‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 26 sur 70 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

M DES ORMES, dessins par M. Cb. VERNIER.

Ali ! le l)cl élat Que celui d'-ivocat !

Avocat..., monsieur, avocat! Mais c'est comme qui dirait la providence des orphelins, la consolation des veuves, la sauvegarde des libertés publiques, le... la... Oh! oui, monsieur, allez! c'est un bien bel état!

Mais vous ne savez pas aussi que de peines il faut , pour en arriver là ! vous ne savez pas combien les études de droit sont difficiles et rudes pour ces pauvres jeunes gens qui, abandonnés à eux-mêmes , n'ont d'autre distraction que la Chauimère , le Prado, la Grande-Chartreuse, etc., etc., etc. ! Combien, hélas! qui s'arrêtent à mi-chemin ! Combien qui, pour s'étourdir, s'amusant à effeuiller les roses qui se montrent aux buissons de la route, n'arrivent jamais à cette f;imeuse thèse de licence, condition stne qiiâ nonne pour être admis à devenir avocat !

Aussi, quelle joie, quelle jubilation, quelle nopce quand on a eijterré sa thèse, sa bienheureuse thèse de licence ! ! ! Ah ! Chicaneau , Chicaneau , réjouis-toi , mon ami , te voilà licencié , licencié en droit de la faculté de Paris , et muni d'un diplôme de peau d'âne contre-signe de Son Excellence le ministre de l'instruction publique!

Chicaneau a compris l'avenir brrrillant qui s'ouvre devant lui...

Adieu donc, adieu, taverne; adieu, billards; adieu, La Hire ; adieu tout ce que j'ai aimé... Adieu! je vais avoir une position sociale ! — Et déjà Chicaneau s'est exilé du quartier Latin.

Bientôt il a fait toutes les démarches nécessaires pour être admis à prêter lesernient d'avocat... Enfin, c'est demain qu'il pro-

nonce ]eJtiro entre les mains de Monsieur le premier Présidnif de la Cour roijale de Paris... Oufff !

En attendant cet heui'eux instant, Chicaneau se couche, les songes les plus flatteurs viennent voltiger à son chevtt!

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Rougissant de plaisir, il est en présence d'un nombreux auditoire et reçoit de M. le président des félicitations sur sa bonne tenue ! Chicaneau s'empresse de se lever et de se livrer aux excès de la plus ébouriffante toilette. . . Il se lave les mains et met une cravate Manche , opération délicate terminée avec bonheur

par une rosette qui lui semble la plus supercoquenfilodélicieuse du monde ! La superbe cravate , il est vrai , le gêne horriblement. Mais qu'importe? ne faut-il pas souffrir pour être beau?

Il donne un dernier lustre à sa toilette en écrasant sur ses moustaches la moitié d'un bâton de cosmétique noir. Cela, penset-il, tranchera admirablement avec la blancheur de ma cravate.

Puis il sort., et il a soin de dire bien haut à son portier qu'il sort pour aller prêter serment. En route il donne un coup

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d'œil de satisfaction sur toutes les glaces des boutiques

Enfin , il arrive au Palais-de-Justice... On lui jette une robe sur les épaules, et, avec un troupeau de licenciés, le voilà introduit devant la cour royale de Paris, en audience solennelle. A l'appel de son nom, Chicaneau s'avance vivement à la barre, il lève la main droite, et, d'une voix vibrante, il s'écrie : Je le jure.

— Comment ! s'exclame le premier président, comment ! des moustaches? Est-donc une mascarade et prétend-on venir braver la cour l — Audiencier, faites avancer ce jeune homme.

Et Chicaneau s'approche ]jiteusement pour recevoir, à l'occasion de ses moustaches , !e plus atroce galop que jamais président se soit permis de donner!

Infortuné Chicaneau... quel début!

Mais Chicaneau n'a point perdu courage. — Eh bien donc, que le sacrifice soit consommé, s'écrie-t-il en soupirant. Cédant arma iogœ, les moustaches vont céder le pas à la toge! Et il se précipite la tête la première dans les salons d'un Figaro voisin... — Le sort en est jeté, se dit-il , je me ferais couper le nez s'il en était besoin. . . Il s'agit pour moi d'une position sociale. . . Coupez !

Et une niain odoriférante lui fait l'opération demandée.

