L ORCHESTRE
Musique éclatante, diabolique, ornée de trompette, grosse caisse, lam-tam et coups de pistolet.
La danse va commencer , les dames invitées s'arrachent aux douceurs du jnclon à dix sous, enjambent les barrières et vont se livrer à un léger cancan. Le danseur siffle pour appeler un vis-à-vi*.
MUSÉE ET MAGASIN COMIQUES
L'orchestre, ainsi que nous l'avons dit, est composé de manière à répandre le plus au loin possible ses flots d'harmonie; vous n'avez pas encore dépassé la barrière que déjà le cornet à piston vous provoque à la danse.
Sur la porte de l'établissement se tient la maîtresse du lieu, prodiguantaux visiteurs sesplus gracieux sourires.
Les marmitons affairés , les cuisiniers tout ruisselants de sueur sont à leurs pièces, chargeant et déchargeant les casseroles étincelantes. — Enlevez le civet!... — Enlevez la matelote?... — Yoilà le boeuf à la
mode ! Dix garçons montent ,
descendent, se croisent, courent en criant : Place ! place ! — Gare la ""^ sauce! — Pour qui le veau? —
Voilà , monsieur, on y va. — Qu'est-ce qu'appelle '. — C'est une presse générale, un branle-bas de cuisine dans lequel la grosse caisse et le tamtam font l'office du canon. Mais, pendant que le bas s'agite pour la consommation, le premier étage s'agite pour la danse.
Le début est toujours d'une décence irréprochable , la danseuse baisse modestement les yeux , pince les lèvres et ne s abandonne pas au plus léger tortillement ; le danseur met galamment sa pipe dans sa poche , enfonce son chapeau sur les yeux , et hasarde tout au plus un pas légèrement accentué.
Sous l'orchestre se tiennent les lions , la fleur des pois de la Courtille. Ne vous étonnez pas de leur coiffure excentrique , et sachez que tous ces chapeaux hideux, ces chapeaux à bords monstres, ces chapeaux sans bords , ces chapeaux jaunes , vert-ponmie , qui figurent comme curiosité à l'étalage des chapeliers , font les beaux jours des Folies de Bctleville et des grands salons de Desnoyers.
MUSEE PHII.IPOBI.
Nous disons donc que les danses s'organisent
On remarque d'abord la politesse des danseurs ;
puis, la grâce de leurs mouvements
bientôt leurs gestes deviennent si gais, si expressifs et si légers que le distributeurdecachets(sortedegarde champêtre des bals hors barrière) se voit dans la nécessité de signaler au représentant de la magistrature les trop aimables cavaliers , les trop frétillantes danseuses.
Nous vous signalons ce pas croisé qui obtient un succès prodigieux chez Desnoyers ,
et cette manière d'entraîner sa danseuse : manière qu'on nomme le bateau ou la chaloupe , et qui se pratique dans tous les traversés de la contredanse; mais surtout au galop final, pendant lequel il est d'usage, aux Folies de Belleville , que le gaz s'éteigne
nUSÉB ET MAGASIN COMIQUES.
Les Folies de Belleville , sachez-le bien , sont le Ranelagh de la Courtille; c'est la réunion des plus élégants, des plus comme il faut , parmi tous les habitués des barrières.
Le bal de Desnoyers peut seul lutter avec ce royal établissement. Chez Desnoyers, de même qu'aux Fohes, le salon est élégant, doré, sculpté, enrichi de peintures et richement éclairé.
Dans l'un et l'autre de ces temples de la joie sont réservées des loges plus ou moins cachées, dans lesquelles certaines lorettes, trop grandes dames pour se mêler au populaire, viennent sabler le Champagne et contempler le cancan.