‹ Musée ornithologique illustréChapitre 16 sur 85 · LES GRANDS VOILIERS OU LONGIPENNES · texte numérisé non relu

LES GRANDS VOILIERS OU LONGIPENNES

Longipennes.

Autant nous avons vu la nature avare, dans la répartition du système alaire, chez les groupes qui précèdent , autant elle s’en va montrer généreuse, jusqu’à la prodigalité , dans ceux qui vont suivre.

Mais, ici, les grands Voiliers qui comprennent, en Europe, les Pétrels et les Hirondelles de mer , deviennent , sinon les auxiliaires de l’homme, du moins les auxiliaires de la création , pour l’assainissement des eaux et de leurs rives , où séjournent en grand nombre les cadavres d’animaux morts , tels que amphibies, cétacés, etc., sans parler de ceux de ces pauvres Macareux; et, par suite, pour l’entretien de la salubrité de l’air respirable; ce sont, en un mot, les oiseaux de proie, les rapaces des mers. L’aspect seul du bec de plusieurs d’entre eux, des Pétrels, par exemple, dénote cette destination.

A l’inverse des Manchots , des Pingouins , les oiseaux de cette division jouissent , en général, d’un système d’organisation robuste et approprié au vol de longue haleine. Les Pétrels ont des ailes aiguës, effilées ; leurs muscles sont terminés par d’épais tendons qui leur permettent d’exécuter des trajets immenses sur la pleine mer; leurs pieds, largement palmés, leur facilitent les moyens de se reposer sur les vagues ; leur vue perçante rend inévitable la perte du poisson dont ils sont avides , qu’ils saisissent , non en plongeant comme les oiseaux précédents , mais en rasant la surface des flots. Les navigateurs rencontrent fréquemment ces oiseaux à des distances inouïes de toute terre, et ce n’est que rarement qu’on les voit dépasser les limites ou les zones qu’ils habitent de préférence.

LES OISEAUX NAGEURS

11 convient , dans cette tribu , de distinguer deux familles : Les Pétrels ou Procellarides ,

Et les Lariides ou Goélands.

LES PÉTRELS. — Procellariinæ.

Nous adoptons, pour les Pétrels, la division proposée par Temminck , mais en l’appliquant au rebours, selon notre système, c’est-à-dire en Pétrels-Hirondelles , qui en sont les plus petites espèces; en Pétrels- Puf fins, et en Pétrels proprement dits, les plus forts de tous.

Nous rencontrons ici la première application d’un principe , que nous avons déjà posé et développé ailleurs, à savoir que toutes les grandes coupes ornithologiques ont leurs oiseaux diurnes et leurs oiseaux nocturnes ou crépusculaires. Ainsi, les Pétrels de nos deux premières sections sont les crépusculaires de ceux de la troisième.

Pourvus de longues ailes et munis de pieds palmés, ils ajoutent à l’aisance et à la légèreté du vol, à la facilité de nager, la singulière faculté de courir et de marcher sür l’eau, en effleurant les ondes par le mouvement d’un transport rapide, dans lequel le corps est horizontalement soutenu et balancé par les ailes, où les pieds frappent alternativement et précipitamment la surface de l’eau. C’est de cette marche sur l’eau que vient le nom Pétrel ; il est formé de Peter, Pierre, ou de Pétrïll, Pierrot ou Petit- Pierre , que les matelots anglais ont imposé à ces oiseaux , en les voyant courir sur l’eau comme l’apôtre saint Pierre y marchait.

Les espèces de Pétrels sont nombreuses, quoique l’on n’en compte que sept ou huit en Europe. Ils ont tous les ailes grandes et fortes; cependant, ils ne s’élèvent pas à une grande hauteur, et communément ils rasent l’eau dans leur vol.