Le voilà donc présentable! Il s'empresse aussitôt de se faire .admettre au stage , car l'ambitieux veut être inscrit au tableau des avocats de la cour royale de Paris, l'intrigant veut avoir son nom dans l'agenda...

Bientôt ses désirs sont satisfaits. . . Il est admis au stage, c'està-dire tenu d'aller chaque semaine au Palais pendant trois ans apposer sa griffe sur un gros registre...

Dès le lendemam, il arrive... il est là le premier à l'ouverture

du registre. Mais au moment où il se livre avec amour à un paraphe merveilleux , une large main appliquée tout à coup sur son épaule lui fait brusquement tourner la tête. C'est un Mosieu

qui vient lui signifier qu'il ne peut signer sans robe, et lui faire observer qu'il en trouvera à 50 cent, à côté... Chicaneau fait une horrible grimace et va endosser la robe de rigueur tout en soupçonnant fort le Mosieu de n'être pas complètement désintéressé dans la question.

— Hélas! se dit Chicaneau en rentrant chez lui, tout n'est pas rose dans la vie ! Il est dur , pour une robe , de payer 50 cent, par semaine!... Oh! mais, mais... une idée! une mirobolante idée ! Si.. . si j'achetais une robe. .. Eh ! eh ! je n'aurais pas de location de robe à payer. Et il court au Temple, entre chez plusieurs fripiers, et, à la longue, finit par trouver son affaire , il

LESESTRE

trouve même mieux qu'il ne cherchait... 11 voulait une robe qui ne fût pas neuve, et il en trouve une. . . vieille et caduque !

•• Elle n'est pas très-belle , il est vrai ; mais , pense-t-il , pourvu qu'elle soit bien portée, c'est tout ce qu'il faut !

Et joyeux il emporte la robe sous son bras.

De là Chicaneau entre chez l'épicier du coin, et lui achète au poids tous les vieux papiers qu'il a dans sa boutique... Il en fait plusieurs liasses sur lesquelles il écrit en caractères gigantesques ; DOSSIERS; puis il s'achemine vers le Palais-de-Justice... Il fait sa toilette d'avocat, et le voilà se promenant majestueusement dans la fameuse salle des Pas-Pei-dus , cuirassé

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MUSEE PHIX.IPON.

de dossiers, l'air affairé et important.

Quoiqu'il soit sans cause, le malheureux s'imagine qu'il produit beaucoup d'effet. Mais la salle des Pas-Perdus n'a pas volé son nom, après plusieurs allées et venues Chicaneau commence à s'apercevoir que les clients n'arrivent pas... . Il se met alors à rôder aux alentours des salles d'audience, il cherche à s'insinuer dans les groupes qui stationnent devant les portes. . . mais là comme ailleurs pas le moindre visage de client. . .

Enfin il prend une grande détermination, il pénètre dans une salle d'audience.

Aussitôt une odeur nauséabonde vient le saisir à la gorge. . . il ne veut point paraître s'en apercevoir, par déférence pour la magistrature et par respect pour messieurs les clercs d'avoué qui pullulent dans l'auditoire... Il sait qu'avant tout un avocat doit se faire bien venir des clercs d'avoué. Il compose donc son visage de la façon la plus gracieuse et la plus aimable du monde.. . Son air engageant a sans doute prévenu en sa faveur, car bientôt il se sent tiré avec force par le bas de sa robe... Il se retourne. . . C'est un horrible petit môme à cheveux roux qui s'est accroché à lui, et qui le prie de demander un défaut dans l'affaire Bertrand contre Robert. « Comment donc? s'écrie Chicaneau, plutôt deux qu'un. •■ Et bouleversant, écrasant tout ce qui s'oppose à son passage, il parvient à la barre, et s'écrie : •• A huitaine! •• Le président remet à huitaine... Et Chicaneau se précipite hors de l'audience enchanté, glorieux d'avoir gagné sa première cause !

" Quelle bonne journée! se dit-il, je crois que j'ai bien mérité

d'aller en voiture..., et il s'élance vers un omnibus. — Complet!

crie le conducteur. —

De retour chez lui, succombant à l'excès de l'émotion, il s'endort... Il s'endort la tête pleine d'idées colossales d'avenir. Déjà il se croit bâtonnier de l'ordre des avocats, tenant dans ses

mains le fameux bâton de maréchal. Illusion !... ce bâton n'est autre que le manche du balai oublié près de son lit.

