‹ Musée ornithologique illustré (volume 3)Chapitre 38 sur 71 · PL. ,42. — CHOUETTE DE L’OURAL · texte numérisé non relu

PL. ,42. — CHOUETTE DE L’OURAL

Ulula uralensis (Keys.' et Blas.). — Ptynx uralensis (Blylh, ex Pall.).

Mule adulte : fond du plumage en entier d’un blanc sale , largement moucheté en dessus et flamméché en dessous de brun sombre; ailes et queue barrées de quatre à cinq larges

132 LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

bandes du même brun ; disque facial d’un blanc grisâtre, encadré d’une bordure de petites plumes gauffrées , tiquetées do noir et de blanc, doigts zébrés de roussâtre. Bec, iris, et plante des pieds jaunes; ongles noirs. Taille : cinquante-sept centimètres.

Habite les régions arctiques , dans la Laponie, le nord de la Suède et de la Russie ; assez commune en Livonie et en Hongrie ; rare dans les parties orientales de l’Allemagne.

Niche dans les trous des arbres et dans les fentes des rochers. Pond deux ou trois œufs presque sphériques.

Cette grande Chouette est du nombre de celles qui poursuivent leur proie le jour ; elle chasse de la même manière que les Busards ; mais on la voit rarement sortir des forêts avant le déclin du jour ou lorsque le temps*est couvert; les lieux ombrageux sont ceux où elle a coutume d’exercer ses rapines, Naumann dit qu’elle est agitée et prompte dans ses mouvements, et que son vol est plus bruyant que celui des Chouettes demi nocturnes. Le nom de Chouette accipitrine lui conviendrait également, à la façon dont elle vole et poursuit sa proie. Des souris et des campagnols, des rats, des hamsters forment sa nourriture habituelle; mais elle livre aussi la guerre aux petits oiseaux, aux jeunes Coqs de bruyère et aux jeunes Lagopèdes, et poursuit également les lièvres et les lapins.

PL. 43. — CHOUETTE HARFANG.

Ulula nyctea. — Surnia nyctea (Kcys. et Rlas., ex Linn.).

Mdh adulte : en entier d’un blanc de neige , sauf quelques taches de brun noirâtre en forme de flèche sur chaque plume du bas ventre. Bec et ongles noirs; iris jaune. Taille ; cinquantequatre centimètres.

Femelle: presque entièrement d’un blanc grisâtre, excepté la face, les côtés du cou et les pieds qui sont blancs ; toutes les plumes, des pieds à la tête, largement écaillées de noir.

Habite les régions du cercle arctique; commune en Islande,

Des Murs, Les Oiseaux de Proie.

J. Rothschild, Éditeur Paris.

PL 4::. - CHOÜETTI? IIARFANG — Ulula uyrtea, — i>urnkt niictca. Kcyserling et Blasius, ex Linnæus. — \ nat.

LES STRIGIDÉS

dans les îles Shetland, rare aux Orcades; se montre quelquefois dans le nord de l’Allemagne , et paraît très -accidentellement en Hollande; se trouve en grand nombre à Terre-Neuve , à la baie d’Hudson et au. Groenland.

Niche sur les rochers ou sur les vieux pins, dans les lieux éloignés des habitations. Pond deux œufs qui mesurent cinq centimètres sur quatre.

Quand elle descend des régions polaires vers le sud, surtout à la traversée d’un bras de mer ou d’un lac , la fatigue du voyage la force quelquefois de s’arrêter sur les vergues d’un navire, où il devient alors facile de la prendre.

La Chouette Harfang, dit le docteur J. Franklin, limite surtout ses excursions aux contrées les plus désertes et les plus désolées du nord. Là, au milieu des neiges éternelles , elle passe une vie solitaire. Quand elle atteint tout son développement, son plumage, nous le répétons , est d’un blanc neigeux et éblouissant. Son manteau est admirablement assorti, pour la couleur et pour l’épaisseur de l’étoffe, aux contrées dans lesquelles la nature a placé son existence. Durant les trois mois d’été, dans ces régions inhospitalières, la température ne s’élève guère au-dessus du degré de congélation de l’eau, et pendant tout le reste de l’année elle descend beaucoup au-dessous. N’était, par conséquent, la masse de duvet et de plumes dont le corps de l’oiseau est enveloppé, ce Rapace nocturne mourrait, condamné par l’intensité du froid. Mais, tel qu’il est, il n’a rien à craindre ; car, à l’exception de la pointe de son bec et des extrémités de ses serres noires, aucune partie de son individu n’est exposée aux injures de l’atmosphère. N’était, non plus, sa couleur qui, comme le Lagopède, le rend invisible, blanc dans le blanc, lorsqu’il plane silencieusement dans le désert de neige , le lièvre et les autres animaux dont il fait sa proie découvriraient son approche et se prépareraient à la fuite.

Comme on le pense bien, les habitudes de cette Chouette du nord sont très peu connues, car elle se dérobe généralement aux observations de l’homme. Un couple de ces oiseaux fut pourtant

LES OISEAUX DE PROIE OU RAPACES

tué, dans le Norlliumberland, durant le rude hiver de 1823. Deux ou trois jours avant qu’on les abattît d’un coup de feu , ces Chouettes avaient été observées dans les rochers d’une contrée sauvage et marécageuse. Tantôt posées sur la neige, tantôt immobiles sur üne grande pierre solitaire qui déchirait ce pâle linceul de la nature , elles pouvaient guetter et saisir leur proie , sans qu’aucun contraste de couleur les dénonçât à l’œil de leurs victimes.

Le capitaine sir Edward Parry, qui passa plusieurs mois dans le voisinage de la Chouette -Harfang, trouva plusieurs de ces oiseaux morts sans blessures. On a conclu que ces oiseaux périssent souvent faute de nourriture. L’avidité qu’ils mettent à partager le butin des chasseurs de fourrures et à emporter, eux présents, le produit ou le rebut de leur chasse, est une preuve que ces Chouettes souffrent quelquefois cruellement de la faim. Des voyageurs qui ont parcouru les régions du nord assurent que ces oiseaux montent la garde sur quelque grand arbre, ou sur quelque rocher à pic, et qu’au moment où le gibier est tué d’un coup de fusil, les Harfangs descendent : fondant alors, comme l’espèce précédente, avec une rapidité extrême, elles s’emparent de la proie avant que le chasseur ait eu le temps de la mettre dans sa carnassière.

Cependant, si cette Chouette est souvent condamnée à de longs jeûnes, elle s’en dédommage en automne, lors de la migration des animaux qui vont du nord au sud; elle vit alors dans l’abondance.

Elle passe pour un objet de culte et de vénération chez plu-^ sieurs peuples de l’Asie et de l’Amérique.

Page 1