‹ Musée ou magasin comique de Philipon (volume 2)Chapitre 45 sur 70 · LE SAUVAGE · texte numérisé non relu

LE SAUVAGE

Le bal du Sauvage est placé quelques degrés au-dessous du grand salon ; là- Nous avions tout à l'heure des chapeaux excentriques — à présent nous n'avons plus de chapeaux, la casquette est considérée comme très-habillée.

bas c'est l'art et le luxe, ici c'est la nature et la simplicité.

C'est le bal des pioupious et des cuisinières.

La même salle contient les buveurs , les danseurs , les fumeurs et les chanteurs. Là on mange la salade et boit le vin chaud dans les mêmes saladiers , (jui servent ensuite à battre la mesure pour accompagner le chanteur, et à confectionner cette aimable J^'' plaisanterie locale et tradi- =-5^ tionnelle qui consiste à les ~s^^ mettre sur sa tête en guise de chapeaux.

C'est là qu'on trouve des admirateurs et des appréciateurs pour un gourdin de race , pour un assommoir pur-sang.

MUSEE PHII.IPOK.

Peut Saint

Si nous baissons encore d'un cran, nous descendons au bal Maréchaux. Arrêtons-nous, car plus bas nous tomberions au Petit Saini- Martin; et il n'y aurait plus (le raison pour ne pas dégringoler au fond de cet enfer , dont nous avons voulu seulement entre-bâiller la porte afin de satisfaire votre curiosité.

C'est surtout au bal Maréchaux et au Petit Saint- Martin que règne lafemme sa7is nom.

Du Ranelagh , où elle brillait sous l'espèce Lorette, elle est descendue au bal Mvsard , de Musard elle a glissé au Prado; le Prado et la Chaumière l'ont conduite chez Desnoyers, et la pente l'a précipitée dans le

Martin, oii elle jette ses dernières, ses bien pâles lueurs. C'est donc au petit Saint-Martin qu'on

C'est là qu'on retrouve aussi le dictionnaire des halles, chassé du marché des Innocents par ordonnance de M. le préfet.

C'est également îâ que le municipal est craint et vénéré comme un dieu, — mieux que ça ! comme un couuiiissaire de police.

C'est là que les arts sont aimés et encouragés; car, là , on ne paye pas las artistes d'un vil morceau de métal verre de vin, ou d'une goutte d'eau-de-.'ie.

les honore d'un

MUSÉE ET MAGASIN COMIQUES

C'est là que doit nécessairement aller tout homme qui tient à apprendre les vraies manières chicardes : là, il verra un ami emprunter un habit à son ami pour danser plus convenablement ; — échange qui se fait avant et après la contredanse , en présence de toute la société.

C'est encore là qu'il faut venir étudier l'art si noblement pratiqué par le prince Rodolphe, Fart de la savate, l'art àe passer la jambe à un ami et de le faire tomber sur son reposoir ; le grand art de festonner le coup de poing sur le crâne d'un rival.

De vives explications s'échangent d'abord, on se parle sous le nez , on incline prodigieusement son chapeau ou sa casquette sur l'oreille droite , on se fait de gros yeux et se dit de gros mois ; enfin , au lieu de se donner une carte, on se donne une poussée, on sort, et dans la rue on charge un ami de tenir les habits et les chapeaux.

Mais ici se place un épisode qui caractérise trop les mœurs du peuple de barrière, pour que nous le passions sous silence.

Au moment où les champions s'alignent, survient presque toujours un nouveau personnage, souvent inconnu aux parties belligérantes, qui, s'adressant au plus faible, lui coule ces mots dans l'oreille :

Paye in litre, et je me bats poir toi...

Si le marché est accepté, le combat s'engage; et le combattant salarié joue des poings et des pieds avec autant de conscience que les Suisses en mettaient à gagner leur hautepaye.

Nous vous avons donné un aperçu des physionomies, des costumes, des poses, des gestes et des manières de ce monde peu connu qui s'étend de la barrière du Temple aux dernières maisons de Belleville , nous ne compléterons pas cette peinture, car nous ferions sûrement double emploi avec le feuilleton des Débats, et nous ne voudrions pas

déflorer un sujet qui appartient de droit à l'auteur des Mystères de Paris.