Le lendemain, Chicaneau retourne au Palais ; il y retourne le surlendemain, il y retourne les jours suivants... Mais on ne lui confie pas la moindre affaire. Le petit clerc lui-même, l'ingrat petit

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clerc, vers lequel Chicaneau s'est avancé affectueusement pour lui presser la main, le petit clerc l'a appelé : - Grand serin! ••

Chicaneau commence à se désoler, il n ose plus se montier au Palais... A quoi bon d'ailleurs traîner et retraîner de salles en salles, d'escaliers en escaliers sa robe qui n'en peut mais?... 1! préfère rester chez lui, il y réflécliit plus à son aise.

Il réfléchit donc, et six mois se passent ainsi à réfléchir !

Enfin, un beau jour qu'il paraissait plus que jamais enfoncé dans ses réflexions, il se relève tout d'un coup... il a trouvé une idée mirobolante! Comme il a une très-belle écriture, il pense à

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se faire nommer secrétaire de la conférence des avocats... D'abord il faut (]u'ou sache ce que c'est que la conférence des avocats. Sous prétexte de donner des consultations de droit gratuites, les stagiaires ont imaginé de se réunir un jour de la semaine au Palais de-Justice, sous la présidence du bâtonnier, ma foi! pou)' V traiter des questions, mais des questions pafpppi/anfes d'artval'iiè. Ainsi, on y parle à to'it propos et même hors de propos de la souveraineté du peuple, d^^s ruines de Beyrouth, des îles .Marquises, des Anglais, des Frrrrançais , etc., etc. Or c'est de cette conférence que Chicaneau aspire à se faire nominer secrétaire.

Mais il ne se borne pas seulement à de simples démonstrations, à de faciles protestations de dévouement ; il fait mieux encore... 11 agit, il intrigue en homme qui connaît son monde.

C'est surtout le jour de l'élection qu'il faut le voir. "Voilà l'instant, voilà le moment... Il saisit au collet les récalcitrants.

Enfin, le dépouillement du scrutin a lieu, et le résultat, hélas! le résultat constate une vois, en faveur de Chicaneau.

Après avoir fait tant de démarches, tant de frais pour son élection, n'obtenir (pi'un résultat aussi... médiocre, c'était hu-

MUSEE PHII.XPON

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miliaiit !... c'était à se barricader chez soi pour ne plus voir aucun visage humain ! Mais di' nouvelles idées d'ambition ne tardent pas à venir assaillir Chicaiipau !

Il a ouï parler dans la société d'une Société de morale chrétienne qui , pour vingt francs par an , fournit à ses abonnés dos clients dans les prisons ! Or, voyez comme l'on est injuste! il se rencontre des gens qui ont l'audace de trouver celte Société peu morale et peu chrétienne ! peu morale de permettre , pour vingt francs , à de jeunes avocats , de faire des expériences in anima vili, peu chrétienne de n'aller visiter les prisonniers que dans l'e.-poir de capter leur confiance pour les vendre ensuite à des avocats! Du reste ces gens-là ne savent ce qu'ils disent, et Chicaneau , qui ne jiense pas comme eux, s'en va bravement aux bureiiux de la susdite Société déposer les vingt francs de rigueui-.

CAISSE.,^ Vi

Il a eu soin de recommander qu'on lui confiât de gros criminels... il serait fier d'arracher une tête au glaive du bourreau. Et le caissier a répondu : •• Soyez tranquille, on vous enverra quelque chose de bien. •>

Trop naïf Chicaneau , qui croit que pour vingt francs par an il va avoir tout de suite des Cliourineurs , des Choueiles, des Maîtres d' école.

Quelques jours après il reçoit, non franco, l'avis qu'il peut se rendre à la Conciergerie pour conférer avec l'accusé qu'il doit défendre! Chicaneau ne perd pas un instant , et bientôt il est en présence de son client !

•• Hé bien , mon brave accusé , mon pauvre orphelin , car vous êtes orphelin , sans doute... qu'avez-vous faitî

— Voyez ! répond le client en jetant sur la table son acte d'accusation.

