‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 22 sur 70 · CENTIMES · texte numérisé non relu

CENTIMES

CHEZ AUBERT, PLACE DE I.A BOURSE

Une fois maître absolu du roi et muni de pleins pouvoirs , vous croyez peut-être que le régent va envoyer tous les conjurés rejoindre le duc de Villeroi à la Bastille! — Non pas, vraiment; à l'instar du père Sournois, le prince dit à son ami Dubois (dont on fait des cardinaux) : — Dissi77mlons !

Aussi , qu'arrive-t-il? C'est que Mai-mental, de plus en plus poussé par la duchesse du Maine , forme de nouveau la partie d'aller enlever le régent le- soir même , lorsqu'il traversera le bois de Vincennes , — et le capitaine Roc-finette a commandé une troupe choisie qui doit se rassembler à cinq heures pour aller faire cette expédition.

Mais où l'ambition ne va-t-ellepas se nicherî — Voici qu'au moment de partir, ce diable de capitaine, humilié de commander en second sous les ordres de ]\Ial-mental, menace de refuser son concours si on ne lui laisse pas tout l'honneur et surtout tous les profits de l'expédition.

Mal-mental , justement irrité de ce manque de bonne foi , passe son épée au travers du corps de son déloyal associé , et la fameuse colichemarde fut cette fois vaincue par l'épée du petit caraljinier, ce qui prouve bien qu'on ne peut se fier»à rien icibas, pas même aux colichemardes !

0 petit étourdi , qu'as-tu fait \ — Roc-finette emporte dans la tombe le mot d'ordre du ralliement des conjurés ; et comment vas-tu retrouver tes autres conjurés , qui doivent te donner un fameux coup d'épaule dans ce coup de main?

Tu sais, il est vrai, que, déguisés en paysans lorrains, ils doivent se réunir sur la place du Marché-aux-Cochons et se promener dans la foule. — Mais à quel signe les reconnaître (les conjurés, bien entendu, pas les autres animaux ) ? — N'importe, Malmental se rend sur la place en question, et là, au milieu des quadrupèdes dont il vient d'être parlé, il cherche à reconnaître les bipèdes enrôlés par Roc-finette.

Mais hélas ! c'est en vain que notre carabinier braque sa lorgnette de tous les côtés, et fait tous les signes maçonniques qu'il

peut inventer; il ne voit venir en fait de compagnons que ceux de saint Antoine!

Notre entêté de carabinier, que je soupçonne grandement être né dans le fin fond de la Bretagne, persiste néanmoins plus que jamais à achever son entreprise, et voici qu'il part pour le bois de Vincennes dans le but d'enlever à lui seul le régent à bras tendus.

Notre gaillard s'embusque donc dans un fossé ; puis, quand la voiture passe, il s'élance à la tête des chevaux, leur fait tourner bride, et, se plaçant en postillon, se met à conduire le régent vers l'Espagne; — car, chose singulière! le régent laisse faire tout cela sans se défendre le moins du monde, et sans songer seulement à jeter sa tabatière dans les yeux du brigand, comme cela se pratique journellement... à l'Ambigu.

Mais voici le mot de la charade : — c'est que le régent n'était nullement dans la voiture, et c'est le chevalier qui est bien promptement fourré dedans, — attendu qu'une foule de mousquetaires gris, rouges et jaunes débusquent de tous les côtés. — Bref, l'infortuné carabinier en voit de toutes les couleurs, et va promptement rejoindre Villeroi à la Bastille.

Dès qu'elle sut cette triste nouvelle, Bathilde sentit se transformer ses yeux en deux bornes-fontaines, — et, par suite du même miracle hydraulique, son nez gonfla d'une manière déplo-

VIVSEE ET MAGASIN COMIQUES

rable. Aussi, quand Soiffard, non, Buvard, rentra chez lui, à peine s il put reconnaître sa pupille dans cette jeune vierge éplorée dont le nez avait prodigieusement tourné à la parmeniière.

En apprenant que c'était là son ouvrage, puis ju'en fin de compte cette pannpiitiere était le fruit de la révélation qu'il venait de luire au régent, — le père Soiffnrd courut immédiatement au Palais-Rnal pour demander que, pour piix du service qu'il avait rendu à l'Etat, on daignât sauver la vie à l'amoureux de sa pupille. — Mais le ministre Dubois (dont on venait de faire décidément un cardinal), avec cette admirable reconnaissance qui n'appartient qu'aux grands seigneurs, fit reconduire notre liomiue avant même qu'il ne lût entré.

Bathilde se remet à repleurer et à se repâmer de plus belle ; la rue du Temps-Perdu menace d'être bientôt inhabitable, tel • lement elle devient marécageuse, lorsqu'entre deux hoquets convulsifs Bathilde se rappelle tout à coup que jadis elle a eu un père, et que dans un combat ce père sauva, aux dépens de ses jours, la vie à ce Phdippe d'Orléans, aujourd'hui régent de France, qui même écrivit à la veuve de ce brave officier une lettre dans laquelle il l'assurait qu'il serait toujours à son service.

A peine a-t-elie eu cette idée lummeuse, que Bathilde saisit sa fameuse lettre, et, sans prendre le temps d'y joindre ses soc- 'lues et son tartan, s'élance dans la rue, et va trouver le régent !

Introduite par le duc de Richelieu, — les jolies filles entrent partout — Bathilde se jette aux genoux du piince (pantomime de circonstance), et présente sa lettre.