A lui donc le soin de vous faire connaître le personnel de ces réunions, — de vous dire les industries de tous ces viveurs de bas étage, — de vous en apprendre, la langue et de vous dire enfin, ce qui n'est pas le moins curieux, et leur commencement et leur fin.

MUSEE PHIIiIPON.

MODES RIDICULES

far Mj. MtVART (»^ dessins pat' Ch, VERiVEER.

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près l'hiver vient enfin le printemps.

— Voici le mois de mars qui nous lumèneLongchamps, —bénis soient Mars €t Longchamps !

Cette exclamation de bonheur ne S: nous est pas arrachée par suite de ^ la satisfaction que nous cause la première apparition des petites feuilles certes , — quoique les petites feuilles vertes ne soient certes pas à dédaigner; — mais cette fois elle provient uniquement du plaisir que nous aurons à voir disparaître certaines Modes anciennes.

Au nombre de ces Modes surannées et qui n'ont vécu que trop long-temps , hélas ! nous devons placer en première ligne les chapeaux à la vieille, autrement dits chapeaux à Xcieignoir, et qu'on aurait pu également baptiser du surnom de chapeaux à la tireuse de cartes , toutes ces dénominations étant également applicables à cette invention qui brilla pendant huit ou dix mois à Paris, — c'est-à-dire dans cette ville qui se flatte d'être la première entre toutes par l'esprit et le bon goiit !

On a bien raison de dire qu'en fait de succès les plus grands sont toujours les plus inexplicables; car certainement si une dame hollandaise ou moscovite avait été appelée à jouir la première du coup d'œil d'un chapeau à la vieille , nul doute qu'elle ne se fût empressée de prédire à cette Mode nouvelle un immense succès de fou rire !

Et pourtant il n'en arriva pas ainsi, et presque toutes les charmantes femmes à la mode consentirent à courber la tête sous ce

'M-Wt'^^

ridicule accoutrement qui , pour moindre défaut , avait l'inconvénient de cacher tous les jolis fronts et tous les jolis yeux de nos plus élégantes Parisiennes.

Nous ignorons le nom de la marchande de Modes qui eut lin ■

(1) Nous empruntons cet article, île notre collaborateur L. Hiiart, au Musée de > modes parisiennes ^ publication nouvelle (jui nous semble appelée ."i un liès-graud succès.

génieuse idée d'emprunter cette coupe aux chapeaux des vieilles portières endimanchées ; nous ne voulons même jamais connaître ce nom, — mais nous sommes presque convaincus que cette idée bizarre est poussée dans le cerveau, non d'ime modiste , mais d'jtn modiste. — Un homme seul peut avoir eu un goiit aussi déplorable.

Le succès obtenu par cette Mode , même auprès des femmes qui d'ordinaire se distinguaient par leur distinction, ne peut s'expliquer que par ce goût du bizarre , et j'allais même presque dire du mauvais ion. qui a été mis en vogue dans la littérature et jusque dans les feuilletons des journaux les plus graves. — Autrement , le succès des chapeaux à l'éteignoir resterait un wi/,stère de Paris réellement inexplicable.

C'est ainsi que nous avons vu les plus jolies abonnées du Journal des Débats consentir à s'orner de ces chapeaux fantastiques !

Hâtons-nous de reconnaître cependant que ce chapeau, qui primitivement se dressait sur la tête à l'instar d'un obéhsque , n fini peu à peu par ^'abaisser graduellement et à rentrer dans les limites de la raison.

Quant au chapeau à l'éteignoir pur sang et pur chignon , il n'a continué à briller jusqu'à ces derniers temps que dans It; quartier Notre-Dame-de-Lorette , où il continue à faire l'admiration de tous les flâneurs.

Un long camail et un petit manchon de fausse hermine complètent un ensemble de toilette que trouvent délicieux tous les abonnés du Musée Philipon, c'est-à-dire tous les véritables amateurs de bonnes caricatures.

Encore quinze jours, et le chapeau à la vieille aura complètement vécu, — les premières diodes de Longchamps vont bala3er tous ces débris de l'an passé, et puisse 1843 être plus heureux en fait de bon goût que 1842 !

Du reste , nous allons nous mettre aux aguets pour \ous signaler impitoyablement de la plume et du crajon toutes les inventions qui nous semblerol\t empiéter sur le domaine caricatural de notre collaborateur Cham .

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