CHAPITRE VIIL LA SAIGNÉE
L'homme qui avait surpris le dortcur Moore en flagrant délit d'espionnage, l'homme qui l'avait surpris au moment où, désertant le chevet d'un malade contlé, -;- d'un mourant ! — 11 se livrait !» une sorte de visite domiciliaire, inexcusable
par tous pays, mais inexcusable svîout dans les mœurs anglaises où chaque maison habitée «st un sanctuaire que la loi eile-niiJme n'a pas le droit de violer, cet homme n'était ni t.e cavalier Angelo Bembo ni aucun des serviteurs du marqufs
C'était le dernier homme dont le docteur put raisonnablement ndoater la surveillance.
C'était le malade confié lui-même, — le mourant, — Rio- Santo en personne.
Le docteur Moore était trop véritablement un maître dans la science médicale et méritait trop bien la première place que l'opinion publique lui décernait parmi les praticiens de Royal-Collegc pour n'avoir point regardé comme pos.sible, comme certain même le retour ù la vie du marquis de Rio- Santo, à condition qu'on l'entourât à temps des soins convenables. ,
Mais ce qui le frappait de stupeur, c'était cette résurrection soudaine, spontanée, accomplie sans aide et sans secours.
Evidemment, dans son examen fait ù la légère de l'état du marquis, il s'était trompé. Lui, si habile, si prudent d'ordinaire, il avait agi, dans une circonstance ot! sa propre vie était en jeu, avec l'étourdcrie d'un enfant. Ce qu'il avait pris pour un évanouissement par la strangulation presque parfaite n'était que cette paralysie passagère qui prend souvent en pleine santé les gens qui font abus de leurs facultés cérébrales, paralysie dont Taspcçt effraie, et qui, souvent répétée, mène à l'idiotisme ou à la mort, mais dont les pre.mières atteintes sont aisées à combattre à l'aide des notions de la cliniinie la plus élémentaire.
Le marquis avait été sous le coup d'une congestion cérébrale; il y était encore.
Mais cette immobilité, cette mort de tout à l'heure, étai' un phénomène nerveux, compliqué sans doute d'aceideno sanguins dont la description précise et technique ne pourrait qu'eifra^er ou ennuyer nos belles lectrices. — Tout écrivain se berce de la consolante idée (fu'il est journellement dévoré par une très grande quantité de belles lectrices. — Cette mort n'était qu'apparente : c'était une léthargie.
Le docteur mesura sa situation d^un coup d'oeil et il s'humilia.
I! était'sonsla maitt de Rio-Santo, non-seulement à cause de Fespionnage flagrant où le surprenait ce dernier, non-seulement à cause de l'abandon déloyal où il l'avait laissé, mour-int, rasts p.irtîe que chacune des paroles qui s'étaient échappées de sa bouche, à lui docteur Mcore, avait été entendue par le marquis.
Il le savait et n'essayait même point d'espérer le contraire: la léthargie et ses variétés laissent le complet exercice des sens et de la réflexion.
îîais tandis qii'il s'humiliait ainsi, une résolution extrême surgissait parmi le trouble de ses pensées. Rio-Santo élaft devant iui et portait sur son visage les symptômes manifestes de cette désorganisation partielle du cerveau, dont les ctiots sont si divers.
Moore venait de deviner qu'il était mnet.
Sa langue demeurait paralysée aprè^ le retour ^ la vie de toutes les autres parties de son corps. Il pensait lucidement; son intelligence éiait en parlait état, mais les muscles de sa lans^ue étaient momentanément frappés dé mort.
Cet accident est de ceux qui se présentent tons les jours. Moore, dans sa longue pratique de la mé('edne, en avait rencontré d'innombrables exemples. — Il était sur de son fait.
Or, Rio-Santo privé momentanément de la parole et affaibli par le rude as.saut dont il gardait les marques, était tout aussi bien au pouvoir du docteur que Rio-Santo étendu sur l'ottomane.
Moore eut l'idée de le tuer.
Rio Santo se tenait debout devant lui, l'œil fixe, le cou raide, et présentant plutôt l'aspect d'un fantôme que celui d''an homme. — La résistance qu'il opposerait serait sans doute bien faible et facile à surmonter. Quant aux obstacles du dehors, rien à craindre : RioSanto ne pouvait appeler.
