‹ Musée ornithologique illustré (volume 3)Chapitre 28 sur 71 · PL. 32. — FAUCON CRESSERELLE · texte numérisé non relu

PL. 32. — FAUCON CRESSERELLE

Falco tinnunculus (Linn.).

Mâle adulte : dessus de la tête et du cou, ainsi que la queue, d’un joli cendré bleuâtre pur, celle-ci bordée d’une large bande noire se terminant en festons sur chaque rectrice, et encadrée d’une bande terminale blanche plus étroite ; dessus du corps, petites et grandes scapulaires d’un beau brun rougeâtre, chaque plume marquée d’un croissant noir; petites et grandes rémiges d’un brun noirâtre, portant sept à huit rangées de taches noires ; en dessous, d’un fauve clair finement fiamméché de noir. Bec couleur de corne bleuâtre claire ; iris brun noisette ; cire et pieds jaunes; ongles noirs. Taille : de trente -cinq à trente -six trGS •

Habite l’Europe, la Turquie, l’Asie et l’Afrique septentrionale; c’est l’oiseau de proie le plus commun dans toute l’Europe et en France.

Niche sur les vieilles tours, dans les châteaux abandonnés, dans les trous des murailles, dans les clochers, tels que ceux de la cathédrale de Chartres, où plusieurs couples nichent chaque année, dans les creux des rochers et sur les arbres ; elle ne dispose aucuns matériaux pour son nid, et pond sur la pierre nue; sur les arbres, elle le construit de petites branches, de ronces et d’épines à l’extérieur; puis, à 1 intérieur, de racines, de paille et de laine; elle s’empare aussi des vieux nids de la

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

Corneille noire et de la Pie, où l’on a même trouvé, il y a peu d’années, au château de la Galaisière, près Nogent-le-Rotrou, de jeunes Perdreaux apportés par les père et mère pour nourrir leurs petits; pond de cinq à sept œufs, de même couleur que ceux des autres Faucons, laissant parfois apercevoir un peu plus de blanc de la coquille, et qui mesurent quatre centimètres sur trois.

Les couples reviennent constamment au même nid. C’est ainsi que, depuis plus de trente ans, dans nos ruines de Nogentle-Rotrou, nous ne cessons pas d’en avoir trois ou quatre couples nichant toujours aux mêmes endroits.

Enfin la convoitise de la Cresserelle, qui n’est rien moins que courageuse, est telle, qu’elle la pousse à s’acharner aprèsles oiseaux en cage, l’entraînant par là à sa perte. Nous avons vu, à Nogentle-Rotrou, dans la propriété de la Charmille, toute entourée de jardins, quoique en pleine ville, une Cresserelle descendue du château, prise à la main, vivante, pour avoir voulu s’attaquer à un pauvre Merle tranquillement reclus dans sa cage. On avait vu, de la maison, l’ombre de l’oiseau de proie, on avait entendu les cris de frayeur du prisonnier ; et lorsqu’on arriva, ce fut pour faire la capture de la Cresserelle, qui avait pu faire pénétrer sa patte dansla cage, mais dont les serres fines et crochues s’étaient, dans sa précipitation à fuir, embarrassées et retenues aux fils de fer. Elle s’adressait mal, du reste, le propriétaire du Merle étant un amateur assez distingué, élève des Verreaux pour la préparation, et possédant une collection d’oiseaux qu’il montait lui-même.

Quelquefois la Cresserelle, soit pour choisir la proie, qui lui convient, soit pour un autre motif, plane à une hauteur très grande, en décrivant un cercle; il y a peu d’oiseaux qui, dans ce vol, emploient moins de mouvements et glissent avec plus d’aisance d’un lieu à un autre, ou qui'se soutiennent plus longtemps au même point, immobiles et sans le moindre battement d’aile appréciable à la vue.

C’est de ce vol qu’on a pris cette expression, en langage de

y.; ■ .TTC",

Dos Murs, Los Oiseaux de Proie.

J. Rothschild, Éditeur, Paris.

PI. 32. — FAUCON CRESSB PELLE — Falco tUmunculus. Linnæus. — J nat.

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

chasse, faire le Saint-Esprit, faire la Cresserelle (ainsi que la représente notre figure).

« C’est, dit Toussenel, avoir l’air d’être suspendu par un fil invisible à un point fixe de l’espace, et déployer sa queue et agiter ses ailes, afin de garder quelque temps cette position gracieuse. L’oiseau de proie fait la Cresserelle lorsqu’il se tient au-dessus du chien qui veut lever une Perdrix, lorsqu’il bloque ou qu’il épie le sortie du mulot. »

