PL. 108.— MOINEAU ESPAGNOL
Passer hispaniolcnsis (Degl., ex Temm.).
Male adulte : en dessus, tête, derrière du cou et haut du dos • d’un roux marron vif; sourcils et joues blanc pur; lorums noirs , dos brun noirâtre, chaque plume bordée de roussâtre clair dessinant une écaillure régulière ; ailes et queue exactement semblables à celle du Cisalpin ; en dessous, menton, gorge, devant du cou et haut de la poitrine noirs, avec le même système d’écaillure que sur le dos; milieu de l’abdomen et région anale blanc pur; flancs cendrés et flamméchés de noir. Bec noir; iris brun ; pieds brun rougeâtre. Taille : quinze centimètres.
Habite l’Europe méridionale et l’Afrique septentrionale et occidentale, pas les îles du cap Vert; commune en Espagne, en Italie, en Sardaigne, et très abondant partout; de passage îégulier en France.
Niche comme le Cisalpin, mais se réunit en plus grand nombre encore sur les arbres; pond généralement quatre œufs ayant les mêmes caractères que les œufs de ce dernier ; ils mesurent piès de deux centimètres et demi sur un et demi.
C’est l’espèce que nos colons algériens n’ont jamais cessé de dénoncer à la métropole, en en exagérant, nous voulons le croire, les méfaits qui ont fini par le rendre plus célèbre au delà qu’en deçà de la Méditerranée. On en jugera.
Le docteur Labouysse, parlant déjà, en 1847, du grand nombre d’individus de cette espèce dans certaines parties de l’Algérie, disait :
« On voit partir, dans toutes les directions, vers les campagnes, des milliers de compagnies allant aux vivres, d’autres, qui reviennent chargées de leur butin. Les récoltes des Arabes et des colons étant le champ de leurs pillages, les cultivateurs sont obligés de se trouver avant l’aurore auprès de leurs moissons, et d’y passer la journée en poussant des cris et faisant toute espèce
LES OISEAUX DES CHAMPS ET DES BOIS
de vacarme pour éloigner ces innombrables petits larrons. Il suffit de quelques heures pour qu’un hectare de terre soit complètement dépouillé! »
U faut avouer que la propagation du Moineau espagnol se fait dans d’incalculables proportions. Ainsi, M. Cordier, 1 un de nos plus honorables colons d’Algérie, écrivait de El-Alia (Maison- Carrée), le 8 juin 1876, en rendant compte de ses travaux :
« Ce qui se passe en ce moment dans nos plantations de Régalia et d’Aïn-Kata peut servir à l’édification de ceux qui douteraient de nos griefs contre les Moineaux espagnols. Il y a vingt jours, au moment de leur invasion, il en a été pris sept cents douzaines avec des gluaux, aux abreuvoirs, et on en a tue jusqu a cent vingt d’un seul coup de fusil tire sur des bandes s élevant des blés où ils s’étaient abattus pour prendre leur nourriture.
„ Le général X... qui, dans ces derniers temps, commandait la division d’Orléansville, et que je rencontrai à Alger, m’ayant demandé des nouvelles de mes plantations d eucalyptus, je lui dis le fléau quelles m’attiraient. Il me répondit qu'il n’en était pas étonné; que les pénitentiers d’Orléansville avaient ensemencé quatre-vingts hectares d’orge dans le voisinage de la Pépinière, et n’en avaient pas récolté une graine, tout ayant été dévoré par les Moineaux avant maturité. Et il ajoutait qu’un calcul approximatif des nids existant dans les bois de la Pépinière, qui est de soixante à soixante-dix hectares, avait donné deux cent quatrevingt mille nids! qu’un des colons voisins se plaignait que les Moineaux lui avaient enlevé plus de vingt quintaux de foin , qu on avait pesé ces nids, qui avaient été trouvés d’un poids moyen de quatre-vingts grammes; d où il résultait que plus de deux cents quintaux auraient été enlevés par les Moineaux pour constiuiie leurs nids. . .
» Un inspecteur des forêts de l’Algérie, que je rencontrai ces jours passés à Vichy, et auquel j’en parlai, me dit que le service forestier affectait une somme de mille francs à la destruction des nids de Moineaux, dans les bois de la Pépinière d’Orléansville. »