SOUS-ORDRE
OISEAUX DE PROIE lOCTURlIES
RAPACES NOCTURNI
En terminant les Rapaces par les Accipitres nocturnes, nous sommes loin, dans l’ordre d’idées que nous avons adopté, de vouloir faire entendre que leur sous-ordre soit le dernier terme de l’apparition des Rapaces à la surface du globe : nous admettons volontiers que l’apparition des deux sous-ordres a été simultanée. Toutefois, il fallait commencer par les uns ou par les autres. Or, comme d’une part aucun lien ne rattachait les nocturnes aux derniers de nos Passereaux, représentés par les Corbeaux, et que,, d’autre part, les Rusards, qui dorent les Rapaces diurnes, sonfà nos yeux la dernière expression de ce sous-ordre dont ils semblent, par leur' fades, être le lien naturel avec les nocturnes, il nous a paru indispensable de profiter de ces rapports pour terminer, comme nous le faisons, l’ordre entier par les oiseaux de
proie nocturnes.
L’appellation de Nocturnes , quoique généralement admise en ornithologie, n’est pourtant point très correcte : aucun oiseau ne voit ni ne chasse dans une complète obscurité. Il serait plus exact d’appeler cette seconde division de Rapaces le sous-ordre des Crépusculaires.
Ils se distinguent des Accipitres diurnes par des yeux largement ouverts , gros, à fleur de tête, dirigés en avant, placés sur le même plan que ceux de l’homme, suivant l’expression de Carus, et entourés d’un cercle de plumes sétacées, décomposées, rigides, formant , par leur rayonnement circulaire autour de la face, ce que l’on est convenu d’appeler un disque facial, ayant le bec pour centre et point de départ; par l’absence, de cire a la base du bec , cette cire étant remplacée par une simple peau
recouverte de poils allongés et dirigés en avant ; par des tarses
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
et des doigts généralement courts et, le pliis souvent, emplumés jusqu’aux ongles, qui sont rétractiles et acérés, et dont le doigt extérieur est tellement mobile qu’ils peuvent à volonté le retourner, soit horizontalement, c’est-à-dire à angle droit avec les autres, ce qui leur donne plus de force pour empoigner leur proie et plus de fermeté et de facilité pour se tenir perchés sur un seul pied; enfin, par un plumage épais, abondant, soyeux et comme soufflé, augmentant par sa masse apparente l’aspect du volume du corps et de la tête, qui est aussi plus développée et plus grosse que chez les Accipitres diurnes.
Prédestinés, par leur régime, à modérer la trop grande multiplication des gros et des petits mauimifères rongeurs ou fouisseurs, qui ne sortent de leur retraite qu’au crépuscule et à la nuit pour causer les ravages dont se plaignent si justement nos laboureurs, la nature a doté ces oiseaux de toutes les facultés qui pouvaient favoriser cette chasse nocturne , ou plutôt crépusculaire.
D’abord, d’une sensibilité de vue si grande, ainsi que l’a remarqué Buffon , « qu’ils paraissent être éblouis par la clarté du jour et entièrement offusqués par les rayons du soleil, il leur faut une lumière plus douce, telle que celle de l’aurore naissante ou du crépuscule tombant. » Aussi ont-ils encore la faculté de contracter et de dilater leurs pupilles, suivant le besoin, et de modérer ainsi l’action d’une lumière trop vive ; ce qui leur a valu l’adjonction d’une membrane supplémentaire , manquant aux oiseaux de jour, appelée 7iycti tante.