La Cresserelle se nourrit principalement, comme le Hobereau et comme PÉmérillon, de petits oiseaux et de petits mammifères, mais il n’est pas exact de dire que ce n’est que pressée par la faim qu’elle se jette sur les reptiles et sur les insectes. Ainsi, aux mois d’avril et de mai, elle montre, à l’instar du Kobez, une grande prédilection pour les hannetons, dont elle fait une consommation telle , que toutes lés pelottes ou amulettes rendues par elle, que nous ramassons, à cette époque, au pied de nos vieux murs qui en recèlent le nid, ne sont exclusivement composées que de débris de ces scarabées , pattes et élytres broyées ; aussi ces pelottes, en formes de petites olives allongées, sont-elles très friables et difficiles à trouver et à conserver entières. Assez souvent, en outre, pendant l’éducation des petits, trouvons-nous, aux mêmes endroits, des grenouilles entières, dont le corps n’a été éventré que pour en extraire les entrailles qui servent à falimentation des jeunes; nous en avons même trouvé dans le nid. Une seule fois, au mois de juin 1874, en visitant une nichée de cinq petits dans la meurtrière d’une de nos tours, nous avons surpris le corps intact et étendu sur le dos d’une femelle de Moineau, que la mère, qui s’était enfuie à notre approche, venait do leur apporter.

Dans tous les cas, il est juste d’observer que ce sont toujours les rongeurs qui dominent, et que les oiseaux ne sont que l’exception.

Lorsqu’elles se chamaillent entre elles, ou que leurs petits, devenus forts, résistent à leur poursuite, on voit les deux antagonistes s’accrocher ensemble , ou plutôt se lier en l’air, serres

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

contre serres, et tomber ensuite, en tourbillonnant l'un par-dessus l’autre avec des cris de colère répétés, à terre comme une motte ou une pierre, selon l’expression de Salerne, au sujet d’un combat semblable entre une Cresserelle et un Jean-le-Blanc. Il est bien rare, dans ce cas, que nous ne réussissions pas à prendre à la main au moins l’un des deux adversaires, celui qui, sans être le moins brave, n’en a pas moins eu le dessous, ce qu’annoncent le désordre de ses plumes hérissées et son air essoufflé.

Ce Faucon voyage très souvent en compagnie du Kobez; il est commun, d’après M. Alléon, aux deux passages du Bosphore, mais moins cependant que le Hobereau ; il arrive en automne après ce dernier et en même temps que le Kobez. Quelques individus sont sédentaires dans le pays et nichent dans la campagne, notamment sur les aqueducs de Justinien.

La Cresserelle s’apprivoise facilement lorsqu’on l’élève jeune, elle est susceptible d’être dressée et ne manque pas d’un certain courage. On en faisait quelquefois usage en fauconnerie. Il n’est donc pas étonnant de la voir figurer dans celle si bien montée de Louis XIII.

On réussissait, nous disent les auteurs, à en faire un bon ' oiseau de chasse pour les Alouettes , les Cailles , et même les Perdrix qu’elle prend et transporte, quoique beaucoup plus pesantes qu’elle ; souvent elle les tue d’un seul coup en les frappant de l’estomac sur la tête ou sur le col, de la même manière enfin que font les autres petit Faucons, tels que le Hobereau, l’Émérillon, etc.

Quelques amateurs, peu persévérants ou découragés, ont prétendu, et prétendaient encore il y a trois ou quatre ans, que la Cresserelle n’a pas ïinstinct de chasse, quelle aime à butiner au hasard de la fourchette, etc., etc.

Nous avons eu toutes les peines du monde à guérir les honorables MM. Pichot et de la Rue de ce préjugé, qui leur faisait considérer la Cresserelle comme inéducable au vol. Nous n’y avons réussi qu’en les mettant en rapport avec un de nos jcunesvoisins, M. Lafarguc, grand amateur de ce sport. Nous lui avions procuré

i)i:s Murs. Les Oiseaux de Proie.

J. Rothschild. Éditeur, Paris.

PI. 3:i. — P A U C O N C R E S S E R B L L E T T b! — Palco cettc/uis. Naum - J riat.

*■'•'•"• rifK> • •; ■

l/V's.iii'j T.y-jiï; ■ ■ ' /“• •■• . ".‘i: ' ^

J,. • ;; ; r‘i."iT'' ’V^, '-irr

: ■ ■ *'•< . . • .î'i:vrj',' .' i». ;i : -

LES FALCONIDÉS OU FAUCONS

trois jeunes d’un nid denosCresserelles, qu’il prit lui-même, qu’il éleva, apprivoisa et dressa, au point d’en faire d’excellents oiseaux de vol, et de calmer l’incrédulité des détracteurs de ce véritable et joli Faucon de châtelaine, en le réhabilitant dans leur esprit.

De nos jours, et en 1859, M. de Tschudi rapporte avoir eu longtemps dans sa chambre! une jeune Cresserelle femelle, qui se montrait plutôt familière et attachée que prudente.

«Au moment où j’entrais, elle ne bougeait pas de son perchoir avant que je lui eusse parlé amicalement et tendu la main; et quand je travaillais à mon pupitre, elle aimait à venir se poser sur ma tête. »

Autrefois, notre Cresserelle hasardait volontiers ses évotutions au-dessus de Paris. En 1840, d’après Gerbe, elle habitait les tours de Notre-Dame, celle du Lycée, alors Henry IV, et le clocher de Saint-Étienne-du-Mont.

C’est le type du groupe Tinnuncuhis de M. G. -R. Gray.

