‹ Musée ornithologique illustréChapitre 4 sur 85 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Si nous faisons précéder notre Publication de cet Avant-propos, cest pour faire connaître au Lecteur , non Vidée mère qui y a présidé , celle d’une nouvelle histoire des Oiseaux d: Europe — elle appartient à tout le monde (témoins : le Manuel d’ Ornithologie de Temminck , resté le seul à suivre et à consulter pendant la presque moitié de ce siècle ; et celui plus important, Z’ Ornithologie européenne de Gerbe, dont nous déplorons , avec la science, la perte toute récente) ; — mais le motif des suppressions d’espèces que nous avons été amené à y pratiquer.

Un ouvrage, circonscrit à l'une des parties du monde, doit avoir une limite, celle même de la circonscription du coin de terre dont il entend faire connaître les productions ; l’on va voir que ce n’est pas sans raison que nous nous servons de cette expression.

Les oiseaux ont, comme les plantes, leurs lieux d’élection où ils se reproduisent ; or, c’est cette perpétuité même qui assigne ou fixe, à chacune de celles-ci, son lieu d’origine, et lui attribue une patrie le plus souvent réelle, parfois purement adoptive ou d'emprunt; mais enfin, il lui arrive de fructifier et de germer librement sur notre sol.

La conséquence de cette proposition pour nous est, comme elle a été pour Temminck , notre maître, comme elle était pour notre honorable i i

ami Gerbe , en 1854, que les oiseaux seuls qui se reproduisent en Europe doivent figurer dans une faune ornithologique de cette contrée.

Vouloir ij faire entrer toutes les espèces de passage, c'est apporter un germe de confusion , et risquer à la longue , d’une ornithologie partielle ou régionale, d'en faire une si générale, qu'elle deviendrait une tour de Babel pour ceux qui voudraient en aborder l’étude.

Ajoutons que l'essence de V histoire naturelle en zoologie est, aujourd’hui plus que jamais, non l’aride exposé de la méthode ou des caractères, mais l’étude si vivifiante et si instructive des mœurs, des habitudes et de la manière de vivre des êtres , et spécialement des oiseaux.

Notre conclusion est que, sans une nidification généralement reconnue et démontrée, nous n admettons aucune espèce à figurer dans une Ornithologie de l’Europe .

Tels sont les motifs qui, malgré F exemple donné par Gerbe , toujours d’ordinaire si bien inspiré, nous ont fait supprimer, dans la nôtre, toutes les espèces , de passage plus ou moins authentique, auxquelles il a fait trop généreusement l’honneur d’une hospitalité et d’un droit de cité que nous leur refusons.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Pour rendre la science attrayante, il la faut dégager de tout son attirail ou, pour mieux dire , de son appareil doctrinal et pédagogique. Fidèle à ce principe, nous indiquerons sommairement ce qu’est l’oiseau, qui va faire l’objet de cette étude, et qui appartient à la grande division du règne animal , dite des vertébrés.

Cette division, la première comme perfection, la dernière comme création du règne animal, comprend tous les animaux, poissons, reptiles, oiseaux, cétacés et mammifères, qui ont une charpente osseuse intérieure, composée d’un plus ou moins grand nombre de pièces solides , liées les unes aux autres , et cependant rendues mobiles à l’aide d’articulations : les principales de ces pièces , celles qui protègent les centres nerveux , sont connues sous le nom de vertèbres, d’où l’appellation de la division ; et l’ensemble de tout l’appareil est désigné sous le nom de squelette.

La classe des oiseaux est peut-être la plus importante de toutes ces catégories zoologiques; car c’est une de celles dont la création se justifie le plus par l’utilité de son intervention constante dans les nécessités du globe ; en un mot, celle qui a le plus sa raison d’être.