Celui-ci. comme s'il eût voulu confirmer les pronostics oo
LES MYSTÈRES DE LONDRES
docteur, releva la manche de sa robe de chambre, et, d'un gpsie si-Miitiraiif, mon'ra la veine gonflée de son avant-bras.
— Vous voulez que je vous sa'b'ne, milord? demanda Moore.
Rio-Sanfo fit j>vec énerfrie un signe affirmallf.
Le docleur hésita. Quelque chose de sa résolution parut sans di ute sur son visage, ci«r Rio-Santo jeta instinctive-
entun regard vers le lit, ccmme pour voir s'il n'avait point
secours à espérer de ce côté.
La faiblesse du corps abat la force de l'Ame. — Heurcuse-
entpour le marquis, Mnore ne surprit pointée regard de étresse. Ce regard eût mis fin à ses doutes.
Mais Rio Santo, si bas que fussent ses «orces physiques, pouvait longtemps demeurer faible en face d'un danger. Il
avait en lui un trésor de saiij;-froid eide courage que tant
ùpreuves successives n'avaient point éf uis'i. Il se redressa vile et haut, bien qu'il eût la conscience parfaite de l'impuissance actuelle de sa nature physique.
Tandis que Moore hésitait encore, il se sentit serrer de nouveau le bras. Cette pression fut lente et persistante. — Celait queUpie cliose comme un ordre donné d'une voix ferme, mais sans colère.
Moore tira sa trousse et l'ouvrit.
Certes, on ne peut se rejeter ici sur le pouvoir f^.scinateur de la physionomi»! du maniuis, car, en ce moment, sa physionomie immobile exprimait une complète insensibilité. Ses muscles raidis étaient au repos. Ses yeux ternes et marbrés de veines violettes sortaient, grossis et comme étounés, de leurs orbites gonflées. Sa bouché, convulsivement crispée, refusait de s'ouvrir : tous ses traits, en un mot, avaient cette apparence stupide qu'amène après elle l'imminence de l'apop\exie.
Mais la volonté est aussi une puissance qui fascine et qui n'a besoin que de se maHiieslo,r de manière ou d'autre, — lorsqu'elle est suoérieure et forte, — pour dompter une résistance chancehule.
El pi'is n'y a-t ii pas l'habitude du respect e' de l'obéissance qui peut balancer un mauvais vouloir de révolte?
Le souvenir de la fière audace brillant d'ordinaire sur le beau visage du marquis vint s'interposer sans doute entre l'œil de Moore et ce masque inerte qui était devant lui maintenant. Il vit par la pensée ce regard flamboyer comme dhabilude, et menacer, et commander.
Il obéit.
El, une fois le premier pas fait dans cette voie de soumission forcée, Moore redevint vassal. Il oublia toute pensée de de révolte; il s'effraya d'eu avoir pu concevoir.
Au moment où il approchait la lancette du bras de Rio- Santo, celui ci lui arrêta la main et prit l'instrument qu'il approcha de ses yeux. — Ses yeux étaient troublés par le sang qui emplissait ses prunelles ; il ne put voir ce qu'il voulait. Mais le docteur comprit, bien que le visage pétrifié du siarquis ne put servir de commentaire ù son geste ; il comprit et trembla, car ce geste lui disait plus clairement que tout le reste que RiO-Santo n'avait rien perdu de sa pantomime, alors qu'il avait essuyé cette même lancette sur son habit, dont le drap s'était in'^tantanément rougi.
11 releva, lui aussi, sa manche sans mot dire et se piqua légèrement le br?.s.
Rio-Santo fit un signe d'approbation.— L'instant d'après, de sa veine ouverte s'élança un vigoureux jet de sang.
— Asser ' dit Rio-Santo a'i bout de quelques secondes.
Le docteur tressaillit violemment au son de cette voix. Il relevi sor regard attaché surb saignée avec une véi/table îerreur. Rio-Santo parlait, Rio-Santo était de nouveau l'homme redoutable devant qui tout pliait. • Moore vernit de briser lui-même la chaîne qui girrottait !s ptrole de cet homme dont naguère il regardait l'impuis- 8Miceendedain.il venait de lui rendre la faculté de ccmmanitt, le pouvoir de punir.
