il y a un demi-siècle. Depuis, lunivers s'est fait homnie d'affaires. Le beefsteack a remplacé le blanc-manger. 11 y a sous l'amour des livres sterling. Une fois vingt-cinq ans passés , nous parlons de nos amourettes anciennes avec un dédain sublime , et les poètes seuls, maigre troupeau, voient la beauté d'une femme parmi les diamans de sa coiffure.

Mais nos lords? dira t-on. — Nos lords! — Miséricorde! nos lords achètent ou nos lords violent. Nos lords ont des passions de bétail. Nos lords font queue et s'inscrivent ù la porte de queUiue actrice prostituée aux deux mondes , parce que les prix de celle dame sont fixes et se cotent chez lèse-. crétaire de son théâtre.

Nos lords ! — Mais vous êtes donc un Samoyède , un Birman, un Sioux, pour venir nous parler de la galanterie de nos lords!

Stephen mit son doigt sur la bouche de Perceval et reprit en souriant :

— Taisez-vous, Franck; je suis votre médecin, et je vous ordonne de vous taire. Pauvre Annal... Je voudrais bien l'aimer...

— S'il faut vous le dire, Stephen, la peur me prend que vous les aimiez toutes deux.

Le front de Mac-Nab se rembrunit.

— 11 y a trois jours, Frank, répondit-il, je ne savais point lire au fond de mon cœur. 11 y a trois jours, vous m'eussiez parlé commo vous le laites à présent, que j'aurais ri avec vous de toute mon ànie... J'étais bien heureux alors r... Mais dimanrhe , — le jour de votre arrivée à Londres, Frank, — j'ai vu clair tout à coup en dedans de moi-même... Moment plein de délices et îi la fois plein d'angoisses! .. Clary m'est apparue comme si jusqu'alors mes yeux , en Ja regardant, eussent été Irappés d'aveuglement... J'ai vu un ange là où il n y avait auparavant qu'une jeune (illc... J'ai brusquement Oté à la pauvre Anna la place égale que je lui donnai» naguère en mon cœur... Car, vous l'avez dit tout à l'heure en riant, Perceval, avant cola je les aimais toutes deux... L'une et l'autre était pareillement ma sœur cliérie,..

On m'eût embarrassé en me forçant de faire un choix... Que n'est-ce encore ainsi, mon Dieu!

11 y avait une singulière détresse dans la voix de Stepben. Frank le regardait avec ctonnement.

— Est-ce donc là un malheur? dit-il, voyant que Stephen ne reprenait point la parole.

— Oh! oui, c'est un malheur, s'écria Stephen ; — un grand malheur, Frank!... car, savez-vous d'où m'est venue celte révélalion si soudaine?... savez-vous quelle voix m'a crié hautement tout ù coup l'état de mon cœur?...

— Vous n'étiez pas si romanesque autrefois... voulut encore dire Perceval.

— Ne riez plus, Frank, interrompit Slephen en luiscrranl fortement la main; — car la voix dont je vous parle, c'est la jalousie!

— La jalousie! répéta faiblement Perceval qui fit un retour sur lui-même et devint triste à son tour.

— J'ai un rival, reprit Slephen avec colère; — je le sais... quel est il? je ne pourrais vous le dire... Cet homme ne l'aime pas , ne la connaît pas... elle ne lui a jamais parlé... Lorsque j'y pense, tout cela me semble une fable, voyezvous... ma tête s'y perd !...

On entendit dans l'escalier lapas irrégulier et chancelant du vieux Jack. Perceval essaya de se soulever.

— Folie que tout cela, Slephen! s'écria-il brusquement, excité à la fois par la lièvre et l'impatience; — vous vous faites des fantômes... Clary vous aime, je voudrais le |)arier... Ecoutez! Jack E'est-il pas déjà aux dernières marches!... Allez lui ouvrir, ami... mais allez donc!... Il revient avec de bonnes nouvelles, l'excellent serviteur!... Comme il monte lentement!... J'ai de joyeux pressenti mens, Stephen. Je vois du bonheur partout... Ah! ce vieux Jack n'arrivera jamais au haut del'escalier, je pense!... Qu'il me tarde d'avoir la réponse de James Trevorl...

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