— Diable! fait Chican eau : accusé d'avoir volé la nuit, dans une-maison habitée , les plombs d'une gouttière!... Quel aplomb! Et vous avez été pris en flagrant délit! Ah! ah!... vous avez déjà, à ce qu'il paraît, subi dix années d'emprisonnement... Oh ! mais alors vous devez savoir dévider le jai-s à merveille ! »

Et Chicaneau se met à lui dérouler toutes les connaissances d'argot qu'il a puisées dans les mémoires de Vidocq , argot repro luit depuis par M. E. Sue dans les Débals , et reproduit aussi dans le Musée Philipon par notre confrère Cliam , argot de bonne société , hrgot que tout le monde comprend aujourd'hui et que les voleurs seuls ne comprennent pas!

Le client, s'imaginant que Chicaneau était fou , lui tourna le dos , et alla rejoindre dans la cour de la Conciergerie ses amis , (jui se chauffaient au soleil.

Tels furent les renseignements que Chicaneau put obtenir de son client. Néanmoins il se mit avec ardeur à l'ouvrage, et traça le plan d'un plaidoyer monumental... Puis, quand il eut poli et repoli la chose d'après le précepte classique, il commença à la réciter... Il récitait le jour, il récitait la nuit... il récitait éveillé, il récitait endormi ! Pendant ce temps-là les voisins , eux , ne l'étaient guère, et même ils menaçaient bien fort de s'en plaindre à qui de droit , lorsqu'enfin le jour de l'audience arriva !

Le matin , Chicaneau se leva avec une légère colique... Puis la colique peu a peu devint plus sourde; puis ce fut tellement lourd , que Chicaneau , le corps plié en deux , n'en alla consulter un jeune esculape de ses amis , qui , attribuant à l'émotion cette gastro-entalgie (c'est ainsi qu'il se plut à la qualifier), lui conseilla gravement de boire une bouteille de rhum. . .

Chicaneau but instantanément la bouteille de rhum!

■• Quelle bonne et douce figure! •• se dit Chicaneau, qui gré lui , cominençait à entrer dans l'esprit de son rôle.

lal-

Mais, hélas! combien le malheureux carabin a regretté depuis son imprudent conseil !

Au bout de cinq minutes déjà , Chicaneau n'était plus le même : il avait placé sa toque sur le coin de l'oreille , il avait remis sa robe à l'envers , et enfin il pénétra dans la salle de la cour d'assises de la façon la plus indécente !

Puis , quand l'avocat-général débita son réquisitoire , Chicaneau , pour le coup , ne fut plus reconnaissable : les yeux lui sortaient de la tête, il pouvait à peine se contenir, il frappait sur la table et se démenait comme un possédé !

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Enfin ce fut son tour 1

n se leva , et commença ainsi :

•• Messieurs , l'avocat du roi s'est conduit avec moi comme un pppolisson! »

Le président voulut le faire taire et lui commanda de sortir.

Chicaneau répondit : - Qu'il était là par la volonté de la Société de la morale chrétienne , et qu'il n'en sortirait que par la force des baïonnettes ! - La force des baïonnettes , soué la forme de deux gendarmes, intervint...

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Et, d'assez mauvaise grâce , Chicaneau sortit de la salle !

La Société de la morale chrétienne s'interposa pour qu'on ne donnât pas suite à cette affaire.

Quant à Chicaneau, il se regarda en cette occasion comme victime d'un pouvoir arbitraire et féroce... Il prétendit que les (jens du roi s'étaient fait un malin plaisir de l'opprimer...

Avocat au civil , il n'était jamais parvenu qu'à obtenir une remise à huitaine ! Avocat au criminel , il n'avait guère mieux réussi !

Il résolut de se faire avocat politique.

Qui sait! il était peut-être appelé , comme avocat politique . comme homme de parti , à jouer un grand rôle dans les choses de ce monde... Qui sait! on le porterait peut-être un jour à la dépulation ! puis, une fois poussé là, après avoir, comme tant d'autres de ses collègues les avocats , fait volte-face; un beau matin peut-être il se réveillerait avec un portefeuille de ministn- ! Eh... eh... qui sait?

On voit que les idées de Chicaneau n'étaient pas si bêtes!

Il mit de côté les ouvrages de droit , qu'il ne lisait pas dav;in-

tage auparavant, il est vrai! et il s'enfonça complètement dans la politique!

Il ne vécut plus que de journaux... et dans sa colère contre la magistrature, il tourna à l'extra-radicalisme, il trouvait beaucoup trop faibles les doctrines du National!