H»bile à réprimer ses impressions, il sut cacher sa crainte tCUs le vo'le du calme austère et impassible dont il couvrait Ji^onliDaire 8} physionomie, mais il baissa involontairement
les yeux devant Rio-Sinto, dont le hautain regard .".vait reprJs vie. et dont le pftle visage recouvrait graduellement son es.» pression accoutumée.
Celte transformation dont on pouvait suivre les p>a»e8,C9 changement à vue, eût rav= dejcie une mèrcouunei'naîite, lî'ais il devait faire naître dans l'âme ennemie dudcitenr ^loore une terrible arrière-pensée.
Car ce cadavre qui se redressait était cclni d'un maître î{ d'un maître trahi.
Le sang coulait toujours. —Moore, absorbé par l'attention qu'il donnait au visage du marquis, dont chaque muscle t2h prenait tour-à-tour son expressive mobilité, ne songeait pins à la saignée.
— Assez, monsieur I répéta Rio-Santo qui fronça le sourcil et porta la main à son cœui défaillant: — voulez-vous donc encore m'assassiner?
Moore ferma la saignée et croisa ses bras sur sa poitrine. — Il attendait son arrêt.
— Âvanccz-nno: un fauteuil, dit Rio-Santo.
Moore se h;'ita i'obéir. Le marquis tomba pesamment sur le coussin et mit sa main sur ses yeux qui, affaiblis par les veilles, la crise et le sang perdu, se blessaient à l'éclat du grand jour.
Il demeura ainsi pendant trois ou quatre minutes.
Au bout de ce temps, il redressa la tête. Son front pâle avait décidément recouvré toute sa fière sérénité.
— Monsieur le docteur, olit-il sans affectation aucune, je vous remercie d'avoir violé le secret de cette retraite... grâce à vous, je sais maintenant que ce pauvre malade n'est plus en danger de mort.
Il montrait Angus, endormi sur le lit. Moore s'inclina automatiquement.
— je pense que je ne me trompe point, cjouta Ric-Santo ; vous avez dit que son état est désormais sans péril ?
— Je l'ai dit, milord.
— Mor.sieur le docteur, reprit le marquis, je vous remercie d'avoir mis à nu devant moi le fond de votre âme, tandis que je gisais là-bas, mourant...
— Votre Seigneurie entendait?...
— Parfaitement, monsieur... Vous êtes jaloux de moi... vous voulez mon secret...
— Ah! milord!... voulut interrompre Moore dont la voix prit des notes suppliantes.
— Ne priez pas, monsieur, interrompit Rio-Santo qui s'épuisait en parlant, mais dont le calme vainqueur contrastait grandement avec sa faiblesse. — Ne priez pas ; c'est inutîle. Je ne vous veux point de mal... Seulement, votre jalousie est insensée, et mon secret est de ceux qu'on ne devine pas... Il est comL.eces pages écrites en langues inconnues que vous avez trouvées dans mon cabinet et que vous avez essayé en vain de déchiffrer; on aurait beau la tenir entre ses mains, il faudrait encore une clef pour le comprendre, — et cette clef, monsieur. Dieu, qui seul la donne, ne l'a point mise en vous.
Il y avait dans ces dernières paroles un mépris froid, absolu, sans bornes. L'orgueil de Moore se révolta sourdement au dedans de lui.
— Monsieur le docteur, reprit encore Rio-Santo, parlant toujours de cette voix lente et fatiguée qui donnerait de la froideur à une louange, mais qui ajoute à l'expression du dédain,— je vous remercie enfin et surtout de ne m'avoir point assassine.
Moore recula de deux pas. Ce mo» le sangla comme un coup de fouet au cœur. 11 se crut perdu sans ressources. Mais Rio-Santo continua :
— La mort m'eût été cruelle... bien cruelle ! Encore une fois, je ne vous veux point de mal... Mettez ce coussin sous mes pieds, monsieur le docleur.
Moore prit le coussin et le plaça sous les pieds du marquis.
— Excusez-moi, monsieurledocteur, poursuivit ce dernier, si j'abuse ainsi de votre complaisance... Allez ouvrir la porte extérieure de mon cabinet et dites à Ange... vous avez parié bien durement â ce pauvre enfant tout à l'heure, monsieur !...
