TRIBU UNIQUE
STRiaiDÉS, STRIGIDÆ
On pGut envisager cette tribu sôus deux grandes coupes ou familles ; celle des Ducs ou Hibous, Bubonidés, qui portent audessus de l’oreille ou des yeux un pinceau de plumes érectdes, et celle des Chouettes, Strigidés, qui en sont dépourvues.
r FAMILLE
STRIGINÉS ou EFFRAYES. — Striginæ.
Elle se décompose en deux sections , mais à un autre point de vue ;
Les Effrayes, pour les espèces à disque facial triangulaire et fortement écliancré dans sa partie supérieure ;
Les Chouettes, pour celles à disque facial arrondi.
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE EFFRAYE, STRIX (Linn.).
Bec droit à la base, comprimé latéralement, recourbé vers la pointe qui est crochue, à bords màndibulaires presque droits, à moitié caché dans les plumes du disque; narines larges, en partie recouvertes d’une membrane operculaire, à demi recouvertes par les plumes ou poils de la base du bec, linéaires, longitudinales et parallèles à la direction de cet organe, au lieu de lui être obliques et verticales comme chez les Accipitres diurnes ; ailes allongées, à deuxième rémige dépassant les autres, légèrement échancrées, et dépassant de beaucoup la queue qui est très courte et ample; tarses beaucoup plus longs que le doigt médian, minces, comprimés, couverts de plumes duveteuses dans toute leur étendue jusqu’à la naissance des doigts, parfois complètement nus et réticulés avec quelques poils rares ; doigts clairsemés de poils assez fermes prenant naissance entre chaque squamelle ; ongles fortement arqués, tranchants, aigus, cannelés en dessous.
Ce groupe se compose de douze espèces , dont deux seulement connues de Bufîon, de Linné et de Gmelin, réparties en Europe , en Asie , en Afrique , en Amériqne et en Australie. Une seule, la plus commune, qui en est le type, appartient à l’Europe.
PL. 40. — EFFRAYE COMMUNE ou FRESAIE.
Slrix flammea (Liiin.).
Mâle et femelle adultes : en dessus, d’un jaune clair, agréablement varié ou vermiculé, sur chaque plume, de gris et de brun
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
J. Rothschild, Éditeur, Paris.
PI. 40. — EFFRAYE COMMUNE, OU FRESAIE — Strix flammea. Linnæus. — ^ nat.
LES STRIGIDÉS
glacés, pointillé de noir et de blanc; en dessous, d’un blanc pur et sans taches, parfois teinté de fauve, parsemé de petites taches brunâtres ou noirâtres; toute la face, ce qu’on appelle le disque facial , blanche , formant un cercle de plumes qui encadre les yeux, qui en sont le centre et d’où elles rayonnent, se terminant, au-dessus du bec, en pointes si fines qu’on les prendrait pour des poils, et, en outre, comme frisées à leur pourtour extérieur, qui est délicatement bordé de roux, de noir et de gris perle; ce disque porte une échancrure qui retombe jusqu’au dessus du bec et dessine deux hémisphères ; tour des yeux d’iin brun noir plus ou moins roussâtre; ailes et queue légèrement barrées de brun grisâtre et cendrées à leur extrémité. Bec d’un jaune blanchâtre, couleur de chair à la base; iris brun noir foncé; doigts d’un jaune ocreux; ongles noirs. Taille : trente-six centimètres. .
C’est le plus joli plumage de tous les Accipitres nocturnes.
Habite l’Europe, où elle est répandue partout; l’Asie occidentale et l’Afrique septentrionale.
Niche dans les crevasses des vieux murs et des ruines, dans les clochers, même dans les pigeonniers, généralement sans préparation aucune et à nu sur la pierre ; rarement y entasse-t-elle de la paille et quelques feuilles mortes , la poussière et les débris de mortier qu’elle y trouve lui suffisent. Pond de quatre à cinq œufs blancs, qui mesurent quatre centimètres sur trois.
Partout où elle s’établit , dans les villages , les granges, les greniers , l’Efîraye peut être considérée comme gardienne vigilante des céréales qu’on y remise ; elle les purge des rats, des souris, des mulots, qui, sans elle, y causeraient de graves dommages. Bien des cultivateurs savent apprécier son utilité et, loin de l’expulser ou de l’abattre quand ils la découvrent dans leurs greniers , ils bouchent les fenêtres ou les grillages par lesquels elle s’est introduite pour l’habituer à y rester ; d’autres se donnent la peine, quand ils l’ont prise au nid, de l’élever afin de la fixer à leur demeure.
Elle se fait assez à la captivité , pourvu qu’on lui laisse beau-
LES OISEAUX ÜE PROIE OU RAPACES
coup d’espace à parcourir, et qu’on ne lui fasse pas souffrir la faim. On a beau lui donner les aliments qu’elle affectionne, si le lieu qui la renferme n est pas assez spacieux pour lui permettre de se livrer à quelques ébats, on la voit dépérir d’un jour à l’autre ; souvent elle refuse de manger.
C’est ce qui est arrivé à Buffon, qui a eu plusieurs Effrayes vivantes. Elles vivaient dix ou douze jours dans les volières où elles étaient enfermées; mais elles refusaient toute nourriture, et mouraient d’inanition au bout de ce temps. Le jour, elles se tenaient sans bouger au bas de la volière ; le soir, elles montaient au sommet des juchoirs, où elles faisaient entendre leur soufïlement, par lequel elles semblent appeler les autres. Buffon a vu plusieurs fois, en effet, d’autres Effrayes arriver au soufïlement de l’Effraye prisonnière, se poser au-dess,us de la volière, y faire le même soufflement, et s’y laisser prendre au filet. Il n a jamais entendu leur cri aigu et strident dans les volières ; elles ne poussent ce cri qu’en volant, et lorsqu’elles sont en pleine liberté.