LES OISEAUX D’EAU — LOJ^GIPENXES

Le bec est articulé et paraît formé de quatre pièces, dont deux, comme des morceaux sus-ajoutés, forment les extrémités des mandibules; il y a de plus, le long et en dessus de la mandibule supérieure, près de la tête, deux petits tuyaux ou rouleaux couchés, dans lesquels sont percées les narines. Par sa conformation totale, ce bec semblerait être celui d’un oiseau de proie, car il est épais, tranchant et crochu à son extrémité.

Au reste , cette forme du bec n’est pas entièrement uniforme dans tous les Pétrels ; et ce sont ces différences dont on a tiré les caractères propres à établir les trois divisions que nous y indiquons. En effet, dans plusieurs espèces, la seule pointe de la mandibule supérieure est recourbée en croc ; la pointe de l’inférieure, au contraire, est creusée en gouttière et comme tronquée en manière de cuiller, et ces espèces sont celles des Pétrels proprement dits.

En outre, les bords des mandibules sont tranchants, doubles ou garnis à l’intérieur de lamelles transverses, présentant deux dents à la réunion du crochet et du bord de la mandibule supérieure. Ce nom de dents a été donné, par Hombron et Jacquinot, à deux lames longues et tranchantes chez quelques espèces, courtes et coniques chez d’autres, et dont la présence, la forme ou l’absence doivent, selon eux, modifier le genre de nourriture chez les différents individus. Ainsi, tandis qu’elles manquent complètement dans quelques espèces, chez d’autres, tels que le Pétrel- F.ulmar, en Europe, et le Pétrel géant, en Océanie, ces dents courtes et coniques font l’office de véritables canines, en même temps que les lames dures , cornées , qui garnissent tout le bord de la mandibule supérieure, peuvent être assimilées avec raison à des molaires.

Mais il y a mieux, chez les Pétrels, que ces molaires prétendues; c’est la constitution toute particulière de la membrane muqueuse de l’estomac, laquelle est parsemée de saillies cornées faisant l’office de dents pour la macération des aliments.

Toute la famille est composée d’oiseaux plus ou moins deminocturnes, qui chassent et pourvoient à leur subsistance au créi H| 3

LES OISEAUX NAGEURS

puscule et à l’aurore, surtout pendant les nuits éclairées des régions boréales. Le jour, ils se cachent habituellement parmi les fentes des rochers, dans les cavernes, ou dans les terriers de lapins ou d’autres animaux fouisseurs. Ils font entendre de ces trous une voix désagréable que l’on prendrait le plus souvent pour le croassement d’une grenouille.

Leur ponte n’est pas nombreuse ; ils nourrissent et engraissent leurs petits en leur dégorgeant dans le bec la substance, à demidigérée et déjà réduite en huile, des poissons dont ils font leur principale et peut-être leur unique nourriture. Mais une particularité dont il est très bon que les dénicheurs de ces oiseaux soient avertis, c’est que, quand on les attaque, la peur ou l’espoir de se défendre leur fait rendre l’huile dont ils ont l’estomac rempli : ils la lancent au visage et aux yeux du chasseur ; et comme leurs nids sont le plus souvent situés sur des côtes escarpées, dans des fentes de rochers à une grande hauteur, l’ignorance de ce fait a coûté la vie à quelques observateurs, tel qu’en 1761 àM. Campbel.

Les Pétrels se subdivisent en trois sous-familles : Pétrels-Hirondelles, ou Thalassidromes ; . Pétrels-Puffins ;

Et Pétrels proprement dits.

LËS PÉTRELS-HIRONDELLES ou THALASSIDROMES. — Procellariinse.

Ce sont, comme nous l’avons dit, les plus petits de la famille, ceux auxquels , de préférence , on a donné le nom d’oiseaux de tempêtes, pour leur habitude d’avoir l’air de se jouer de la fureur des vagues et des vents , alors qu’ils ne profitent du bouleversement et de la confusion de ces éléments que pour y pâturer les mollusques et autres productions ramenés à la surface des flots par cette agitation; au surplus, par le fait même de la coïncidence de leur apparition avec tous les présages de la tempête, devenus la terreur des matelots. Ils ne renferment qu’un

Page 1