Les caractères principaux des oiseaux qui forment la troisième classe de cette division sont : une reproduction ovipare extra-utérine ; des pou-

nions sans lobes ; une circulation à sang chaud , double chez la presque généralité d’entre eux, simple chez quelques-uns seulement; une peau couverte de plumes, ou squameuses, ou piliformes, ou le plus universellement duveteuses ; un bec corné , dont la forme varie suivant le régime propre à chaque famille; par privilège unique, des cavités aériennes, disséminées dans tous les organes, destinées à leur donner une légèreté spécifique, en permettant l’introduction de l’air, non seulement dans les poumons , mais aussi dans diverses parties du corps , même dans l’intérieur des os, et jusque dans- le tissu desplumes.

C’est-à-dire, qu’indépendamment de l’air respirable, indispensable à la vie, absorbé par les poumons, ils ont la faculté de remplir et vider à volonté ces réserves aériennes selon les exigences de leur locomotion au vol ; de telle manière que , de même qu’un aérostat ou ballon dont on ouvre ou ferme au besoin la soupape de sûreté, soit pour en faciliter l’ascension, soit pour en accélérer la descente, l’oiseau, s’il veut s’élever en se rendant beaucoup plus léger que le milieu où il se meut, force sa provision d’air intérieur, et la diminue, s’il veut se rendre plus pesant en se rapprochant du sol.

Par la même raison, à la moindre atteinte, soit à l’un de ces réceptacles (véritables gazomètres), soit aux os ou aux vertèbres qui leur servent de conducteurs, le réservoir fait fuite, et l’oiseau, malgré l’agitation inconsciente de ses ailes, tombe de tout son poids selon les lois de la gravitation : le ballon est crevé !

Dans tout le squelette, le sternum, qui représente une carène de vaisseau , est l’os le plus grand du corps de l’oiseau , en général.

Ajoutons, pour complément à cet appareil de locomotion aérienne, que, comme moyens de locomotion sur le sol ou de progression et de station sur les arbres ou sur leurs branches , les oiseaux sont portés sur deux pieds ou pattes, terminés, suivant leurs aptitudes, par deux, trois ou quatre doigts divisés, dans ce dernier cas, chez les uns, deux en avant, deux en arrière : ce sont ceux que l’on a appelés de ce fait zygodactyles, ou à doigts accouplés deux à deux; c’est le plus petit nombre et en quelque sorte l’exception et l’attribut de ceux qu’on a nommés grimpeurs ; chez les autres, et c’est le plus grand nombre et la presque généralité, trois antérieurs et un postérieur : ce sont les dèodactyles , ou à doigts libres. Sans parler de ceux dont les doigts sont unis par une membrane pour frapper l’eau ou s’y diriger, et qui sont les palmipèdes ou nageurs.

De tous les sens de l’oiseau, celui de l’ouïe est le plus fin, puis celui

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de la vue : l’un pour sa sûreté individuelle, l’autre pour la direction de son vol.

Impressionnables aux changements et modifications atmosphériques, on suppose les oiseaux doués , en outre , d’un sens supplémentaire , dénommé sens universel par Virey, et par Carus, sens thermo-électrique.

C’est celui, en définitive , qui leur fait prévoir ou pressentir les variations de température, et les détermine à quitter régulièrement un climat pour un autre, à la recherche , soit d’une nourriture plus abondante, soit d’une atmosphère ou plus chaude ou plus froide, causes générales de leurs migrations , quoique plusieurs soient sédentaires et , sans changer positivement de climat, se bornent à un changement de latitude ou d’altitude dans la même contrée , ce qui a lieu surtout dans les pays de montagnes.

Enfin, la plupart choisissent le lieu le plus convenable pour y déposer leurs œufs, soit en préparant le terrain s’ils nichent sur le sol ou dans les herbes , soit en réunissant sur les arbres les matériaux nécessaires à la construction du nid, soit en l’y suspendant aux branches en forme de hamac, et déploient un véritable talent dans leur construction. Dans tous ces cas , c’est en communiquant par eux-mêmes à leurs œufs la chaleur de leur contact qu’ils parviennent à les faire éclore.