ULULINÉS ou CHOUETTES. — Uluninæ.
On a distingué, dans cette famille, cinq groupes ; Surnie, Surnia; Chevêche, Noctua ; Nyclale, Nyctale; Hulotte, Sijrnium ; et Ptynx, Ptijnx.
Ces cinq groupes, établis sur de simples différences de taille, de coloration et du plus ou moins grand allongement de la queue, sans aucun autre caractère zoologique assignable, ne représentent et ne sont pour nous que des Chouettes, c’est-a-dire des Strigidés à disque facial arrondi, et ne constituent qu un seul groupe.
Nous applaudissons donc à la simplification qu’en ont faite MM. Keyserlinget Blasius, en supprimant le Ptijnx.
Et puis, nous n’oublions pas que nous écrivons en France, el pour de studieux néophytes en histoire naturelle , qui ne
LES STRIGIDÉS
comprendront pas , au premier mot , ce que représentent ces dénominations, qu’on ne peut même pas franciser, de Surnie, de Nydale et de Ptynx , mais qui comprendront toujours et se figureront facilement ce qu’exprime le moi de Chouette.
LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES
GROUPE GÉNÉRIQUE UNIQUE CHOUETTE, ULULA (G. Cuvier).
Bec court, sans échancrure; narines basales, ovalaires, cachées par les poils et les plumes de la face, qui s’étendent jusqu’à la racine du bec ; ailes obtuses, allongées, toutes les rémiges profondément échancrées, la quatrième dépassant les autres ; queue assez ample, ou arrondie ou plus ou moins pointue, tantôt moyenne, tantôt allongée ; tarses ou trapus, courts, abondamment fourrés et emplumés jusqu’aux ongles, égaux au doigt médian, ou minces, beaucoup plus longs que les doigts qui ne portent que des poils, et revêtus de plumes aplaties et piliformes.
Au nombre d’une soixantaine d’espèces , les Chouettes sont répandues sur tout le globe, d’un pôle à l’autre.
Les unes habitent les rochers, les autres les ruisseaux, et plusieurs les arbres et les forêts ; ce sont celles-ci, dont la queue a le plus de développement, qui représentent, dans les Accipitres nocturnes, ce que sont les Spizaëtes dans les diurnes ; aussi chassent-elles également au jour et au crépuscule.
PL. 41 — CHOUETTE GAPARACOGH.
Ulula funerea. — Surnia funerea (Brelim, ecc Linn.).
Mdle adulte : en dessus , brun obscur , pointillé de blanc au front , écaillé de même couleur sur les scapulaires et au croupion ; bord des rémiges secondaires et rémiges primaires sans taches ; queue rayée de quatre bandes brunes ; disque facial encadré , en arrière des joues, d'un large demi-cercle brun noirâtre ; le reste du disque, la gorge et les tarses blanchâtres; en
Des Murs, Les Oiseaux de Proie.
J. Rothsoliild, Editeur. Paris.
Pi,
41__CH0UETTE CAPAEACOCH — l/lu!a fanerea. — Surnea funerea. Brehm, ex Linnæus. — | nat.
Des Murs, Les Oiseaux de Proie. J. Rothschild, Éditeur, Paris.
Pi. 42. — C H O U E T T B DE L ' O U R A L — Vmlensis. Keyserling et Blasius — Phjnx uraUnsis. Blyth, ex Pallas.— ^ nat.
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LES STRIGIDES
dessous , à partir de la gorge, d’un blanc terne, chaque plume marquée de taches brunes simulant des bandes régulières. Bec, iris et plante des pieds, ainsi que l’insertion des ongles, jaunes ; ceux-ci noirs. Taille : trente-huit centimètres.
C’est le type générique Surnia de Duméril.
Habite l’Europe septentrionale, l’Asie et l’Amérique boréales ; de passage en Allemagne, plus rarement en France.
Niche dans les trous d’arbres ; se reproduit en Laponie et dans les Monts-0 Lirais. Pond de deux à quatre œufs, presque globulaires, mesurant trois centimètres et demi sur trois.
Elle ne vole et ne chasse guère qu’en plein jour, ce qui, joint à la sveltesse de son corps et à l’allongement de sa queue, lui a valu le nom de Chouette-Épervière.
D’après Vieillot , qui l’a' observée dans l’Amérique septentrionale , elle se nourrit de Gelinottes, de Colins et de petits oiseaux, auxquels, selon quelques auteurs, elle ajouterait des rongeurs et des insectes. D’un naturel hardi, elle ne s’épouvante point du bruit du fusil ; au contraire, elle en suit la direction et s’attache aux pas du chasseur, soit en volant au-dessus de sa tête, soit en se perchant sur un arbre voisin ; mais toujours hors la portée de l’arme à feu. Si celui-ci tue un gibier, elle lui ravit souvent sa proie au moment où il va la ramasser. Cette témérité cause parfois sa perte : il suffit de lui jeter un oiseau mort, pour l’attirer à une distance convenable, et rarement elle refuse de mordre à l’appât. Les Naturels, qui la recherchent comme un mets très délicat, usent toujours de ce stratagème pour se la procurer.