‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 33 sur 70 · PETITE GALERIE THEATRALE · texte numérisé non relu

PETITE GALERIE THEATRALE

Dessinée par C. Foniattard.

Mademoiselle Georges.

Ferville.

Bocage.

Arnal.

Mmmm^m^^M

I.:i jolie, collection inlitiili''n Trnvt'Uis.':emenls Parhiens, cl publiée par MM. Àuberl el Compagnie, s'esl augmentée celle année d'une quarantaine <le fort gracieux coslumes tlcssinés par MM. Dollet el M. Vernicr. Elle se compose déjà (ie plus de 80 d:3ssins. el présente un choix très-varié. C'est la colleclion à la mode, c'est elle qui fournil la plupart des modèle» adoptés dans le monde éléganl. Cliai|ue dessin ne se vend que 75 centimes.

CosTcMF.s Ai.cERiKss. La Galerie roijale de coslumes a iléjà publié les costumes des troupes d'Abdel-Kader ; aujourd'hui elle présente à ses souscripteurs les costumes exacts dos Maures, des Juifs cl des autres li;ibilanis indigènes d'Alger. Ces dix nouveaux dessins ont élé exécutés d'après nature, à Alger même, par M. Roubaut, à qui l'on doit l'intéressante galerie de portraits de nos officiers-généraux de l'armée d'Afrique.

Les Costumes I'eusass et Afchaks, exécutés d'après les peintures que M. Flandin a rapporiées de son voyage en Perse, formeront l'objet d'une livraison prochaine.

Lzs CosTiMES Égvptie?is et Syriens, peints d'après nature par M. Goupil, compagnon de voyage de M. Horace Vernel, ont eu un très-magnifique

succès.

MM. Auberl et Compagnie nous promettent ensuiie des costume de la Valachie et de la Moldavie. — Ain.i, l'admirable colleclion de la Galerie roijale se complète tous les jours, el formera, comme nous l'avons prédit, un monument précieux pour les artistes et les amateurs éclairés.

Iiupniiie par BeUiunc el Cluii. à Vany

57« X.IVRAISOIÏ. — PRIX : 50 CCNTIiaES.

CHEZ AUBERT, PLACE DE I.A BOURSE

MUSEE PHILIPON

ALBUM DE TOUT LE MONDE

L'avantage de ne pas être gannalisé,

Histoire méli-méla-mélodrainatique en cinq actes, de MM FRÉDÉRIC SOULIÉ , ANICET BOURGEOIS, GUSTAVE I.CMOI1irE, HORACE RAISSON de la Gazette des Tribunaux , JULES JANIN , ANCELOT , TROIS-ÉTOILES , MACHIN et CHOSE

La mise en scène pour le Musée Pliilipon est de 1. L. HIART, et les costumes sont de M. CHAM ^''.

Nous sommes aux environs de La Rochelle et de l'année 1600. — ]\IademoiselIe Séraphine La Caille , jeune personne non moins grasse que belle , habite le château de ses pères , lesquels pour le moment se réduisent à un seul , qui encore est dans un fort piteux état.

Ce vieillard , qui aime tendrement sa fille , a résolu de la donner en mariage à un certain comte de Monneron , qui n'a pas le sou , mais qui est détesté de mademoiselle I»a Caille. — Dans le monde , on est dans l'usage de nommer ce genre d'unions des mariages de convenance , tout justement parce que le futur ne convient guère à la demoiselle : il faut avouer que la langue française a de singuliers caprices !

Séraphine est d'autant plus contrariée du projet du vieux père La Caille qu'elle aime en secret un jeune chevalier du voisinage , qui lui a sauvé la vie au mouient oii un cheval fougueux entraînait notre amazone au fond d'un précipice , dans une promenade d'agrément qu'elle faisait aux environs du château de La Caille. — Ce jeune chevalier, qui ne redoutait rien au monde , et qui , à l'instar de don Guzman , ne connaissait pas d'obstacles , se nommait Gare-de-Detant!

Malgré le petit acciden téquestre arrivé à mademoiselle La Caille

et par suite duquel elle avait montré au jeune voisin qu'elle

ne savait pas très-bien monter à cheval , Séraphine n'en continuait pas moins chaque jour sa promenade d'agrément au bord des précipices, et, à l'instar d'une écuyère du Cirque Olympique , on la trouvait toujours la cravache à la main.

Du reste , depuis trois mois , son cheval ne s'emportait plus ; dans le fait , il me semble qu'il devait déjà avoir bien assez de mal à emporter mademoiselle La Caille.

(l) MM. Hn:»it el Cli.im, lenanl esseiitielleim-ul à ne pas élre arciisés tle /iliiyiat ilans toute cette affaire, s'empressent de prendre d.ite, afin d'éviter un procès.

M. Louis Huni-t déclare donc que c'est en se gratlaiu le front, le 10 février 1843. à neuf heures un quart du matin , que l'idée lui a poussé d'écrire la présente histoire de uîadenioiselle Ln Cnitlc^ et M. Cham donne sa parole d'honiienr la plius sacrée que c'eslle 12 du méine mois, même année, qu'à onze heures quarante-cinq minutes du soir, au inomeiu où il venait de souiller sa honjjie de l'Étoile, il a été illuminé ]»ar l'idée subite d'illusirer de dessins le travail de M. Louis lluart, laquelle idée lui est venue en se gr.utant le ljo;it du nez, qui le iléiuanjjeait hcanconp peur l'instanl.