Dans une pareille disposition d'esprit , on concevra qu'il était une chose que Chicaneau ambitionnait par-dessus toutes les choses... c'était de faire partie d'une société secrète !

Un jour, son tailleur , qui alors lui prenait mesure d'un pantalon , l'entendit manifester ce désir , et, relevant la tête , lui saisit vivement le bras ; ■• Etes-vous discret? lui dit-il. — Comme la tombe ! s'écria Chicaneau. — Eh bien , si vous le voulez , demain vous serez franc-maçon ! ••

Dans sa joie, Chicaneau faillit étouffer le tailleur.

Une chose, toutefois, l'effrayait dans ce qu'il allait entreprendre; c'étaient les épreuves par lesquelles il fallait passer, épreuves terribles, a^ant pour but de s'assurer si le candidat est un homme de cœur! Mais quels dangers n'afîronte-t-on pas pour devenir franc-maçon , pour être appelé à réédifier l'univers !

Ce fut donc déterminé à tout souffrir que Chicaneau entra dans la loge maçonnique... Après s'être prosterné devant le vénérable , il fut conduit dans une 'salle basse et voiitée , éclairée par la lueur d'une lampe sépulcrale...

Et le spectacle qui s'offrit à ses yeux lui fit dresser les cheveux d'horreur!

Sur une table , dans un plat , il aperçut la tête de son bottier ; c'était ce qu'on appelle Vépi-euve de la tête de saint Jean : un homme , placé sous une table , a la tête passée dans un trou de cette table , et dans un plat percé qui se trouve au-de.«sus. . .

Chicaneau reculait épouvanté , lorsqu'il se vit entouré de quatre esprits très-malins, qui le forcèrent de se livrer à la gymnastique que voici :

raUSEE PBII.IPOII.

Être ainsi berné , secoué dans un drap par quatre démons cornus... quelle étaft la signification inorale de cette épreuve?

Chicaneau répondit que les secousses étaient l'image des fluctuations de la vie, que le drap signifiait qu'on pouvait parfois se trouver dans de vilains draps et que les cornes des quatre satellites étaient un symbole.

Stupéfaits d'une aussi grande sagacité, qui avait su découvrir une allusion là où ils n'y entendaient pas malice, les //-ères s'empressèrent de recevoir Chicaneau à l'unanimité... Puis le vénérahle, lui ayant fait tourner le dos, commença à lui donner l'accolade. Les frères suivirent son exemple.

En raison de son dévouement, de son fanatisme, de ses doctrines exaltées et par-dessus tout cela de son titre d'avocat, Chicaneau ne reste pas long-temps apprenti , il passe bientôt compagnon et il est sur le point de devenir maître. Il jouit d'une certaine influence auprès de tous ses frères tailleurs ou bottiers pour la plupart... On l'écoute avec complaisance ; et lui, il en profite tant qu'il peut, se dédommageant comme franc-raaçon du silence qu'il est forcé de garder comme avocat !

Cependant, quelque grandes que soient pour lui ces jouissances d'amour-propre , Chicaneau en secret se dépite vivement ! Il sent que le mystère de leurs réunions doit empêcher son nom de percer !

Un matin qu'il était en train de méditer sur ce sujet, son portier lui monte une lettre... Chicaneau s'empresse de rompre le

cachet 0 bonté divine ! quelle chance, quelle chance!

Chicaneau va plaider devant les Pairs du royaume!

Un de ses frères francs-maçons , un de ses intimes, vient d'être compromis gravement pour des pétards politiques, et le charge de sa défense devant la Cour des Pairs ! En voilà un ami, un véritable ami; hélas, que ne sont-ils tous de même!

Et Chicaneau s'empressa d'aller visiter son ami !

Celui-ci commença par lui emprunter vingt francs! comment refuser un ami , un ami surtout qui va vous faire plaider devant les Pairs du royaume... Et à la seconde, à la troisième visite , il en est de même encore. . . — Vraiment, se dit-il , mon ami abuse de la chambre des Pairs!

Enfin, à la quatrième visite , l'ami ne lui emprunte plus rien , mais il lui apprend qu'il s'est trompé , que ce n'est pas devant la chambre des Pairs, mais devant la Correctionnelle qu'il va comparaître !