^ dites-lui que vous m'avez sauvé la vie... livous pardonnera
PAUL FEVAL.
votre insolence. — Dites aussi ù mes gens... Quelle heure PS t-il, monsieu." le docteur ?
Moorc tira sa montre.
— Il est dix heures, niilord.
— Dix heures, répéta Rio-Santo ; — le temps est précieux, | mais la fatigue m'accable et il me faut au moins une demi- I journée de repos... Dites à mes gens, monsieur, d'atteler •jOur quatre heures... Le cavalier Angelo Bembo m'accompagnera.
Le docteur demeura sans s'ébranler pendant une demi-mi nute, comme s'il eût attendu de nouveaux ordres, puis il se dirigea vers la porte.
— Quand vous aurez fait cela, monsieur le docteur, reprit Rio-Santo au moment où il s'éloignait, — vous reviendrez... rai quelques questions ù vous faire.
Moore rentra dans le cabinet, qu'il traversa pour aller ouvrir la porte extérieure. En passant devant l'ottomane où il avait tenu Rio-Sanlo tout à l'heure, vaincu parle hasard, et si près de la mort qu'il était à peine besoin de le pousser pour l'y faire choir, le docteur haussa les épaules avec colère contre lui-même.
L'occasion était perdue.
Mais la haine de Bloore, soudainement accrue par le fait même de sa trahison éventée, se promit revanche.
On dit que l'occas'on ne vient pas deux fois. Ceci est bien vrai, mais importe peu aux gens habiles, parce que l'occasion qui ne vient pas, on peut la faire naître...
Mùore ouvrit la porte extérieure du cabinet.
— Eh bien, monsieur, eh bien? s'écria le cavalier Bembo.
— La vie de monsieur le marquis est hors de danger, signore, dit Moore qui saisit Lovely par son collier, pour l'empêcher de faire irruption dans l'appartement.
— Hors de danger! répéta Bembo avec un communicatif élan de joie. — Je vous avais mal jugé, monsieur le docteur; vous êtes un savant homme et un digne ami!... Je vous prie d'accepter mes excuses et de me croire tout à vous.
Le docteur s'inclina froidement et touche: la niair ç'ue Bembo lui tendait.
— Signore, prononça-t-il tout bas et avec une expression équivo(iue, je n'ai \ns fait toutce que j'aurais voulu...
— Et n puis-je voir don José ? demanda Bembo.
— ?as à présent... Sa Seigneurie vous charge de faire atteler pour quatre heures et compte sur vous pour l'accompagner.
Bembo s?ula de joie.
— Sortir ! sortir déjà! s'écria-t-il ; mais c'est une résurrection ! Ah ! docteur, vous êtes un homme habile!
— Je l'ai pensé longtemps, répondit Moore en secouant la tête ; — mais, croyez-moi, signore, le hasard est pour beaucoup dans les choses de ce monde...
Il salua et referma la porte.
Ani;elo se dit peut-être que le docteur était devenu bien modeste; mais la joie l'aflolsit; il se prit ù courir vers les mews{ écuries et remises ), suivi de Lovely, qui comprenait sans doute, puisque lui aussi, oublieu" de sa récente tristesse, gambadait etremplisstiitles galeries de ses aboiemens joyeux.
Moore, cependant, était revenu dac3 la cliambr: du laird.
Le bruit de ses pas réveilla Rio-Santo, qui commençait à s'assou] ir 'lans son fauteuil.
— Voil^ six jours que je n'ai rien fait, dit-il, vien vu, rien entendii... S est-il passé quelque chose parmi vous, monsieur le douleur?
— On s'est étonné de votre longue absence, milord, mais vos lidd'les n'ont pas eu de peine à faire t;.ire les mécontens... Milord. je ne sais ce que vous pensez de moi, mais je vous je dis du fond du cœur: — Bien foas sont ceux qui essaient dovouseombaitre!...
RioSantn mil sur lui son regard profond et tranquille.
— Et vous é'fs un homme sage, vous, monsieur le docteur 1 prononça-t il avec simplicité.
— Chacun, en sa vie, a ses heures de démence, milord... Pui.«.que nous parlons de moi, j'ai été doublement fou tout à l'heure... fou de vouloir vous tuer...