Le chevalier Gare - de - Devant apprenant l'arrivée du père La Caille, absent depuis la chute en question, se décida à venir lui faire l'aveu de son amour pour sa fille. — Tout justement le père La Caille apprend à ce monsieur qu'il attend aujourd'hui même M. de Monneron , qu'il a choisi pour gendre; et comme M. de Monneron est un grand seigneur fort bien en cour, tandis que l'infortuné Gare-de-Devant ne possède que son épée , genre de broche qui ne permet pas de fricoter grand'chose quand on n'a que cela à la cuisine , il lui dit tout naturellement : •• Touchez là , vous n'aurez pas ma fdle ! ••

Séraphine se désespère en apprenant la résolution du vieux La Caille ; mais, comme ce vieux bonhomme n'est pas trop mt^-

MUSÉE ST MAGASIN COMIQUES

chant au fond . il se laisse attendrir par les larmes de sa fille , et consent à retarder ce mariage et à donner trois mois à Garede-Devant pour faire fortune.

Notre chevalier, qui ne doute de rien , accepte ce sursis , et il reste seul pour réfléchir aux moyens d'arriver à gagner trente mille francs de rente en trois mois : — La loterie n'ayant pas encore été inventée, le problème était quelque peu difficile.

Survient un voyageur, ayant un manteau brun sur les épaules , une croix blanche sur la poitrine , et des cheveux gris sur la tête. — Ce monsieur entre dans le jardin , où se trouve le chevalier, pour le prier de vouloir bien lui indiquer je ne sais quel sentier qui conduit à je ne sais quelle Abbaye. Le chevalier, trèspoli , indique son chemin au monsieur, et se remet à reréfléchir, lorsiju'il est tout-à-coup tiré de ses rêveries par un domestique du château, nommé Martial, et qui en conséquence est excessivement poltron. — Cç Martial , qui accourt de la campagne, annonce au chevalier que trois hommes masqués sont en train d'attaquer un voyageur dans un petit sentier, et veulent le faire passer par un petit chemin oii il n'y a pas de pierres.

Le chevalier, plus Gare-de-Decant que jamais, ne doute pas que ce ne soit son étranger de tout-à-1 'heure , et , comme il ne connaît pas du tout ce monsieur, il n'hésite pas un moment à lui sacrifier sa vie. — En conséquence , armé seulement de ses poings, il s'élance dans le petit sentier, et rosse complètement trois brigands armés jusqu'aux dents.

Ce voyageur , qui en est quitte pour un œil mis au bleu , revient dans le jardin du château de La Caille, appuyé sur le bras de son sauveur; et , après avoir accepté un verre d'eau , ce qui ne se refuse jamais dans une circonstance pareille , ne fiit-ce que pour se bassiner l'œil, tient au chevalier à peu près ce langage :

— Jeune homme, vous avez du cœur, et vous tirez parfaitement bien la savate... J'aurais une proposition à vous faire... J'allais à l'abbaye de Saint- André pour conférer avec un homme déterminé, dont le cardinal de Richelieu a besoin pour jouer un bon tour aux Anglais qui bloquent en ce moment l'île de Ré... Si vous parvenez à réussir, votre fortune est faite.

— Tiens, comme ça se trouve (se dit à part lui le chevalier) !

— Etes- vous notre homme (reprend cet inconnu)?

— Je le suis, dit le chevalier.

— Eh bien! à minuit, un coup de canon partira du vaisseau qui est près de la côte de Saint- André... A ce signal , rendez-

vous à son bord et allez culbuter les Anglais. . . Vous ne me connaissez pas. . . vous pouvez compter sur moi.

Là-dessus nous voyons partir notre inconnu au manteau brun, à la croix blanche, aux cheveux gris et à l'œil bleu.

Le chevalier reste dans le jardin, et il a ses raisons pour cela; — notre jeune homme a écrit un mot à mademoille Séraphine pour la prier de venir à un rendez-vous secret à onze heures du soir , et, comme il sait que Séraphine est la vertu même , il ne doute pas qu'elle n'arrive à l'heure précise pour recevoir ses serments à la face du ciel et de la lune.

Efl'ectivement.à onze heures Séraphine profite de l'instant oii son respectable père est absorbé par sa partie de loto pour venir retrouver son chevalier dans le jardin .

Alors a lieu une scène excessivement touchante : les deux amants se jurent fidélité jusqu'à la mort, et en foi de ce serment Séraphine permet au chevalier de cueillir un baiser sur son front virginal.

Ce baiser vertueux produit même un tel effet sur cette jeune fille, qui, au premier abord et vu son embonpoint, n'a pas l'air si impressionnable, qu'elle s'écrie :

— O mon ami, si j'étais morte, un baiser de toi me ranimerait I . . .

Paroles mémorables qui nous prouvent deux choses : d'abord qu'un baiser sur le front agit sur les nerfs beaucoup plus qu'on ne le croit généralement dans la société, et ensuite qu'on se tutoie toujours au clair de la lune.

Le chevalier s'apprête à recommencer, mais un coup de canon parti de la baie Saint-André le rappelle à son devoir et à son vaisseau !

Page 1