Ensuite, d’une ouïe d’une finesse extrême. «Il paraît, dit l’éloquent naturaliste, qu’ils ont ce sens supérieur à tous les autres oiseaux, peut-être même à tous les animaux , car ils ont , toute proportion gardée , les conques des oreilles bien plus grandes qu’aucun d’eux ; il y a aussi plus d’appareil et de mouvement dans cet organe, qu’ils sont maîtres de fermer et d’ouvrir à volonté, ce qui n’est donné à aucun animal. »
Enfin, d’un système de ptilose tout particulier, qui permet à l’air, dans l’élan de l’oiseau, do laisser filer son corps sans aucun
LES FALCONIDÉS OU FAUCONS
déplacement sensible de la colonne d’air qu’il traverse , et par conséquent sans bruit appréciable : au moyen, premièrement, du peu d’adhérence des plumes de recouvrement ; secondement, et surtout, des rémiges ou pennes claires présentant cette conformation que, du côté extérieur, les barbes, au lieu d’être couchées à plat les unes sur les autres, se séparent vers le milieu de leur longueur, se frisent à leur extrémité et sont rebroussées et hérissées en forme de scie, ce qui en rompt l’adhérence si nécessaire au vol, chez les oiseaux grands voiliers par exemple , et facilite le passage de l’air au travers de l’espace que ces barbes détachées et isolées laissent entre elles. Ces ailes, si bien décrites par Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, qui frappent l’air très lentement, n’y causent absolument aucun bruit, et les pauvres oiseaux, que la Chouette a aperçus endormis sur les branches, ne se réveillent que dans les serres de leur cauteleux ennemi.
Les Accipitres nocturnes sont ordinairement invisibles , car les espèces mêmes qui chassent de jour savent parfaitement échapper aux regards. Immobiles pendant le jour, dit M. de Tschudi, dans les forêts, les ruines et les rochers, ils ne se mettent en chasse qu’au crépuscule ou au clair de lune, et rapportent d’ordinaire leur proie à l’endroit où ils ont élu domicile. Pendant le silence de la nuit, leur cri, qui inspire l’effroi, résonne au loin du milieu des rochers et des forêts. Souvent, en parcourant les bois, on remarque quelqu’un de ces oiseaux qui, près du tronc et les yeux étincelants , reste immobile sur sa branche comme s’il y était attaché. Il laisse approcher le chasseur et ne s’envole dans le fourré qu’à regret et comme forcé. Leur plumage léger, mol et élastique, est assez chaud pour qu’ils puissent résister aux frimas de l’hiver sans changer de climat. Le mouvement de leurs ailes est trop lent pour qu ils puissent saisir au vol de petits animaux. C’est pourquoi ils n’attrapent que des reptiles, des souris ou des animaux endormis; quand ils sont affamés, plusieurs d’entre eux chassent aussi le jour. Quelquesuns accumulent des provisions pour les temps de disette , et en captivité, lorsqu’ils sont rassasiés, ils savent envelopper dans la
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
peau les restes d’un animal et les cacher. Durant la nuit, en imitant le cri delà souris, leur proie préférée, on réussit le mieux à les attirer h portée du fusil. Malgré leur lourdeur apparente, ils ne laissent pas d’être rusés. Ils ont dans leurs allures quelque chose des singes et des Perroquets, et Buffonne s est pas trompé en faisant celte remarque qu’ils ont le bec court et mobile dans ses deux parties, comme celui de ces derniers oiseaux, et que c’est par la faculté de ces deux mouvements qu’ils font souvent craquer leur bec, et qu’ils peuvent aussi 1 ouvrir assez poui prendre de très gros morceaux que leur gosier, aussi ample et aussi large que l’ouverturé de leur bec, leur permet d’avaler tout entiers. Ils restent mélancoliquement posés sur leurs ruines, sur les branches, ou au débouché des crevasses de rochers. Un petit nombre d’espèces seulement vivent en société | mais, en généial, ils ne semblent pas avoir des instincts sociaux.
Ils nichent, selon les espèces et les lieux, dans les rochers, les ruines et les clochers, dans des trous d arbres, dans les nids abandonnés des Pies et des Corneilles, sur le sol; il en est même qui accaparent les terriers de lapins et d’autres animaux fouisseurs.
Tous, sans exception, pondent des œufs blancs et sans aucunes taches.
Les proies vivantes, rongeurs, oiseaux, reptiles, sont leur nourriture habituelle ; quelques-uns recherchent exceptionnellement le poisson, voire même des baies de cormier.
Ce sous-ordre, qui renferme des espèces de grande et de petite taillé, et qui est représenté dans toutes les parties du monde et à des niveaux irès différents, ne forme qu une seule tribu.
LES STRIGIDÉS