Il ne faut pas croire cependant que tous s’imposent ce labeur ; il y a quelques notables exceptions :

1° La plupart des Coucous, en tête notre Coucou d’Europe, passent pour ne faire aucun nid ; mais ils pondent ou introduisent leurs œufs dans le nid d’autres espèces auxquelles ils abandonnent le soin de les couver et d’élever les petits;

2° D’autres, lesMégapodes ou Tavons, tous de la Polynésie et de l’Australie, qui se rapprochent des Gallinacés et ne quittent pas le sol, se réunissent en plusieurs couples, élèvent de véritables meules d’herbes, ramassées fraîches à l’aide de leurs longs doigts, et couches par couches superposées, y pondent tour à tour leurs œufs, que la chaleur seule de la fermentation suffit à faire éclore, et ne s’occupent des petits, qui en naissent et courent au sortir de la coquille , qu’au moment où ils s’en échappent, pour les conduire et les protéger;

3° Un procédé semblable est employé par d’autres espèces de la même famille, non plus avec des amas d’herbes, mais des amas et des monticules de sable , laissant à l’action du soleil le soin de développer le degré de chaleur indispensable à l’éclosion des œufs.

On peut donc encore dire à la rigueur de ces oiseaux qu’ils construisent un nid; mais ils ne couvent pas.

Quoi qu’il en soit, on verra que, réduite comme elle l’est à un petit nombre relatif d’espèces , l’Europe en compte bien peu de véritablement industrieuses dans la construction de leurs nids, une douzaine à peine, quoique presque tous méritent une attention spéciale.

Quant à l’œuf de l’oiseau , nos études oologiques nous ont conduit à reconnaître et à établir cette proposition : qu’en général l’œuf, dans ses dimensions , représente mathématiquement le dixième de la taille de l’oiseau; ce qui n’est, dans aucun ordre, plus remarquable que dans celui des Passereaux. Pour ce qui est de la coloration, il suffit de savoir que chaque famille a sa couleur dominante, laquelle, sauf quelques exceptions, varie peu d’une espèce à l’autre.

Un mot, maintenant, sur la marche que nous avons adoptée pour celte histoire des oiseaux d’Europe.

En comparant le nombre d’espèces d’oiseaux que renferme notre Europe (600 à peu près qu’on peut encore réduire à 450) à celui des espèces que contiennent les autres parties du monde (10 000 environ), il est facile de voir la presque impossibilité où se trouve l’ornithologiste de donner un aperçu d’ensemble de leur classement méthodique. Si, cependant, par suite de cette infériorité numérique , le classement des oiseaux d’Europe laisse d’immenses vides à remplir, il permet au moins d’v faire figurer les éléments de chacun des ordres de la classe, au nombre de cinq :

1° — Les oiseaux de mer ou nageurs;

2° — Les oiseaux de rivage ou échassiers;

3° — Les oiseaux de terre ou coureurs ;

4° — Les oiseaux des bois et des champs ou passereaux des auteurs ;

5° — Les oiseaux de l’air ou oiseaux de proie, rapaces des auteurs.

On ne s’étonnera pas de nous voir ouvrir la classe des oiseaux par les oiseaux d’eau pour la terminer par les oiseaux de proie; l’exemple, trop longtemps oublié, en a été donné par Schœffer d’abord au siècle dernier ; dans le présent, par Lamark, Lesson, le docteur Reichenbach, et plus récemment par Toussenel ; nous croyons même que cette marche est enseignée, à l’heure qu’il est, par l’éminent professeur du Muséum, M. Alphonse Milne-

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Edwards, dont la chaire est suivie, plus qu’elle ne l’a jamais été, par un nombreux public certain de n’avoir que des cboses neuves et dignes d’intérêt à y apprendre, sans parler de l’élévation et de l’ampleur des idées avec lesquelles elles lui sont présentées.