— Et fou de ne l'avoir point fait, inler'-on'pit Uio-Sa^fo.
— Oui, milord, répondit le docteur ; — fou de ne l'avoir point fait.
Rio-Santo se retourna sur son fauteuil.
— C'est partie remise, monsieur, dit-il ; voi'.s ne me pardonnerez point. — Moi, je n'ai pas le temps de m'occuper de vous... J'accepte votre aide comme par le passé; je m'appuio sur vous pour un peu, et je le fais ;ï coup sur...
— Celle confiance, milord... commença le docteur Moorc qui se sentitun instant l'cnviede jouer au repentir.
— Confiance n'est pas le mot, interrompit don José. Cs que je voulais vous dire, c'est que, n'ayant point le loisir d'instruire votre procès, je vous écraserai désormais au moindre soupçon...
Le pied de Rio-Santo, repoussant violemment le coussin, tomba sur le tapis que son talon coupa.
— Veillez sur vous, monsieur ! acheva-t-il.
— Milord, milord! s'écria Moore avec une émotion hypocrite,— en un momcntcomme celui-ci, une seule parole At bonté m'eût, fait votre esclave pour la vie !
L'œil de Rio-Santo ne perdit point son expression de calme supériorité, mais les muscles de sa bouche, involontairement contractés, tirent mouvoir légèrement les pointes relevées de sa fine moustache noire.
Moore jeta son masque ; il se vit percé à jour jusqu'au fond de l'àme. Son front courbé se releva; son sourire froid et cynique reparut à sa lèvre, et il dit sans plus se contraindre :
— Eh bien! milord,je veillerai sur moi... Je vous servirai, tout en vous ha'issant. Je serai votre instrument et votre ennemi... Je ferai...
— Silence, monsieur ! interrompit encore Rio-Santo. Jesais tout cela. Vous ne risquez rien à me le dire et vous n'y gagnez rien non plus... Parlons de choses sérieuses, s'il vous plaît.
Moore sentît un Ilot decolèrelui monter au cœur, en voyant le mépris absolu, complet, immense qu'on faisait dé ses menaces comme de ses avances. Sa haine grandit encore, mais son respect s'accrut et une sorte de superstitieuse terreur s'empara de lui.
Rio-Santo lui sembla invulnérable.
— Un met encore, pourtant, reprit celui-ci avec fatigue et d'un ton négligent ; — comme le hasard peut me livrer une seconde fois àvoussansdéfenseet que vous pouvez d'ailleurs piquer à distance comme ces venimeux reptiles qui jettent leur salive ù l'aventure, je veux vous dire un secret... Si vous m'eussiez tué ce matin, ce soir vous auriez dormi sur la paille delN'ewgate... ^'e m'interrompez pas. Vous savez bien que je ne parle jamais à la légère... Il y a longtenij-s que je vous connais, docteur... Et er.lte vous et l'échafaud il n'y a que ma volonté depuis deux mois.
Moore tremblait, mais il voulut douter.
— Entre l'échafaud et moi, milord, dit il en essayant vainement de mettre de la superbe dans son regard, — il y a un abime que toute votre puissance n>. saurait point combler.
— Ecoutez, monsieur, parler trop me lasse et j'ai des questions importantes à vous faire... Le lord haul-sliérif a entre les mains un paquet cacheté où se trouve voti e condamnai ion; — ne vous étonnez pas: je liens ainsi |)lus eu moins tous les lords de la nuit, vos i:onfrères... Sans cela, monsieur, il me faudrait mille vies !
— Mais (lue contient ce paquet ?
— Choisissez, entre tous vos méfaits, docteur. Ce paquet contient la preuve de l'un d'eux, — la preuve irrécusable.
— Mais pourquoi le haut-shérif ne l'a-l-il pas encore odverf
— Il faut vous pardonner tant de questions. La chose vous intéresse de bien près, en effet, docteur, mais ma condescendance n'ira pas jusqu'à vous faire réponse. Ce laquel est une mine, monsieur; la traînée de poudre existe, soyez sûr... el ma mort y mettrait le feu.
— Mais...
— C'en est assez. Laissons cela Quelles iiouvelles'dit
mis MaryTrévor?
LES MYSTERES DE LON