Cette fois-ci encore, tout foudroyé qu'il est, il ne perd point courage... Après tout, dit-il, ce n'en est pas moins une affaire importante, une affaire politique... Mon nom va mousser dans les grands journaux... Allons, allons, ça ira !

Enfin les portes de la Correctionnelle s'ouvrirent ; et Chicaneau, qui ne s'était point préalablement réconforté d'une bouteille de rhum, fut sublime ! il parla de Xerxès , des pyramides , des marchands de marrons, de l'invention de la poudre... Il se livra

aux gestes les plus majestueux !.. . Nonobstant... son ami fut condamné à trois mois d'emprisonnement !

Et Chicaneau rentra chez lui.. . Et Chicaneau mit sa tête dans ses deux mains... Et Chicaneau se prit à réfléchir... Et Chicaneau tout à coup se levant saisit un grand livre qu'il ouvrit.

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Sar un des côtés de ce livre était écrit : Actif... Ce côté était totalement hlanc. Il était destiné à contenir les profits de sa profession d'avocat !

. Sur l'autre côté, intitulé ; Passif, on lisait: Prestation de serment ," Achat dérobe, Blanchissage de rabats. Achat de dossiers. Cotisation annuelle à l'ordre. Abonnement à la Société de morale chrétienne , Arrjent prêté aux prisonniers, Frais d'élection , Réception maçonnique , etc. , etc. : enfin toute l'énumération des petites et grosses dépenses qu'il avait faites à l'occasion de cette noble profession !

La recette étant nulle, on comprend qu'il ne fut pas difficile à Chicaneau d'établir la balance de son avoir... D'un seul coupd'œil il put envisager à combien lui revenait par an sa profession d'avocat... c'était effrayant!

De nouveau , il se reprit alors à reréfféchir.

Il passa de la sorte quatre heures , quatre heures d'horloge!

Au bout duquel temps il fut facile de s'apercevoir que Chicaneau avait pris une grande résolution , et en effet voici ce qu'il avait résolu :

Il allait rassembler les quelques fonds qui lui restassent encore , et avec ces fonds il achèterait un bureau d'écrivain public!

Le lendemain son projet avait été mis à exécution !

Vainement aujourd'hui vous chercheriez Chicaneau aux abords

du Palais-de-Justice Il a pour cet horrible lieu une telle

abomination, qu'il est allé s'établir dans un autre arrondissement!

Il n'a pas craint de mettre son nom sur sa boutique , mais il s'est bien gardé d'y ajouter son titre d'avocat dans la crainte qu'il ne lui portât malheur! Le seul charlatanisme qu'il se soit permis, c'est d'avoir pris pour enseigne : Au Tombeau des secrets; et encore, pour le punir, un mauvais plaisant (l'affreux petit clerc d'avoué à cheveux roux sans doutei a eu soin de charbonner audessous : et des stagiaires !

Ma'gré cela, e". quoi qu'on en puisse dire, Chicaneau se regarde comme très-heureux. . . Ses affaires vont déjà fort bien ; et dans ce nouveau métier il trouve ceci de préférable : qu'il gagne bien davantage et qu'il peut au moins laisser croître ses moustaches !

Voilà souvent où l'on arrive après trois ans de stage!!!

Galerie royale de Costumes.