Il est naturel et rationnel, en effet, faisant, pour chaque classe, ce que l’on n’a jamais hésité à faire pour le règne animal tout entier, de prendre d’abord l’ensemble de la classe des oiseaux dans l’ordre selon lequel chaque groupe a dû être créé relativement au milieu dans lequel il avait à vivre et à se mouvoir. Or, notre planète ayant été enveloppée d’eau avant l’émersion des parties terreuses ou terrestres , ou mieux de l’élément solide , c’est par les oiseaux d’eau que la raison dit de commencer la série. C’est, en un mot, ce que l’on appelle la méthode ascendante , par opposition à la méthode descendante de G. Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire.

Cette manière de traiter l’ornithologie est conforme, du reste, aux principes émis par le savant M. Marsh, dans son étude sur les modifications géologiques du globe; elle ne l’est pas moins à ceux développés par MM. Lyell, Darwin et Réchin sur les oscillations du sol terrestre et sur la variabilité des espèces ; elle est conforme également aux idées si bien élucidées par le docteur Pucberan , dans ses Lettres à M. le professeur d’Archiac , sur les indications que peut fournir la géologie , pour l’explication des différences que présentent les faunes actuelles ; elle ne contrarie pas davantage, sauf quelques réserves, soit les théories si brillantes et si osées de Darwin, auxquelles cependant nous aurons peutêtre à nous heurter plus d’une fois, soit celle si savante de M. le professeur Albert Gaudry sur les enchaînements du monde animal; et elle concourt, en définitive, à démontrer, en même temps que l’opportunité de ces travaux , l’intérêt qu’ils présentent au point de vue des sciences naturelles.

Nous ne serions pas complet, si nous n’ajoutions, pour ouvrir des aperçus nouveaux dans l’esprit du lecteur, que de même qu’avec le secours de la géologie la botanique s’est accrue de ses immenses fougères arborescentes fossiles, et la mammalogie de ses mammouths et de ses gigantesques mastodontes ; de même l’ornithologie a vu surgir du sein de la terre et des siècles ses dinornis et ses épyornis fabuleux, tous oiseaux de formes et de tailles que l’on n’aurait jamais supposé avoir pu exister. En telle sorte qu’on est arrivé, ainsi que l’a dit M. Alph. Milne-Edwards, le plus actif vulgarisateur de ces belles découvertes « à démontrer l’existence de la classe des oiseaux parmi les fossiles, et à prouver par là qu’à

cette époque reculée, où les espèces étaient si différentes de celles que nous voyons maintenant , les lois générales de coexistence , de structure , enfin tout ce qui s’élève au-dessus des simples rapports spécifiques, tout ce qui tient à la nature même des organes et à leurs fonctions essentielles étaient les mêmes que de nos jours ».

Nous ferons au surplus figurer la plupart de ces curieuses restitutions dans le tableau méthodique général qui va suivre.

LES OISEAUX DE MER

LES OISEAUX DE MER

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L’Océan, pour parler comme Lesson, a ses oiseaux, de même que la terre. Forcés d’en parcourir sans cesse les solitudes pour y trouver leur subsistance , ils sont doués , les uns d’une aptitude et d’une vigueur de natation égales à celles des poissons ; les autres, d’une puissance de vol extraordinaire, afin de pouvoir, en quelques heures, franchir des espaces immenses, et se porter instantanément là où l’instinct et le besoin les appellent.

On les retrouve ainsi jusqu’aux dernières limites du globe.

En 1854, en effet, le lieutenant Morton, attaché à l’expédition commandée parle docteur américain Elisha Kane, après s’être avancé en traîneau jusqu’au 70e degré de latitude nord sur les bords de la mer Polaire , par delà la banquise, découvrait sur les eaux libres une foule de Palmipèdes, des Canards, des Hirondelles de mer, des Mouettes, des Oies; et on peut regarder comme certain que les dix degrés qui séparaient ces oiseaux du pôle nord ne devaient pas constituer pour eux une barrière infranchissable.

(1) Gavlæ.

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