PL. 33. - FAUCON CRESSERELLETTE.

. Falco cenchris (Naum.).

Mâle adulte : en tout semblable au Faucon Cresserelle, sauf l’absence de taches noires sur les parties supérieures du corps, et les parties inférieures d’un fauve plus foncé. Bec couleur de corne bleuâtre, livide à la base; iris brun clair ; paupières, cire et pieds jaunes ; ongles d’un blanc jaunâtre. Taille : plus petite de trente â trente-deux centimètres.

Habite les contrées orientales et méridionales de l’Europe, l’Asie occidentale et l’Afrique septentrionale; très commune en Italie, en Sicile, au midi de l’Espagne, en Grèce, notamment dans la Morée ; de passage en France, en Suisse, en Savoie, en Hongrie et en Autriche.

Niohe dans les ruines, près de Bagnères-de-Bigorre, dans les rochers en Sicile et près de Gibraltar; pond de quatre à six œufs, plus petits que ceux de la Cresserelle, de même couleur, mais

LES OISEAUX ÜE PROIE OU RAPACES

plus clairs et approchant presque cTun ton rosé; ils mesurent trois centimètres sur deux et demi.

Ce Faucon vit, dans toutes les localités, de la même manière que la Cresserelle chez nous, c’est-à-dire qu’il se rapproche aussi du voisinage de l’homme, qu’il habite les vieux édifices, les tours et les clochers ; de même que le Kobez, il affectionne, en Grèce, d’après M. von der Mülher, la toiture des habitations pour établir son nid. C’est un des plus insectivores des Faucons dont nous venons de parler.

Plusieurs ornithologistes prétendent que, lorsque ce Rapace fait son apparition dans les pays méridionaux et tempérés de l’Europe, c’est toujours à la suite de nuées de sauterelles qui, forcées par une saison très sèche, abandonnent quelquefois l’Afrique et sont poussées par le vent dans quelques îles de la Méditerranée, ou dans quelques plaines cultivées de l’Europe. Sa nourriture se compose effectivement de beaucoup de sauterelles et d’autres gros insectes et de petits reptiles; les menus oiseaux sont l’exception.

D’après Bory de Saint-Vincent, la nourriture principale de ces Faucons, dans toute la Morée, consiste en lézards et en quelques autres espèces de reptiles et d’insectes ; ils détruisent surtout une grande quantité de grosses scolopendres, qui sont redoutées par les habitants à l’égal des animaux les plus dangereux. Aussi les Moréotes respectent-ils les Cresserellettes, et voient-ils avec peine qu’on leur donne la chasse. Ce savant naturaliste en tua un grand nombre d’individus des deux sexes à Nisi et à Scala, dans le bassin du Pamisus.

M. Bailly raconte qu’on lui apporta, sur la fin d’août 1839, un mâle adulte de cette espèce qui venait d’être pris aux filets, à Barberaz, près Chambéry. Il le garda pendant huit jours; il lui donna à manger une assez grande quantité de sauterelles et de grillons, auxquels il joignit de petits oiseaux, que son prisonnier plumait proprement avant de s’en repaître. Il se montra toujours aussi doux et aussi familier qu’un Faucon Cresserelle qu’il conservait en même temps.

f-RS FALCONIDES OU FAUCONS

ACCIPITRES ou ÉPERVIERS.— Accipitrinæ.

Les Éperviers, qui comprennent les Autours, diffèrent des Faucons par leur tête rétrécie en avant ; par la pointe de la mandibule supérieure, qui est dépourvue de dents, et ne porte qu’un simple feston ; par leurs tarses plus longs et écussonnés ; par te doigt intermédiaire, qui dépasse de beaucoup les latéraux en longueur ; enfin par la brièveté de leurs ailes, qui n’atteignent qu’à peine les deux tiers de la queue. Leur arcade sourcilière est bien moins saillante que celle des Buses, leurs yeux sont à fleur de tête, mais un peu obliques.

Chez eux, de même que chez la plupart des Rapaces, le dos paraît fréquemment comme bossu dans le repos, à cause de la courbure de la colonne vertébrale ; leurs pattes sont très rapprochées du bas, et souvent les ongles des doigts internes sont croisés l’un sur l’autre. Leur vol est rapide malgré la brièveté des ailes et habituellement moins élevé que celuides Faucons. Ils sont aussi adroits, aussiméfiants et rusés qu’eux; mais ils arrivent fréquemment obliquement sur leur proie, qu’ils poursuivent rarement au vol quand elle leur a échappé. Les oiseaux, les mammifères, les reptiles forment la base de leur nourriture pour la plus grande majorité, et pour quelques-uns, exotiques, les poissons.

Si constants cependant que soient ces caractères, onn’enapas moins distingué, dans la famille, sept groupes : Micrasturs ; Géranospizes, Asturines, appartenant à l’Amérique méridionale; Autours et Éperviers se trouvant dans toutes les parties du monde et par conséquent en Europe ; Micronises, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Océanie; et Melierax, de l’Afrique seulement.

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

Page 1