c'est justire d'aider au succès d'une aussi belle i)ublicalion que celle de la Galerie rotjate de costumes, car les ouvrages de ce niérile et de cette iiiiliié arlisliniie sont rares. — Ce qu'une semblable collection exige do recherches, de voyages et de frais, tout le monde ne s'en peut rendre compte. Il faut qu'un ailisie parcoure l'Italie en tout sens, comme l'a fait M. Pingrel, visite les villages les plus éloignés des routes suivies par les vova"eurs , et obliemie, à prix d'argent, le droit de iieiiidre d'aiiiès nature; il faut qu'un arliste, ainsi que M. Benjamin Roubaut , fasse tout exprès un voyaj;e en Algérie, ou bien que l'édileur obtienne comnuinication des croquis rapportés par les peinires qui ont suivi les grandes expéditions, les ambassades en Turquie, en Perse, etc., etc. C'est à l'aide de tous ces moyens réunis que MM. Aidierl cl Compagnie ont pu entreprendre la précieuse galerie dont nous parlons. M. Pingret leur a fourni ^0 coslumes ilaliens doiit l'exarliiude ne ]wi\i être mise en doule : car, ainsi (pie nous l'avons'^dit. ils ont lous été peints d'a;irès naiure. M. Goupil, au retour du voyage qu'il a fait aver AI. Ilorare Vernet. a dessiné 10 coMumes égyptiens et syriens. M. Ph. Blanchard, qui, pendant plus de douze ans a habile l'Kspagiie, cl (pii a suivi l'expédiiion française au Mcxi(pie. a fourni '20 costumes espagnols, portugais et mexicains. M. lî. Rouoaut a apporté 10 coslumes algériens. M. "**, qui suivait le duc d'Orléans en Afrique, a fourni 10 costumes des troupes d'Abdel-Kader, dessinés d'après les prisonniers; et enfin M. Klandin, au retour de l'ambassade française en Perse, a communiqué ses cartons, à MM. .Vubcrl et Compagnie cpii en ont extrait des costumes afghans, et des costumes persan.s. Pour prouver que l'exécution lilhographique est excellenie, il nous suffira de dire qu'elle a été confiée h MM. Alophe, Dollet, .Janet l'Ange et B. Ronbaut. I.a C.ai,i:kif, tîoyai.e di; costumes forineia un véritable monument ; ce sera pour les peintres, pour les historiens et pour tous les amateurs un recueil inilispensable, car il ne s'agit pas ici d'une collection de carnaval, d'un recueil de bonslioimnes ajusiés capricieusement : c'est une peinture fidèle, scrupuleuse, qui reproduit le caractère et les détails du costume dans toute leur vérité. 100 costumes sont en vente, et la publicaliim se continue. Cha(pie dessin, imprimé sur grand et beau papier vélin (format demi-Jésus), colorié par un artiste, se vend 3 francs.

Nous donnons ici les titres d'une partie de ces belles lithographies.

Costumes italiens.

Femme de Sorcnle.

Jeune fille de CarafTa.

Servent de la garde du pape.

Jeune fille d'Auletla.

Id. du village de .Sora.

Id de l'ola

Tamliour de la sarde du pape.

Femme d'Arfeline

Id. d'Avelino.

Id. de Mirande

Id. de Caralla.

Id. d'Albane.

Paysan calabrais.

Jeune fille de Sorenlc.

Femme de l'île de Frocida.

Porteuse d'eau à Venise.

Femme de Frascati.

Id. de Viggiano Jeune pilre calabrais

Femme de Servara.

Voilure des environs de Naples Femme de Soninone.

.Sergent suisse de la garde du pape .

Jeune H le de Gaële.

Prêtre de Badessa.

Jeune fille de Sezze.

Onicier de la garde du pape.

Jeune fille de S. Gallo.

Domestique du sénateur Capucin allant dire la messe.

Femme d'Avigliano.

Domestique du pape.

Femme d'Isernia.

Jeune fille de Badessa.

Id. deTramulta Sampognaro.

Marchand de brocoli à Rome.

Jeune femme de l'esche Marchand d'huile à Naples Jeune femme de Nettuno.

Femme d'Ischia-

Id de Frosolone.

Jeune fille de Cessa- Femme de Veletri

Id. de Scanno.

Pêcheur napolitain Femme de j'olenza.

Id. de S. C.ermauo.

Soldat de la garde du pape.

Chai.se à porteurs du roi de

Naples

Costumes espagnols et portugais.

Torrero.

Femme de Huerta. .

Majo de .Serez.

Femme des envir. de Valladolid.

Habitants d'Orihuela.

Femme de la Sec d'Urgel.

Picador démonlé

Femme des ciu irons de Ilitl)ao.

Contrebandier de la Serrania de

l'ionda Femme des env. de Salamanquc.

Bolera dansant les molares de

Sêville.

A Iguasil de la place des Taureaux Femme de Ségovie.

Maragalo des environs d'Astorga.

Femme des environs de Vigo Calessero.

Maja.

Torero a\ant la course Curra de Séville Portefaix juif à Cibrallar.

Femme espagnole de C.ibrallar Ciudadana de Palma Jeune femme de Tramar.

Indien de r.hapultepec (Mexique).

Femme de Jalapa (Mexique).

Habitant des env de Vcra-llruz.

Homme de l'uehla Mexique).

Femme de Puebla Mexique)

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