— O ciel ! s'écrie Philippe d'Orléans eu lisant cet écrit, — en croirai -je mes pattes de mouche!... quoi! vous êtes la fille de mon sauveur?.. . Demandez tout ce que vous voudrez, et vous pou vezêtrecertaine de l'obtenir... pourvu que cela me convienne.

— 0 prince I le chevalier de Mal-mental a promis de m'épouser... Accordez-moi la vie de ce carabinier !

— Que Mal-mental vous épouse, j'y consens de grand cœur ; mais quant à lui accorder la vie, c'est différent... Il est condamné à avoir la tête supprimée. . . et aussitôt après la noce on le privera de cet objet dç luxe.

Et là-dessus, le régent, prenant un air de tyran de mélodrame, congédie Bathilde en lui accordant la permission d'aller retrouver .son époux dans les cachots de la Bastille.

Voyant qu'elle n'a rien de plus à espérer, l'infortunée Bathilde se décide à goûter d'une heure de mariage et elle va rejoindre l'infortuné carabinier qui ne s'attendait guère à la revoir, et qui était occupé pour le moment à faire des réflexions fort désagréables sur l'immortalité de l'âme.

Le chapelain de la prison marie donc nos deux amants séance tenante, et comme d'usage, dans son allocution , commet la mauvaise plaisanterie de leur souhaiter la postérité d'Isaac et de Jacob.

La cérémonie terminée, le geôlier fait monter le marié dans un coucou qui l'attendait à la porte de la chapelle. — Bathilde croit qu'on va conduire son époux au supplice et commence à se tordre les bras ; mais, ô surprise ! le porte-clef la prie fort poliment de vouloir bien prendre place dans le même coucou, à côté du condamné , — et puis il crie au cocher : — Hup!... allez où vous savez !

La voiture part et roule pendant une heure heure bien

mystérieuse, car il était minuit, et les voyageurs ne pouvaient pas se douter où les conduisait ce cocher noir comme un croquemort.

Tout à coup la voiture s'arrête, — le conducteur descend de son siège et vient ouvrir la portière en disant au chevalier :

«Not' bourgeois... la course est faite... il est passé ménuit, c'est trente-cinq sousl »

0 surprise encore bien plus surprise que toutes les précédentes! — le condamné se trouve au milieu du bois de Vincennes à l'endroit même où s'était passé le premier événement,

— et comme le carabinier avait seulement cru arrêter le régent,

— le régent, par une aimable plaisanterie, avait voulu, de son côté, que le carabinier crût seulement être condamné à mort!

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Les heureux époux se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, puis sollicitèrent du cocher de coucou la permission d'épancher aussi leurs larmes de joie sur sa houppelande grise!

MORAl-E.

La morale de cette histoire, c'est que Philippe d'Orléans fut un noble seigneur, un bon prince et un excellent régent.

P. .s. c'est surcoiit la morale de celte histoire qui nous force à ne pns différer plus long-temps notre procès en contrefaçon contre M. Alexandre Dumas, car il s'est permis de plagier presque textuellement ces deux dernières lignes ; comme si ce n'étail p^js uniquement dans le MiLse'p Philipon ^ recueil de plaisanteries, qu'on devait se permettre d'imprimer sur le compte du régent un pareil éloge, ou, si vous aimez mieux, une semblable fjcétic.

PUBLICATIONS AKTISTKJliËS

U'AUBERT ET C

Panorama des Champs-Elysiîes et ufs Tuilehies. — (In connaii le cliijmaiit Panorama des Boulevards, dessine par M. Provost et iniprinié en deux icinles, que MM. Aulicrl et comp. ont public à la fin de i845. Le Panorama des Tuileries est exécuté jiar le méuie artiste et de la même manière ; c'est un tableau exact et animé de la belle .nvenue de l'Étoile et du Jardin royal. Il n'est pas un élrani;er qui , en quittant Paris, ne veuille emporter, rontme souvenir de son voyage, ces deux grandes lithographies. A;M .Hubert et comp. ont eu l'heureuse idée de faire arran-jer les dessins de .M. Provost de telle façon qu'ils se replient sur eux-mêmes et forment chacun un album irès-portatif. Chaque panorama, disposé de la sorte, ne se vend que 12 fr.

Travestissements parisiens. — Tel est le titre d'une nombreuse et piquante collection de costuuies de bals traveslis. dessinés sur les modèles et les idées des principaux costumiers de Paris, MM. Babin , Moreau et autres; ce qui est une garantie de la po.ssibilité d'exécuter ces costumes. — On sait que la plupart des gravures de ce genre ne sont pas exécutables ou donnent des résidlals tout opposés aux dessins.— La collecliou de M.M. Aubert se distingue donc des autres par cet avantage; niais ce n'est pas tout, elle est lilbographiéc par MM. ,\lophe , Dollel, Janet, Gavarni et Ch. Vernier, c'est-à-dire qu'elle se dislingue encore par la grâce , le goût et le dessin Chaque costume, colorié avec beauco'ip de soin, se vend 50 cent.

MM. Aubert et comp offrent aux amateurs de costumes deux aulres collections bien différentes de prix, de format et d'importance : le Musée de costumes, 300 dessins coloriés, à 30 centimes la pièce ; et la Galerie rorale de costumes, 100 grandes planches, à 3 francs chacune.

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